21/10/2018

Elections brésiliennes : des femmes indigènes marquent des points

Sônia Guajajara, a été la première indigène de l’histoire du Brésil à briguer le poste de Vice-présidente de la République*. Elle s’est présentée aux cotés de Guilherme Boulos, candidat, lui, à la Présidence de la République sous l’étiquette du Parti Socialisme et Liberté – PSOL. Ils n’ont obtenu « que » 617'115 voix (0,58% des suffrages) lors du premier tour des élections le 7 octobre dernier. Cependant, sur sa page Facebook, Sônia tire un bilan positif de son engagement, notamment pour avoir brisé une barrière historique qui faisait croire aux indigènes qu’ils ne pouvaient participer à une telle campagne. Selon elle, un moment qui a permis de créer des alliances, de mettre sur le devant de la scène les thèmes propres aux indigènes et à l’environnement : « Comment ne pas considérer cela comme une victoire ! » Elle est consciente de la période critique que traverse le Brésil : « Le moment exige de nous trois attitudes fondamentales : courage, résistance et réaction ! Allons-nous garantir un futur de liberté pour les prochaines générations ?» Sônia remercie spécialement Midia Ninja, un média qui a couvert sa campagne. Elle félicite deux autres femmes indigènes : Chirley Maria Pankará qui a été élue à l’Assemblée Législative de l’État de São Paulo (ALESP) et Joênia Wapichana élue à la Chambre des Députés.

La particularité de Chirley Maria Pankará, est de faire partie, sous l’étiquette du PSOL, d’une « Bancada Ativista » un groupe comprenant huit autres personnes qui a obtenu 149'844 voix. La tête de liste est une journaliste, Mônica Seixas. C’est seulement le nom de celle-ci qui apparaissait aux électeurs. La « Bancada » a gagné un mandat collectif, mais elle n’a droit qu’à un seul siège, une seule voix lors des votes de l’ALESP. C’est la première fois qu’une telle candidature collective est élue à São Paulo. Chirley est pédagogue. Elle a un engagement dans le cadre des Centres d’Éducation et Culture Indigène – CECI de l’État de São Paulo. Une organisation qui accueille des enfants des communautés indigènes pour leur donner une éducation différenciée respectant leur culture.

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Une première historique a été réalisée par Joênia Wapichana*. Cette avocate a été élue avec 8'491 voix pour représenter l’État de Roraima à la Chambre des Députés. Un État globalement pas acquis à la cause indigène. C’est la première fois, depuis la création de la Chambre en 1824, qu’une femme indigène y occupe un siège. Dans le passé, entre 1983 et 1987, Mário Juruna a été le seul indigène à y occuper une place. Interviewée par « Agência Brasil » Joênia dit que ce qui lui arrive est le résultat d’une lutte menée pendant des années par les communautés autochtones de la Terre Indigène Raposa Serra do Sol d’abord pour en obtenir la démarcation en 2005 et, ensuite, la gestion. La Fondation Nationale de l’Indien - FUNAI lui a demandé quelles sont ses principales propositions : « La défense des droits collectifs indigènes est un point prioritaire. Défendre la conclusion de la régularisation des terres, leur apporter une protection. Combattre les propositions anti-indigènes. Obtenir l’application de la consultation des peuples indigènes sur les projets de loi présentés à la Chambre les concernant… » Sa tâche sera ardue.

À part ces deux élues, les autres candidates et candidats indigènes – ils étaient près de 130 - ont échoué dans leur tentative…

Le nouveau parlement entrera en fonction en février 2019. La Chambre des Députés comptera une trentaine de partis contre 25 dans la législature qui se termine. Joênia y retrouvera 76 autres femmes, elles étaient 51 ces quatre dernières années. Les groupes de pression qui se constitueront vont traduire des rapports de forces plus ou moins favorables aux indigènes. Le rôle du nouveau Président de la République ne sera pas négligeable non plus ! Le deuxième tour de l’élection présidentielle aura lieu le 28 octobre. Le favori des sondages, Jair Bolsonaro, inquiète par ses propositions… Voir les médias !

                                                                     ***

*Voir dans ce blog la note du 4 octobre 2018.

Image : « Félicitations Joêna Wapichana – Élue - Première femme indigène députée fédérale ». Cliquer sur l’image pour en agrandir la taille.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 123, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

04/10/2018

Élections brésiliennes : les candidats indigènes plus nombreux !

Au 30 septembre, date de la dernière actualisation des statistiques électorales du Tribunal Supérieur Électoral – TSE, 131 candidats s’étaient déclarés comme « indigènes » aux prochaines élections brésiliennes des 7 et 28 octobre. Cela représente une augmentation d’environ 54 % par rapport aux élections de 2014 (85 candidats).* Mais ils ne représentent que 0,48% du total des postulants.

