29/12/2016

Deux fléaux frappent toujours les Amérindiens de Guyane

Les Amérindiens de Guyane sont victimes de deux fléaux : l'empoisonnement par le mercure en raison de l'orpaillage illégal qui pollue les rivières et le suicide des jeunes confrontés à une vie qui leur semble sans avenir. Le taux de suicide des jeunes Amérindiens est de 10 à 20 fois celui observé en Métropole. C'est à cette triste réalité qu'a été consacré un colloque le 30 novembre dernier, à Paris, au Palais du Luxembourg - le siège du Sénat français. Une réunion à l'initiative de la Sénatrice Aline Archimbaud. Il s'agissait de faire le point sur la mise en œuvre de 37 mesures préconisées dans un rapport* remis, il y a un an, au Premier Ministre, alors Manuel Valls, par elle-même et Marie-Anne Chapedelaine, Députée, après leur séjour en Guyane, en septembre 2015.

Elles y avaient effectué une mission parlementaire, confiée par le Premier Ministre, portant précisément sur le suicide des jeunes Amérindiens. Les actes du colloque n'ont pas encore été diffusés, mais le journaliste, Yves Géry, en a publié** quelques échos. Dans cet article, il donne surtout la parole aux Amérindiens qui ont exprimé un sentiment de non-reconnaissance de leur identité. Ils ont évoqué l'inadaptation de l'enseignement à la culture amérindienne: "L'école n'est pas du tout adaptée à notre mode de vie, elle fait en sorte que l'on y perd son identité amérindienne". Après le collège et le lycée, les jeunes retournent dans leur village "mais ils sont agressifs, car ils ne savent pas comment se positionner dans la communauté". Souvent sans diplôme, et très souvent sans perspectives d'emploi des jeunes désespérés songent à en finir avec la vie et passent à l'irrémédiable.

Un an après la publication du rapport, Aline Archimbaud observe que "le compte n'y est pas… je sors de cette conférence en étant consciente de tout ce qui bloque". La Sénatrice a eu le mérite de réunir différents acteurs sensibles aux différents enjeux liés à cette situation, notamment les représentants des organisations amérindiennes qui ont pu définir les actions prioritaires.

Au début du colloque, les participants ont eu l'occasion de voir le clip (3'38'') ci-dessous réalisé par le vidéaste Christophe Pierre, intitulé "No suicide". C'est un appel aux jeunes Amérindiens pour qu'ils ne commettent pas l'irréparable. C'est également une invitation à l'action commune des acteurs susceptibles d'améliorer la situation : "Marchons ensemble. Ainsi nos enfants verront l'horizon" dit-il dans le refrain. (N'oubliez pas d'activer les sous-titres pour avoir le texte en français)

* Voir sur ce blog la note du 22 décembre 2015. Pour accéder au rapport rendu en décembre 2015, utiliser le lien :

http://alinearchimbaud.fr/wp-content/uploads/2015/12/Suicide-des-jeunes-amérindiens-rapport-parlementaire-2.pdf

** Yves Géry est l'un des auteurs de l'ouvrage "Les Abandonnés de la République" (Voir sur ce blog la note du 29 décembre 2015). Son article est accessible sur le site : https://www.blada.com/jodlas/12293-_Le_coup_de_colere_des_Amerindiens_.htm

 

 

 PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 113, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

11/03/2016

Brésil : les Indiens veulent une vraie politique indigéniste

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Conferência de política indigenista, Sônia Guajajara, APIB, PEC 215/2000, FUNAI, Dilma Rousseff, João Pedro Gonçalves, CNPI, Conselho Nacional de Política Indigenista, Conseil National de Politique Indigéniste, Comissão Nacional de Política Indigenista, CNPI, TI Arary, TI Banawá, TI Cajuhiri-Atravessado, TI Tabocal, Estado de Amazonas, Instituto Socioambiental, Vitor Pires, Convention 169, OITPlus de 2'000 personnes, indigènes, membres d'ONG et de représentants d'organismes publics ont participé à la 1ère Conférence nationale de politique indigéniste qui s'est tenue à Brasilia du 14 au 17 décembre 2015. Cette réunion a été convoquée en juillet 2014 déjà. Elle a été préparée dans tout le pays par de nombreuses réunions locales et 26 rencontres régionales. Les discussions ont porté sur six axes thématiques : 1.- Territorialité et droit territorial indigène; 2.- Autodétermination, participation sociale et droit à la consultation; 3.- Développement durable des terres et des peuples indigènes; 4.- Droits individuels et collectifs des peuples indigènes; 5.- Diversité culturelle et pluralité ethnique et 6.- Droit à la mémoire et à la vérité.

Lors des discours d'ouverture de la Conférence, Sônia Guajajara, représentante de l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB a été claire : "Nous avons besoin d'actes et pas seulement des discours". En raison des menaces qui pèsent sur leurs droits, et pour marquer leur volonté de les faire respecter, les participants sont allés protester sur le toit du Congrès. Leur protestation porte surtout sur la Proposition d'Amendement Constitutionnel 215/2000 (PEC 215/2000) visant à transférer au parlement le droit ultime de se prononcer sur la démarcation des terres indigènes. Une prérogative exercée par le gouvernement.

