31/12/2018

Joênia Wapichana, prix 2018 des Droits de l’homme de l’ONU

Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, Joênia Batista de Carvalho, Joênia Wapichana, ONU, Prix Droits de l’homme 2018, Nations Unies, New York, António Guterres, Michelle Bachelet, Maria Fernanda Espinosa, Rebeca Guymi, Asma Jahangir, Front Line Defenders, Martin Luther King, Nelson Mandela, Commission Interaméricaine des Droits Humains, CIDH, STF, Raposa Serra do Sol, Roraima, Conselho Indígena de Roraima, CIR, Genebra, Genève, MEDPA, Câmara dos Deputados Le 18 décembre, une indigène brésilienne, Joênia Batista de Carvalho, plus connue comme Joênia Wapichana, (du nom de son peuple), était à New York pour y recevoir le prix Droits de l’homme des mains du Secrétaire Général de l’ONU, António Guterres. Cela en présence de Maria Fernanda Espinosa, la présidente de l’Assemblée générale et de Michelle Bachelet, Haut-Commissaire des Nations Unies aux Droits de l’homme.

Ce prix est remis tous les cinq ans à plusieurs personnalités ou institutions. Cette dernière édition a vu deux autres femmes être distinguées : Rebeca Guymi, de Tanzanie, militante pour le droit des filles à l’éducation. À titre posthume, Asma Jahangir, avocate des droits humains au Pakistan. Et à une institution, la Fondation irlandaise « Front Line Defender » qui a pour objectif la protection des défenseurs des droits humains en danger. Parmi les anciens lauréats – le prix a été créé en 1968 - il y a, en 1978, Martin Luther King (à titre posthume) ; et Nelson Mandela en 1988.

Interviewée par ONU News, Joênia dit que ce prix signifie la reconnaissance des peuples indigènes dans le système des droits humains : « Le prix est justement pour dire que nous ici, dans ce monde, nous faisons partie de la société, avec une culture différente, une forme de vie différente… Alors, être reconnue comme défenseure des droits humains signifie que j’ai une cause à défendre. Cette cause doit être visible dans le contexte de l’ONU ».

L’engagement de Joênia en faveur de la cause indigène n’est pas récent. Ainsi, en mars 2004, elle a déposé une pétition devant la Commission Interaméricaine des Droits Humains - CIDH pour demander son intervention auprès du Gouvernement brésilien pour que celui-ci protège les communautés indigènes de la Terre Indigène Raposa Serra do Sol. En août 2008, Joênia a été la première femme avocate indigène à plaider une cause devant le Tribunal Suprême Fédéral. La Cour était alors appelée à juger de la validité de la démarcation de la Terre Indigène Raposa Serra do Sol en aire continue. Une Terre Indigène de l’État de Roraima sur laquelle vivent les Wapichana. En juillet 2013, alors conseillère juridique du Conseil Indigène de Roraima – CIR, Joênia était à Genève pour participer à une session du Mécanisme d’Experts sur les Droits des Peuples Autochtones – MEDPA. Réunion consacrée à l’accès à la justice dans la promotion et la protection des droits des peuples autochtones.

Plus récemment, le 7 octobre dernier, Joênia a été élue à la Chambre des Députés pour représenter l’État de Roraima. C’est là une autre « première » à son actif : jamais dans l’histoire du Brésil une femme indigène n’a occupé un tel poste. Son mandat va commencer le 1er février 2019, avec le début de la 56e législature qui se terminera le 31 janvier 2023.

La distinction qui lui a été accordée arrive au moment où les droits des peuples indigènes du Brésil sont menacés. Faut-il y voir un signe de l’ONU au futur gouvernement brésilien ?