Les électeurs brésiliens (plus de 147 millions) sont convoqués pour élire les parlementaires et gouverneurs des États, les membres de la Chambre des Députés, une partie – cette année les deux tiers - du Sénat, le Président et le Vice-président de la République.

L’augmentation des candidatures indigènes à ces différents niveaux avait été souhaitée par les indigènes eux-mêmes lors du « Campement Terre Libre » qui avait réuni plus de 3'000 d’entre eux, à Brasilia, en avril dernier. Au moment du rassemblement, 21 pré-candidats avaient annoncé leur intention de se présenter. C’est dans les États amazoniens de Roraima et d’Amazonas qu’il y a le plus grand nombre de candidats indigènes, respectivement 20 et 17. Dans un relevé des données publiées par le TSE au début du mois d’août, le Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI note que parmi les candidatures indigènes, 75 le sont pour occuper un poste de député « estadual » (membre du parlement d’un État), 39 pour un poste à la Chambre des Députés, 7 pour être suppléant d’un Sénateur, 2 pour être Sénateur, 1 pour être vice-gouverneur, et, enfin, 2 pour être Vice-président de la République.

En matière de choix politique, 26 se présentent sous l’étiquette du Parti Socialisme et Liberté – PSOL, 14 ont choisi le Parti des Travailleurs – PT, 9 le parti Rede Sustentabilidade – REDE (Réseau de « soutenabilité »), 9 le Parti Communiste du Brésil – PCdoB. Les autres se répartissent sur les listes de 28 partis différents.

Parmi ces candidatures, il faut relever celles de deux femmes.

Joênia Wapichana est candidate à la députation fédérale de l’État de Roraima. Elle est la première indigène du Brésil à exercer la profession d’avocate. Elle s’est engagée au sein du département juridique du Conseil Indigène de Roraima – CIR. Elle a milité pour la démarcation de la Terre Indigène Raposa Serra do Sol. Elle a été la première présidente de la Commission des Droits des peuples indigènes au sein de l’Ordre des Avocats du Brésil – OAB. Elle se présente sous l’étiquette du REDE dont la leader est Marina Silva (qui avait démissionné du Gouvernement de Lula en 2008).

Sônia Bone Guajajara, est de l’État du Maranhão, plus exactement de la Terre Indigène Araribóia. Elle est infirmière. À l’Université de l’État du Maranhão elle a reçu une formation en éducation spécialisée. Son engagement dans le mouvement indigène est déjà ancien. Elle a été responsable de la Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne – COIAB avant d’avoir une responsabilité au sein de l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB. Elle est la première indigène à briguer le poste de Vice-présidente de la République** au côté de Guilherme Boulos, candidat, lui, à la Présidence de la République pour le PSOL.

L’autre candidat indigène à la Vice-présidence de la République est Hamilton Mourão, un général en retraite. Lors d’un meeting électoral, tenu au début du mois d’août à Caxias do Sul, il a déclaré que le « Brésil avait hérité de l’indolence des indigènes et du comportement de malandrins des africains ». Discours qui a suscité de nombreuses réactions. Au-delà de ces propos, sa candidature accompagne celle du pour le moins controversé Jair Bolsonaro, candidat, lui, à la Présidence de la République. Celui-ci est connu de longue date pour ses positions anti-noirs et anti-indigènes. En 2017 déjà, il avait annoncé que, s’il était élu en 2018, il en finirait avec les réserves indigènes !

Les médias relatent abondamment l’évolution de cette campagne électorale qui marque le retour d’une extrême droite incarnée par ce candidat.

Dans l’histoire brésilienne, un seul indigène, Mário Juruna, a occupé un siège à la Chambre des Députés entre 1er février 1983 et le 31 janvier 1987. Actuellement, au sein du Congrès (Chambre des Députés et Sénat),

Les lobbys anti-indigènes sont puissants. Le CIMI vient de publier un document recensant les parlementaires (40 Députés et 10 Sénateurs) qui agissent le plus contre les droits indigènes.

Il y a tout juste trente ans, le 5 octobre 1988, le Brésil qui sortait de la dictature militaire, adoptait une Constitution reconnaissant aux indigènes des droits culturels et territoriaux. Droits malheureusement mal appliqués et maintenant contestés. Comment les électeurs brésiliens de 2018 vont - ils célébrer cet anniversaire. ?