L'après-midi du dernier jour de la Conférence a été consacré à la lecture des propositions rassemblées après les étapes locales et régionales. Au total ce sont 866 propositions qui ont été approuvées et 216 d'entre-elles considérées comme urgentes. Leur nombre montre bien la diversité et l'ampleur des besoins exprimés par les différents peuples indigènes de tout le pays. Elles reflètent les critiques adressées ces dernières années par les peuples indigènes aux pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. Une grande partie de ces revendications ont été publiées par la Funai au début février 2016. À titre d'exemple, parmi les propositions urgentes concernant les Droits territoriaux, celle portant le No 66 : "Que l'Etat brésilien garantisse l'application effective de l'article 231 de la Constitution fédérale de 1988 et les autres législations assurant aux peuples indigènes l'usufruit exclusif des ressources naturelles, hydriques et minières présentes dans les Terres Indigènes […] Que l'extraction des ressources minières soit discutées et définie dans le Statut des Peuples Indigènes […] Que l'Etat respecte, dans les termes de la Convention 169 de l'OIT, la décision des communautés indigènes prises dans leurs assemblées générales et que soit garanti le droit de veto des communautés."

La Présidente de la République, Dilma Rousseff, s'est adressée à la Conférence le 15 décembre. Elle a redit son hostilité à la PEC 215/2000. Elle a annoncé la création d'un Conseil (consultatif) National de Politique Indigéniste (qui remplace la Commission Nationale de Politique Indigéniste créée en 2006) et la démarcation de plusieurs Terres Indigènes - TI*.

Cette Conférence s'est déroulée dans un contexte de profonde crise économique et politique. Le 13 janvier dernier, dans une interview, João Pedro Gonçalves, le président de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI a fait connaître son intention de solliciter l'aide de plusieurs pays pour compléter le budget de la Fondation pour 2016 qui a été sensiblement réduit par le Congrès par rapport à celui de 2015.

Cette année 2016 s'ouvre dans un climat d'incertitude pour les peuples indigènes du Brésil.

                                                                          

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Conferência de política indigenista, Sônia Guajajara, APIB, PEC 215/2000, FUNAI, Dilma Rousseff, João Pedro Gonçalves, CNPI, Conselho Nacional de Política Indigenista, Conseil National de Politique Indigéniste, Comissão Nacional de Política Indigenista, CNPI, TI Arary, TI Banawá, TI Cajuhiri-Atravessado, TI Tabocal, Estado de Amazonas, Instituto Socioambiental, Vitor Pires, Convention 169, OIT

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* Effectivement, le Décret No 8.593 créant le Conseil a été signé le 17 décembre 2015, et ceux homologuant quatre Terres Indigènes : Arary (405,48 km2), Banawá (1'926,59 km2), Cajuhiri-Atravessado (124,55 km2) et Tabocal (9,07 km2) on tété signés à la même date. Elles sont toutes situées dans l'État d'Amazonas, hors des zones où il y a des conflits territoriaux.

Photos : © Vitor Pires - Instituto Socioambiental – ISA. En haut à gauche, les indigènes protestent sur le toit du Congrès. Ci-dessous les manifestants quittent le toit du Congrès. Cliquer sur les vignettes pour agrandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Une version réduite de cette note a été publiée dans le dernier "AYA Info" No 108, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

22/12/2015

Amérindiens de Guyane : trente-sept propositions pour réduire l'épidémie de suicides

Trente-sept propositions ont été faites au gouvernement français pour lutter contre l'épidémie de suicides qui touche les Amérindiens de Guyane. Un taux de suicide, notamment chez les jeunes, 10 et 20 fois plus élevé que celui relevé dans l'Hexagone. Ce constat a conduit le premier ministre français, Manuel Valls à constituer une mission parlementaire chargée de rapporter sur "la compréhension des raisons susceptibles de générer un tel passage à l'acte et qui puisse permettre de déployer rapidement en Guyane des mesures d'accompagnement susceptibles de prévenir de tels drames humains." La mission a été confiée à Mesdames Marie-Anne Chapdelaine, députée, et Aline Archimbaud, sénatrice*. Leur rapport a été rendu public le 15 décembre.

En ce qui concerne les origines de cette épidémie, "Les membres de la mission ont pu constater que les causes des suicides, ici comme ailleurs, sont multifactorielles (liées à l’isolement, économiques et sociales, intrafamiliales, identitaires et culturelles). Mais que « l’épidémie de suicides », pour reprendre le terme utilisé par nombre de ses interlocuteurs, était survenue dans le contexte d’une absence indiscutable d’accès aux services les plus élémentaires."

Pour les mesures d'accompagnement, les deux parlementaires ont formulé trente-sept propositions classées en deux catégories. La première est constituée de seize mesures qualifiées de "prioritaires". La toute première étant de "Renforcer le dispositif de prise en charge psychiatriques des personnes en crise suicidaire, des membres des familles et communautés impactées par un suicide". Une autre étant de "Réaliser enfin dans les villages de l'intérieur les travaux d'infrastructure urgents : eau potable, électricité, réseau téléphonique et internet." A ce sujet "La mission tient à faire observer que dans une région où l’on tire des fusées et où les technologies les plus « avant-gardistes » sont utilisées, il est difficile d’admettre qu’il n’existerait pas de solutions pour permettre à ces populations d’être mieux desservies, même si on peut concéder que les difficultés de production d’énergie, les barrières géographiques et les contraintes d’entretien soient massives." Ou encore, dans le domaine de la culture : "Reconnaître les cultures et les langues amérindiennes en Guyane." Etc.

