13/10/2017

Brésil : Un militaire est confirmé à la tête de la FUNAI

Au cours de l'été, le 11 juillet, Eliseu Lemos Padilha, le chef de la "Maison civile" de la Présidence de la République (équivalent à un Premier Ministre) a signé un arrêté confirmant Franklimberg Ribeiro de Freitas à la présidence de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI. Dès le 9 mai dernier*, ce militaire (il est général de réserve) avait assuré l'intérim à la tête de la Fondation après le départ d'Antonio Fernandes Toninho Costa en place depuis janvier 2017. Peu après cette nomination, l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB avait manifesté son opposition à cette militarisation de l'organe brésilien chargé de leur protection. En juin 2016, l'Articulation avait obtenu du Gouvernement qu'il renonce à nommer un autre militaire, le général Roberto Sebastião Peternelli, à la tête de la Funai. Ces militaires sont proposés par le Parti Social Chrétien, un parti évangélique soutenant Michel Temer, le président de la République.

Cette forte réticence à l'égard des militaires date de la période de la dictature pendant laquelle les Indiens ont eu à subir de nombreuses violences de la part de l'armée.

De plus, la Funai a fait l'objet de coupes budgétaires qui ont entraîné la suppression de dizaines de postes, en particulier dans les Coordinations techniques régionales. Le rôle de protection des communautés indigènes que doit assumer la Fondation est fortement réduit. Ces mesures budgétaires s'ajoutent à d'autres comme le souligne l'Institut d'Etudes Socioéconomiques – INESC. Pour ce dernier, elles font partie d'un agenda anti-indigène voulu par le pouvoir exécutif et le Congrès national.

Récemment, le 26 septembre, le président de la Funai était en réunion avec les leaders de la Terre Indigène Waimiri Atroari (États d'Amazonas et de Roraima) pour les consulter à propos d'un projet de construction de ligne à haute tension qui devrait traverser la TI pour relier Manaus à Boa Vista, la capitale de l'État de Roraima. Une grande partie de l'électricité consommée dans cet État est fournie par le Venezuela. Il s'agit d'une négociation qui dure depuis plusieurs mois. Les leaders indigènes vont consulter les différentes communautés avant de donner leur réponse. Dans le passé les Wamiri Atroari ont subi des violences, notamment lors de la construction de la BR 174 qui traverse leur territoire. À voir comment ces Indiens seront écoutés.

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* Voir sur ce blog, la note du 2 juin 2017

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Une version abrégée de cette note a été publiée dans le dernier "AYA Info" No 118, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

17/09/2017

Genève : NON à la réduction du crédit pour la coopération internationale

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Yanomami, Ville de Genève, MCG, PDC, PLR, UDC, AYA, Secoya, MEG, Aguinilson, Ticuna, Conseil municipal, Croix-Rouge, Coopération internationaleLe 24 septembre, les habitants de la Ville de Genève ayant le droit de vote sont appelés à se prononcer sur une décision prise par la majorité du Conseil municipal, le 28 avril dernier, de réduire plusieurs postes du budget pour augmenter le bonus attendu de l'exercice 2017.

Une de ces décisions, venue de quatre partis MCG, PDC, PLR et UDC consiste à baisser de CHF 340'000.- le crédit destiné à la Coopération Internationale. En contrepartie de cette réduction, ces groupes politiques ont voté un crédit équivalent en faveur de la Croix-Rouge genevoise pour financer un programme d'aide au retour de personnes souhaitant volontairement rentrer dans leur pays d'origine. Un référendum a été lancé contre cette coupe budgétaire (et trois autres), d'où la prochaine consultation populaire.

Par deux fois, l'association genevoise "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie – AYA" a bénéficié d'un financement de la Ville de Genève pour ses activités en collaboration avec le Peuple Yanomami du Brésil. Un peuple qui vit dans une zone difficile d'accès, où la malnutrition et la mauvaise qualité de l'eau font des ravages, notamment chez les enfants. Un premier financement* a été accordé en 2011-2012 pour un projet de "Prévention et éducation en santé" pour un montant de CHF 32'970. Et une seconde fois, plus récemment, en 2016-2017, pour une action de "Promotion de la santé par des agents multiplicateurs Yanomami" pour un montant de CHF 40'000. Sur le terrain, ces projets sont mis en œuvre par l'association "Service et Coopération avec le Peuple Yanomami" – Secoya dont le siège est à Manaus. La Coordination générale de Secoya est assurée par Silvio Cavuscens, un helvético- brésilien qui est présent en Amazonie depuis près de 40 ans. Le programme "Santé" de cette ONG est animé par Sylvie Petter, une infirmière de nationalité suisse.