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*Voir sur ce blog la note du 1er octobre 2014 / ** Voir la note du 31 mai 2018

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PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 123, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

05/01/2018

Brésil : Un professeur indigène assassiné au matin du 1er janvier

Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Xokleng, Marcondes Namblá, Penha, Santa Catarina, Terre Indigène Ibirama –Laklãnõ, Université Fédérale de Santa Catarina, José Boiteux, Funai, Cimi, Imbituba, Vitor KaingangÀ peine commencée, l'année 2018 a déjà connu un acte de violence entraînant la mort d'un leader indigène. Selon les premières informations, Marcondes Namblá - 38 ans, marié, père de cinq enfants - a été agressé au matin du 1er janvier par un homme qui l'a frappé à coups de bâton près de la plage de la localité de Penha, dans l'État brésilien du Santa Catarina (SC). Après avoir reçu les premiers secours, la victime a été conduite dans un hôpital où il a succombé à ses blessures. Selon ses proches, il était à Penha pendant ses congés d'été pour gagner un peu d'argent en vendant des sorbets. La police a ouvert une enquête.

Marcondes, était un professeur indigène de l'ethnie Xokleng* dans une école de la Terre Indigène Ibirama –Laklãnõ(1), dans la municipalité José Boiteux (SC). Il avait été formé à l'Université Fédérale de Santa Catarina où il souhaitait poursuivre des études en anthropologie. Ses amis relèvent son engagement dans sa communauté, notamment dans les domaines de la langue et de la culture du peuple Laklãnõ.

La Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI a présenté ses condoléances à la famille: "La perte de Marcondes Namblá représente un manque irréparable, non seulement à sa femme, ses cinq enfants et à son peuple, mais aussi à tout le pays qui perd un important chercheur et un diffuseur de la richesse culturelle Xokleng." Les fonctionnaires régionaux de la Fondation demandent aux préfectures (mairies) d'agir pour que les indigènes qui se déplacent dans les cités reçoivent un accueil digne.

Dans une note, le Conseil Indigéniste Missionnaire (CIMI)(2) Régional Sud, demande d'accélérer l'enquête sur les circonstances de l'assassinat et les motivations des auteurs. Il rappelle que le 30 décembre 2015**, un enfant de deux ans, Vitor Kaingang, avait été mortellement blessé à Imbituba, une autre localité du littoral du Santa Catarina. Il est d'avis que les deux événements sont les conséquences du contexte d'intolérance ethnique et anti-indigène qui avance dans le pays, plus spécialement dans la région sud.

                                                                   ***

* Prononcer "Chokleng" / ** Voir sur ce Blog, la note du 9 février 2016.

(1) Voir : https://terrasindigenas.org.br/pt-br/terras-indigenas/3682

(2) Voir : https://www.cimi.org.br/2018/01/42618/

Photo : Marcondes Namblá. Photo extraite de son compte Facebook. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 121, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

16/11/2017

Brésil : violence contre les peuples indigènes en 2016

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Pour l'essentiel, le rapport publié le 5 octobre dernier reprend les chapitres habituels des ces dernières années, ce qui permet des comparaisons : Violence contre le patrimoine, 907 cas (725 en 2015); violence contre la personne, 156 cas (182 en 2015); violence par omission du pouvoir public, 128 cas (137 en 2015) et violence contre les peuples isolés et de peu de contact. Tous les cas sont documentés : le lieu, les personnes concernées, etc. Un travail de collecte de l'information réalisé par les équipes du CIMI dans tout le pays.

À reprendre les données qu'il a collectées lui-même ces dix dernières années (2007 – 2016), le CIMI a compté 616 assassinats d'indigènes dont 56 en 2016. Le rapport qui vient d'être publié indique que 18 morts sont la conséquence de disputes et/ou de consommation d'alcool. Il revient à plusieurs reprises sur le conflit pour les droits territoriaux dont la municipalité de Caarapó, dans l'État du Mato Grosso do Sul, a été le théâtre au matin du 14 juin 2016 : un conflit entre fazendeiros et Guarani-Kaiowá qui s'est soldé par la mort de Clodiodi Aquileu Rodrigues de Sousa****, un jeune Agent indigène de santé de 23 ans. À relever que le rapport fait aussi état des décès suite à des agressions enregistrées par les Districts Sanitaires Spéciaux Indigènes – DSEI : 118 en 2016, dont 44 dans le DSEI Yanomami. L'État du Mato Grosso do Sul est celui qui compte généralement le plus d'assassinats d'indigènes.

À noter encore l'importance de la mortalité parmi les enfants de moins de cinq ans : 735 (599 en 2015), dont 103 (72 en 2015) dans le seul District Sanitaire Spécial Indigène Yanomami.

La présentation du rapport peut être visionnée sur Facebook. Le Cimi a aussi publié une carte des conflits.

                                                                         ***

* Pour 2015, voir sur ce blog la note du 4 novembre 2016.

** Le CIMI est l'organe de la Conférence Nationale des Evêques du Brésil – CNBB en charge des questions indigènes. Dom Paloschi en est le président. Il est archevêque de Porto Velho, la capitale de l'État de Rondônia en Amazonie.

