09/05/2014

"Dom Tomás Balduino a fait sa Pâque"

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, índios, ditadura, dictature, Dom Tomás Balduino, Dominicains, Dominicanos, Conceição do Araguaia, Pará, Xikrin, CIMI, Conselho Indigenista Missionário, Comissão Pastoral da Terra, CPT, CNBB, Comissão Nacional da Verdade, Multiwatch, COTMEC, FUNAI, Genève, Suisse, Goiás, Goiânia, Gercília Krahô, Antônio ApinajéC'est ainsi que la Commission Pastorale de la Terre – CPT* a annoncé le décès de son fondateur survenu dans la ville brésilienne de Goiânia au soir du 2 mai. Dom Tomás Balduino, souvent appelé l'évêque des Indiens et des Sans-terre était âgé de 91 ans. Il appartenait à l'Ordre des Dominicains. Il avait a été ordonné prêtre en 1948 et consacré évêque en 1967. Il a été à la tête du diocèse brésilien de Goiás pendant 31 ans jusqu'à sa retraite en 1999. Ayant fait une partie de ses études en France, il s'exprimait aisément en français.

Il a eu à connaître la difficile réalité vécue par les indigènes à partir de 1957 quand il a été nommé supérieur de la mission des Dominicains de la prélature de Conceição do Araguaia dans l'État du Pará. À cette époque, cette mission accompagnait sept groupes indigènes, parmi eux, les Xikrin dont il apprit la langue. Afin de mieux connaître les peuples indigènes, il a étudié l'anthropologie et linguistique. Pour faciliter la desserte de l'immense territoire dont il avait la charge, Dom Tomás a appris à piloter les avions.

En 1972, il était du groupe de religieux à l'origine de la création du Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI.* Il en a été le deuxième président entre 1980 et 1984. En 1975, il a également été l'un des fondateurs de la CPT dont il a été le président entre 1999 et 2005. Les deux entités ont vu le jour pendant la dictature militaire. Elles publient régulièrement des rapports sur la violence faite aux peuples indigènes et sur celle qui sévit dans la campagne brésilienne contre les petits agriculteurs.

Encore récemment, le 12 mars dernier, Dom Tomás été auditionné par la Commission Nationale de Vérité qui enquête sur les exactions commises par les militaires pendant la dictature :"Le Coup [d'État] a été fait par des stratèges. Ils n'étaient pas des bouffons. Ils ont attaqué des points névralgiques. En premier ils ont attaqué des travailleurs, mais aussi des leaders dans les Églises..." C'est certainement la dernière fois que l'évêque s'est exprimé publiquement au sujet de la dictature.

Dom Tomás était aussi connu à l'extérieur du Brésil. Il était venu en Suisse en octobre 2005 à l'invitation de Multiwatch, un collectif d'associations helvétiques qui s'intéressait alors à la politique de Nestlé en Colombie. En mai 2008, il était à Genève pour parler de la transposition du rio São Francisco. Une rencontre organisée par la Commission Tiers-Monde de l'Eglise Catholique – COTMEC.

Plusieurs entités ont rendu hommage à cet évêque hors du commun. Ainsi, la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI a rappelé que Dom Balduino "S'est engagé fidèlement dans la lutte en faveur des Peuples Indigènes. Il a consacré sa vie à la construction d'une société juste et démocratique, militant sur le terrain des grandes causes humaines et sociales. Il a agi inlassablement pour la défense des doits des populations exclues, des pauvres, des travailleurs sans terre et des indigènes"… "La trajectoire de Dom Tomás laisse au pays un vaste héritage d'enseignements. Que son exemple de générosité et de ténacité reste vif en nous. Qu'il soit capable de conquérir beaucoup d'esprits et de cœurs. Qu'il puisse rallumer chaque jour notre courage de lutter et d'agir pour une société juste, fraternelle et solidaire".

Une partie des célébrations funèbres ont eu lieu à Goiânia, la capitale de l'État brésilien de Goiás. La sépulture a eu lieu le 5 mai à 140 km de là, dans la cathédrale de la cité de Goiás. Ce sont des indiens qui ont alors porté le cercueil dans l'édifice. Une quarantaine d'entre eux, représentant une demi-douzaine d'ethnies ont réalisé un rituel conforme à leurs coutumes. Ils ont décoré le visage de Dom Tomás avec de l'urucum et placé une coiffe indigène à la tête du cercueil. Deux d'entre eux ont rendu hommage à Dom Tomás. Gercília Krahô a souligné son caractère : "Il aimait les personnes, il les respectait. Non seulement il nous défendait, mais il défendait aussi les paysans, les riverains, les quilombolas et les pêcheurs…" Et Antônio Apinajé a rappelé sa fidélité à la cause indigène : "Nous lui serons éternellement reconnaissants parce qu'il a toujours été avec nous dans nos luttes pour la défense de nos territoires. Il était avec nous dans la joie et dans la tristesse, dans la santé et dans la maladie, dans nos fêtes et dans nos luttes".

