14/06/2013

Le roi de Norvège en visite chez les Yanomami

Le roi de Norvège, Harald V, répondant à une invitation de Davi Kopenawa, a passé quatre jours, du 22 au 25 avril, dans la communauté Watoriki, un village yanomami du bassin du rio Demini situé à 150 km de Boa Vista, la capitale de l'État de Roraima. Initialement, Davi avait invité le souverain à participer, en octobre 2012, à la commémoration des 20 ans de la démarcation de la Terre Indigène Yanomami.

De son côté, le roi souhaitait connaître le quotidien d'une communauté indigène de la forêt. Il n'a pas hésité à dormir sur place, dans un hamac. Il était accompagné d'une délégation réduite. Les Yanomami lui ont fait part de leurs craintes devant l'ambition des "blancs" de pratiquer l'exploitation minière dans les Terres Indigènes. Ils ont réaffirmé que pour eux, la forêt n'a de sens que "sur pied". Le roi a fait part de ses impressions sur le vécu de ses hôtes : "J'ai l'impression qu'ils sont bien avec la vie qu'ils ont. Cela a été fascinant de les écouter imiter le cri des animaux qu'ils attirent pour les chasser et ainsi obtenir leur nourriture". L'interview peut être vue dans la vidéo ci-dessous.

Cette visite s'explique en raison de l'appui donné depuis plusieurs années par la Norvège au programme d'éducation des Yanomami.

Au début du mois de mai, la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI a commencé le retrait des six fazendeiros qui s'étaient installés illégalement sur la terre des Yanomami dans la région du rio Ajarani dans la municipalité de  Caracaraí, une commune de l'État de Roraima, aux abords de la route BR-210, appelée "Perimetral Norte". La Fondation a remis ces propriétés à Dário Vitório Kopenawa, membre de l'Hutukara Associação Yanomami – HAY. Voilà de nombreuses années que les Yanomami se plaignent de l'invasion des fazendeiros et en demandent l'évacuation*.

Plus récemment, les 25 et 26 mai, une piste clandestine d'atterrissage utilisée par les garimpeiros (orpailleurs) a été détruite dans la région de Surucucus, à une cinquantaine de kilomètres de la frontière du Venezuela, à l'intérieur de la Terre Indigène Yanomami, dans l'État de Roraima. Cette action est le résultat d'une collaboration de la FUNAI, du Front de Protection Ethno - environnemental Yanomami et Ye`kuana – FPEYY et de l'armée. Cette dernière conduit une opération de contrôle – Ágata 7 – de l'ensemble de la frontière brésilienne. Son objectif est de combattre les crimes transfrontaliers comme le narcotrafic, la contrebande, le trafic d'armes, l'immigration et l'orpaillage illégal. Les opérations réalisées par l'armée dans les Terres Indigènes sont accompagnées par la FUNAI.

* Voir AYA Info No 77 et, sur ce blog, la note du 11 janvier 2013.

PS : L'activation des liens hypertextes (en gris) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources permettent d'en "savoir plus".

Une version réduite de cette note a été publiée dans le dernier AYA Info (No 83), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

11/01/2013

TI Yanomami : des "violations de domicile" à répétition

Brasil,Brésil,Amazônia,Amazonie,FUNAI,Fundação Nacional do Indio,Hutukara,HAY,rio Ajarani,Roraima,Yanomami,CNRS,François Michel Le Tourneau,Instituto SocioAmbiental,ISA, garimpeiros,orpaillage,orpailleurs,Rainforest,Boa Vista,AYA,Polícia federal,Caracaraí,Davi Kopenawa,Yekuna,João Batista CatalanoL'Est de la Terre Indigène Yanomami (TI-Y) - la partie qui se trouve dans l'État de Roraima - est particulièrement exposé aux invasions et incursions d'orpailleurs, pêcheurs, petits paysans, exploitants forestiers. Cette situation a été rappelée en octobre dernier, lors de la VIIe Assemblée générale de l'Hutukara Associação Yanomami*

Une expédition a été organisée pour établir un "état des lieux" de ces occupations illégales. Le 27 octobre, elle a commencé à parcourir les 280 km de cette portion de frontière de la TI-Y, à partir du rio Ajarani en remontant vers le Nord. Elle est composée de membres de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI, de l'Hutukara Associação Yanomami – HAY, de l'Instituto SocioAmbiental – ISA. Un chercheur du Centre National de la Recherche Scientifique – CNRS (France), François Michel Le Tourneau, a rejoint le groupe le 3 novembre. C'est une initiative soutenue par la Fondation Rainforest de Norvège.

Dans les premiers rapports publiés par ISA le 6  et le 14 novembre, le groupe a pu constater que certains panneaux qui interdisent l'accès à la TY-Y sont illisibles ou à terre. Il a retrouvé des filets de pêche, des traces de campements. La progression de l'expédition est ralentie par la sécheresse qui sévit en Amazonie et qui rend la navigation difficile.

Un bilan de l'expédition a été présenté le 24 novembre dans la communauté Serrinha située dans la municipalité de Caracaraí. Les leaders ont dénoncé le fait que la Funai n'a pas terminé l'évacuation de tous les envahisseurs. L'expédition a pu constater qu'il existe encore des zones où la forêt a été préservée. Mais elle relève aussi que le front de colonisation agricole se rapproche des limites de la TI-Y. Il a été décidé de donner une formation à une cinquantaine d'indigènes pour qu'ils soient en mesure de surveiller cette partie du territoire Yanomami.

Pour Davi Kopenawa Yanomami, présent pour ce bilan : "Cette terre est démarquée par le gouvernement fédéral, mais même ainsi, les fazendeiros n'en sont jamais sortis. Ils sont ici parce qu'ils sont protégés par le gouvernement de (l'État) de Roraima. Mais notre heure va arriver pour qu'ils sortent. Nous avons de la patience".

Encore une opération contre l'orpaillage illégal**

Par ailleurs, le 14 novembre dernier, des agents de la FUNAI, accompagnés de six Yanomami, ont arrêté 52 garimpeiros (orpailleurs) qui pratiquaient illégalement l'orpaillage dans la région du rio Apiaú, une zone difficile d'accès. En infériorité numérique, les agents de la FUNAI, n'ont pas pu empêcher la fuite de 27 orpailleurs. Seulement 25 d'entre eux ont pu être conduits au siège de la Police Fédérale de Boa Vista – la capitale de l'Etat - pour y être entendus et enregistrés. L'orpaillage étant considéré comme un délit mineur, ils ont été remis en liberté… Selon João Batista Catalano, coordinateur du front de protection ethno-environnemental Yanomami /Yekuna, il y aurait 1'200 garimpeiros dans la TI-Y.

En guise de rappel : en 2011, peu après la diffusion, sur le réseau de télévision Globo, le 9 octobre, d'un reportage sur l'orpaillage illégal dans la TI Yanomami. Et une audience publique, sur le même sujet, à la Chambre des Députés le 27 octobre suivant, une opération de police avait permis la destruction de plusieurs points d'orpaillage et l'inculpation de près d'une trentaine de garimpeiros.

***

* Voir sur ce blog, la note du 09/11/2012

** Voir sur ce blog, les notes des 18/11/2011, 21/10/2011 et  07/10/2011

Carte : Instituto Socioambiental (ISA) – La frontière Est de la Terre Indigène Yanomami.

PS : L'activation des liens hypertextes renvoie aux sources utilisées pour la rédaction de cette note. Elles sont souvent en portugais, sauf quand il s'agit d'anciens "AYA Info".

Une version réduite de cette note a été publiée dans "AYA Info" No 77, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2