*** Le lobby de l'agrobusiness.

**** Voir sur ce blog, la note du 27 juin 2016.

Illustration : © CIMI Ana Mendes – Des proches enterrent Clodiodi Aquileu Rodrigues de Sousa / 1ère de couverture du Rapport. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 120, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

10/06/2017

Brésil : Les "Ruralistes" dévoilent leurs intentions à l'égard des Indigènes

En novembre 2015, le lobby des "Ruralistes" (de l'agrobusiness) de la Chambre des Députés a obtenu la création d'une Commission Parlementaire d'Enquête – CPI visant les activités de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI et de l'Institut National de Colonisation et de Réforme Agraire – INCRA. Ces deux administrations, la première ayant pour objet la protection des peuples indigènes et de leurs territoires, et la seconde de distribuer des terres aux petits paysans. Tâches que le lobby considère contraires à ses intérêts. La Commission, dominée par des députés membres de la "Bancada ruralista" (Frente Parlamentar Mista da Agropecuária – FPA), n'a pas été en mesure de rendre ses travaux avant le délai imparti, soit en août 2016. Mais très vite, à la fin du même mois, une deuxième CPI Funai/Incra a été constituée. Cette dernière vient de rendre un volumineux rapport de 3'385 pages.

À propos de la FUNAI, le document passe en revue son action dans cinq États (Rio Grande do Sul, Santa Catarina, Pará, Mato Grosso, Mato Grosso do Sul et Bahia) pour y énumérer des faits qui, aux yeux des Commissaires, constituent des actes illégaux, des fraudes et des conflits. Les textes internationaux protégeant les populations indigènes sont évoqués dans une quarantaine de pages; l'occasion de rappeler que le Brésil pourrait dénoncer son adhésion à la Convention 169 de l'OIT à partir de 2023. Un chapitre, "L'ombre de l'internationalisme et les ONG" traite de l'action d'ONGs brésiliennes et étrangères qui coopèrent avec les peuples indigènes du pays. Dans cette partie du texte, la CPI a utilisé plusieurs rapports de l'Agence Brésilienne de Renseignements – ABIN. Selon le rapporteur, les ONGs manipulent les peuples indigènes dans l'espoir de décrocher des contrats "à prix d'or" pour élaborer des études environnementales nécessaires à l'obtention de l'autorisation des ouvrages.

Le document cite le nom de dizaines de personnes soupçonnées de ne pas avoir respecté la loi, notamment dans le but de fausser la délimitation et la démarcation de Terres Indigènes. Dans une première version, le président du Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI, Dom Roque Paloschi est mentionné quatre fois.

La Commission propose la création d'un "Groupe Technique" auprès du Ministère de la Justice pour étudier les Terres Indigènes encore à démarquer. Elle suggère la création d'un Secrétariat National de l'Indien, directement rattaché à l'administration publique chargé des tâches actuellement confiées à la FUNAI. Enfin, elle a élaboré un projet de loi d'application de l'article 231 de la Constitution fédérale de 1988 concernant les droits reconnus aux Peuples indigènes.

Le rapport contient encore une lettre à la représentation de l'OIT à Brasilia au sujet de l'application de la Convention 169. C'est l'attitude d'ONGs qui est visée. La CPI leur reproche de faire obstruction à la consultation des peuples indigènes souhaitée par le Gouvernement. Une autre lettre destinée à la représentation du Vatican (la Nonciature Apostolique) au Brésil. La Commission y dénonce "l'action contraire aux principes chrétiens et à la dignité humaine" de la part d'agents du Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI.

Onze députés, dont Paulão, Président de la Commission des droits humains et des minorités de la Chambre des députés, ont rédigé un "Rapport parallèle". Un texte exprimant leur désaccord sur la méthode de travail, le contenu et les conclusions du rapport de la majorité. Dans une note, le Ministère Public Fédéral affirme que le rapport est anticonstitutionnel et illégal.

Réunis dans une communauté de l'État de Santa Catarina, les leaders Guarani du Sud et du Sud-Est du pays ont adressé une lettre ouverte à la société nationale qu'ils concluent par un avertissement : "… S'il n'y a pas de terre pour les Guarani, pour tous les peuples indigènes, pour les quilombolas et ceux qui vivent de la terre, il n'y aura de terre pour personne!". Interrogés par "Amazônia Real" une demi-douzaine de leaders indigènes ont exprimé leur désapprobation au sujet de la proposition de suppression de la Funai. Parmi eux, Gersem Baniwa pour qui "… La Funai, avec toute la difficulté et les contradictions qu'elle a eu au cours de son histoire a toujours été un organe qui représente la volonté de l'État de respecter les droits des indigènes. Son démontage est le démontage de la politique indigéniste".

