16/11/2017

Brésil : violence contre les peuples indigènes en 2016

Brasil, Brésil, Amazonie, CIMI, Conselho Indigenista Missionário, violência, povos indígenas, Dom Roque Paloschi, Cleber Cesar Buzzato, Michel Temer, FUNAI, ruralistas, Caarapó, Mato Grosso do Sul, fazendeiros, Guarani-Kaiowá, Clodiodi Aquileu Rodrigues de Sousa, AIS, Agente Indígena de Saúde, DSEI"La question indigène au Brésil: entre omission et cynisme". C'est le titre de la présentation, faite par Dom Roque Paloschi, du onzième* rapport du Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI** sur la "Violence contre les Peuples Indigènes au Brésil". Il s'agit des données concernant l'année 2016. Evoquant le cadre politique, Cleber Cesar Buzzato, le Secrétaire exécutif du Conseil relève que "La situation de violation et de violences contre les peuples Indigènes s'est profondément aggravée en 2016… Avec le coup politico- juridico-médiatique qui a placé Michel Temer à la présidence de la République, l'idéologie "Un seul pays pour un seul peuple" a été renforcée et a commencé à se faire sentir dans les sphères du pouvoir exécutif brésilien." L'introduction précise que : "Les disputes pour le pouvoir politique dans le pays causent l'augmentation de la violence contre les peuples." Plusieurs articles détaillent les particularités de l'année écoulée, par exemple l'influence grandissante des "ruralistes"*** sur la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI et la réduction de son budget.

Pour l'essentiel, le rapport publié le 5 octobre dernier reprend les chapitres habituels des ces dernières années, ce qui permet des comparaisons : Violence contre le patrimoine, 907 cas (725 en 2015); violence contre la personne, 156 cas (182 en 2015); violence par omission du pouvoir public, 128 cas (137 en 2015) et violence contre les peuples isolés et de peu de contact. Tous les cas sont documentés : le lieu, les personnes concernées, etc. Un travail de collecte de l'information réalisé par les équipes du CIMI dans tout le pays.

À reprendre les données qu'il a collectées lui-même ces dix dernières années (2007 – 2016), le CIMI a compté 616 assassinats d'indigènes dont 56 en 2016. Le rapport qui vient d'être publié indique que 18 morts sont la conséquence de disputes et/ou de consommation d'alcool. Il revient à plusieurs reprises sur le conflit pour les droits territoriaux dont la municipalité de Caarapó, dans l'État du Mato Grosso do Sul, a été le théâtre au matin du 14 juin 2016 : un conflit entre fazendeiros et Guarani-Kaiowá qui s'est soldé par la mort de Clodiodi Aquileu Rodrigues de Sousa****, un jeune Agent indigène de santé de 23 ans. À relever que le rapport fait aussi état des décès suite à des agressions enregistrées par les Districts Sanitaires Spéciaux Indigènes – DSEI : 118 en 2016, dont 44 dans le DSEI Yanomami. L'État du Mato Grosso do Sul est celui qui compte généralement le plus d'assassinats d'indigènes.

À noter encore l'importance de la mortalité parmi les enfants de moins de cinq ans : 735 (599 en 2015), dont 103 (72 en 2015) dans le seul District Sanitaire Spécial Indigène Yanomami.

La présentation du rapport peut être visionnée sur Facebook. Le Cimi a aussi publié une carte des conflits.

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* Pour 2015, voir sur ce blog la note du 4 novembre 2016.

** Le CIMI est l'organe de la Conférence Nationale des Evêques du Brésil – CNBB en charge des questions indigènes. Dom Paloschi en est le président. Il est archevêque de Porto Velho, la capitale de l'État de Rondônia en Amazonie.

*** Le lobby de l'agrobusiness.

**** Voir sur ce blog, la note du 27 juin 2016.

Illustration : © CIMI Ana Mendes – Des proches enterrent Clodiodi Aquileu Rodrigues de Sousa / 1ère de couverture du Rapport. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 120, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

28/09/2015

Les violences contre les peuples indigènes ont augmenté en 2014

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas,CIMI,Conselho Indígenista Missionário,CNBB,Conferência Nacional dos Bispos do Brasil, Mato Grosso do Sul, SESAI, DSEI, Cleber César Buzzato, Telmário Mota, Senado Federal, PEC 215/2000C'est une augmentation sensible des actes de violences et de violations des droits pratiqués, en 2014, contre les peuples indigènes du Brésil que le Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI* a recensé dans le pays. Le traditionnel rapport annuel de l'entité a été présenté, le 19 juin à Brasilia, au siège de la Conférence Nationale des Évêques du Brésil – CNBB. Comme à l'ordinaire, les violences sont – la situation est - présentées en trois chapitres : Violence contre le patrimoine, Violence contre les personnes et Violence par négligence des pouvoirs publics.

