conselho indígenista missionário

  • La nomination d’un évangéliste en charge des Indiens isolés suscite des protestations

    Imprimer

    En Amazonie brésilienne, ils seraient un peu plus d’une centaine les peuples ou groupes indigènes ayant choisi de vivre sans contact avec la société environnante. Un isolement volontaire, résultant souvent de rencontres passées qui ont eu des effets négatifs : infections, maladies, violences physiques, spoliation des ressources naturelles, etc. En raison de leur vulnérabilité et de la législation en vigueur, la Fondation Nationale de l’Indien – FUNAI dispose d’un organe particulier en charge de leur protection : la Coordination Générale des Indiens Isolés et de Récent Contact – CGIIRC.

    La direction de cet organe change pour la troisième fois de titulaire depuis le début octobre 2019 quand Bruno Pereira a été révoqué sans motif. Il été remplacé par Paula Wolthers de Lorena Pires. Et, ce 3 février, nouveau changement. Pour occuper ce poste hautement sensible le Ministère de la Justice a choisi Ricardo Lopes Dias, un évangéliste et anthropologue, connu pour son engagement, entre 1997 et 2007, au sein de la « Mission Nouvelles Tribus du Brésil – MNTB ». Il s’agit d’une entité fondamentaliste originaire des États-Unis implantée au Brésil dans les années 40 dans le but d’évangéliser les Indiens.

    Connue dès la fin janvier, cette nomination a suscité de nombreuses réactions. D’abord de la part des organisations indigènes qui ont publié des notes de protestation : l’Union des Peuples Indigènes de la Vallée du Javari, UNIVAJA, la Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne – COIAB et l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB . Celle-ci « Dénonce, une fois de plus, le démontage rapide des politiques publiques destinées aux peuples indigènes de la part du gouvernement de Bolsonaro en soumettant la politique indigéniste aux intérêts des groupes religieux qui apportent leur appui à son gouvernement. Et, dans de nombreux cas, aux groupes ruralistes intéressés par les terres occupées traditionnellement par ces peuples. C’est une situation qui entraîne la violation des droits humains provoquée intentionnellement par l’actuel gouvernement qui pourra conduire à la mort physique, socioculturelle et spirituelle des peuples indigènes isolés et de récent contact qui vivent au Brésil. »

    Parmi les organisations qui ont apporté leur appui aux organisations indigènes, la note du Conseil National des Églises Chrétiennes du Brésil - CONIC* est particulièrement significative. Le Conseil exprime son désaccord à la nomination de Ricardo Lopes Dias. « … Une politique publique doit être exempte de toute logique religieuse. Les Peuples autochtones ont un patrimoine culturel et spirituel propres. Il est du devoir de l’État de les protéger et de garantir leur conservation. » […]  « Nous savons que la logique qui prévaut dans cette décision est économique. Cependant l’impératif de l’éthique chrétienne nous rappelle que l’économie ne peut jamais être placée au-dessus des droits à l’existence des peuples. Les dernières définitions axées sur la politique des Indiens isolés sont des décisions idolâtres car elles servent les intérêts de groupes économiques dont les ambitions se concentrent sur la richesse des forêts et non sur la préservation de la diversité culturelle qui nous caractérise en tant que peuple. » […] Il est impératif que le Gouvernement réévalue sa décision ». Le CONIC dit qu’il suivra l’affaire de près en travaillant avec des organisations telles que le Conseil Indigéniste Missionnaire (CIMI) et les trois ONG indigènes, UNIVAJA, COIAB et APIB.

    Le président brésilien vient encore d’accentuer sa pression sur les peuples indigènes en signant un projet de loi - envoyé au parlement - qui ouvre les Terres Indigènes à l’exploitation économique. Une prochaine note sera consacrée à ce sujet.

                                                                             ***

    *Composé de l’Alliance des Baptistes du Brésil, de l’Église Catholique Romaine, de l’Église Épiscopale Anglicane du Brésil, l’Église Évangélique Luthérienne au Brésil, l’Église Presbytérienne unie et l’Église Syrienne orthodoxe de Antioquia.

                                                                             ***

    PS 1 : Précédentes notes relatives aux peuples isolés : 26 août 2011, 13 août 2014, 11 novembre 2015

    PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 131, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Brésil : Les violences contre les indigènes, des plaies institutionnalisées

    Imprimer

    Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, indígenas, indigènes, CIMI, Conseil Indigéniste Missionnaire, Conselho Indígenista Missionário, CNBB, Conferência Nacional dos Bispos do Brasil, Relatório, Violência contra os Povos Indígenas no Brasil, Michel Temer, Dom Roque Paloschi, Karipuna, Rondônia, madeireiros, grileiros, Baía dos Guató, Roraima« Les violences contre les peuples indigènes deviennent des plaies institutionnalisées » C’est le titre que donne Dom Roque Paloschi*, à la présentation du Rapport annuel2019 du Conseil Indigéniste Missionnaire (CIMI)**, sur la « Violence contre les Peuples Indigènes au Brésil ». Il s’agit de données relevées en 2018. Comme les précédents rapports (voir PS 1), ces violences sont classées en plusieurs chapitres : Violence contre le patrimoine ; Violence contre la personne ; Violence par omission des pouvoirs publics (dans les domaines de l’éducation scolaire, de la santé, etc.) ; Violence contre les Peuples isolés ou de peu de contact. Chaque cas est documenté.

