18/09/2015

Deux Guarani Kaiowá présents au "Sommet des Consciences pour le climat"

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Guarani, Kaiowá, Sommet des consciences pour le climat, Paris, Mato Grosso do Sul, Valdelice Veron, Marcos Veron, Natanael Violharva Caceres, Nations Unies, Corruption, Raoni, COP 21, Commission Mondiale des barrages, Convention 169, OIT, Cour pénale internationale, Genève, Victoria Tauli-Corpuz, Nicolas Hulot, François HollandeInvités par les organisateurs du "Sommet des Consciences pour le climat" qui a eu lieu a Paris le 21 juillet*, deux représentants du peuple Guarani Kaiowá de l'État brésilien du Mato Grosso do Sul, Valdelice Veron et Natanael Violharva Caceres ont eu l'occasion de s'exprimer devant les participants de ce Sommet.

Après s'être présentée (menacée, elle est la fille du cacique Marcos Veron assassiné en 2003), Valdelice a mentionné le mode de vie des Guarani qui respecte la terre, la faune et la flore. Elle a rappelé que leurs territoires sont en train d'être détruits par des hommes avides, dont le seul but est de s'enrichir en approvisionnant le marché international du soja, de la viande et de la canne à sucre. Elle a qualifié l'éthanol de fléau "fait du sang qui jaillit de nos veines". Elle a réclamé l'application de la Convention des Nations Unies contre la corruption qui, selon elle, est à la base de l'exploitation illégale de bois. Elle a rappelé le lancement, en avril dernier à Brasilia par Raoni et plusieurs leaders indigènes, de "L'Alliance des gardiens de la mère nature" en vue de la COP 21. Elle a également abordé le problème des barrages hydroélectriques et demandé des lois réellement contraignantes avant la construction de ces ouvrages en conformité avec les recommandations du rapport final de la Commission Mondiale des barrages (adopté en 2000) et la Convention 169 de l'OIT. Elle demande aux instances internationales la reconnaissance de la notion de "crime contre les générations futures", notion qui devrait définir l'écocide, c'est à dire les crimes de destruction partielle ou totale des écosystèmes d'un territoire spécifique. Une telle mesure peut débuter par le changement du "Statut de Rome" (qui définit le fonctionnement de la Cour pénale internationale); une modification que n'importe quel chef d'Etat peut proposer. Valdelice termine son intervention par le rappel des dangers auxquels sont soumis les droits des peuples indigènes du Brésil.

Plusieurs medias français ont interviewé Valdelice, qui, accompagnée de Natanael est venue à Genève le 23 juillet. Ils ont exposé la situation des Guarani à plusieurs personnes des organes Nations Unies responsables des questions touchant les droits des minorités, des droits des peuples autochtones. Á la suite de cette visite, Madame Victoria Tauli-Corpuz, rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones a fait part de sa préoccupation sur la situation des Guarani et demandé au gouvernement brésilien qu'il garantisse la protection et les droits des Guarani Kaiowá**.

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* Le Sommet, lancé par Nicolas Hulot, envoyé spécial de François Hollande, président de la république française, a réuni plus d'une quarantaine de personnalités morales et religieuses du monde entier pour répondre à la question : "Le climat, pourquoi je m'en préoccupe ?" Et de lancer un appel des Consciences pour le climat.

** Le site Raoni.com donne le détail du programme des deux Guarani venus en France et au siège européen des Nations Unies.

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Photo (CE) : Valdelice lors de son intervention au Sommet des consciences pour le climat. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 105, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

19/04/2013

Un nouvel avenir pour la coopération à ne pas compromettre

Elles font la une des médias, les "Offshore Leaks", les "fuites extraterritoriales" révélées, dès le 4 avril, par le Consortium International pour le Journalisme d'Investigation – ICIJ. Ces informations décrivent l'ampleur du phénomène et les mécanismes par lesquels, les revenus et les fortunes de personnes physiques ou morales et les bénéfices d'entreprises, peuvent être soustraits aux administrations fiscales des pays de résidence ou d'activité pour aller s'abriter dans les paradis fiscaux. On y trouve également les noms de ceux qui ont collaboré à ces opérations.

Pour l'heure, à partir de ces révélations, il n'est pas possible de se faire une idée du préjudice causé par de telles opérations sur les pays en développement. Les journalistes qui étudient cette documentation seraient bien inspirés de mettre en lumière cet aspect du problème.

Les thèmes de la corruption, de l'évasion et de l'optimisation fiscales ont été abordés par Bernard Bertossa, l'ancien Procureur général du Canton de Genève, dans un débat organisé le 28 mars 2012 par le Mouvement pour la Coopération Internationale – MCI à l'occasion de son 50e anniversaire. Il a rappelé comment ces sujets sont essentiels : "Ils devraient être lourdement traités par les ONG de coopération pour que celles-ci ne soient pas seulement le service après vente du business qui continue à se faire… impunément au détriment des pays du sud".

Les débats organisés l'an dernier par le MCI avaient pour objet de porter un regard sur le cadre dans lequel s'est exercée et s'exerce encore son activité et surtout de mieux choisir les projets qu'il entend favoriser à l'avenir. Les projets à soutenir en priorité sont ceux portés par les partenaires du sud qui, à partir leur activité concrète sur le terrain, se mettent en réseau avec d'autres organisations pour proposer et s'assurer de la mise en oeuvre de politiques publiques pouvant profiter à une population beaucoup plus large que les bénéficiaires du projet initial. Par exemple, que les organisations qui interviennent dans le domaine de l'éducation et le soutien à des écoles s'organisent avec d'autres ONG impliquées sur le même terrain, pour la mise en place d'un Ministère de l'éducation capable d'assurer une scolarisation de qualité pour tous les enfants du pays. L'objectif final – peut-être encore utopique – étant de rendre l'appui financier devenir inutile tout en ouvrant plus largement la porte à des partenariats d'échanges intercontinentaux et interculturels enrichissants.