Il a été relevé 221 cas de "Violence contre le patrimoine" dans 17 États (97 cas dans 18 États en 2013). Parmi ceux-ci, il y a eu 19 cas de conflits relatifs aux "Droits territoriaux" dans 7 États (10 cas en 2013 dans 4 États).

Dans la catégorie "Violence contre les personnes", il a été dénombré 70 assassinats dans 12 États, dont 25 dans le seul Mato Grosso do Sul. L'année précédente, le CIMI avait dénombré 53 assassinats dans 9 États, dont 33 dans le Mato Grosso do Sul). De son côté, en 2014, le Secrétariat Spécial de Santé Indigène – SESAI a compté 138 décès résultant d'agressions dans 20 Districts Sanitaires Spéciaux Indigènes – DSEI, dont 41 dans le District du Mato Grosso do Sul. Dans cet État le niveau de violences est particulièrement élevé.

En ce qui concerne la "Violence par négligence des pouvoirs publics", 206 des cas constatés l'ont été dans 21 États (dans 19 États en 2013). Le recensement de cette catégorie de violences n'avait pas été fait de la même manière en 2013. La comparaison avec l'année précédente est donc impossible. Ce troisième chapitre concerne les suicides, le manque d'assistance dans le domaine de la santé, la mortalité infantile, l'usage de boissons alcooliques et d'autres drogues et les déficiences de l'éducation scolaire indigène.

Un quatrième chapitre est consacré aux peuples isolés ou de peu de contact. Le cinquième et dernier chapitre traite de la mémoire et de la non démarcation des terres indigènes génératrice de graves violences.

Dans la présentation du rapport, Cleber César Buzzato, le Secrétaire Exécutif du CIMI relève que "L'année 2014 a été marquée par l'approfondissement du processus de violences et de violations contre les peuples indigènes et leurs droits au Brésil. En consonance avec "l'ordre" hégémonique répondant à la logique de l'accumulation, les trois pouvoirs de la république se sont associés dans la mise en oeuvre d'actions structurantes et systématiques contre ces peuples. Nous considérons que la tentative de retirer à ces peuples la condition de sujets de droits est la ligne directrice fondamentale qui guide ce processus."

Le rapport a eu un écho, le 5 août, à la "Commission des droits humains et législation participative" du Sénat fédéral. Le sénateur Telmário Mota a présidé une audience publique pour discuter du document, mais aussi de la Proposition d'amendement Constitutionnel – PEC 215/2000. Le sénateur a relevé que les violences contre les peuples indigènes du pays sont terribles : "Les douleurs, les menaces, les invasions, les tortures, les agressions quotidiennes sont les conditions auxquelles les peuples indigènes sont soumis. Beaucoup de parlementaires liés aux secteurs qui considèrent que la terre est seulement source d'exploitation et de bénéfice, incitent, y compris dans des audiences publiques, la population à prendre position contre les droits des peuples indigènes quand les données collectées par le CIMI mettent en évidence des conflits extrêmement graves".

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* Le CIMI est l'organisme de la Conférence Nationale des Evêques du Brésil – CNBB en charge de la question des peuples indigènes.