    Dans le domaine de la « Violence contre le patrimoine », les « Invasions de territoires, exploitation illégale de ressources naturelles et dommages au patrimoine », il a été noté 109 cas contre 96 en 2017. Et, pour les neuf premiers mois de 2019, des données partielles et provisoires font état de 160 cas. Pour illustrer ce type de violence, un article est consacré au peuple Karipuna occupant la Terre Indigène – TI du même nom, située dans l’État de Rondônia. Un peuple qui a été au bord de l’extinction. Dans les années 70, ils étaient huit, cinq adultes et trois enfants. Ils étaient 30 en 1994. Ils sont maintenant 55 ! Cette TI, de 1'530 km2, homologuée en 1998 « … se trouve au centre d’une région caractérisée par une grande et croissante pression exercée par des madeireiros, pêcheurs clandestins et grileiros.*** Cette lutte territoriale interdit aux Karipuna de se déplacer librement sur leur TI. Les envahisseurs entrent de tous les côtés sur leur territoire. […] Les constantes invasions et l’incapacité de l’État à garantir la protection de la terre et du peuple, met les Karipuna sous une réelle menace d’un imminent génocide. […] La destruction de la TI Karipuna est quatre fois supérieure à ce que disent les données officielles : 10'463 ha de forêt ont été dégradés et détruits depuis 1988. 80% de ces dommages se sont produits entre 2015 et 2018, période depuis laquelle il y a eu une intensification des invasions de madeireiros, garimpeiros*** et grileiros. […]  Les leaders Karipuna demandent avec insistance au gouvernement qu’il prenne des mesures pour le retrait du crime organisé qui agit à l’intérieur de leur terre.

    Un autre article aborde la non-réalisation d’opérations au bénéfice des communautés indigènes prévues au budget. Ainsi seulement 67% des 796'000 Reais - R$**** prévus pour le « Programme de conservation et usage de la biodiversité » ont été dépensés. Et 56% de l’enveloppe prévue (51,5 millions de reais) pour l’« Assainissement de base dans les villages indigènes » ont été utilisés. Il en va ainsi, dans des proportions variables pour la « Préservation Culturelle des Peuples Indigènes », la « Promotion des droits des peuples de récent contact ». Le budget pour la « Démarcation et Surveillance des Terres indigènes et la Protection des Peuples Isolés » n’a été dépensé qu’à 24,39% ou 12'123'215 R$. Pour le CIMI, la non utilisation des moyens budgétaires est une forme d’agression contre les droits des peuples originaires.

    À noter encore qu’au chapitre « Violence contre la personne », le rapport fait état d’une augmentation du nombre des assassinats : 135 en 2018 pour 110 en 2017. C’est dans l’État de Roraima qu’il en a été commis le plus : 62.

    Dans l’introduction même de son document, le CIMI affirme que « les violations deviennent la règle et non pas l’exception ». Il considère « qu’il est d’importance capitale, dans le contexte politique et économique actuel du Brésil, que les forces démocratiques, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, mobilisent et coordonnent leurs actions de défense de la vie contre les politiques d’exclusion, de mort et de dévastation. » L’appel sera-t-il suivi d’effets ?

                                                                             ***

    *Président du Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI et archevêque de Porto Velho (État du Rondônia, en Amazonie brésilienne)

    **Une entité rattachée à la Conférence Nationale des Évêques du Brésil (CNBB)

    ***Madeireiros : forestiers voleurs de bois ; grileiros : individus qui cherchent à s’approprier des terres au moyen de fausses écritures ; garimpeiros : orpailleurs illégaux.

    ****Taux de change au 16 octobre 2019 : 1 real (pluriel : reais > sigle R$ ou BRL) = 0,24082 CHF

    Illustration : Première de couverture du rapport publié le 24 septembre 2019 par le CIMI. Il s’agit d’une photo de Christian Braga /Greenpeace/CIMI prise en juin 2018 au-dessus de la TI Karipuna qui montre la destruction de la forêt par des madeireiros. Cliquer sur l’image pour en agrandir la taille.

    PS 1 : Pour les années précédentes, voir sur ce blog les notes du 17 novembre 2018, 16 novembre 2017, 4 novembre 2016, 28 septembre 2015, 17 septembre 2014, 2 septembre 2013, 14 septembre 2012, 9 septembre 2011 et 3 août 2010      

    PS 2: L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 129, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Présidence de la FUNAI : le retour d’un militaire dans un contexte tendu

    Imprimer

    Le général de réserve Franklimberg Ribeiro de Freitas avait déjà présidé la FUNAI (Fondation Nationale de l’Indien) entre mai 2017 et avril 2018*. Il a retrouvé cette fonction depuis le 16 janvier dernier, peu après le début du mandat – le 1er janvier – de Jair Bolsonaro, le nouveau Président de la République**. La Fondation, créée en 1967, a changé de ministère de tutelle : précédemment, elle dépendait du Ministère de la Justice. Avec la nouvelle présidence, elle est désormais sous la responsabilité du Ministère de la Femme de la Famille et des Droits humains - MDH, dirigé par Damares Alves, une avocate et pasteure évangélique. Autre changement important : la FUNAI n’a plus la responsabilité d’identifier, de délimiter et de démarquer les Terres Indigènes. Cette tâche a été transférée au Ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et de l’Approvisionnement – MAPA, dirigé maintenant par Tereza Cristina, très liée au lobby de l’agrobusiness.