Concrètement, le crédit supprimé représente huit à neuf projets comme ceux mis en œuvre par AYA et son partenaire amazonien. Lors de sa dernière réunion, cette association a décidé d'appeler les votants à refuser cette réduction.

En 2016, le Musée d'Ethnographie a présenté une exposition sur l'Amazonie qui a rencontré un vif succès. Dans l'une des salles, le public a pu voir des vidéos qui donnaient la parole à des leaders indigènes. Ils demandaient l'appui de Genève pour la défense de leurs droits.

La vidéo ci-dessous (2'20", sous-titrée français) concerne l'appel lancé par Aguinilson Ticuna, Cacique du peuple du même nom.

                                                                          

* Voir sur ce blog, les notes du 28 octobre 2011 et du 10 juin 2016.

Photo : © Secoya. Le système de purification d'eau (Ecolágua) que Secoya a installé – à titre expérimental - dans plusieurs communautés Yanomami grâce au financement du dernier "projet" et dont elle voudrait généraliser l'usage. L'achat et l'installation d'un tel système coûtent environ 4'700 CHF. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

08/09/2017

À la rencontre des Yanomami

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Yanomami, Manaus, Bicho-Açu, Santa Isabel do Rio Negro, Amazonas, SECOYA, AYA, Rio Negro, Rio Marauiá, Terre des Hommes Suisse, TdH, Mouvement pour la Coopération Internationale, MCI, Silvio Cavuscens, AISCe mois de juillet, Luisa et Virginie, deux membres de AYA ont eu l'occasion de se rendre en Amazonie, à Bicho-Açu* (dans la commune de Santa Isabel do Rio Negro, une municipalité de l'État d'Amazonas). Elles ont pu assister au début d'un cours d'une dizaine de jours, organisé par le Service et Coopération avec le peuple Yanomami – SECOYA (le partenaire d'AYA) destiné à une quarantaine d'enseignants, Agents Indigènes de Santé, leaders des communautés des villages Yanomami du Rio Marauiá. Le sujet du cours : leur "capacitation" (formation) comme ""Multiplicateurs interculturels" afin que les communautés yanomami puissent se situer dans leur environnement social et avoir, ainsi, un peu plus de pouvoir sur leur propre destin. Le cours était animé par Silvio Cavuscens, coordinateur de Secoya et Paulo, un indigéniste engagé de longue date en faveur de la cause indigène.

Luisa et Virginie ont été marquées par plusieurs choses.

Tout d'abord les distances. Santa Isabel do Rio Negro est à près de 850 km de Manaus, la capitale de l'État, soit près de trois jours de navigation sur le Rio Negro. Ensuite, il faut remonter le Rio Marauiá jusqu'à Bicho-Açu le lieu du cours, la rivière heureusement, est en période de hautes eaux à ce moment de l'année.

Bicho-Açu est un village de 35 familles, soit environ 200 personnes. Il n'est pas question de pouvoir s'approvisionner sur place. Il est nécessaire d'apporter la totalité du matériel et de la nourriture pour le bon déroulement du cours. Une contrainte non négligeable, relèvent les deux visiteuses.

La réunion d'accueil de l'équipe de la Secoya par Daniel, un des leaders de la communauté de Bicho-Açu a aussi constitué, pour elles, un temps fort de cette visite.

Elles ont aussi relevé la démarche pédagogique utilisée pour le cours. Par exemple, les participants ont été appelés à expliquer ce que signifie, pour eux le terme "capacitation". Ils ont eu à placer dans trois cercles les institutions ou services avec lesquels les communautés sont en relation. Virginie et Luisa ont été impressionnées par la facilité avec laquelle les participants s'expriment oralement. Ils prennent le temps de s'expliquer et de s'écouter longuement.

En d'autres termes, elles ont découvert la richesse d'une autre culture. Pour les participants au stage, le partenaire "AYA", de la lointaine Suisse, est moins anonyme. Il a maintenant au moins deux visages…

Ce cours organisé par la SECOYA est financé par Terre des Hommes Suisse et le Mouvement pour la Coopération Internationale - MCI (Genève). Le poste de santé de Bicho-Açu a été construit avec l'appui de la commune d'Onex.