Le vote du rapport final a eu lieu le 30 mai. Un texte légèrement différent de la première version où, par exemple, le nom du Président du CIMI n'est plus dans la liste des personnes dénoncées.

                                                                        ***

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note a été publiée dans le dernier "AYA Info" No 116, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

08/01/2017

Brésil : Un projet d’article additionnel au « Statut de l’Indien » fait controverse

Le 14 novembre, la Commission des "Droits Humains et Législation participative" du Sénat brésilien a commencé l'examen d'un projet loi - PL (PLC 119/2015) qui introduit un nouvel article dans le "Statut de l'Indien" de 1973. Ce texte concerne les communautés indigènes. Il veut établir un devoir pour l'Union, les États, les municipalités et les autorités responsables de la politique indigéniste d'assurer la dignité de la personne humaine et de mener des actions en vue de garantir le droit à la vie, à la santé et à l'intégrité physique et psychique des enfants, des adolescents, des femmes, des personnes porteuses de déficiences et des indigènes âgés. Cela en préférence aux pratiques traditionnelles indigènes. Les citoyens et les entités qui ne dénonceraient pas les pratiques contraires aux doits énoncés dans cet article seraient passibles de poursuites. En fait, il s'agit surtout de criminaliser les peuples indigènes qui pratiqueraient l'infanticide de nouveau-nés et leurs alliés.

Dans la culture de certains peuples, la reconnaissance de l'existence d'un nouveau-né n'intervient pas au moment de la naissance, mais quand la communauté lui donne une identité. Compte tenu des conditions dans lesquelles vivent ces groupes, il peut y avoir des cas où ces derniers n'acceptent pas le nouveau-né pour des raisons diverses : un état physique ne lui permettant pas d'avoir une existence heureuse ou que sa communauté ne soit pas en mesure de le protéger en toutes circonstances.

Un projet controversé, critiqué par les entités de soutien à la cause indigène. Pour la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI, ce projet de loi part du présupposé que l'État brésilien a totalement omis de légiférer sur le sujet qui existe chez les indiens et les non-indiens, un projet qui ne prend pas en compte la législation déjà existante : "il n'est pas nécessaire de créer une autre loi".

Le texte original (PL-1057/2007) présenté en mai 2007 à la Chambre des Députés a été rédigé par Henrique Afonso, un député de l'État d'Acre connu pour son appartenance à l'Église Presbytérienne. La Chambre des Députés, alors présidée par Eduardo Cunha*, l'a adopté le 26 août 2015 par 361 oui, 81 non et 9 abstentions avant d'être envoyé au Sénat. Avant le vote, une controverse avait déjà opposé les députés.

Il est pour le moins significatif que le Parlement veuille modifier le "Statut de l'Indien" de 1973 adopté sous la dictature militaire qui prévoit toujours un régime de tutelle de l'État sur les "sylvicoles" non intégrés à la communauté nationale. Un Statut rendu obsolète par la Constitution de 1988 qui reconnaît aux Peuples indigènes leur organisation sociale, leurs coutumes, croyances et traditions et qui a supprimé la tutelle.

Pour remplacer ce texte de 1973, un projet de "Statut des Peuples Indigènes", fruit d'une large consultation des Peuples indigènes du pays, a été adopté par leurs représentants, à Brasilia, lors du campement "Terre libre" d'avril 2009. Ce document été déposé le 5 août de la même année à la Chambre des Députés, alors présidée par Michel Temer. Il contient plus d'une dizaine d'articles consacrés à la protection de l'enfant et de l'adolescent indigènes et aux normes pénales et procédurales. Mais ce texte est toujours dans les tiroirs du parlement !

De l'avis des professionnels de santé intervenant auprès des populations indigènes, l'infanticide que veut réprimer ce projet de loi serait une pratique très rare. Le nombre de cas n'aurait rien à voir avec le taux de mortalité infantile indigène dû aux maladies, à la malnutrition et aux carences du Service de santé. Selon le Ministère de la Santé, ce taux était de 74,61 morts (dans la première année de vie) pour mille naissances en 2000. Il est descendu à 31,28 en 2015. Mais il est encore 2,3 fois au dessus de la moyenne nationale qui est à 13,8 décès pour mille bébés nés vivants.

Plusieurs entités ont eu l'occasion de débattre du sujet et de se positionner. Le 10 février 2010 déjà, la Commission de Politique Indigéniste – CNPI qui regroupe des représentants des institutions publiques en charge des questions indigènes, dont la FUNAI, des associations indigénistes et des organisations et peuples indigènes a adopté une résolution adressée au Président de la Chambre des Députés, dans laquelle elle demande le classement définitif du PL.