    Depuis avril 2018, la Fondation était présidée par Wallace Moreira Bastos. Avant son départ, et par deux fois, le 31 décembre 2018 et le 10 janvier 2019, celui-ci a dressé le bilan de son action : arrivée de nouveaux collaborateurs, soutien à des projets d’ethno-développement, action de protection des peuples isolés et de contact récent…

    À peine entré en fonction, les médias ont publié une information selon laquelle, peu de temps après avoir quitté son poste en 2018, Franklimberg avait accepté un poste de conseiller auprès de la société canadienne Belo Sun Mining qui a un projet de mine aurifère près du barrage de Belo Monte (Pará). La Funai, dans un communiqué du 22 janvier, a précisé que le nouveau président avait respecté la période de quarantaine de six mois voulue par la Commission d’Éthique de la Présidence de la République en cas de risque de conflit d’intérêt. Le 17 janvier Belo Sun confirme : Franklimberg s’était plié à cette obligation en n’occupant son poste que le 19 octobre 2018 (et qu’il l’a quitté le 28 décembre suivant). Le 23 janvier, il a participé à la rencontre organisée par le Ministère Public Fédéral - MPF sur le thème « Dialogue : Perspectives des droits constitutionnels indigènes ». Il a expliqué l’objectif du transfert, au Ministère de l’agriculture, la compétence de démarquer des terres indigènes est d’en accélérer les processus et d’en garantir la sécurité juridique...

    Pour cette réunion, le MPF avait invité des représentants du pouvoir exécutif, des milieux académiques, des diplomates de plusieurs pays (dont la Suisse), par vidéo, la Rapporteure spéciale des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones Victoria Tauli-Corpuz, des ONG et des leaders indigènes, dont Joênia Wapichana, la première femme indigène élue à la Chambre des députés. Le Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI en a publié un intéressant compte-rendu.

    Dans les premières semaines de janvier, plusieurs peuples et organisations indigènes s’étaient adressés au MPF pour manifester leur inquiétude en raison des changements voulus par le nouveau Président de la République. La rencontre organisée par le MPF apparaît comme une première réponse aux organisations indigènes. Elle a permis de mettre en évidence des positions contradictoires en rapport avec le nouveau cadre politique.

    Les droits constitutionnels indigènes sont entre les mains du triple lobby, appelé « BBB » au Brésil. C’est à dire du B pour « Bœuf », celui de l’agrobusiness. Le B pour « Bible », celui des Évangéliques. Et le B de pour « balles », les partisans du port d’arme et des militaires. Les peuples et organisations indigènes ont décidé de résister…

    Ce 31 janvier, des manifestations de soutien aux indigènes sont organisées au Brésil et dans plusieurs pays. À Genève, le rassemblement prévu à la Place des Nations a été annulé en raison du délai imposé pour obtenir une autorisation de manifester.

                                                                        ***

    *Voir sur ce blog les notes du 2 juin et 13 octobre 2017 et 15 juin 2018 / **Voir sur ce blog la note du 12 janvier 2019.

                                                                         ***

    PS 1 : La catastrophe de Brumadinho (MG) qui, au moment de publier cette note, a causé la mort de 84 personnes et compte encore 276 disparus, rend la vie difficile d’une petite communauté indigène Pataxo Hã-hã-hãe. Celle-ci est composée d’une vingtaine de familles installées sur les rives du rio Paraopeba, dans la commune de São Joaquim de Bicas. La pollution de la rivière les prive de ressources. La FUNAI a fait savoir qu’elle leur porte assistance.

    PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 125, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Elections brésiliennes : des femmes indigènes marquent des points

    Imprimer

    Sônia Guajajara, a été la première indigène de l’histoire du Brésil à briguer le poste de Vice-présidente de la République*. Elle s’est présentée aux cotés de Guilherme Boulos, candidat, lui, à la Présidence de la République sous l’étiquette du Parti Socialisme et Liberté – PSOL. Ils n’ont obtenu « que » 617'115 voix (0,58% des suffrages) lors du premier tour des élections le 7 octobre dernier. Cependant, sur sa page Facebook, Sônia tire un bilan positif de son engagement, notamment pour avoir brisé une barrière historique qui faisait croire aux indigènes qu’ils ne pouvaient participer à une telle campagne. Selon elle, un moment qui a permis de créer des alliances, de mettre sur le devant de la scène les thèmes propres aux indigènes et à l’environnement : « Comment ne pas considérer cela comme une victoire ! » Elle est consciente de la période critique que traverse le Brésil : « Le moment exige de nous trois attitudes fondamentales : courage, résistance et réaction ! Allons-nous garantir un futur de liberté pour les prochaines générations ?» Sônia remercie spécialement Midia Ninja, un média qui a couvert sa campagne. Elle félicite deux autres femmes indigènes : Chirley Maria Pankará qui a été élue à l’Assemblée Législative de l’État de São Paulo (ALESP) et Joênia Wapichana élue à la Chambre des Députés.