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* Voir la carte ci-dessous

Photo : © Le Jour se Lève – Un Yanomami tresse une corbeille. Cliquer sur la photo pour agrandir l'image.

                                                                

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PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note a été publiée dans le dernier "AYA Info" No 118, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

29/08/2017

Brésil : moins de démarcations, plus de déforestation

Le 20 juillet, le Journal Officiel de l'Union a publié un "Parecer" (un Avis) signé par un haut fonctionnaire des services de l'Avocat Général de l'Union*. Ce texte concerne la démarcation (la protection) des Terres Indigènes – TI. Il demande à l'administration publique fédérale, directe ou indirecte, de respecter les indications données par le Tribunal Suprême Fédéral – STF quand celui-ci, en avril 2009, a validé la démarcation, en aire continue de l'emblématique TI Raposa Serra do Sol, homologuée par Lula en 2005. Dans les attendus du jugement, il est question de la "Marque temporelle", soit le fait que la démarcation est possible si les peuples indigènes occupent cette TI au moment de l'adoption de la Constitution fédérale, le 5 octobre 1988. Il est également fait mention d'autres conditions. Le "Parecer" du 20 juillet est perçu comme étant une entrave à la démarcation des TI.

L'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB conteste cet "Avis", en particulier l'institutionnalisation de la "marque temporelle", notamment parce que des Peuples ont été déplacés, éloignés de leur territoire traditionnel. Le 3 août, elle a déposé une plainte auprès du Procureur Général de la République à qui elle demande des mesures urgentes pour éviter le risque de dommages irréparables pour les peuples indigènes par l'interruption des processus de démarcation des TI. Elle a appelé les organisations indigènes à se mobiliser pour la défense des droits territoriaux : "Notre histoire ne commence pas en 1988". Au 20 août, de nombreuses manifestations avaient eu lieu dans treize États du pays pour demander au Président de la République de révoquer le "Parecer" contesté.

Pour rappel, dans l'article 67 de "l'Acte des dispositions constitutionnelles transitoires" de 1988, les Constituants ont demandé à l'Union de conclure la démarcation des TI dans un délai de cinq ans, soit avant octobre 1993. Un quart de siècle est passé et toutes les TI du pays ne sont pas protégées!

Pour plusieurs observateurs, ce "Parecer" du gouvernement serait un gage donné au lobby de l'agrobusiness, très fort à la Chambre des Députés. En effet, fin juillet, il était prévu que celle-ci serait appelée à se prononcer au début août sur le maintien de Michel Temer à la Présidence de la République, celui-ci faisant l'objet d'une plainte devant le Tribunal Suprême Fédéral pour crime de corruption passive. De fait, le 2 août, la Chambre a refusé par 263 voix contre 227, et 2 abstentions, l'ouverture d'un tel procès.

En matière d'environnement, le Président Temer a récemment suscité de nombreuses réactions, Le 22 août, il a signé un décret supprimant la Réserve Nationale de Cobre e Associadas – RENCA, d'une superficie de 47'000 km2, créée en 1984, située à cheval sur les deux États du Pará et de l'Amapá. Une réserve dans laquelle il y a neuf zones protégées, dont deux Terres Indigènes. Une décision souhaitée par les sociétés minières, la région étant connue pour receler de l'or et autres minerais. Plusieurs Sénateurs ont demandé l'annulation du décret. Le WWF-Brésil a souligné les dangers de cette décision pour cette partie de la forêt amazonienne. Face à aux nombreuses réactions hostiles à ce décret, la Présidence de la République a rappelé que les aires protégées seront respectées !!! Ainsi, le 28 août, il a publié un nouveau décret qui annule celui du 22 août. Ce nouveau texte met bien fin à la RENCA, mais précise les conditions de l'exploitation minière. Cependant, la justice fédérale est intervenue le lendemain, 29 août, pour suspendre l'application de ce décret. A suivre la réaction du gouvernement !