L'une des caractéristiques de l'engagement de Dom Tomás Balduino est d'avoir contribué à la mise en place d'institutions comme la CPT et le CIMI qui donnent une dimension collective et pérenne à ses convictions profondes. Cet héritage est particulièrement précieux en ce moment où les Peuples indigènes du Brésil vivent une période difficile de leur histoire. Leurs droits constitutionnels sont remis en cause.

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* La CPT et le CIMI sont des entités liées à la Conférence Nationale des Evêques du Brésil – CNBB

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Photos :CIMI et CPT

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera publiée dans le prochain AYA Info No 93, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

19/10/2013

Le commanditaire de l'assassinat de Dorothy Stang est condamné à 30 ans de prison

Brasil, Brésil, Amazonia, Amazonie,Belém,Pará,Dorothy Stang,Anapu,Vitalmiro Bastos de Moura,CPT,CNBB,Comissão Pastoral da Terra,STF,Maria do Rosário Nunes, SDH/PR, PPDDHÀ l'aube du 12 février 2005, une religieuse d'origine américaine, sœur Dorothy Stang, a été assassinée par des "pistoleiros" sur une route de campagne de la municipalité d'Anapu, dans l'État amazonien du Pará. Elle a payé de sa vie de son engagement pour la défense des petits paysans. Il y a un mois, le 19 septembre, dans un quatrième jugement, le commanditaire du crime, le fazendeiro Vitalmiro Bastos de Moura, alias "Bida", a été condamné à 30 ans de prison par la justice du Pará.

Il avait été condamné à la même peine par un premier jugement prononcé en 2007. Le système judiciaire brésiliens prévoit que les condamnés à une peine supérieure à 20 ans ont droit a un deuxième jugement. Ce deuxième jugement a eu lieu en avril 2008 au terme duquel il a été acquitté. Sur le recours du Ministère public, un troisième jugement a eu lieu le 12 avril 2010. Pour une seconde fois, Bida a été condamné à 30 ans de prison. La défense a fait recours.

Le Tribunal Suprême Fédéral a annulé ce jugement le 14 mai 2013. Les juges estimant qu'à l'époque, la défense n'avait pas eu un temps suffisant pour préparer la plaidoirie. Mais ils ont maintenu l'accusé en prison.

Ce renvoi a suscité une réaction de la Commission Pastorale de la Terre – CPT, un organe lié à la Conférence Nationale des Evêques du Brésil – CNBB : "La lamentable décision de la plus haute cour de justice de ce pays sert seulement à aggraver encore plus les conflits et les morts dans la campagne brésilienne." La justice du Pará a dû fixer une nouvelle date pour un quatrième jugement, celui qui vient d'être rendu ce 19 septembre.

À cette occasion, la Ministre-chef du Secrétariat des Droits humains de la Présidence de la République –SDH/PR, Maria do Rosário Nunes, a publié une note pour rendre hommage à la religieuse "Dorothy Stang manque beaucoup à la Nation qu'elle a adopté et à laquelle elle a dédié quasiment 40 années de sa vie". Le Secrétariat rappelle, qu'à travers le Programme de Protection des Défenseurs des Droits Humains - PPDDH, il assure la protection d'environ 300 militants dans tout le pays.

Les quatre autres personnes impliquées dans ce assassinat ont été condamnées à des peines allant de 17 à 30 ans de prison. La CPT rappelle que nombreux assassinats survenus au Pará restent impunis.

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Pour en savoir plus, voir sur ce blog, la note du 20/05/2010 et "AYA Info" No 35, 38, 45 et 50

Photo : Soeur Dorothy Stang - Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Une version réduite de ette note a été publiée dans le dernier AYA Info (No 86) le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

25/11/2011

Mato Grosso do Sul : Des "pistoleiros" ont encore tué

Nisio Gomes:DSC05513.JPGIl y a juste une semaine, au matin du 18 novembre, une quarantaine de "pistoleiros" ont attaqué le campement Tekoha Guaiviry d'indiens Kaiowá Guarani. Un campement situé dans la zone rurale de la municipalité d'Amambai, dans l'État du Mato Grosso do Sul, non loin de la frontière avec le Paraguay. L'aire occupée par ces indiens fait partie de la Terre Indigène Bacia Amambaipeguá dont le processus de démarcation a commencé en 2008. Une démarcation interrompue plusieurs fois par des décisions de justice suite à des actions engagées par des producteurs  ruraux de la région et des forces politiques.

Selon les premiers témoignages, le cacique Nísio Gomes, 59 ans, a été exécuté d'une balle dans la tête et son corps emmené par ses assassins. La communauté serait sans nouvelles de plusieurs personnes, sans que l'on sache si elles ont été prises en otages par le groupe armé ou si elles ont pu se cacher dans la forêt. Jusqu'à ce jour, le Ministère Public Fédéral - MPF n'a pas donné de plus amples détails pour ne compromettre l'enquête en cours, mais il a rappelé les précédentes attaques d'hommes armés contre les campements d'indigènes qui réclament la démarcation de leurs terres traditionnelles. Il souligne comment la violence contre ce peuple indigène est plus forte que dans le reste du pays  en raison notamment de la lutte qu'il mène pour la défense de ses droits territoriaux.

