covid-19

  • Brésil : assassinat d’un leader Guajajara

    Imprimer

    Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, Zezico Rodrigues Guajajara, Paulo Paulino Guajajara, Laércio Guajajara, Terra Indígena Araribóia, Maranhão, madeireiros, Arame, Sergio Moro, Awá Guajá, Bolsonaro, APIB, Survival International, Elaíze Farias, MPF, Ministério Público Federal, Zutiwa, Zutiua, Articulation des Peuples Indigènes du Brésil, Articulação dos Povos Indígenas do Brasil, Commission des Caciques et Leaders de la TI Araribóia, Comissão dos Caciques e Lideranças da TI Araribóia, Ccocalitia, FUNAI, Fundação Nacional do Índio, Centro de Trabalho Indigenista, CTI, Conselho Indigenista Missionário, CIMI, Instituto Socioambiental, ISA, Greenpeace Brasil, Awá-Guajá, Covid-19, Amazônia RealLe 31 mars le corps de Zezico Rodrigues a été retrouvé sur une route de la municipalité d’Arame dans la Terre Indigène – TI Araribóia (État du Maranhão). Il a été tué par balles. Zezico était professeur et directeur du Centre d’Éducation Scolaire Indigène Azuru dans le village de Zutiwa. Le 29 février, il avait été élu Coordinateur régional de la Commission des Caciques et Leaders de la TI Araribóia. Il était aussi engagé dans la lutte contre la destruction de la forêt par des « madeireiros » (trafiquants de bois).

    L’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB rappelle que Zezico est le cinquième indigène Guajajara assassiné au cours de ces quatre derniers mois : « Ce grand leader était connu pour être courageux dans la lutte pour les droits des peuples indigènes et de son peuple » […] «Nous exigeons une enquête sérieuse de la Police Fédérale pour que ce brutal assassinat soit éclairci. Nous, de l’APIB, nous nous solidarisons avec toute la famille et les amis de Zezico et le peuple Guajajara dans ce moment de lutte.»

    Plusieurs organisations indigénistes *demandent aux organes compétents, comme le Ministère Public Fédéral, qu’ils actionnent la justice pour garantir le respect des droits des indigènes, surtout les droits territoriaux. La Fondation Nationale de l’Indien – FUNAI dit sa disponibilité à collaborer avec les organes chargés de l’enquête.

    Selon une information parue dans la presse le 2 avril et confirmée par le Secrétaire des Droits humains du Maranhão, la Police civile a identifié des suspects et adressé un rapport à la Police Fédérale en charge de l’enquête.

    Cet assassinat arrive au moment où les peuples indigènes s’efforcent de se protéger de la pandémie du Covid-19. La TI Arariboia - qui a déjà souffert de graves incendies et de nombreuses invasions** - abrite un groupe d’Awá-Guajá qui a choisi de vivre en isolement volontaire. Les peuples isolés sont particulièrement menacés en cas de contact. L’action de leaders comme celle de Zezico est capitale.

                                                                     ***

    *Centre de Travail Indigéniste – CTI, Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI, Greenpeace Brésil, et l’Institut Socio-environnemental – ISA

    **Voir sur ce blog les notes du 11 novembre 2015, 10 décembre 2016, 20 août 2018, 4 novembre 2019

    Photo : Zezico Rodrigues Guajajara © Elaíze Farias / Amazônia Real. Cliquer sur l’image pour en agrandir la taille.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 132, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

    Lien permanent Catégories : La lettre d'AYA 0 commentaire
  • Brésil : le coronavirus, un danger supplémentaire pour les peuples indigènes

    Imprimer

    La pandémie du coronavirus n’épargne pas le Brésil. Au soir du 21 mars, le Ministère de la santé annonçait 1'128 cas confirmés dans 26 États de l’Union et 18 morts dans ceux de São Paulo (15) et Rio de Janeiro (3). Pour ce qui est des indigènes, un premier cas suspect d’infection par le Covid-19 concerne une indigène Pataxó qui est à l’isolement dans son village du sud de l’État de la Bahia. Employée dans un hôtel de la région, elle est en attente du résultat du test. Trois indigènes (un adulte - guide touristique - et deux enfants) du peuple Marubo de la région d’Atalaia do Norte, dans l’État d’Amazonas, présentent également des symptômes d’infection.