La situation dans laquelle se trouvent les peuples indigènes au Brésil inquiète diverses instances au niveau international, notamment à l'ONU, par exemple, Mme Victoria Tauli Corpuz, la Rapporteuse spéciale sur les droits des peuples autochtones. Le Brésil a signé la Convention 169 de l'OIT qui prévoit la consultation des peuples autochtones pour les affaires les concernant. Consultation qui, bien sûr, n'a pas été réalisée avant la publication, et du "Parecer" et du décret supprimant la RENCA. Le Gouvernement brésilien semble bien indifférent à ces inquiétudes onusiennes. Ce manque d'égard est-il dû au fait que ces peuples indigènes ne représentent moins de 0,5 % de la population du pays ?

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* Service chargé de conseiller les différentes entités du pouvoir exécutif et de s'occuper des contentieux.

PS 1 : Voir sur ce blog la note du 5 avril 2013 sur les demandes de recherche et d'exploitation minière.

PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 118, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

17/08/2017

Brésil : Un jugement de la Cour suprême satisfait les organisations indigènes

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, STF, Mato Grosso, Parque Indígena do Xingu, Marco Temporal, Supremo Tribunal Federal, povos indígenas, Nossa história não começa em 1988Le matin de ce 16 août, à l'unanimité, huit juges du Tribunal Suprême Fédéral - STF ont considéré sans fondement la demande de l'État du Mato Grosso qui contestait la démarcation de plusieurs Terres Indigènes - TI, en particulier celle du Parc Indigène du Xingu. Dans ce cas, cet État contestait l'occupation traditionnelle par les indigènes de cette TI et réclamait une indemnisation pour avoir vu son territoire diminué au profit de l'État fédéral, les TI étant la propriété de l'Union.

La crainte des organisations indigènes et de leurs alliés était de voir le STF invalider la démarcation si celui-ci mettait en cause l'occupation traditionnelle par les indigènes de cette TI au moment de l'adoption de la Constitution fédérale le 5 octobre 1988. En effet le puissant lobby anti-indigène fait campagne actuellement au Brésil pour qu'à l'avenir, seules les Terres traditionnellement occupées à cette date puissent être démarquées. Cet argument, appelé « Marco temporal » (Marque temporelle), aurait constitué une jurisprudence aux graves conséquences, notamment pour les peuples indigènes qui ont été déplacés de longue date et qui revendiquent une TI sur laquelle ils ne vivent plus. Mais aussi, la crainte est de voir contestée la démarcation d'autres TI.

Depuis plusieurs semaines, les organisations indigènes ont lancé une vaste campagne pour affirmer que l'histoire des indiens "Ne commence pas en 1988". Elles considèrent que la décision du STF, qui n'a pas évoqué cet argument, est une première victoire !

 

Image publiée sur le compte Facebook de l’APIB - Articulation des Peuples Indigènes du Brésil. Cliquer sur la vignette pour l’agrandir.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 118, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

09/08/2017

La Guyane célèbre la Journée internationale des peuples autochtones

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Pour la septième fois, la Collectivité Territoriale de Guyane CTG a organisé plusieurs manifestations, sur plusieurs sites pour marquer cette journée qui, cette année, se déroule dans un contexte particulier. A relever que le président de la Collectivité, M. Rodolphe Alexandre a annoncé qu'il avait écrit à la Ministre des Outre-mer pour que cette journée soit fériée en Guyane.

Ce printemps, la Guyane a été marquée par un mouvement social d'ampleur historique. Les Amérindiens, réunis dans un "Collectif des autochtones de Guyane", ont fait valoir leurs revendications (1) touchant différents domaines : santé, éducation, droits culturels, territoriaux. Ils demandent en particulier que le gouvernement français ratifie la Convention 169 de l'OIT. Mais la mise en œuvre de l'accord du 2 avril 2017 concernant les communautés amérindiennes et bushiningue (2) souffre de lacunes que dénoncent les intéressés. Cela a conduit l'Organisation des Nations Amérindiennes de Guyane, l'ONAG (3) à boycotter, cette année, les manifestations organisées par la CTG.

Par ailleurs la Préfecture de Guyane, qui va changer de titulaire (4) a ouvert, en pleine période de congés, l'enquête publique sur l'ouverture des travaux miniers de la Compagnie minière Montagne d'or. Ce projet d'exploitation aurifère est contesté par les organisations amérindiennes. Ces dernières sont appuyées par le collectif "Or de question" que la Ligue (française) des droits de l'homme a rejoint récemment.

Les Amérindiens de Guyane traversent un moment-clé de leur histoire. Ils luttent pour le plein exercice des droits qu'ils sont en droit d'attendre de leur pays.