    La particularité de Chirley Maria Pankará, est de faire partie, sous l’étiquette du PSOL, d’une « Bancada Ativista » un groupe comprenant huit autres personnes qui a obtenu 149'844 voix. La tête de liste est une journaliste, Mônica Seixas. C’est seulement le nom de celle-ci qui apparaissait aux électeurs. La « Bancada » a gagné un mandat collectif, mais elle n’a droit qu’à un seul siège, une seule voix lors des votes de l’ALESP. C’est la première fois qu’une telle candidature collective est élue à São Paulo. Chirley est pédagogue. Elle a un engagement dans le cadre des Centres d’Éducation et Culture Indigène – CECI de l’État de São Paulo. Une organisation qui accueille des enfants des communautés indigènes pour leur donner une éducation différenciée respectant leur culture.

    Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, eleições, Tribunal Superior Eleitoral, TSE, indígenas, indigènes, Presidente, Vice-Présidente, candidato, candidata, deputado, deputada, senador, senadora, Senado, Câmara dos deputados, Acampamento Terra Livre, Roraima, Amazonas, Conselho Indigenista Missionário, CIMI, Rede Sustentabilidade, REDE, Partido dos Trabalhadores, PT, PCdoB, Joênia Wapichana, Raposa Serra do Sol, Ordem dos Advogados do Brasil, OAB, Marina Silva, Lula, Sônia Bone Guajajara, COIAB, APIB, Guilherme Boulos, PSOL, Hamilton Mourão, Jair Bolsonaro, Mário Juruna, 5 de outubro, 1988, Chirley Maria Pankará, Bancada Ativista, ALESP, Assembleia Legislativa do Estado de São Paulo, FUNAI, Fundação Nacional do Indio

    Une première historique a été réalisée par Joênia Wapichana*. Cette avocate a été élue avec 8'491 voix pour représenter l’État de Roraima à la Chambre des Députés. Un État globalement pas acquis à la cause indigène. C’est la première fois, depuis la création de la Chambre en 1824, qu’une femme indigène y occupe un siège. Dans le passé, entre 1983 et 1987, Mário Juruna a été le seul indigène à y occuper une place. Interviewée par « Agência Brasil » Joênia dit que ce qui lui arrive est le résultat d’une lutte menée pendant des années par les communautés autochtones de la Terre Indigène Raposa Serra do Sol d’abord pour en obtenir la démarcation en 2005 et, ensuite, la gestion. La Fondation Nationale de l’Indien - FUNAI lui a demandé quelles sont ses principales propositions : « La défense des droits collectifs indigènes est un point prioritaire. Défendre la conclusion de la régularisation des terres, leur apporter une protection. Combattre les propositions anti-indigènes. Obtenir l’application de la consultation des peuples indigènes sur les projets de loi présentés à la Chambre les concernant… » Sa tâche sera ardue.

    À part ces deux élues, les autres candidates et candidats indigènes – ils étaient près de 130 - ont échoué dans leur tentative…

    Le nouveau parlement entrera en fonction en février 2019. La Chambre des Députés comptera une trentaine de partis contre 25 dans la législature qui se termine. Joênia y retrouvera 76 autres femmes, elles étaient 51 ces quatre dernières années. Les groupes de pression qui se constitueront vont traduire des rapports de forces plus ou moins favorables aux indigènes. Le rôle du nouveau Président de la République ne sera pas négligeable non plus ! Le deuxième tour de l’élection présidentielle aura lieu le 28 octobre. Le favori des sondages, Jair Bolsonaro, inquiète par ses propositions… Voir les médias !

                                                                         ***

    *Voir dans ce blog la note du 4 octobre 2018.

    Image : « Félicitations Joêna Wapichana – Élue - Première femme indigène députée fédérale ». Cliquer sur l’image pour en agrandir la taille.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 123, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

    Lien permanent Catégories : La lettre d'AYA 0 commentaire
  • Élections brésiliennes : les candidats indigènes plus nombreux !

    Imprimer

    Au 30 septembre, date de la dernière actualisation des statistiques électorales du Tribunal Supérieur Électoral – TSE, 131 candidats s’étaient déclarés comme « indigènes » aux prochaines élections brésiliennes des 7 et 28 octobre. Cela représente une augmentation d’environ 54 % par rapport aux élections de 2014 (85 candidats).* Mais ils ne représentent que 0,48% du total des postulants.

    Les électeurs brésiliens (plus de 147 millions) sont convoqués pour élire les parlementaires et gouverneurs des États, les membres de la Chambre des Députés, une partie – cette année les deux tiers - du Sénat, le Président et le Vice-président de la République.

    L’augmentation des candidatures indigènes à ces différents niveaux avait été souhaitée par les indigènes eux-mêmes lors du « Campement Terre Libre » qui avait réuni plus de 3'000 d’entre eux, à Brasilia, en avril dernier. Au moment du rassemblement, 21 pré-candidats avaient annoncé leur intention de se présenter. C’est dans les États amazoniens de Roraima et d’Amazonas qu’il y a le plus grand nombre de candidats indigènes, respectivement 20 et 17. Dans un relevé des données publiées par le TSE au début du mois d’août, le Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI note que parmi les candidatures indigènes, 75 le sont pour occuper un poste de député « estadual » (membre du parlement d’un État), 39 pour un poste à la Chambre des Députés, 7 pour être suppléant d’un Sénateur, 2 pour être Sénateur, 1 pour être vice-gouverneur, et, enfin, 2 pour être Vice-président de la République.