La deuxième catégorie de mesures contient vingt-et-une propositions "complémentaires". Parmi celles-ci, onze concernent les services de santé; cinq l'éducation et la formation professionnelle; deux l'accès aux droits (emploi et autres); et, enfin, trois traitent de réformes institutionnelles.

Les auteures du document rappellent l'importance de la mise en œuvre des mesures proposées : "Un risque a été fortement souligné par les interlocuteurs de la mission : celui de la répétition de missions officielles similaires, certaines mêmes étant sévèrement suspectées d’être à visée touristique, et dont les résultats se font tellement attendre que leur absence pèse considérablement sur la crédibilité des missions suivantes."

Il est intéressant de noter que dans les annexes de leur rapport, les deux parlementaires ont publié l'entier de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des Peuples autochtones de septembre 2007 et de la Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail de 1989 non ratifiée par la France.

La balle est maintenant dans le camp du gouvernement !

*Voir sur ce blog, la note du 29 octobre dernier.

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PS 1 : le "Recours de plein contentieux" formé par l'Association des Nations Autochtones de Guyane – ONAG et l'Association Solidarité Guyane devant le Tribunal administratif de Cayenne mettant en cause la responsabilité de l'Etat français dans la situation des communautés amérindiennes, notamment dans le domaine de la santé en raison de l'orpaillage illégal, a été jugé irrecevable le 5 novembre dernier (voir sur ce blog, la note du 17 décembre 2014). On reviendra sur ce sujet dans une prochaine note.

PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera reprise dans le prochain "AYA Info" No 107", le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

29/10/2015

Manuel Valls s'inquiète du taux de suicides chez les jeunes amérindiens de Guyane

À la fin du mois de mai dernier, le Premier Ministre français, Manuel Valls, a confié une mission parlementaire à Mmes Aline Archimbaud, Sénatrice de Seine-Saint-Denis et Marie-Anne Chapdelaine, Députée d'Ille-et-Vilaine. Le Premier ministre commence ainsi sa lettre de mission : "Les communautés amérindiennes de Guyane comptent aujourd'hui près de 10'000 personnes. Ces communautés sont concernées par un taux de suicide, notamment parmi les jeunes, entre 10 et 20 fois plus élevé que celui relevé dans l'Hexagone. Ce constat préoccupant est observé depuis plusieurs années, avec toutefois une nette tendance à l'aggravation, relevée depuis peu. Cette situation appelle une réaction qui passe par la compréhension des raisons susceptibles de générer un tel passage à l'acte et qui puisse permettre de déployer en Guyane des mesures d'accompagnement susceptibles de prévenir de tels drames humains." Les deux chargées de mission étaient en Guyane entre le 19 et le 28 septembre où elles ont visité les communautés amérindiennes. Elles doivent rendre leur rapport avant le 30 novembre prochain.

Le choix du Premier Ministre de confier une mission à Mme Archimbaud n'est certainement pas le fruit du hasard : le 15 avril 2014, la Sénatrice avait déjà interpellé la Ministre des outre-mer, Mme Pau-Langevin, sur le sujet. L'une des questions concerne la Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail - OIT : Quand cette convention sera-t-elle appliquée ? Dans sa réponse, la ministre a répété la position du gouvernement français : "Cette question soulève une difficulté à laquelle nous nous heurtons également dans de nombreux autres domaines. La Constitution garantit l’égalité et l’unicité du peuple français. Par conséquent, il est très difficile de donner des droits spécifiques à une partie de ce peuple, notamment aux peuples autochtones. Pour autant, cela ne nous dispense pas d’essayer de faire en sorte que les pratiques et les savoirs locaux de ces populations qui vivent sur le fleuve puissent être pris en compte".

Le dimanche 27 septembre, la députée d'Ille-et-Vilaine a donné une interview sur "France Ô" après une conférence de presse tenue à la préfecture de Guyane à Cayenne. La journaliste l'a questionnée sur le mal être des populations amérindiennes : En quoi les institutions peuvent intervenir sur les questions de société qui relèvent de l'identité ? La députée répond : "Par la reconnaissance des droits culturels. Un terme doit être mis en exergue, c'est le respect, l'égalité. La république n'abandonne personne. Elle doit être là pour garantir l'accès aux droits culturels, à la santé, à la scolarité… On n'a pas toujours reconnu aux amérindiens le droit à leur culture…"

La parlementaire avait-elle à l'esprit le fait qu'en 2014, deux ONG, l'Organisation des Nations Amérindiennes de Guyane – ONAG et l'Association Solidarité Guyane , ont déposé un "Recours de plein contentieux" auprès du Tribunal administratif de Cayenne. Elles reprochent au gouvernement français de ne pas avoir pris les mesures nécessaires à la protection de la population contre les dangers de l'orpaillage illégal. L'audience, primitivement fixée au 18 juin dernier a fait l'objet d'une "Radiation" (d'un renvoi) au 5 novembre prochain. Ce recours a été médiatisé dans l'épilogue de l'ouvrage "Les abandonnés de la République" paru chez Albin Michel en septembre 2014*. Une partie du livre traite de l'épidémie de suicides chez les jeunes amérindiens.