    Les organisations indigènes et indigénistes sont inquiètes. Elles redoutent qu’un nouveau « choc microbien », comme il y en a déjà eu dans le passé, vienne décimer les peuples premiers du pays. Aussi la réaction a été rapide. La première mesure, prise le 12 mars déjà, par l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB a été le report, à une date ultérieure, pas encore fixée, du seizième « Campement Terre Libre », le grand rassemblement annuel des peuples indigènes de l’ensemble du pays. Une réunion initialement prévue du 27 au 30 avril à Brasilia. L’Articulation rappelle la nécessité de développer le service de santé indigène. Elle s’inquiète également des risques non seulement d’un ethnocide, mais aussi d’un douloureux génocide qu’une politique de contact avec les peuples isolés et de contact récent ferait courir à ces derniers. Sur sa page Facebook elle rappelle que les peuples indigènes, en raison de leur mode de vie communautaire, sont spécialement vulnérables à ces maladies introduites par les non-indigènes et contre lesquelles les méthodes traditionnelles de soins n’ont pas d’effet. Elle détaille la conduite à tenir face à cette pandémie. Plusieurs organisations indigènes ont déjà décidé de restreindre ou d’interdire l’entrée dans leur Terre Indigène (TI), de suspendre toutes les activités prévues à l’intérieur de celles-ci et les voyages de leurs membres à l’extérieur.

    La Fondation Nationale de l’Indien – FUNAI s’est également manifestée. Un arrêté du 17 mars, signé par son président, établit des mesures temporaires exceptionnelles pour lutter contre la propagation du Covid-19. Mais l’art. 4 de ce texte inquiète. Il permet aux Coordinations régionales de pouvoir autoriser le contact avec des communautés indigènes isolées. Une prérogative jusque-là réservée à la Coordination Générale des Indigènes Isolés et de Récent Contact – CGIIRC*. Nara Baré, la responsable de la Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne – COIAB trouve ce texte « confus et tendancieux ». Le 19 mars, le Ministère Public Fédéral a adressé une « Recommandation » au président de la FUNAI lui demandant de s’abstenir de promouvoir des actions et/ou des activités laïques ou religieuses, terrestres, fluviales et/ou aériennes dans les zones proches des peuples isolés. Il lui recommande également de révoquer cet article 4.

    Au début de ce mois de mars, une délégation brésilienne constituée de représentants de trois ONGs** et du leader yanomami Davi Kopenawa était à Genève pour la 43e session du Conseil des droits de l’homme. Il s’agissait de faire connaître à ce dernier, et à l’opinion publique au niveau international, les risques pesant sur les peuples indigènes isolés. Un rapport a été publié pour l’occasion.

    Les risques de propagation du covid-19 parmi les peuples indigènes est particulièrement marqué quand les TI sont envahies par des non-indigènes, notamment par des garimpeiros (des orpailleurs illégaux) comme c’est le cas pour la TI Yanomami. Récemment, la chaîne de télévision « France 24 » a publié un reportage montrant la détermination de ceux-ci à exercer librement leur activité maintenant que le Président de la République s’est déclaré favorable à l’exploitation minière dans les TI…

    Les menaces s’accumulent sur les peuples indigènes, en particulier sur les groupes isolés.

                                                                            ***

    *Mis sous la responsabilité d’un évangéliste en février dernier ce qui a provoqué de nombreuses réactions négatives. Voir sur ce blog la note du 9 février 2019.

    **Les trois ONG sont : Conectas Direitos Humanos, Comissão Arns et l’Instituto Socioambiental

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 132, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2