Gravure : 1ère de couverture du rapport. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

PS 1 : Pour l'année 2013, voir sur ce blog, la note du 17 septembre 2014

PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 105, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

17/09/2014

Brésil : Violences contre les peuples indigènes, le rapport annuel du CIMI

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, índios, terras indígenas, Dom Erwin Kräutler, Cleber Cesar Buzzato, José Sarney, Dilma Rousseff, Roberto Antonio Liebgott, CISI, Mato Grosso do Sul, CIMI, CNBB"Pour les peuples indigènes, dépossédés de leur habitat ancestral, le monde devient un désert et le ciel du Bien Vivre est profané !" C'est ainsi que Dom Erwin Kräutler, président du Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI*, conclut la présentation du rapport annuel consacré à la "Violence contre les Peuples indigènes" du Brésil. Ce sont les données recueillies en 2013 qui ont été publiées le 17 juillet dernier à Brasilia. Dom Erwin relève que "Beaucoup d'agressions enregistrées ont pour toile de fond la paralysie de tous les processus de démarcation des terres indigènes imposée par la présidente Dilma Rousseff… Le mépris à l'égard des peuples indigènes ne se limite pas aux droits territoriaux. Il se manifeste aussi par une négligence criminelle dans le Service de santé qui leur est destiné". Droits territoriaux et santé sont les deux thèmes sur lesquels le rapport met l'accent.

Le Secrétaire exécutif du CIMI, Cleber Cesar Buzzato, cite l'exemple de 12 processus de démarcation de Terres Indigènes – TI qui n'attendent que la signature du ministre de la justice, pour être déclarées comme telles, et 17 attendent seulement la signature de la présidente de la république pour leur homologation, quasiment la phase finale de leur reconnaissance comme TI. En moyenne annuelle, depuis la présidence de José Sarney, c'est sous l'actuel gouvernement de Dilma Rousseff qu'il y a eu le moins de TI démarquées : seulement 3,6. Autre fait révélateur, en 2013, sur les 21,6 millions de Reais que le Congrès avait inscrits au budget de l'État pour la "Délimitation, démarcation et régularisation des TI", seuls 5,4 millions ont été utilisés.

Pour Roberto Antonio Liebgott, représentant du CIMI à la Commission Intersectorielle de Santé Indigène – CISI, "Le service de santé indigène est une réalité dévastatrice. En 2013, la politique de santé indigène a continué d'être marquée par le gaspillage des ressources financières et par une négligence absolue dans la mise en œuvre des actions. Quelques unes, très basiques, pourraient sauver des milliers de vies chaque année." Le document, citant les propres sources du gouvernement, rappelle que pour 100 indigènes qui meurent, on compte 40 enfants de moins de 5 ans. Entre janvier et novembre 2013, ce sont 693 enfants indigènes de moins de 5 ans qui sont décédés. Dans l'État du Mato Grosso do Sul, toujours dans la population indigène, le coefficient de mortalité infantile des moins de 5 ans est de 45,9/1'000 naissances. La moyenne nationale est de 19,6 pour mille.

Comme dans les rapport des années précédentes, pour 2013, le CIMI a regroupé les cas de violences sous trois chapitres : les violences contre le patrimoine; celles contre les personnes et la violence par négligence des pouvoirs publics. Dans la première catégorie, il a compté 97 cas (125 en 2012). Dans la deuxième catégorie, il a dénombré, entre autres, 53 assassinats (60 en 2012). Des négligences de la part des pouvoirs publics sont observées dans 19 États de l'Union (23 en 2012).

En 2013, sur les 27 entités de l'Union, trois États seulement (Espírito Santo, Rio Grande do Norte et Sergipe) n'ont pas connu de violences. Mais les trois catégories de violences ont été observées dans quatorze États, dont sept des neuf États de l'Amazonie légale !

Malgré des chiffres légèrement meilleurs que l'année précédente, la violence à laquelle les peuples indigènes du Brésil sont confrontés reste conséquente…

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* Le CIMI est l'organisme de la Conférence Nationale des Evêques du Brésil – CNBB en charge de la question des peuples indigènes.

- PS 1 : Tout récemment, le ministère de la santé a fait connaître son intention de modifier le service de santé indigène en créant un "Institut National de Santé Indigène – INSI". Plusieurs organisations indigènes ont déjà fait connaître leur hostilité à ce projet.

- Image : Page de couverture du rapport du CIMI. Il s'agit de l'incendie d'un bateau de la FUNAI lors des violents incidents anti-indigènes survenus le 25 décembre 2013 à Humaitá (État d'Amazonas). Á ce sujet, voir sur ce blog la note du 15 février 2014. L'auteur de la photo : Raolin Magalhães (cédée pour le peuple Tenharim). Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

- Pour les années précédentes, voir sur ce blog, les notes des 02/09/2013, 14/09/2012, 09/09/2011 et 03/08/2010.

- PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans "AYA Info" (No 95), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2