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(1) Voir sur ce blog, les notes du 28 mars et 14 avril 2017.

(2) Communautés issues de noirs marrons.

(3) Suite à la démission de Florencine Edouard qui réside désormais en métropole, l'ONAG a désigné Millca Sommer-Simonet nouvelle coordinatrice générale par intérim de l'organisation.

(4) Le Conseil des Ministres du 2 août a désigné M. Patrice Faure comme nouveau Préfet de la région Guyane à partir du 28 août. Il succédera à M. Martin Jaeger en place depuis le 11 janvier 2016.

Image : La Jeunesse Autochtone de Guyane s'est prononcée contre le projet le Montagne d'Or. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 118, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

28/06/2017

Sylvie Petter : "La solidarité avec les Yanomami est essentielle"

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, autochtones, indígenas, Yanomami, Rio Marauiá, malaria, paludisme, Sergio Ferrarri, DSEI, Amazonas, Sylvie Petter, E-Changer, Novo Movimento, ethnocentrisme, coopération, Le Jour se LèveDepuis plus de six ans, Sylvie Petter, infirmière (Suisse) de son état, responsable du programme d'éducation à la santé de SECOYA* à Manaus, passe de nombreux mois dans les communautés Yanomami du Rio Marauiá. Dans un entretien qu'elle a accordé à Sergio Ferrari**, elle parle de son travail et du contexte dans lequel elle agit. Elle rappelle la difficulté d'atteindre – par bateau et pirogue – la quinzaine de communautés Yanomami de cette région de l'État d'Amazonas. La situation économico-politique dans laquelle se trouve le Brésil est à l'origine d'une détérioration de l'état de santé des communautés indigènes, notamment une augmentation de la malaria. Les programmes de prévention développés dans les communautés doivent être complétés par le renforcement de la capacité de celles-ci à défendre leurs droits à la santé, à l'accès à l'eau potable entre autres.

Après avoir évoqué le contexte culturel, notamment la conception du temps dans la culture yanomami où seul le présent existe, Sylvie est questionnée sur le rôle, les priorités de la coopération et de la solidarité. Sa réponse mérite attention : "La solidarité est essentielle, surtout dans ce moment politiquement si difficile. Dans le monde de la coopération, la tendance actuelle est d’exiger des partenaires au Sud des objectifs très clairs et la mesure des résultats, les impacts quantifiables, etc. Dans le travail avec les communautés indigènes, nous ne pouvons pas toujours répondre à ces exigences de mesure de l’impact. Raison pour laquelle on doit développer un paradigme de coopération réellement solidaire et compréhensive. Comprendre que notre rôle consiste à accompagner le chemin des Yanomami, selon leur rythme. Y compris accepter que les communautés puissent parfois prendre des décisions qui peuvent nous étonner et avec lesquelles nous ne sommes pas d’accord. Nous devons accepter leur droit à faire des erreurs, leur droit à se chercher. Nous sommes avec eux en les accompagnant et nous devons leur répondre lorsqu’ils sollicitent de notre part une opinion ou une orientation. Mais il n’est pas acceptable d’imposer nos vues qui sont culturellement différentes. Il ne faut pas non plus élaborer des projets résultant de nos analyses. Pour être solidaires, nous devons nous approprier et vivre à fond la véritable essence de l’interculturalité. Et respecter profondément les différences conceptuelles dans la notion de temps…"

La réflexion de Sylvie interpelle sur la nature même de la solidarité que le "Nord" pratique avec le "Sud". Notre pratique de la coopération n'est-elle pas fortement influencée par un ethnocentrisme probablement inconscient ?

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* SECOYA : "Service et Coopération avec le peuple Yanomami"

** Sergio Ferrari est journaliste. Il collabore notamment avec les associations E-Changer et Novo Movimento.

 

Image : Capture d'écran du documentaire sur les 25 ans d'activité de Secoya réalisé par la Compagnie parisienne "Le Jour se Lève" montrant Sylvie se rendant dans les communautés Yanomami du Rio Marauiá. Cliquer sur la vignette pour agrandir la photo.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 117, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

