05/12/2014

Un cri d'alarme : le futur climatique de l'Amazonie est en danger !

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, futur climático da Amazônia, Antonio Donato Nobre, ARA, INPE, INPA, floresta, chuva, pluie, vapor d'água, cataclismos climáticos, desmatamento, déforestation, rios aéreos, rivières aériennes, rios voadores, rios volants, degradação, reforestation, reflorestanento, Lima 2014, Paris 2015, COP 20, UNFCCCCes quarante dernières années ce sont 763'000 Km2 de forêt amazonienne qui ont été détruits, soit plus de dix-huit fois la superficie de la Suisse, ou deux fois celle de l'Allemagne. Seulement au Brésil, on estime que 42 milliards d'arbres ont été coupés, soit plus d'un milliard par année. Mis les uns à la suite des autres les troncs de ces arbres – d'une longueur moyenne de 15 mètres - couvriraient une distance de 635 millions de km, soit environ 1'700 fois la distance Terre – Lune (384'400 km). À cela, il faut ajouter les zones où la forêt a été dégradée et ne remplit plus son rôle d'écosystème.

Ces chiffres chocs, et d'autres encore, ont été rappelés dans un rapport d'évaluation scientifique d'une quarantaine de pages publié le 30 octobre à São Paulo. Il est l'œuvre du spécialiste du climat et de l'écosystème amazonien, Antonio Donato Nobre, chercheur à l'Institut National de Recherche Spatiale du Brésil – INPE et à l'Institut National de Recherche d'Amazonie - INPA. C'est un travail demandé par l'Articulation Régionale Amazonienne - ARA. La publication de ce document, synthèse de plus de 200 articles et enquêtes scientifiques relatifs à la déforestation, arrive au moment où l'État de São Paulo est confronté à une très forte sécheresse. L'auteur lance un cri d'alarme en rappelant le rôle de la forêt pour le climat. Il dévoile cinq "secrets".

Le premier, c'est que la forêt maintient humide l'air en mouvement et provoque des pluies dans les zones éloignées des océans, cela en raison de la capacité des arbres à transférer de grands volumes d'eau du sol vers l'atmosphère. La forêt amazonienne émet dans l'atmosphère 20 milliards de tonnes d'eau par jour. De son  côté, l'Amazone déverse dans l'Atlantique 17 milliards de tonnes d'eau par jour.

Le deuxième "secret" est la formation de pluies abondantes dans l'air pur amazonien. Les arbres émettent des substances volatiles favorisant la condensation de la vapeur d'eau. Cela a pour résultat la formation de nuages entraînant de fortes pluies favorables à "l'océan vert".

Le troisième explique pourquoi, dans l'histoire, la forêt amazonienne a survécu aux cataclysmes climatiques : C'est sa capacité à maintenir un cycle hydrologique bénéfique, même dans des conditions défavorables. La transpiration abondante des arbres, liée à une très forte condensation (plus élevée que sur les océans voisins) permettent la formation de nuages et de pluies provoquant un abaissement de la pression atmosphérique sur la forêt. Un phénomène qui aspire l'air humide de l'océan vers le continent. Cela maintient les pluies en n'importe quelles circonstances.

Le quatrième est lié au fait que la forêt amazonienne non seulement maintient l'air humide pour elle-même, mais exporte des fleuves aériens de vapeur qui transportent les pluies vers l'est. Confrontés au barrage de la cordillère des Andes, ils font une courbe vers les régions méridionales de l'Amérique du Sud, notamment vers le quadrilatère fortuné du Brésil, São Paulo, Rio de Janeiro… Contrariant la tendance à l'aridité de cette région. A l'ouest des Andes et sous les mêmes latitudes, sur d'autres continents, il y a de grandes zones désertiques

Le cinquième "secret" explique la raison pour laquelle, en Amazonie et dans la proche région océanique, il n'y a pas de formation d'ouragans ou autres événements climatiques extrêmes : la condensation spécialement uniforme sous la couverture forestière empêche la concentration des vents en tourbillons destructeurs. Cet ensemble de facteurs font de la forêt amazonienne la meilleures et la plus précieuse partenaire de toutes les activités humaines.

Le rapport traite ensuite des effets déjà observés des changements climatiques : réduction drastique de la transpiration, la modification de la dynamique des nuages et des pluies et le prolongement de la saison sèche. Les dégâts du déboisement, aussi bien que ceux des feux, de la fumée et de la suie sur le climat sont évidents dans les observations scientifiques actuelles sur le terrain.

L'auteur du rapport rappelle que les forêts de l'Amazonie sont essentielles pour le maintien du climat, et avec lui la sécurité des générations futures.

Selon lui, pour retourner la situation, il faut un effort de guerre. L'unique option responsable est d'agir dès maintenant pour combattre les causes de la déforestation. En premier lieu, il faut lutter contre l'ignorance en facilitant l'accès aux découvertes scientifiques relatives au changement climatique. Il faut arrêter la déforestation et la dégradation forestière. Il est nécessaire et inévitable de mettre en œuvre un immense effort pour replanter et restaurer la forêt détruite.

Il appelle à tracer un nouveau chemin où la forêt protégée et recomposée sera la principale alliée des activités humaines à l'intérieur et à l'extérieur de l'Amazonie.