Le rapport présenté, en octobre 2009, lors de la XVIIIe Assemblée générale du Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI, l'organe de la Conférence Nationale des Evêques du Brésil - CNBB en charge des questions indigènes, évoque ce projet de loi : "...l'infanticide est présenté comme étant le problème central qui menace la vie des peuples indigènes… Le CIMI défend la vie intégrale de tous, en toutes circonstances… La vie des peuples indigènes n'est pas menacée seulement par quelques cas isolés, mais systématiquement par les conflits en rapport avec la question agraire, par le modèle hégémonique de développement, la dégradation sociale et la destruction de la nature… Leurs vies ne sont pas menacées par un infanticide interne à une culture, mais par l'ethnocide de type néocolonial".

Le 6 mars 2015, l'Association Brésilienne d'Anthropologie – ABA a adressé une lettre au président de la Chambre des Députés dans laquelle elle demande le classement de ce projet de loi. Son argumentation aborde plusieurs points. Par exemple, elle reproche au texte ne pas être une campagne pour la vie, mais "une tentative de criminalisation mettant les collectivités indigènes en état permanent d'accusées, une rhétorique déjà utilisée par les colonisateurs de l'Amérique."

Le 8 octobre 2015, dans une recommandation, le Conseil National de Santé, après avoir rappelé que le Code pénal brésilien s'applique indistinctement à tous les brésiliens, y compris aux indigènes, demande au Sénat de rejeter ce projet de loi qui viole plusieurs principes constitutionnels, notamment l'égalité de traitement et la non discrimination.

Inspiré par des fondamentalistes, ce texte est soutenu par de nombreux lobbyistes anti-indigènes présents au Parlement. Ils ont vu dans ce projet un moyen supplémentaire de criminaliser les peuples indigènes et leurs alliés sous prétexte de promouvoir les droits humains.

À suivre…

* "Tombeur" de Dilma Rousseff, lui aussi membre de la "Bancada evangélica" avant son éviction du Parlement.

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PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 113, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

25/11/2016

Brésil : le Peuples indigènes défendent le service de santé

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Ricardo Barros, SESAI, DSEI, MPF, FUNAI, APIB, CIMI, Terras Indígenas, barragens, hidrelétricas, Campo Grande, Mato Grosso do Sul, Saúde, santé indigèneLe 17 octobre, le Ministre d'État de la Santé, Ricardo Barros a signé un arrêté qui enlevait au Secrétariat Spécial de Santé Indigène – SESAI et, à travers lui, les 34 Districts Sanitaires Spéciaux Indigènes - DSEI du pays, leurs compétences en matière de gestion budgétaire et financière. Celles-ci devant être reprises et centralisées par le Ministère à Brasilia. C'est l'autonomie de ces instances qui était supprimée. Dans une note technique, le Ministère Public Fédéral considère que cette décision est illégale et contraire à la Constitution.

La réaction des organisations indigènes a été rapide et conséquente. Elles y ont vu une dangereuse aggravation du fonctionnement du service de santé indigène qui, déjà, ne donne pas satisfaction. Le 23 octobre, l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB a appelé les peuples et organisations indigènes à se mobiliser entre le 24 et le 28 octobre pour demander la révocation immédiate de cet arrêté en occupant les bureaux du SESAI dans les différentes parties du pays. L'appel a été entendu. Des manifestations ont effectivement eu lieu un peu partout dans le pays : occupation des bureaux du SESAI, barrages sur des routes, etc. Le Conseil Indigéniste Missionnaire - CIMI a estimé qu'environ onze mille indigènes ont participé au mouvement. Le 26 octobre, l'APIB pouvait annoncer qu'après une rencontre avec le ministre, celui-ci était revenu sur sa décision.

Dans une note publiée le 14 novembre, l'Articulation s'est adressée aux leaders et aux Peuples indigènes pour manifester sa satisfaction. Mais elle rappelle qu'il y a d'autres sujets préoccupants : la déforestation qui atteint des Terres Indigènes; les projets d'exploitation minière et de construction d'infrastructures (usines hydroélectriques); la réduction des activités de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI et sa "militarisation" (un colonel a été nommé coordinateur de la Fondation à Campo Grande, dans l'État du Mato Grosso do Sul), etc.

Elle termine sa note par un appel : "Malgré ce contexte difficile, nos peuples ont déjà démontré qu'ils restaient unis et déterminés à ne pas relâcher leur lutte pour assurer leurs droits consacrés par la Constitution fédérale et les traités internationaux signés par le Brésil. Aucun droit en moins. Résister unis pour continuer d'exister!"