21/06/2017

Vous (F)êtes Onex et les Yanomami

Ce jeudi 22 juin à 19h 30 , dans le cadre de la manifestation "Vous (f)êtes Onex"*, l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie - AYA présentera un documentaire (23 mn) sur l'activité du "Service et Coopération avec le peuple Yanomami" – SECOYA, son partenaire de Manaus qui célèbre ses 25 ans d'activité. Le film a été réalisé par la Compagnie parisienne "Un jour se lève"

Par l'intermédiaire d'AYA, la Commune d'Onex a déjà aidé par deux fois le programme "Santé" de SECOYA. Le coordinateur du Service est un helvético-brésilien, Silvio Cavuscens présent en Amazonie depuis une quarantaine d'années. Le programme "Santé" de l'organisation est placé sous la responsabilité de Sylvie Petter, une infirmière helvétique qui a déjà plus de six ans d'expérience sur le terrain.

Ce documentaire donne la possibilité de connaître un aspect peu connu de la coopération avec un peuple dont le contact avec la société occidentale est récent.

Pour visionner le "Teaser" des premiers repérages pour le documentaire cliquer > ICI <

* Voir indications pratiques sur document ci dessous :

                                                            

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PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Une première version de cette note a été publiée dans le dernier "AYA Info" No 116, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

10/06/2017

Brésil : Les "Ruralistes" dévoilent leurs intentions à l'égard des Indigènes

En novembre 2015, le lobby des "Ruralistes" (de l'agrobusiness) de la Chambre des Députés a obtenu la création d'une Commission Parlementaire d'Enquête – CPI visant les activités de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI et de l'Institut National de Colonisation et de Réforme Agraire – INCRA. Ces deux administrations, la première ayant pour objet la protection des peuples indigènes et de leurs territoires, et la seconde de distribuer des terres aux petits paysans. Tâches que le lobby considère contraires à ses intérêts. La Commission, dominée par des députés membres de la "Bancada ruralista" (Frente Parlamentar Mista da Agropecuária – FPA), n'a pas été en mesure de rendre ses travaux avant le délai imparti, soit en août 2016. Mais très vite, à la fin du même mois, une deuxième CPI Funai/Incra a été constituée. Cette dernière vient de rendre un volumineux rapport de 3'385 pages.

À propos de la FUNAI, le document passe en revue son action dans cinq États (Rio Grande do Sul, Santa Catarina, Pará, Mato Grosso, Mato Grosso do Sul et Bahia) pour y énumérer des faits qui, aux yeux des Commissaires, constituent des actes illégaux, des fraudes et des conflits. Les textes internationaux protégeant les populations indigènes sont évoqués dans une quarantaine de pages; l'occasion de rappeler que le Brésil pourrait dénoncer son adhésion à la Convention 169 de l'OIT à partir de 2023. Un chapitre, "L'ombre de l'internationalisme et les ONG" traite de l'action d'ONGs brésiliennes et étrangères qui coopèrent avec les peuples indigènes du pays. Dans cette partie du texte, la CPI a utilisé plusieurs rapports de l'Agence Brésilienne de Renseignements – ABIN. Selon le rapporteur, les ONGs manipulent les peuples indigènes dans l'espoir de décrocher des contrats "à prix d'or" pour élaborer des études environnementales nécessaires à l'obtention de l'autorisation des ouvrages.

Le document cite le nom de dizaines de personnes soupçonnées de ne pas avoir respecté la loi, notamment dans le but de fausser la délimitation et la démarcation de Terres Indigènes. Dans une première version, le président du Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI, Dom Roque Paloschi est mentionné quatre fois.

La Commission propose la création d'un "Groupe Technique" auprès du Ministère de la Justice pour étudier les Terres Indigènes encore à démarquer. Elle suggère la création d'un Secrétariat National de l'Indien, directement rattaché à l'administration publique chargé des tâches actuellement confiées à la FUNAI. Enfin, elle a élaboré un projet de loi d'application de l'article 231 de la Constitution fédérale de 1988 concernant les droits reconnus aux Peuples indigènes.

Le rapport contient encore une lettre à la représentation de l'OIT à Brasilia au sujet de l'application de la Convention 169. C'est l'attitude d'ONGs qui est visée. La CPI leur reproche de faire obstruction à la consultation des peuples indigènes souhaitée par le Gouvernement. Une autre lettre destinée à la représentation du Vatican (la Nonciature Apostolique) au Brésil. La Commission y dénonce "l'action contraire aux principes chrétiens et à la dignité humaine" de la part d'agents du Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI.