Ce cri d'alarme a été lancé avant les prochains rendez-vous internationaux sur le climat. D'abord à Lima ce mois de décembre, et surtout à Paris en novembre et décembre 2015.

 ***

Image (Wikipédia) : Les "rios volants". Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

Traduction des notes : Le chemin des rivières volantes

1.- Dans la bande équatoriale de l'océan Atlantique se produit une intense évaporation. C'est là que le vent se charge d'humidité. / 2.- L'intense évaporation, transpiration et condensation sur l'Amazonie produit une aspiration des Alizés, pompant ces vents à l'intérieur du continent, provoquant des pluies et mettant en mouvement les rivières volantes. / 3.- Cette humidité avance dans le sens ouest jusqu'à atteindre la cordillère des Andes. Durant cette trajectoire, la vapeur d'eau refait un cycle pluie, transpiration, condensation et évaporation au passage sur la forêt. / 4.- Quand l'humidité rencontre la Cordillère des Andes, une partie se précipitera à nouveau formant les sources des rivières de l'Amazonie. / 5.- L'humidité qui atteint la région andine retourne en partie au Brésil par les rivières volantes et peut tomber sur d'autres régions. / 6.- Dans la phase finale, les rivières volantes peuvent alimenter les réservoirs d'eau des Régions Sudeste et Sud (du Brésil), se dispersant jusqu'aux pays frontaliers, comme le Paraguay et l'Argentine.

- PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans  "AYA Info" No 97, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

08/09/2014

Pérou : Une nouvelle loi menace l’environnement

Amazônia, Amazônia peruana, Pérou, Perú, Luis Miguel Castilla, Ollanta Humala, Ley No 30230, MINAM, OFEA, Pacto de Unidade Perú, Loreto, rio Pastaza, rio Tigre, FECONAT, Lima, COP 20, Petroperú, Cuninico, Iquitos, manto negro, derrame, vazamentoLe 3 juillet dernier, la Commission permanente du Congrès péruvien a donné son feu vert au projet de loi No 3627, annoncé en urgence par le Ministre de l’Economie Louis Castilla pour favoriser les investissements privés et relancer la croissance économique. Ce texte a été adopté par le congrès et signé par le président de la république le 11 juillet.

Sous prétexte de promouvoir les investissements, cette loi affaiblit considérablement les compétences du Ministère de l’Environnement péruvien (MINAM). C’est notamment le cas dans le domaine de la surveillance des activités extractives (minerais, pétrole) qui sont particulièrement étendues au Pérou. À titre d’exemple, cette loi affecte les compétences de l’Organisme (du MINAM) d’Évaluation et de Surveillance Environnemental - OEFA, en matière de sanction des délits environnementaux. Elle prévoit que durant trois ans les activités de l’OEFA soient orientées vers la prévention et la correction des infractions laissant les sanctions seulement pour des cas exceptionnels. De la même manière, elle réduit les compétences du MINAM dans l’approbation de zones de réserves naturelles en proposant que les décisions dans ce domaine ne soient plus uniquement du ressort du MINAM mais soient prises par décret suprême avec un vote du Conseil des Ministres. Cette modification augmente la bureaucratisation des procédures et donne un caractère politique à ces prises de décisions.

Près de cent organisations internationales ont écrit au Président Ollanta Humala pour exprimer leur grande préoccupation quant à l’approbation de cette loi. Le Pacte d'Unité des Organisations Indigènes du Pérou avait également exprimé son rejet de la décision du Congrès et demandé au Président de ne pas promulguer la loi.

Cette annonce intervient alors que l’environnement péruvien est déjà considérablement affecté par la pollution occasionnée par l’industrie extractive. Par exemple, en juin dernier, la rupture d'un oléoduc dans la région amazonienne du Loreto, a occasionné une fuite (voir ci-dessous) de pétrole dans l’environnement, de plus de 400 barils, affectant la faune, la flore et la santé de près de 550 personnes.

Dans un contexte de crise climatique globale où il paraît urgent de prendre des mesures concrètes, cette loi représente un grave retour en arrière pour le Pérou dans le domaine de l’environnement. Elle constitue aussi un très mauvais signal à la veille de la prochaine conférence des Nations Unies sur les changements climatiques, la COP 20 qui aura lieu à Lima en décembre prochain.

Photo© Feconaco : un moniteur indigène chargé de la surveillance territoriale constate la pollution

***

La vidéo (en espagnol) de 19 mn ci-dessous a été diffusée le 20 juillet 2014. Il s'agit d'un reportage relatif à la pollution, suite à une fuite de pétrole, survenue dans la dernière semaine de juin, près de la localité de Cuninico, au cœur de la forêt de Loreto au Pérou.

***

- Voir sur ce blog les notes des 20 janvier et 25 juin 2012, et 10 mai 2013

- Cette note a été rédigée par Aurélien Stoll, Secrétaire de l'ONG genevoise, le Mouvement pour la Coopération Internationale – MCI, également chargé du suivi d'un projet de surveillance territoriale mis en œuvre par des organisations et communautés indigènes en Amazonie péruvienne.

- PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, mais ici en espagnol, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans "AYA Info" (No 95), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2