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PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans le dernier "AYA Info" No 112, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

28/06/2016

Mato Grosso do Sul : nouvel acte de violence contre les Guarani

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Caarapó, Mato Grosso do Sul, Guarani Kaiowá, Clodiodi Rodrigues Souza, CIMI, Conselho Indigenista Missionário, FUNAI, Brasilia, Tekoha Te'iy Jusu, APIB, Ambrósio Vilhalva, Marco Bechis, La Terre des hommes rouges", Allemagne, Spensy PiementelLa municipalité de Caarapó, dans l'État brésilien du Mato Grosso do Sul a été le théâtre de violences à l'endroit d'une communauté Guarani Kaiowá. Au matin du 14 juin, un groupe d'environ 70 fazendeiros a attaqué, pendant plusieurs heures, les Guarani Kaiowa qui occupaient depuis deux jours la Fazenda Yvu sur la Terre Indigène (TI) Dourados-Amambaipeguá I. C'est une TI d'une surface d'environ 560 km2, identifiée comme telle par la Funai le 11 mai dernier, après que les leaders aient occupé le siège de la Fondation à Brasilia.

Un jeune agent indigène de santé de 23 ans, Clodiodi Rodrigues Souza a été tué, et, selon les témoignages recueillis par le Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI, six indigènes ont été acheminés vers un hôpital. Les Guararni revendiquent cette terre, leur "Tekoha Te'iy Jusu" depuis une trentaine d'années.

L'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil - APIB "exige du gouvernement intérimaire de Michel Temer l'immédiate éclaircissement de ce crime et la punition des responsables, propriétaires ou hommes de mains de l'agrobusiness organisés en véritables milices".

C'est déjà dans un conflit de la terre qu'a été assassiné, le 1er décembre 2013 dans la même région, Ambrósio Vilhalva, le leader Guarani, acteur du film de Marco Bechis "La Terre des hommes rouges".

Cet acte de violence est un épisode de plus dans la guerre que livrent les fazendeiros à ce "Peuple premier" de cette partie du territoire brésilien, et cela depuis de nombreuses années. Entre 2003 et 2014 le CIMI a recensé 377 assassinats commis contre des indigènes de cet État, soit 55% des 686 commis contre cette partie de la population dans tout le pays.

Le Mato Grosso do Sul a une superficie de 357'000 km2, soit autant que l'Allemagne. Il compte maintenant environ 2,6 millions d'habitants. En 2010, il comptait un peu plus de 73'000 indigènes occupant, selon l'Institut Socioambiental, 53 TI, dont une dizaine sont en phase "d'identification". Dans une interview, l'anthropologue Spensy Pimentel, souligne que les Guarani Kaiowá revendiquent seulement 2% des terres de cet État…

De nombreuses entités, tant au niveau brésilien qu'au niveau international ont manifesté leur indignation en rapport avec cette violence.

Photo : © CIMI Ana Mendes – Les proches de Clodiodi entourent son cercueil.

Ci-dessous une vidéo relatant cet événement mise en ligne par le CIMI :

                                                                        

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans le dernier "AYA Info" No 110, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

09/02/2016

Odieux assassinat d'un enfant Kaingang de 2 ans

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Kaingang, Imbituba, Santa Catarina, Vitor Pinto, Aldeia Kondá, Chapecó, Funai, Cimi, MinCLe 30 décembre, aux alentours de midi, la gare routière d'Imbituba, une localité située sur le littoral sud de l'État brésilien de Santa Catarina, a été le théâtre d'un crime particulièrement odieux : installée sous un arbre, Sônia da Silva, la maman du petit Vitor Pinto, âgé de deux ans, nourrissait son fils quand un jeune homme s'est approché, a caressé le visage de l'enfant avant de lui trancher la gorge et de s'enfuir. L'incident n'a duré que quelques secondes. Vitor est mort avant son arrivée à l'hôpital. Les cameras de surveillance ont permis d'identifier le criminel de 23 ans qui a été arrêté le lendemain de son forfait. Il a avoué, et dit avoir agi inspiré par des esprits et non par haine des Indiens. Le 26 janvier, au terme de l'enquête de police, il est accusé d'homicide doublement qualifié, c'est à dire commis pour un motif futile sur un être sans défense. L'avocat de la défense souhaite que son client soit soumis à une expertise médicale. S'il est condamné, il risque entre 12 et 30 ans de prison. La famille de Vitor s'était déplacée à Imbituba pour vendre l'artisanat de sa fabrication aux nombreux touristes qui fréquent les plages de l'Atlantique en cette période de fêtes.

La sépulture de Vitor a eu lieu dans sa communauté située dans la Terre Indigène Aldeia Kondá, dans la municipalité de Chapecó. Une semaine plus tard, deux manifestations ont eu lieu à Imbituba et Chapecó pour demander que justice soit faite.

La Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI, le Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI et le Ministère de la Culture – MinC ont exprimé leur indignation. Pour le Ministère, "Ce crime terrible est une attaque de plus contre les peuples indigènes qui souffrent de violences, persécutions et tout type d'irrespects à leurs droits constitutionnels, comme le droit à la terre, à la santé et à l'éducation entre autres".

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Photo © Cimi – Regional Sul - Jacson Santana & Marina Olivera : La manifestation du 6 janvier 2016 à Chapecó (SC). Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans le dernier "AYA Info" No 108, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

24/11/2015

CIMI : le nouveau président et les violences contre les indigènes au Mato Grosso do Sul

Lors de sa dernière Assemblée générale, réunie à mi-septembre à Luziânia, dans l'État de Goias, le Conseil Indigéniste Missionnaire  - CIMI * s'est donné un nouveau président : Dom Roque Paloschi, alors évêque de Roraima où il avait été nommé en mai 2005. Il va quitter ce diocèse pour occuper le siège de l'Archidiocèse de Porto Velho, la capitale de l'État de Rondônia. Dom Roque a accompagné de près la démarcation, par Lula en avril 2005, de la Terre Indigène Raposa Serra do Sol. Nombreux ont été les conflits engendrés par cette reconnaissance des droits territoriaux des Indiens Ingarikó, Macuxi, Patamona, Taurepang et Wapichana qui occupent cette aire indigène.

Cette nomination a été saluée par le Conseil Indigène de Roraima – CIR qui,  "avec ses 465 communautés indigènes, totalisant approximativement soixante mille indiens, réaffirme son partenariat et son engagement avec cette entité indigéniste qui agit depuis plus de 40 ans au service des peuples indigènes du Brésil".

Dom Roque succède à Dom Erwin Kräutler. Ce dernier a présidé le CIMI pendant quatre mandats de quatre ans, de 1983 à 1991, de 2007 à 2015. Actuellement il est évêque d'Altamira, la localité proche du barrage de Belo Monte. Il est connu, et menacé, pour ses prises de positions en faveur les populations riveraines, notamment les communautés indigènes, touchées par la construction de l'ouvrage hydroélectrique.

Dans l'introduction de son dernier rapport en tant que président, le prélat relève "[les] Tensions et préoccupations, les angoisses, la peine, et par dessus tout, l'indignation et la révolte, devant la négligence et, souvent l'omission ouverte des pouvoirs constitués qui caractérisent les années 2014 et 2015. Les défis sont journaliers et sans trêve; mais nous pouvons affirmer qu'avec la grâce de Dieu, nous étions et nous sommes aux côtés des peuples indigènes qui affrontent les attaques à leurs droits, les plus violentes dans l'histoire récente du pays."

Le Mato Grosso do Sul (MS) est connu pour être le théâtre de nombreux conflits violents** entre les indigènes et les fazendeiros. Le CIMI y a compté l'assassinat de 390 indigènes au cours des 12 dernières années. Dans cet État, il est l'objet d'une Commission d'Enquête Parlementaire – CPI créée au sein de l'Assemblée législative – AL. Le 28 août dernier, deux députés de l'AL ont reçu plusieurs fazendeiros qui ont demandé leur appui pour résoudre les conflits pour la terre. Ils accusent le CIMI de financer les actions des indiens qui luttent pour récupérer leur territoire ancestral. C'est la députée Mara Caseiro qui a proposé la création de cette CPI à l'Assemblée, une proposition acceptée le 29 septembre. L'Assemblée a même désigné cette députée pour présider la Commission.

Le 7 octobre, à l'AL même, s'est tenue une cérémonie œcuménique organisée par diverses entités qui appuient la cause indigène. Dom Roque Paloschi s'est exprimé à cette occasion : "Nous n'avons rien à cacher. Au contraire, c'est une chance de montrer les souffrances de ces peuples… Nous voulons qu'elle [la Commission] ouvre la voie pour une investigation relative aux morts indigènes. Il est facile de criminaliser un peuple opprimé par une société oppressive."

Comme en réponse à la création de cette CPI, d'autres députés ont proposé la création d'une autre Commission d'enquête parlementaire au sein de l'AL, mais celle-ci est chargée d'enquêter sur les violences commises à l'endroit des indigènes dans cet État (les 390 assassinats). Cette Commission, très vite été appelée "CPI du Génocide", a été officialisée le 14 octobre. Elle a déjà commencé ses travaux.

À suivre…

* Le CIMI est l'organe la Conférence Nationale des Evêques du Brésil – CNBB chargé de la question des Peuples indigènes.

** Voir sur ce Blog, la note du 28 septembre 2015.

 

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note est une mise à jour de la "brève" publiée dans "AYA Info" No 106, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2