    En matière de choix politique, 26 se présentent sous l’étiquette du Parti Socialisme et Liberté – PSOL, 14 ont choisi le Parti des Travailleurs – PT, 9 le parti Rede Sustentabilidade – REDE (Réseau de « soutenabilité »), 9 le Parti Communiste du Brésil – PCdoB. Les autres se répartissent sur les listes de 28 partis différents.

    Parmi ces candidatures, il faut relever celles de deux femmes.

    Joênia Wapichana est candidate à la députation fédérale de l’État de Roraima. Elle est la première indigène du Brésil à exercer la profession d’avocate. Elle s’est engagée au sein du département juridique du Conseil Indigène de Roraima – CIR. Elle a milité pour la démarcation de la Terre Indigène Raposa Serra do Sol. Elle a été la première présidente de la Commission des Droits des peuples indigènes au sein de l’Ordre des Avocats du Brésil – OAB. Elle se présente sous l’étiquette du REDE dont la leader est Marina Silva (qui avait démissionné du Gouvernement de Lula en 2008).

    Sônia Bone Guajajara, est de l’État du Maranhão, plus exactement de la Terre Indigène Araribóia. Elle est infirmière. À l’Université de l’État du Maranhão elle a reçu une formation en éducation spécialisée. Son engagement dans le mouvement indigène est déjà ancien. Elle a été responsable de la Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne – COIAB avant d’avoir une responsabilité au sein de l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB. Elle est la première indigène à briguer le poste de Vice-présidente de la République** au côté de Guilherme Boulos, candidat, lui, à la Présidence de la République pour le PSOL.

    L’autre candidat indigène à la Vice-présidence de la République est Hamilton Mourão, un général en retraite. Lors d’un meeting électoral, tenu au début du mois d’août à Caxias do Sul, il a déclaré que le « Brésil avait hérité de l’indolence des indigènes et du comportement de malandrins des africains ». Discours qui a suscité de nombreuses réactions. Au-delà de ces propos, sa candidature accompagne celle du pour le moins controversé Jair Bolsonaro, candidat, lui, à la Présidence de la République. Celui-ci est connu de longue date pour ses positions anti-noirs et anti-indigènes. En 2017 déjà, il avait annoncé que, s’il était élu en 2018, il en finirait avec les réserves indigènes !

    Les médias relatent abondamment l’évolution de cette campagne électorale qui marque le retour d’une extrême droite incarnée par ce candidat.

    Dans l’histoire brésilienne, un seul indigène, Mário Juruna, a occupé un siège à la Chambre des Députés entre 1er février 1983 et le 31 janvier 1987. Actuellement, au sein du Congrès (Chambre des Députés et Sénat),

    Les lobbys anti-indigènes sont puissants. Le CIMI vient de publier un document recensant les parlementaires (40 Députés et 10 Sénateurs) qui agissent le plus contre les droits indigènes.

    Il y a tout juste trente ans, le 5 octobre 1988, le Brésil qui sortait de la dictature militaire, adoptait une Constitution reconnaissant aux indigènes des droits culturels et territoriaux. Droits malheureusement mal appliqués et maintenant contestés. Comment les électeurs brésiliens de 2018 vont - ils célébrer cet anniversaire. ?

    ***

    *Voir sur ce blog la note du 1er octobre 2014 / ** Voir la note du 31 mai 2018

     ****

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 123, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Brésil : violence contre les peuples indigènes en 2016

    Imprimer

    Brasil, Brésil, Amazonie, CIMI, Conselho Indigenista Missionário, violência, povos indígenas, Dom Roque Paloschi, Cleber Cesar Buzzato, Michel Temer, FUNAI, ruralistas, Caarapó, Mato Grosso do Sul, fazendeiros, Guarani-Kaiowá, Clodiodi Aquileu Rodrigues de Sousa, AIS, Agente Indígena de Saúde, DSEI"La question indigène au Brésil: entre omission et cynisme". C'est le titre de la présentation, faite par Dom Roque Paloschi, du onzième* rapport du Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI** sur la "Violence contre les Peuples Indigènes au Brésil". Il s'agit des données concernant l'année 2016. Evoquant le cadre politique, Cleber Cesar Buzzato, le Secrétaire exécutif du Conseil relève que "La situation de violation et de violences contre les peuples Indigènes s'est profondément aggravée en 2016… Avec le coup politico- juridico-médiatique qui a placé Michel Temer à la présidence de la République, l'idéologie "Un seul pays pour un seul peuple" a été renforcée et a commencé à se faire sentir dans les sphères du pouvoir exécutif brésilien." L'introduction précise que : "Les disputes pour le pouvoir politique dans le pays causent l'augmentation de la violence contre les peuples." Plusieurs articles détaillent les particularités de l'année écoulée, par exemple l'influence grandissante des "ruralistes"*** sur la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI et la réduction de son budget.

    Pour l'essentiel, le rapport publié le 5 octobre dernier reprend les chapitres habituels des ces dernières années, ce qui permet des comparaisons : Violence contre le patrimoine, 907 cas (725 en 2015); violence contre la personne, 156 cas (182 en 2015); violence par omission du pouvoir public, 128 cas (137 en 2015) et violence contre les peuples isolés et de peu de contact. Tous les cas sont documentés : le lieu, les personnes concernées, etc. Un travail de collecte de l'information réalisé par les équipes du CIMI dans tout le pays.