Ce printemps, le Comité pour l'Élimination de la Discrimination Raciale – CERD, rattaché au Haut Commissariat aux droits de l'homme des Nations Unies, a formulé une série de recommandations au gouvernement français au sujet de la situation des amérindiens de Guyane**.

La mission parlementaire sera-t-elle suivie d'effets ?

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* Voir sur ce Blog la note du 17 décembre 2014

** Voir sur ce blog la note du 13 juin 2015

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 106, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

18/09/2015

Deux Guarani Kaiowá présents au "Sommet des Consciences pour le climat"

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Guarani, Kaiowá, Sommet des consciences pour le climat, Paris, Mato Grosso do Sul, Valdelice Veron, Marcos Veron, Natanael Violharva Caceres, Nations Unies, Corruption, Raoni, COP 21, Commission Mondiale des barrages, Convention 169, OIT, Cour pénale internationale, Genève, Victoria Tauli-Corpuz, Nicolas Hulot, François HollandeInvités par les organisateurs du "Sommet des Consciences pour le climat" qui a eu lieu a Paris le 21 juillet*, deux représentants du peuple Guarani Kaiowá de l'État brésilien du Mato Grosso do Sul, Valdelice Veron et Natanael Violharva Caceres ont eu l'occasion de s'exprimer devant les participants de ce Sommet.

Après s'être présentée (menacée, elle est la fille du cacique Marcos Veron assassiné en 2003), Valdelice a mentionné le mode de vie des Guarani qui respecte la terre, la faune et la flore. Elle a rappelé que leurs territoires sont en train d'être détruits par des hommes avides, dont le seul but est de s'enrichir en approvisionnant le marché international du soja, de la viande et de la canne à sucre. Elle a qualifié l'éthanol de fléau "fait du sang qui jaillit de nos veines". Elle a réclamé l'application de la Convention des Nations Unies contre la corruption qui, selon elle, est à la base de l'exploitation illégale de bois. Elle a rappelé le lancement, en avril dernier à Brasilia par Raoni et plusieurs leaders indigènes, de "L'Alliance des gardiens de la mère nature" en vue de la COP 21. Elle a également abordé le problème des barrages hydroélectriques et demandé des lois réellement contraignantes avant la construction de ces ouvrages en conformité avec les recommandations du rapport final de la Commission Mondiale des barrages (adopté en 2000) et la Convention 169 de l'OIT. Elle demande aux instances internationales la reconnaissance de la notion de "crime contre les générations futures", notion qui devrait définir l'écocide, c'est à dire les crimes de destruction partielle ou totale des écosystèmes d'un territoire spécifique. Une telle mesure peut débuter par le changement du "Statut de Rome" (qui définit le fonctionnement de la Cour pénale internationale); une modification que n'importe quel chef d'Etat peut proposer. Valdelice termine son intervention par le rappel des dangers auxquels sont soumis les droits des peuples indigènes du Brésil.

Plusieurs medias français ont interviewé Valdelice, qui, accompagnée de Natanael est venue à Genève le 23 juillet. Ils ont exposé la situation des Guarani à plusieurs personnes des organes Nations Unies responsables des questions touchant les droits des minorités, des droits des peuples autochtones. Á la suite de cette visite, Madame Victoria Tauli-Corpuz, rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones a fait part de sa préoccupation sur la situation des Guarani et demandé au gouvernement brésilien qu'il garantisse la protection et les droits des Guarani Kaiowá**.

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* Le Sommet, lancé par Nicolas Hulot, envoyé spécial de François Hollande, président de la république française, a réuni plus d'une quarantaine de personnalités morales et religieuses du monde entier pour répondre à la question : "Le climat, pourquoi je m'en préoccupe ?" Et de lancer un appel des Consciences pour le climat.

** Le site Raoni.com donne le détail du programme des deux Guarani venus en France et au siège européen des Nations Unies.

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Photo (CE) : Valdelice lors de son intervention au Sommet des consciences pour le climat. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 105, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

07/08/2015

Grands barrages amazoniens : le gouvernement brésilien à nouveau dénoncé à l'ONU

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Rio Tapajós, Felício Pontes, Ademir Kaba, Munduruku,Palais des Nations, ONU, Ministério Público Federal, Ministère public fédéral, Belo Monte, Xingu, Conseil des droits de l'homme, Miguel Rossetto, France-Libertés, Planète Amazone, Amazon Watch, International Rivers, Convention 169, OITAdemir Kaba, un leader du peuple Munduruku était au Palais des Nations à Genève, le 24 juin, pour interpeller le Conseil des droits de l'homme de l'ONU sur les violations des droits des peuples autochtones commises par le gouvernement brésilien en Amazonie, dans le cadre de la construction de barrages hydroélectriques sur les rivières amazoniennes, notamment celui de Belo Monte sur le rio Xingu et un ensemble d'ouvrages sur le rioTapajós et ses affluents. Ademir était accompagné de Felício Pontes, procureur au Ministère Public Fédéral.

