28/06/2017

Sylvie Petter : "La solidarité avec les Yanomami est essentielle"

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, autochtones, indígenas, Yanomami, Rio Marauiá, malaria, paludisme, Sergio Ferrarri, DSEI, Amazonas, Sylvie Petter, E-Changer, Novo Movimento, ethnocentrisme, coopération, Le Jour se LèveDepuis plus de six ans, Sylvie Petter, infirmière (Suisse) de son état, responsable du programme d'éducation à la santé de SECOYA* à Manaus, passe de nombreux mois dans les communautés Yanomami du Rio Marauiá. Dans un entretien qu'elle a accordé à Sergio Ferrari**, elle parle de son travail et du contexte dans lequel elle agit. Elle rappelle la difficulté d'atteindre – par bateau et pirogue – la quinzaine de communautés Yanomami de cette région de l'État d'Amazonas. La situation économico-politique dans laquelle se trouve le Brésil est à l'origine d'une détérioration de l'état de santé des communautés indigènes, notamment une augmentation de la malaria. Les programmes de prévention développés dans les communautés doivent être complétés par le renforcement de la capacité de celles-ci à défendre leurs droits à la santé, à l'accès à l'eau potable entre autres.

Après avoir évoqué le contexte culturel, notamment la conception du temps dans la culture yanomami où seul le présent existe, Sylvie est questionnée sur le rôle, les priorités de la coopération et de la solidarité. Sa réponse mérite attention : "La solidarité est essentielle, surtout dans ce moment politiquement si difficile. Dans le monde de la coopération, la tendance actuelle est d’exiger des partenaires au Sud des objectifs très clairs et la mesure des résultats, les impacts quantifiables, etc. Dans le travail avec les communautés indigènes, nous ne pouvons pas toujours répondre à ces exigences de mesure de l’impact. Raison pour laquelle on doit développer un paradigme de coopération réellement solidaire et compréhensive. Comprendre que notre rôle consiste à accompagner le chemin des Yanomami, selon leur rythme. Y compris accepter que les communautés puissent parfois prendre des décisions qui peuvent nous étonner et avec lesquelles nous ne sommes pas d’accord. Nous devons accepter leur droit à faire des erreurs, leur droit à se chercher. Nous sommes avec eux en les accompagnant et nous devons leur répondre lorsqu’ils sollicitent de notre part une opinion ou une orientation. Mais il n’est pas acceptable d’imposer nos vues qui sont culturellement différentes. Il ne faut pas non plus élaborer des projets résultant de nos analyses. Pour être solidaires, nous devons nous approprier et vivre à fond la véritable essence de l’interculturalité. Et respecter profondément les différences conceptuelles dans la notion de temps…"

La réflexion de Sylvie interpelle sur la nature même de la solidarité que le "Nord" pratique avec le "Sud". Notre pratique de la coopération n'est-elle pas fortement influencée par un ethnocentrisme probablement inconscient ?

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* SECOYA : "Service et Coopération avec le peuple Yanomami"

** Sergio Ferrari est journaliste. Il collabore notamment avec les associations E-Changer et Novo Movimento.

 

Image : Capture d'écran du documentaire sur les 25 ans d'activité de Secoya réalisé par la Compagnie parisienne "Le Jour se Lève" montrant Sylvie se rendant dans les communautés Yanomami du Rio Marauiá. Cliquer sur la vignette pour agrandir la photo.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 117, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

05/10/2012

Le Mouvement pour la Coopération Internationale, 50 ans de coopération, et après ?

Le Mouvement pour la Coopération Internationale* – MCI va vivre la troisième phase de son 50e anniversaire. Il a organisé une rencontre à laquelle participeront ses partenaires du Sud. Un séminaire qui aura lieu à Genève entre le 15 et le 19 octobre. Il s'agira de traiter trois thèmes qui ont fait l'essentiel de l'activité des associations avec lesquelles il collabore depuis de nombreuses années : la formation, les peuples autochtones et l'économie solidaire. Au-delà de ces thèmes, il est surtout question de rechercher, avec ces partenaires, les modes préférentiels de coopération à pratiquer à l'avenir.

Les résultats de cette rencontre seront présentés vendredi 19 octobre, entre 18h et 21h, lors de carrefours ouverts au public à la Maison des Associations (voir le flyer ci-dessous).

Dans un premier temps, l'ONG genevoise a conduit une réflexion sur ses propres pratiques au cours de ce demi-siècle d'activité, ses forces, ses faiblesses.

Dans un deuxième temps, en mars et avril**, il a organisé trois débats publics portant sur le cadre dans lequel s'inscrit l'action des ONG comme le MCI : les apports et les limites du "système" des Nations Unies; le rôle de la Suisse et de Genève dans la coopération internationale, et, enfin, l'actualité de Bandung, cette conférence de 1955 qui a favorisé la marche vers l'indépendance de nombreux territoires sous domination coloniale et l'émergence de mouvements de libération nationale. Lors de chaque débat, le MCI a questionné les intervenants sur la manière d'améliorer l'efficacité de la coopération.

Il leur a soumis une hypothèse de travail pour l'avenir, tirée du bilan de son action : "Cette expérience semble montrer que les modes de coopération les plus efficaces, sont ceux portés par des partenaires du Sud qui, à partir le réalisations locales ou régionales déjà porteuses d'autonomie, aboutissent à des propositions de politiques publiques au Sud. Ces propositions, quand elles sont mises en œuvre, vont bénéficier à un nombre étendu de groupes, à une population beaucoup plus large que les bénéficiaires directs initiaux. Elles peuvent avoir une répercussion non seulement locale, mais aussi régionale, voire nationale." Tous les intervenants, à leur manière, ont souscrit à cette vision de la coopération.

C'est aussi de cette hypothèse que le MCI veut débattre avec ses partenaires pour en examiner les implications. Le résultat de cette semaine de travail devrait faire l'objet d'un document de synthèse élaboré avec ses partenaires. Il devrait être présenté lors des carrefours du 19 octobre.

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* Mouvement pour la Coopération Internationale – MCI c/o Maison des Associations, 15 rue des Savoises, CH-1205 Genève, Tél.: 022 320 29 02, courriel : mci.fgc@gmail.com / Site Internet : www.mci.fgc.ch  / Le MCI est l'un des membres fondateurs de la Fédération Genevoise de Coopération – FGC. Cette fédération a apporté son appui pour la réalisation de cette rencontre, ainsi que la Loterie romande.

**Voir sur ce blog, la note du 16 mars 2012

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