    À reprendre les données qu'il a collectées lui-même ces dix dernières années (2007 – 2016), le CIMI a compté 616 assassinats d'indigènes dont 56 en 2016. Le rapport qui vient d'être publié indique que 18 morts sont la conséquence de disputes et/ou de consommation d'alcool. Il revient à plusieurs reprises sur le conflit pour les droits territoriaux dont la municipalité de Caarapó, dans l'État du Mato Grosso do Sul, a été le théâtre au matin du 14 juin 2016 : un conflit entre fazendeiros et Guarani-Kaiowá qui s'est soldé par la mort de Clodiodi Aquileu Rodrigues de Sousa****, un jeune Agent indigène de santé de 23 ans. À relever que le rapport fait aussi état des décès suite à des agressions enregistrées par les Districts Sanitaires Spéciaux Indigènes – DSEI : 118 en 2016, dont 44 dans le DSEI Yanomami. L'État du Mato Grosso do Sul est celui qui compte généralement le plus d'assassinats d'indigènes.

    À noter encore l'importance de la mortalité parmi les enfants de moins de cinq ans : 735 (599 en 2015), dont 103 (72 en 2015) dans le seul District Sanitaire Spécial Indigène Yanomami.

    La présentation du rapport peut être visionnée sur Facebook. Le Cimi a aussi publié une carte des conflits.

                                                                             ***

    * Pour 2015, voir sur ce blog la note du 4 novembre 2016.

    ** Le CIMI est l'organe de la Conférence Nationale des Evêques du Brésil – CNBB en charge des questions indigènes. Dom Paloschi en est le président. Il est archevêque de Porto Velho, la capitale de l'État de Rondônia en Amazonie.

    *** Le lobby de l'agrobusiness.

    **** Voir sur ce blog, la note du 27 juin 2016.

    Illustration : © CIMI Ana Mendes – Des proches enterrent Clodiodi Aquileu Rodrigues de Sousa / 1ère de couverture du Rapport. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 120, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Mato Grosso do Sul : nouvel acte de violence contre les Guarani

    Imprimer

    Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Caarapó, Mato Grosso do Sul, Guarani Kaiowá, Clodiodi Rodrigues Souza, CIMI, Conselho Indigenista Missionário, FUNAI, Brasilia, Tekoha Te'iy Jusu, APIB, Ambrósio Vilhalva, Marco Bechis, La Terre des hommes rouges", Allemagne, Spensy PiementelLa municipalité de Caarapó, dans l'État brésilien du Mato Grosso do Sul a été le théâtre de violences à l'endroit d'une communauté Guarani Kaiowá. Au matin du 14 juin, un groupe d'environ 70 fazendeiros a attaqué, pendant plusieurs heures, les Guarani Kaiowa qui occupaient depuis deux jours la Fazenda Yvu sur la Terre Indigène (TI) Dourados-Amambaipeguá I. C'est une TI d'une surface d'environ 560 km2, identifiée comme telle par la Funai le 11 mai dernier, après que les leaders aient occupé le siège de la Fondation à Brasilia.

    Un jeune agent indigène de santé de 23 ans, Clodiodi Rodrigues Souza a été tué, et, selon les témoignages recueillis par le Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI, six indigènes ont été acheminés vers un hôpital. Les Guararni revendiquent cette terre, leur "Tekoha Te'iy Jusu" depuis une trentaine d'années.

    L'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil - APIB "exige du gouvernement intérimaire de Michel Temer l'immédiate éclaircissement de ce crime et la punition des responsables, propriétaires ou hommes de mains de l'agrobusiness organisés en véritables milices".

    C'est déjà dans un conflit de la terre qu'a été assassiné, le 1er décembre 2013 dans la même région, Ambrósio Vilhalva, le leader Guarani, acteur du film de Marco Bechis "La Terre des hommes rouges".

    Cet acte de violence est un épisode de plus dans la guerre que livrent les fazendeiros à ce "Peuple premier" de cette partie du territoire brésilien, et cela depuis de nombreuses années. Entre 2003 et 2014 le CIMI a recensé 377 assassinats commis contre des indigènes de cet État, soit 55% des 686 commis contre cette partie de la population dans tout le pays.

    Le Mato Grosso do Sul a une superficie de 357'000 km2, soit autant que l'Allemagne. Il compte maintenant environ 2,6 millions d'habitants. En 2010, il comptait un peu plus de 73'000 indigènes occupant, selon l'Institut Socioambiental, 53 TI, dont une dizaine sont en phase "d'identification". Dans une interview, l'anthropologue Spensy Pimentel, souligne que les Guarani Kaiowá revendiquent seulement 2% des terres de cet État…

    De nombreuses entités, tant au niveau brésilien qu'au niveau international ont manifesté leur indignation en rapport avec cette violence.

    Photo : © CIMI Ana Mendes – Les proches de Clodiodi entourent son cercueil.