Il est particulièrement reproché aux autorités de ne pas avoir respecté le droit des peuples autochtones à une consultation pour un "Consentement Préalable, Libre et Eclairé" avant le début des travaux. Est également dénoncée l'utilisation répétée d'un outil légal connu sous le nom de "Suspension de sécurité" : Quand un tribunal de rang inférieur dénonce une violation des droits des peuples autochtones et demande, par exemple, l'arrêt des travaux, un juge d'une instance supérieure, à la sollicitation du gouvernement fédéral, peut suspendre la première décision en se basant sur des menaces présumées à la sécurité nationale et à "l'ordre social et économique" du pays. Et cela jusqu'à la dernière phase du recours qui peut intervenir plusieurs années après. Cela laisse le temps à la construction des ouvrages de devenir un fait accompli !

Le collectif d'associations qui a remis un "Exposé écrit*" au Conseil des droits de l'homme, demande au gouvernement brésilien de respecter l'indépendance du système judiciaire, et de supprimer l'utilisation de la "Suspension de sécurité", cet instrument qui sape les décisions juridiques favorables aux droits des autochtones. Il lui demande aussi de respecter les engagements internationaux des droits de l'homme et d'appliquer un processus culturellement approprié de consultation préalable."

Ce processus approprié de consultation, les Munduruku en ont défini les modalités dans un "Protocole" élaboré en septembre 2014, approuvé par une assemblée extraordinaire réunie en décembre 2014 et remis à Miguel Rossetto, Secrétaire de la Présidence de la république en janvier 2015**.

Ademir Kaba et Felício Pontes ont encore tenu plusieurs rencontres à Paris. Des intérêts français sont engagés dans la construction des ouvrages faisant l'objet de contestations.

Une délégation brésilienne avait déjà dénoncé les violations des droits des autochtones en mars 2014.***

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* Présenté notamment par France Libertés : Fondation Danielle Mitterrand et de nombreuses organisations indigènes, indigénistes, écologistes et de défense des droits de l'homme.

Pour accéder à l'exposé cliquer > ici puis consulter le document du 4 juin 2015, No A/HRC/29/NGO/24 . Pour la version française cliquer sur "F" (à droite).

** Voir sur ce blog, la note du 24 mars 2015.

*** Voir sur ce blog, la note du 21 mars 2014.

Photo Cimi & France Libertés : Felício Pontes et Ademir Munduruku lors de leur intervention, le 24 juin à Genève, au siège européen des Nations Unies. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 104, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

24/03/2015

Les barrages sur le Rio Tapajós, les Munduruku veulent être consultés

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Munduruku, Miguel Rossetto, rio Tapajós, complexe hydroélectrique, complexo hidrelétrico, convenção 169, OIT, Convention 169, terra indígena, Sawre Muybu, FUNAI, Belo Monte, Xingu, Pedro Martins, Terra de direitos, ONU, a públicaLe 30 janvier dernier, des représentants du peuple Munduruku ont remis un "protocole" à Miguel Rossetto, le  nouveau Secrétaire Général de la présidence de la république. Ce document expose comment ils entendent être consultés à propos de la construction du complexe hydroélectrique prévu sur le rio Tapajós. Un ouvrage susceptible d'inonder leur territoire et qui les obligerait à le quitter. Ils ont préparé ce document au cours de trois réunions qui ont eu lieu en septembre et décembre 2014 dans leurs communautés. Ils ont été conseillés par le collectif "Consulta préavia, livre e informada" et par le Ministère public fédéral. Il s'agit pour eux d'appliquer les dispositions de l'article 6 de la Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail – OIT.

Dans le premier paragraphe, en guise de condition préalable à la consultation, ils exigent du gouvernement la démarcation de Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Munduruku, Miguel Rossetto, rio Tapajós, complexe hydroélectrique, complexo hidrelétrico, convenção 169, OIT, Convention 169, terra indígena, Sawre Muybu, FUNAI, Belo Monte, Xingu, Pedro Martins, Terra de direitos, ONU, a públicala Terre Indigène Sawré Muybu (reconnue comme telle par la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI) dont ils affirment que le processus n'avance pas à cause de ce projet de barrage. Ils expriment leur refus d'être déplacés. Ils demandent la protection des groupes isolés présents sur leur territoire. Ils veulent que les autres communautés riveraines soient aussi consultées.

Une deuxième partie du document traite d'abord de l'espace géographique sur lequel doit porter la consultation : tous les villages du Haut, Moyen et Bas Tapajós. Et les groupes de personnes à être consultés : les caciques, les leaders et guerriers, les femmes, les étudiants et enseignants. Les organisations indigènes doivent participer à la consultation, "mais jamais seules"… "Les décisions du peuple Munduruku sont collectives".

Une troisième partie décrit la manière de réaliser la consultation. Celle-ci doit avoir lieu dans les villages en tenant compte du calendrier des activités économiques et culturelles. Elles doivent se dérouler en langue Munduruku. Les indiens se réservent le choix des traducteurs. Ils souhaitent la présence du Ministère Public Fédéral et de partenaires non indiens choisis par eux. Pour que la consultation soit réellement libre, ils refusent la présence des corps armés de l'Etat : Police militaire, Police fédérale, armée… Pour leur sécurité, ils veulent filmer les réunions. Ils mettent des conditions aux partenaires et agents du gouvernement qui souhaitent prendre des photos ou filmer les rencontres : être autorisés par eux et leur remettre des copies. Ils refusent de voir leurs lieux sacrés filmés ou photographiés. Ils n'acceptent pas la divulgation et l'usage indu de leurs images.