La proposition du MCI est résumée et argumentée à l'aide d'exemples dans la vidéo récemment mise en ligne sur YouTube et que l'on peut voir au bas de cette note. Sa durée (27' 23") facilite son utilisation en classe. Sur ce même support, ou sur le DVD "Un nouvel avenir pour la coopération" que l'on peut se procurer au MCI*. En guise de "Bonus", il est également possible de voir des extraits des débats qui ont eu lieu à Genève en mars - avril 2012 et du séminaire d'octobre.

Le premier débat (21 mars 2012) avait pour titre principal : "Nations Unies, Nations Désunies ?" Et pour sous-titre : "Apports et limites du "système" des Nations Unies". L'intervention de Mme Cécile Molinier a porté sur le rôle du Programme des Nations Unies pour le Développement – PNUD et ses relations avec les ONG. M. Yves Berthelot a retracé l'évolution des Nations Unies, l'apport de la société civile et le rôle des ONG de coopération internationale. Mme Pierrette Birraux a expliqué l'option originale choisie par les Peuples autochtones pour faire entendre leur voix aux Nations Unies.

Le deuxième débat (28 mars 2012) est celui qui a attiré le plus de public. Il avait pour titre : "La Suisse, Genève, leurs secrets et la coopération ? Et pour sous-titre : "Rôle de la Suisse et de Genève dans la Coopération Internationale". La parole a été donnée à M. Peter Niggli qui a rappelé de travail de la coalition "Alliance Sud" en rapport avec la politique étrangère de la Suisse. M. Olivier Berthoud a parlé de la Genève internationale, celle des organisations gouvernementales et aussi de la Genève internationale locale, celle la solidarité internationale des ONG et des collectivités publiques genevoises. Le troisième intervenant était M. Bernard Bertossa dont il est question au début de cette note. Il a parlé du rôle de la Suisse et de Genève dans l'économie et la finance internationales.

Le troisième débat (19 avril 2012) avait pour titre : Révolution, libération, coopération ? Et pour sous – titre  : L'actualité de Bandung. Il s'agissait de rappeler la conférence de 1955 qui a donné un essor à l'indépendance de nombreux États encore sous domination coloniale et au mouvement des "Non alignés" à l'un ou l'autre des deux blocs qui se partageaient la planète. En réponse à ce mouvement d'émancipation du Sud, de nombreuses ONG sont nées dans le Nord pour manifester leur solidarité avec ce "Tiers Monde". Le MCI est né à cette époque. Là encore trois intervenants. M. Darwis Khudori a rappelé ce qu'a été cette conférence organisée par des États et comment, maintenant, il s'agit de promouvoir un Bandung des peuples. Mme Lily Razafimbelo a montré, à l'aide d'exemples pris à Madagascar et en Inde quelles initiatives locales il faut soutenir de préférence. Dans son intervention, M. Cruz Melchor Eya Nchama a rappelé comment, une bonne information des élus des communes genevoises, peut faciliter l'appui à des projets de soutien aux initiatives de la société civile du sud qui veut des changements sociaux. En 2010, la commune genevoise du Grand-Saconnex, où il est conseiller municipal, a consacré 0,76% de son budget pour la coopération avec les pays du sud.

En octobre 2012, le MCI a invité ses partenaires à Genève pour un séminaire d'une semaine. Les participants ont travaillé dans trois ateliers. Ils ont aussi eu à mettre au point une "Déclaration", une sorte de "Feuille de route" pour les années à venir. Les résultats de ces travaux ont été rendus publics le 19 octobre lors d'une soirée ouverte à tous. Ils ont également mis en ligne (en espagnol) sur YouTube. Un groupe a travaillé sur l'économie solidaire. Un autre sur les Peuples autochtones et un troisième sur la formation. Enfin la "Déclaration" adoptée par tous les participants a été lue par un membre du MCI.

Un "Tiré à part" sur le MCI et son action a été publié le 6 avril 2013 dans le quotidien genevois "Le Courrier". Ce document contient la version écrite de la "Déclaration" dont il est question ci-dessus. Le MCI, en rendant public ce DVD et sa version Youtube, veut montrer l'importance de la coopération internationale des ONG et dans quel sens travailler pour la rendre plus efficace.

Le Canton de Genève n'a pas encore adopté son budget et l'on ne sait pas quel sort sera réservé au financement de la solidarité internationale. Cette note est donc aussi un appel aux membres du Grand Conseil genevois. C'est une manière de les inciter à ne pas réduire ces crédits déjà en dessous des engagements légaux. C'est à eux qu'il est demandé de ne pas compromettre ce nouvel avenir de la coopération.

 

* Le DVD peut être demandé à l'adresse suivante : Mouvement pour la Coopération Internationale / c/o Maison des Associations / Rue des Savoises, 15 / CH – 1205  Genève / Tél. : 00 41 (0)22 320 29 02 / Courriel : mci.fgc@gmail.com

PS : L'activation des liens hypertextes renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note.

Une version réduite de cette note sera publiée dans le prochain AYA Info (No 82), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2