    Ci-dessous une vidéo relatant cet événement mise en ligne par le CIMI :

                                                                            

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    - Cette note a été publiée dans le dernier "AYA Info" No 110, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Les violences contre les peuples indigènes ont augmenté en 2014

    Imprimer

    Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas,CIMI,Conselho Indígenista Missionário,CNBB,Conferência Nacional dos Bispos do Brasil, Mato Grosso do Sul, SESAI, DSEI, Cleber César Buzzato, Telmário Mota, Senado Federal, PEC 215/2000C'est une augmentation sensible des actes de violences et de violations des droits pratiqués, en 2014, contre les peuples indigènes du Brésil que le Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI* a recensé dans le pays. Le traditionnel rapport annuel de l'entité a été présenté, le 19 juin à Brasilia, au siège de la Conférence Nationale des Évêques du Brésil – CNBB. Comme à l'ordinaire, les violences sont – la situation est - présentées en trois chapitres : Violence contre le patrimoine, Violence contre les personnes et Violence par négligence des pouvoirs publics.

    Il a été relevé 221 cas de "Violence contre le patrimoine" dans 17 États (97 cas dans 18 États en 2013). Parmi ceux-ci, il y a eu 19 cas de conflits relatifs aux "Droits territoriaux" dans 7 États (10 cas en 2013 dans 4 États).

    Dans la catégorie "Violence contre les personnes", il a été dénombré 70 assassinats dans 12 États, dont 25 dans le seul Mato Grosso do Sul. L'année précédente, le CIMI avait dénombré 53 assassinats dans 9 États, dont 33 dans le Mato Grosso do Sul). De son côté, en 2014, le Secrétariat Spécial de Santé Indigène – SESAI a compté 138 décès résultant d'agressions dans 20 Districts Sanitaires Spéciaux Indigènes – DSEI, dont 41 dans le District du Mato Grosso do Sul. Dans cet État le niveau de violences est particulièrement élevé.

    En ce qui concerne la "Violence par négligence des pouvoirs publics", 206 des cas constatés l'ont été dans 21 États (dans 19 États en 2013). Le recensement de cette catégorie de violences n'avait pas été fait de la même manière en 2013. La comparaison avec l'année précédente est donc impossible. Ce troisième chapitre concerne les suicides, le manque d'assistance dans le domaine de la santé, la mortalité infantile, l'usage de boissons alcooliques et d'autres drogues et les déficiences de l'éducation scolaire indigène.

    Un quatrième chapitre est consacré aux peuples isolés ou de peu de contact. Le cinquième et dernier chapitre traite de la mémoire et de la non démarcation des terres indigènes génératrice de graves violences.

    Dans la présentation du rapport, Cleber César Buzzato, le Secrétaire Exécutif du CIMI relève que "L'année 2014 a été marquée par l'approfondissement du processus de violences et de violations contre les peuples indigènes et leurs droits au Brésil. En consonance avec "l'ordre" hégémonique répondant à la logique de l'accumulation, les trois pouvoirs de la république se sont associés dans la mise en oeuvre d'actions structurantes et systématiques contre ces peuples. Nous considérons que la tentative de retirer à ces peuples la condition de sujets de droits est la ligne directrice fondamentale qui guide ce processus."

    Le rapport a eu un écho, le 5 août, à la "Commission des droits humains et législation participative" du Sénat fédéral. Le sénateur Telmário Mota a présidé une audience publique pour discuter du document, mais aussi de la Proposition d'amendement Constitutionnel – PEC 215/2000. Le sénateur a relevé que les violences contre les peuples indigènes du pays sont terribles : "Les douleurs, les menaces, les invasions, les tortures, les agressions quotidiennes sont les conditions auxquelles les peuples indigènes sont soumis. Beaucoup de parlementaires liés aux secteurs qui considèrent que la terre est seulement source d'exploitation et de bénéfice, incitent, y compris dans des audiences publiques, la population à prendre position contre les droits des peuples indigènes quand les données collectées par le CIMI mettent en évidence des conflits extrêmement graves".

    ***

    * Le CIMI est l'organisme de la Conférence Nationale des Evêques du Brésil – CNBB en charge de la question des peuples indigènes.

    Gravure : 1ère de couverture du rapport. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

    PS 1 : Pour l'année 2013, voir sur ce blog, la note du 17 septembre 2014

    PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    - Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 105, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Brésil : Le gouvernement veut privatiser le service de santé indigène

    Imprimer

    Au début du mois d'août, lors d'une réunion de la Commission Nationale de Politique Indigéniste – CNPI, le ministre de la Santé, Arthur Chioro, a présenté un nouveau projet de service de santé indigène, il propose la création d'un Institut National de Santé Indigène – INSI. La nouvelle entité, qui dépendrait toujours du SESAI, serait un organisme de droit privé responsable des actions de santé indigène dans les communautés. Selon le Ministère cela devrait faciliter le recrutement des professionnels qui agissent sur le terrain. Le projet doit faire l'objet d'une loi à soumettre au Congrès.

    La création de cet institut est controversée. De son côté, le ministère de la santé affirme que le projet a été discuté lors de la 5e Conférence nationale de santé indigène qui a eu lieu du 2 au 6 décembre 2013 et approuvé par 29 des 34 Conseils de Districts Santé Indigène – CONDISI. Cependant, l'annonce de la création de cet Institut a suscité de nombreuses réactions au sein des organisations indigènes et indigénistes.

    L'Articulation des Peuples Indigènes – APIB demande aux autorités de renoncer à cette proposition. Plus d'une dizaine d'organisations indigènes régionales ont également manifesté leur opposition à cette proposition. Parmi les organisations indigénistes, le Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI, a exprimé son hostilité au projet. Pour le Ministère Public Fédéral, ce transfert de tâche à une entité privée est contraire à la Constitution fédérale. À suivre !