Dans une quatrième partie, ils définissent les étapes de la consultation : 1.- Arriver à un accord avec le gouvernement sur les étapes de la consultation. 2.- Organiser des réunions d'information où le gouvernement explique ses intentions. 3.- Tenir, autant que nécessaire, des réunions internes au peuple Munduruku pour que tous soient informés de manière complète et définir une position. 4.- Avoir une réunion de négociation avec le gouvernement sur le territoire Munduruku : "Le gouvernement doit entendre et répondre à notre proposition, même si elle est différente de la sienne"… "Nous espérons que le gouvernement respecte notre décision. Nous avons un droit de veto!"

En décembre 2014, pour marquer leur détermination, les Munduruku ont symboliquement procédé à une auto-démarcation de leur territoire en faisant une trouée dans la forêt à la frontière de leur terre indigène.

Comme le barrage de Belo Monte sur le rio Xingu, le complexe hydroélectrique sur le rio Tapajós est controversé. En 2012 et 2013 ce projet a été la cause d'incidents (1). En mars 2014, le gouvernement brésilien a été dénoncé à l'ONU (2) pour le non respect de ses obligations envers les peuples indigènes du pays dans le dossier des grands barrages en construction ou en projets.

Selon Pedro Martins, conseiller juridique de l'ONG "Terra de Direitos" (Terre de Droits), "Un nouveau "cycle" [de développement] qui a comme "abre-alas" (3) le complexe hydroélectrique de Tapajos – est marqué par une série d'ouvrages d'infrastructures dont l'objectif est de viabiliser l'avancée de la culture de soja et l'accélération de l'exploitation de minerai... La "Sortie Nord" (4) devra diminuer de moitié le coût d'écoulement des grains, spécialement le soja…"

Les Munduruku sont confrontés à d'énormes intérêts…

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(1) Voir, sur ce blog, les notes des 16 novembre 2012, 31 mai, 10 et 19 août 2013,

(2) Voir, sur ce blog, la note du 21 mars 2014

(3) "abre-alas" se traduit en français par panneau, étiquette; mais c'est aussi le nom donné à un char allégorique qui ouvre le défilé d'une entité carnavalesque.

(4) La "Sortie Nord", c'est le rio Tapajós et ses infrastructures portuaires notamment.

Cartes : Infographie de l'agence "A Pública". Image supérieure : les différents ouvrages prévus. Image inférieure : simulation des surfaces inondées. Cliquer sur les vignettes pour agrandir les images.

- PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans  "AYA Info" No 100, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

17/12/2014

Des "Abandonnés de la République" déposent plainte contre l'État français

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, amérindiens, Guyane, orpaillage, François Hollande, hurleurs de Guyane, or, Raymond Depardon, Jean-Patrick Razon, Survival, Convention 169, OIT, Les abandonnés de la république, Albin Michel, Yves Géry, Aïkumalé Alemin, Alexandra Mathieu, Christophe Gruner, Alexis Tiouka, Florencine Edouard, Organisation des Nations Autochtones de Guyane,ONAG, Haut-Maroni, Guarani, William Bourdon, Association Solidarité Guyane, ASG, Tribunal administratif de Cayenne, Jean Desessard, George Pau-Langevin,TV5Monde, bushinenguéUn titre, "Les abandonnés de la République", et un sous-titre, "Vie et mort des Amérindiens de Guyane" telles sont les fortes affirmations résumant le contenu de l'ouvrage paru en septembre dernier chez Albin Michel*. Pendant trois ans, les trois auteurs, Yves Géry, Alexandra Mathieu et Christophe Gruner ont enquêté sur les conditions de vie des sept à dix mille Amérindiens, peuples premiers, de cette partie de l'Amérique. Ils ont interviewé plus de quarante personnes, dont trente-quatre Amérindiens parmi lesquels Alexis Tiouka, juriste spécialiste des droits humains et autochtones et Florencine Edouard**, coordinatrice de l'Organisation des Nations Autochtones de Guyane - ONAG.

Une première partie de l'ouvrage retrace l'histoire de ce qui est maintenant une Région et un Département français de 83'846 km2. Une deuxième partie décrit les conditions vie déplorables dans lesquelles vivent les communautés, l'impact de la ruée vers l'or et la contamination due à l'usage du mercure par les orpailleurs illégaux. La troisième est consacrée à un phénomène moins connu : l'épidémie de suicides qui sévit dans le Haut-Maroni, avec un taux de prévalence dix-sept fois plus élevé qu'en France métropolitaine; un phénomène qui n'est pas sans rappeler ce qui se passe chez les Guarani du Brésil. Ces suicides sont symptomatiques de la détresse vécue par ces peuples. Le titre de l'ultime chapitre est en forme de question : "Un ethnocide annoncé ?" Il y a effectivement un risque réel de voir disparaître peuples et cultures amérindiennes, non seulement en Guyane, mais dans d'autres pays.