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Photo : Charles Resplande - ONU News. Cliquer sur la vignette pour agrandir l’image

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 125, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

17/11/2018

Brésil : la violence contre les Peuples indigènes a augmenté en 2017

brasilia, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, eleições, Tribunal Superior Eleitoral, TSE, indígenas, indigènes, CIMI, CNBB, Fernando Henrique Cardoso, Luiz Inácio Lula, Dilma Rousseff, Michel Temer, Krenak, Rio Doce, Mariana, Samarco, France-Libertés, Articulação dos Povos Indígenas do Brasil, APIB, Commission Interaméricaine des Droits Humains, CIDH, Minas Gerais, Organisation des États Américains, OEA, Margarette May Macaulay, Jair BolsonaroLe constat est là : en 2017 par rapport à 2016, les cas de violence contre les peuples indigènes du Brésil ont augmenté dans quatorze des dix-neuf domaines relevés par le Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI*. Au total, il en a dénombré 2'136 contre 2'032 l’année précédente, soit une progression d’un peu plus de 5%. Comme les précédents, ce douzième rapport, publié le 27 septembre dernier, classe la violence sous différents chapitres : violence contre le patrimoine (963 cas), contre la personne (200 cas, y compris 68 assassinats), violence par omission des pouvoirs publics (143 cas), les suicides (128 cas) et la mortalité infantile (702 décès).

Le nombre de cas est resté le même dans trois domaines : les abus de pouvoir (8 cas), le manque d’assistance dans le domaine de la santé (42 cas) et le manque d’assistance en général (également 42 cas). Il a diminué en ce qui concerne la mortalité infantile (enfants de moins de 5 ans) : 702 cas contre 735 en 2016. Et les données officielles – celles du Secrétariat Spécial de Santé Indigène (SESAI) - relatives à la quantité d’assassinats : 110 contre 118 en 2016. Mais, de son côté, le CIMI a dénombré 68 assassinats en 2017, contre 56 en 2016. Pour ce type de violence, le Conseil a publié des chiffres remontant à 1995.

Pendant les deux mandats du Président Fernando Henrique Cardoso (1995 – 2002), il y a eu 165 assassinats, soit une moyenne de 20,6 par année. Lors des deux mandats du Président Luiz Inácio Lula da Silva (2003 – 2010), il y en a eu 451, soit une moyenne annuelle de 56,3. Pendant la présidence de Dilma Rousseff (janvier 2011 à fin août 2016), il y en a eu 322, soit une moyenne de 56,8 par année. Et pour les premiers 16 mois de la Présidence de Michel Temer (de septembre 2016 à décembre 2017), il y en a eu 90, ce qui porte la moyenne annuelle à 67,5 assassinats.

Á relever que pour la troisième fois, dans le chapitre des « Violences contre le patrimoine », est mentionnée la situation du peuple Krenak gravement impacté par la rupture, le 5 novembre 2015, du barrage qui retenait les boues toxiques de la mine de la Samarco, près de Mariana, dans le Minas Gerais**. Boues qui ont pollué le Rio Doce jusqu’à son embouchure dans l’Atlantique. La situation des Krenak, dont le fleuve est le cadre de vie, n’est toujours pas réglée. Récemment, une campagne a été lancée par la Fondation France – Libertés pour alerter l’opinion publique internationale et les autorités brésiliennes afin de sauver ce peuple des graves périls qui le menacent.

Les violences contre les peuples indigènes ont fait l’objet d’un rapport que l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB a remis aux membres de la Commission Interaméricaine des Droits Humains – CIDH*** venue au Brésil enquêter – entre le 5 et le 12 novembre - sur l’ensemble de la situation des droits humains dans le pays. Au terme de son voyage, la Commission a publié des « Observations préliminaires ». Un paragraphe est consacré aux peuples et communautés indigènes. Á leur sujet, elle a formulé une dizaine de recommandations concernant, notamment, la délimitation et la démarcation des terres; le droit à la consultation préalable, libre et informée; le total respect et la garantie des droits aux peuples en isolement volontaire…

L’avenir des droits humains au Brésil inquiète. La présidente de la CIDH, Margarette May Macaulay, s’est dite préoccupée par les propos tenus par Jair Bolsonaro, le président élu le 28 octobre…

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*Le CIMI est l’organe de la Conférence Nationale des Évêques du Brésil (CNBB) en charge des questions indigènes. ** Voir sur ce blog, la note du 19 février 2016. *** Une instance rattachée à l’Organisation des États Américains – OEA .

PS 1 : Pour les années précédentes, voir sur ce blog les notes du 16 novembre 2017,  4 novembre 2016, 28 septembre 2015, 17 septembre 2014, 2 septembre 2013, 14 septembre 2012, 9 septembre 2011 et 3 août 2010

Image : première de couverture du rapport publié le 27 septembre 2018 par le CIMI. Cliquer sur l’image pour en agrandir la taille.

PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 124, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2