    ***

    - PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".


    - Cette note a été publiée dans "AYA Info" (No 96), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Le cacique Babau empêché de rencontrer le pape François

    Imprimer

    Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, índios, papa. Pape, François, Francisco, Erwin Kräutler, Paulo Suess, encyclique, direitos indígenas, droits indigènes, Conselho Indigenista Missionário, CIMI, Xingu, demarcação, terras indígenas, Mato Grosso do Sul, Vale do Javari, Belo Monte, CNBB, Rosivaldo Ferreira da Silva, Cacique Babau, Tupinambá, ONU, José de Anchieta, jésuite, jesuítas, Porto Seguro, Nati, Pedro Álvares Cabral, Bahia, Nati, Mondial, Brasil 2014Le 4 avril au Vatican, Dom Erwin Kräutler, président du Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI et évêque du Xingu, accompagné par Paulo Suess, conseiller théologique de l'entité, ont été reçus par le pape François. Objet de l'audience : les violations des droits des indigènes. Les représentants du CIMI ont remis une note au pape dans laquelle ils dénoncent "les groupes politiques et économiques liés avec l'agro-industrie, les compagnies minières et de travaux publics qui, avec l'appui et la participation du gouvernement brésilien, tentent de révoquer les droits des peuples indigènes." Sont également évoqués : la paralysie de la démarcation des Terres indigènes; l'augmentation de la violence contre les personnes; le confinement, sur des aires restreintes, des peuples indigènes dans le Mato Grosso do Sul; la précarité de l'assistance sanitaire dans la Vallée du Javari et les dégâts causés par l'hépatite B; l'impact environnemental des entreprises des compagnies de développement comme dans le cas de la construction de l'usine hydroélectrique de Belo Monte; le risque d'extermination des peuples isolés. La note rappelle également la rencontre avec un jeune indigène lors des Journées Mondiales de la Jeunesse à Rio de Janeiro en juillet 2013* et l'espoir exprimé par celui-ci de voir le pape les aider à protéger leurs terres.

    Selon une information de source vaticane, le pape François a demandé à l'évêque de collaborer à la rédaction d'une encyclique sur l'écologie.

    Le 17 avril, le CIMI a annoncé l'interdiction faite au leader Tupinambá, Rosivaldo Ferreira da Silva, connu sous le nom de Cacique Babau**, de quitter le pays alors qu'il avait reçu son passeport pour se rendre à Rome. Il était invité par la Conférence des Evêques du Brésil – CNBB à assister à une cérémonie liée à la récente canonisation - le 3 avril dernier - du Père José de Anchieta, un jésuite qui a vécu au Brésil au 16e siècle. Il était prévu que le cacique rencontre le Pape François et lui remette un document sur la question indigène au Brésil. Le 24 avril, après une audience publique à la Chambre des députés, le Cacique s'est présenté à la police fédérale. Une campagne a été lancée pour demander sa libération. Le 29 avril, le juge Sebastião Alves dos Reis, du Tribunal Supérieur de Justice a décidé sa mise en liberté. Mais son rendez-vous avec le pape François n'a pas eu lieu…

    Le Cacique Babau est présenté comme l'un des défenseurs des droits humains dans une brochure "Dix visages de la lutte pour les droits humains au Brésil" éditée en décembre 2012 par l'ONU au Brésil, en partenariat avec diverses entités, parmi lesquelles le Secrétariat des Droits humains de la Présidence de la république. Un document consacré à la protection de ces défenseurs.

    Le territoire des Tupinambá est situé dans le sud de l'État de la Bahia. Depuis le début de l'année, la tension est forte entre indigènes, qui réclament la démarcation de leur terre, et les fazendeiros. Le gouverneur de l'État de Bahia a demandé la présence de l'armée pour assurer le maintien de l'ordre.

    Les ancêtres des Tupinambá peuplaient la bande côtière de la région de Porto Seguro quand le Portugais Pedro Álvares Cabral a accosté au Brésil le 22 avril 1500.

    L'équipe suisse de football a choisi la localité de Porto Seguro pour y établir son camp de base pendant le Mondial. La "Nati" est donc dans l'un des hauts lieux de l'histoire brésilienne. Une histoire pas encore vraiment pacifiée…

    ***

    * Voir sur ce blog la note du 27 août 2013 et ** la note du 8 avril 2014.

    Photos (Cliquer sur la vignette pour l'agrandir),

    En haut : ©Antono Cruz – Agência Brasil / Le Cacique Babau, le 24 avril 2014, lors de son audition devant la Commission des droits humains de la Chambre des députés.

    Ci-dessous : © CIMI - Le pape François, Dom Erwin Kräutler et Paulo Suess

     

    Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, índios, papa. Pape, François, Francisco, Erwin Kräutler, Paulo Suess, encyclique, direitos indígenas, droits indigènes, Conselho Indigenista Missionário, CIMI, Xingu, demarcação, terras indígenas, Mato Grosso do Sul, Vale do Javari, Belo Monte, CNBB, Rosivaldo Ferreira da Silva, Cacique Babau, Tupinambá, ONU, José de Anchieta, jésuite, jesuítas, Porto Seguro, Nati, Pedro Álvares Cabral, Bahia, Nati, Mondial, Brasil 2014

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    - Cette note est une version actualisée de la "brève" publiée dans AYA Info No 92, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2