L'épilogue évoque la plainte déposée par des Amérindiens contre l'État français. Effectivement, en décembre 2013, l'ONAG et l'Association Solidarité Guyane – ASG, par l'intermédiaire de leur avocat Me William Bourdon, déposent un "recours préalable" auprès du préfet de Guyane. Ils reprochent à l'administration de ne pas avoir pris les mesures préventives susceptibles d'éviter l'atteinte à la santé des personnes et à l'environnement causée par l'activité d'orpaillage. Ils dénoncent également les carences constatées dans la sanction des infractions à la loi. Le préfet n'a pas répondu dans les deux mois qui lui étaient impartis. Alors, le 22 avril 2014, les mêmes entités ont déposé un "Recours de plein contentieux" contre l'État auprès du Tribunal administratif de Cayenne. La requête a été transmise à la préfecture le 22 mai 2014. La justice est maintenant formellement saisie du dossier. Cette plainte marque la volonté des Amérindiens de lutter pour leur survie.

Une autre proposition clos la préface de l'ouvrage signée par Raymond Depardon***, c'est une demande adressée au président français : "… il est temps qu'il reconnaisse les droits fondamentaux des peuples indigènes de la République, les meilleurs gardiens de la biodiversité, et qu'il envisage sérieusement la signature de la convention 169 de l'OIT". On a envie d'ajouter : et surtout qu'il en applique dès maintenant le contenu !"

Le 11 décembre, au Sénat français, à l'heure des questions d'actualité au gouvernement, le sénateur écologiste de Paris Jean Desessard a interpellé le gouvernement au sujet des suicides chez les Amérindiens de Guyane. Dans sa réponse, Mme George Pau-Langevin, Ministre des Outre-mer a annoncé l'envoi, sur place, d'une mission de l'inspection générale afin de dresser le bilan de ce qui s'y fait aujourd'hui. Lors de son prochain voyage en Guyane, elle a affirmé son intention de rencontrer le Conseil consultatif des peuples amérindiens et bushinengué (descendants d'esclaves marrons) afin que ces populations soient mieux associées à la politique menée et mieux prises en compte. La version écrite de ce dialogue peut être lue en cliquant > ici (Point 5).

Ce 13 décembre, le groupement "Les hurleurs de Guyane" a diffusé une note rappelant que l'accord de coopération transfrontalière pour lutter contre l'orpaillage illégal conclu avec le Brésil en 2008, adopté par le parlement français en juillet 20011, et seulement approuvé par les députés brésiliens en décembre 2013 (à l'occasion d'une visite du président français), n'a toujours pas été promulgué par Brasilia.

Cette organisation demande que l'État français passe d'une stratégie de communication à une stratégie publique de planification et d'actions proportionnées aux dommages. Elle demande aux parlementaires guyanais de déposer une proposition de résolution afin de créer une commission d'enquête parlementaire indépendante sur la manière dont ce dossier a été géré par l'État depuis les années 1990 et sur la manière dont il devrait être traité.

À suivre…

* Editions Albin Michel – Paris – 342 pages, 22,50 Euros, ISBN : 978-2-226-25695-9

** Voir sur ce blog les notes du 08 février 2013

*** Voir sur ce blog la note du 30 décembre 2013

Ci-dessous, une interview de Aïkumalé Alemin, Conseiller municipal de Maripasoula et du journaliste Yves Gery, diffusée le 30 septembre sur TV5 Monde.

 

- PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Une version réduite de cette note a été publiée dans  "AYA Info" No 98, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

30/12/2013

François Hollande, le Brésil, la Guyane et l'orpaillage illégal

Resté quasiment cinq ans dans les tiroirs et devant les Commissions du parlement brésilien, l'accord, signé en décembre 2008, pour renforcer la coopération entre la France et le Brésil afin de prévenir et réprimer l'orpaillage illégal en Guyane a été approuvé par la Chambre des députés le 12 décembre dernier. Le président français était alors en visite officielle au Brésil. Le parlement français l'avait adopté en juillet 2011 déjà. Cet accord, voulu par les deux présidents Lula et Sarkozy en février 2008, concerne les zones protégées ou d'intérêt patrimonial. Il s'applique dans une bande de 150 km de part et d'autre de la frontière. Il énumère une série de mesures à mettre en œuvre dans différents domaines. Par exemple, parmi les mesures pénales, il est prévu la confiscation des produits des infractions, mais aussi la confiscation et la destruction des biens et matériels utilisés pour commettre les infractions. Il devra encore être mis en œuvre. La France aura-t-elle plus de poids pour le faire appliquer maintenant que Brésil a choisi le Gripen suédois, au détriment du Rafale français, pour renouveler sa chasse aérienne ?

Les forces de l'ordre ont également à contrôler la frontière avec le Suriname, pays avec lequel la France a un accord de coopération transfrontalière en matière policière, mais le président français souhaite un accord semblable à celui signé avec le Brésil.

Le 6 décembre, peu avant l'arrivée F. Hollande en Guyane, la Préfecture de région avait fait le point sur l'orpaillage illégal. Elle a fait état d'une aggravation de la situation. Après un net recul en 2008 – 2009, tous les indicateurs sont en hausse sensible. En 2009, il avait été relevé 535 chantiers actifs, il y en avait 771 en 2013.