Plusieurs entités ont manifesté leur indignation au sujet de cet épisode de violence. Parmi celles-ci, la Conférence des Religieux du Brésil - CRB de la région de Campo Grande, la Commission Pastorale de la Terre - CPT, les élèves indigènes de l'Université d'État du Mato Grosso do Sul, la Foodfirst Information and Action Network - FIAN/Brésil. FIAN International a envoyé une lettre à Dilma Rousseff, la présidente de la république pour que des mesures soient prises d'urgence pour la résolution de la situation territoriale des Guarani Kaiowá. La Centrale Unique des Travailleurs - CUT demande également l'intervention des autorités fédérales pour empêcher la violation des droits de la personne humaine. L'Institut Socio - environnemental -ISA a mis en ligne une pétition* - qu'il appelle à signer - à l'attention du ministre de la justice. Le Conseil Indigéniste Missionnaire - CIMI qualifie le pouvoir exécutif de négligent. Une attitude qui, selon lui, légitime les pratiques de violences.

Deux dirigeants de l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil - APIB sont allés sur les lieux pour apporter un appui aux familles. L'Articulation exige des mesures immédiates et la présence urgente au Mato Grosso do Sul de la présidente Dilma Rousseff, du Ministre de la Justice, du Secrétaire général de la Présidence de la république et de la Ministre du Secrétariat des Droits humains pour qu'ils puissent se rendre compte personnellement de la situation critique vécue par le peuple Kaiowá Guarani. Elle demande le règlement définitif de la question des terres, l'identification et la punition des coupables de cette véritable guerre contre les indigènes.

Dès le 18 novembre, le Secrétariat des Droits humains de la présidence de la république a fait connaître sa volonté de faire cesser les pratiques inhumaines d'exécution sommaire et de ne pas ménager ses efforts pour l'identification des criminels. Il annonce son intention de se déplacer dans la région pour suivre la situation, donner un appui aux familles indigènes qui restent sur place et garantir l'intégrité physique et morale des communautés. Gilberto Carvalho, Secrétaire général de la présidence de la république a déclaré que le gouvernement considère que la résolution des problèmes auxquels sont confrontées les communautés indigènes du Mato Grosso do Sul est une question d'honneur. Deux représentants du gouvernement devraient participer aux manifestations d'appui aux Guarani Kaiowá qui sont prévues ce week-end dans cet État.

Selon une information diffusée le 21 novembre par "Agência Brasil", les indigènes de la Tekoha Guaiviry ont manifesté leur intention de rester sur place. Par ailleurs, une indigène affirme que des pistoleiros menacent d'envahir la communauté Taquara dans la municipalité de Júti, toujours au Mato Grosso do Sul. Ils auraient l'intention de tuer le cacique. Selon elle, plusieurs leaders Guarani Kaiowá seraient menacés de mort.

Au début novembre, le CIMI a rendu public un rapport sur les violences commises à l'encontre des peuples indigènes au Mato Grosso do Sul entre 2003 et 2010. Pour les huit années couvertes par le rapport, sur les 452 assassinats d'indigènes survenus au Brésil, 250 l'ont été dans cet État qui a aussi compté 190 des 301 tentatives d'assassinats d'indigènes dénombrées dans le pays. La violence a d'autres visages, par exemple, la malnutrition de nombreux enfants, les suicides de jeunes indigènes...

Que de vies perdues ! Jusqu'à quand ?

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Voir la note publiée sur ce blog le 9 septembre 2011.

Photo Eliseu Lopes (Indien Guarani - Kaiowá) - Nísio Gomes deux jours avant son assassinat

Pour en savoir plus (en portugais) :

- Le site du CIMI : http://www.cimi.org.br/site/pt-br/ > voir plusieurs "Notícias", photos et vidéos

- Le rapport du CIMI sur la violence au Mato Grosso do Sul :

http://www.cimi.org.br/pub/MS/Viol_MS_2003_2010.pdf

- La note du Ministère Public Fédéral :

http://noticias.pgr.mpf.gov.br/noticias/noticias-do-site/...

- La prise de position du Secrétariat des Droits humains de la présidence de la république :

http://www.direitoshumanos.gov.br/2011/11/nota-publica-so...

- La note de l'APIB :

http://blogapib.blogspot.com/2011/11/massacre-pistoleiros...

- Les menaces qui pèsent encore sur les Guarani Kaiowá :

http://agenciabrasil.ebc.com.br/noticia/2011-11-21/indios... et

http://agenciabrasil.ebc.com.br/noticia/2011-11-21/indios...

- Deux vidéos mise en ligne sur Youtube :

- Le campement Tekoha Guaiviry (3' 22") :  http://youtu.be/BX9iEr1EvmU

- Où fut assassiné Nísio  (1' 41") : http://youtu.be/BY3XZVteQ2Q

- La revue de presse de l'Institut Socioambiental - ISA relative à la Terre Indigène Bacia Amambaipaguá :

http://pib.socioambiental.org/caracterizacao.php?id_arp=4... > Notícias

*- La pétition lancée par ISA :

http://www2.socioambiental.org/violencia-contra-os-guaran...

- Voir aussi "AYA Info" No 63, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2