Onze députés, dont Paulão, Président de la Commission des droits humains et des minorités de la Chambre des députés, ont rédigé un "Rapport parallèle". Un texte exprimant leur désaccord sur la méthode de travail, le contenu et les conclusions du rapport de la majorité. Dans une note, le Ministère Public Fédéral affirme que le rapport est anticonstitutionnel et illégal.

Réunis dans une communauté de l'État de Santa Catarina, les leaders Guarani du Sud et du Sud-Est du pays ont adressé une lettre ouverte à la société nationale qu'ils concluent par un avertissement : "… S'il n'y a pas de terre pour les Guarani, pour tous les peuples indigènes, pour les quilombolas et ceux qui vivent de la terre, il n'y aura de terre pour personne!". Interrogés par "Amazônia Real" une demi-douzaine de leaders indigènes ont exprimé leur désapprobation au sujet de la proposition de suppression de la Funai. Parmi eux, Gersem Baniwa pour qui "… La Funai, avec toute la difficulté et les contradictions qu'elle a eu au cours de son histoire a toujours été un organe qui représente la volonté de l'État de respecter les droits des indigènes. Son démontage est le démontage de la politique indigéniste".

Le vote du rapport final a eu lieu le 30 mai. Un texte légèrement différent de la première version où, par exemple, le nom du Président du CIMI n'est plus dans la liste des personnes dénoncées.

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PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note a été publiée dans le dernier "AYA Info" No 116, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

02/06/2017

Brésil : La FUNAI change de président

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, autochtones, indígenas, Brasilia, Funai, Fundação Nacional do Indio, APIB, Articulação dos Povos Indígenas do Brasil, terra indígena, MPF, Ministério Público Federal, Eliseu Lemos Padilha, Antônio Costa, São Paulo, Rio de Janeiro et du Pernambuco, Maranhão, Franklimberg Ribeiro de FreitasLe 5 mai, le journal officiel de l'Union a publié un arrêté, pris le 4 mai par le Ministre d'État, Chef de la Maison civile de la présidence de la République, Eliseu Lemos Padilha, exonérant Antônio Costa de la présidence de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI. Sa nomination datait du 13 janvier dernier. Avant son éviction, il avait publié les rapports d'identification et de délimitation de cinq Terres Indigènes situées dans les États de São Paulo, Rio de Janeiro et du Pernambuco.

Pasteur et membre du Parti Social Chrétien – PSC, sa nomination avait inquiété les organisations indigènes. Le 20 avril déjà, dans les medias, il était question de son départ pour n'avoir pas nommé d'autres membres du PSC à des postes-clé de la FUNAI.

Son éviction intervient après le drame survenu le 30 avril dans l'État du Maranhão où vingt-deux indigènes ont été blessés*. Dans une conférence de presse, Antônio Costa confirme les pressions politiques dont il a été l'objet, mais il évoque aussi les coupes budgétaires voulues par le gouvernement pour "vider" la Funai et enterrer les démarcations des terres des peuples traditionnels. Une manière de répondre au Ministre de la justice qui, de son côté, reproche à la Fondation de ne pas agir de manière efficiente.

Le 9 mai, Eliseu Lemos Padilha a nommé un président intérimaire en la personne de l'ancien général Franklimberg Ribeiro de Freitas, déjà fonctionnaire de la FUNAI en charge de la Promotion du développement durable. Ce choix est critiqué par les organisations indigènes. L'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB réprouve cette décision : "Avec cette nomination, le Gouvernement Temer promeut, la militarisation de la FUNAI comme au temps de la dictature militaire, la fragilisation totale de la Fondation dans la perspective de changer les procédures de démarcation des terres Indigènes… Non à la militarisation de la FUNAI !"

Pour appel, la FUNAI a été fondée en 1967, il y a 50 ans. Ce nouveau titulaire en est le 40e, soit une durée moyenne de mandat de un an et trois mois ! Depuis ce 1er janvier 2017, la Funai en est à son 3e président, dont deux l'ont été par intérim. Elle en est à son 4e Ministre de tutelle (Ministère de la Justice et de la Sécurité publique). Une instabilité qui n'est que l'une des facettes de la grave crise que traverse le pays.

* Voir sur ce blog, la note du 19 mai.

Photo : © Cimi Hegon Heck. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera reprise dans le dernier "AYA Info" No 116, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2