La société civile guyanaise s'inquiète. Un collectif – Les Hurleurs de Guyane – composé d'une quarantaine d'associations a appelé à manifester le 13 décembre pour attirer l'attention de F. Hollande sur la gravité de la situation décrite dans un intéressant document d'une trentaine de pages. Ils y affirment que la production illégale de l'or est entre 3 et 20 fois la production d'or déclarée, comprise elle, entre 1 et 2 tonnes par an. Ce texte a été remis aux conseillers du président.

Les 13 et 14 décembre, dans plusieurs de ses discours, le président de la république a évoqué le problème de l'orpaillage illégal : "Nous irons jusqu'au bout de ce combat" a-t-il annoncé à sa descente d'avion.  Il a rappelé la mort de trois militaires et les graves blessures dont ont été victimes deux légionnaires dans les opérations de lutte contre l'orpaillage illégal. Devant les élus, puis devant les acteurs économiques de Guyane, il a repris une proposition qui lui a été faite de créer un opérateur public qui, "dans le respect de l'environnement, permettrait une exploitation de l'or guyanais au bénéfice de la seule Guyane".

Un contact avec les organisations amérindiennes de Guyane n'était pas prévu au programme de la visite. Et, apparemment, celles-ci ne se sont pas manifestées. Cependant, à l'occasion de ce voyage, Raymond Depardon, photographe et cinéaste; Michel Adam, anthropologue et professeur; ainsi que Jean-Patrick Razon, directeur de Survival International – France, ont signé une "Tribune" dans le quotidien "Le Monde" du 12 décembre : … "Si François Hollande aspire à faire de la France "la nation de l'excellence environnementale", il est temps qu'il reconnaisse les droits fondamentaux des peuples indigènes de la République, les meilleurs gardiens de la biodiversité, et qu'il envisage sérieusement la signature de la convention 169 de l'OIT". En Guyane ce sont certainement les populations amérindiennes qui souffrent le plus de l'orpaillage illégal comme l'a bien montré le film "Dirty Paradise" de Daniel Schweizer*.

Enfin, le Brésil n'ayant pas encore terminé les travaux d'accès au pont sur l'Oyapock et permettant une liaison routière avec la Guyane, l'inauguration n'a pas été programmée pour cette visite… La construction du pont avait été annoncée en février 2008. L'inauguration était souhaitée pour 2010.

* Le film a été présenté en mars 2010 au Festival du Film et Forum sur les droits humains –FIFDH de Genève où il a reçu le Grand Prix de l'État de Genève – voir AYA Info No 48

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À tous les lecteurs de ces notes, amis ou inconnus, réguliers ou occasionnels, je souhaite une année 2014 de "Bien vivre" et de progrès vers une "Terre sans mal", selon des expressions utilisées par les peuples indigènes.

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PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans AYA Info (No 89), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

19/08/2013

Rio Tapajós : les études reprennent sous la protection des forces de sécurité

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Le Groupe d'études est coordonné par l'entreprise brésilienne Eletrobras. Il est constitué par neuf entreprises, dont : Eletronorte, GDF Suez et EDF. Il doit rassembler les données à soumettre à l'Institut Brésilien de l'Environnement – IBAMA chargé de délivrer l'autorisation de construction des ouvrages. Selon Electrobras, les études doivent être conduites en deux phases sur 22 zones différentes. Une première phase doit être réalisée entre le 12 août et le 10 septembre, et la deuxième entre le 15 septembre et le 20 novembre.

Selon des études préalables, l'usine de São Luiz do Tapajós aurait une puissance de 6'133 Megawatt - MW et celle de Jatobá 2'338 MW. Il est prévu qu'elles soient de type "usine-plateforme", une idée inspirée des plateformes pétrolières maritimes. Les installations nécessaires au chantier devraient être totalement démontées à la fin des travaux. Les espaces non utilisés par les usines devraient être rendus à la végétation.

Selon Eletrobras, aucune des 22 zones de recherche ne se situe en Terre indigène. Toujours selon l'entreprise, les études doivent permettre la consultation des peuples indigènes selon les dispositions de la Constitution et de la Convention 169 de l'organisation Internationale du Travail – OIT.

Pour les leaders Munduruku, "le gouvernement a rompu l'accord du 23 juin et veut imposer le projet contre notre volonté". Un avis partagé par le Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI pour lequel, ce jour-là, le gouvernement fédéral avait renvoyé ces études après l'adoption de la réglementation du droit à la consultation préalable prévu par la Convention 169 de l'Organisation Internationale du travail - OIT.  Le Mouvement des Atteints par les Barrages – MAB, est aussi d'avis que la consultation doit être réalisée avant les études. Dans un manifeste, le peuple Kawaiwete (du Mato Grosso) soutient les Munduruku : "Nous réaffirmons notre appui à nos parents dans leur lutte contre l'implantation des ouvrages hydroélectriques qui affectent leurs communautés et nous désapprouvons les actions du gouvernement fédéral visant à faire pression sur [ce] peuple pour qu'il accepte ces projets".

À suivre…

* Voir sur ce blog la précédente note du 10/08/2013

Carte : cliquer sur l'image pour en agrandir le format.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera reprise dans le prochain AYA Info (No 85) le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2