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  • Traité de Turin de 1816 : Les bornes-frontière ont leurs limites !

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    L'objet de la réunion – commencée dix jours auparavant - est de fixer l'emplacement des bornes qui marqueront précisément la frontière entre Genève et la Savoie. Celles-ci resteront en place quand, en 1860, les Savoyards ont décidé de rejoindre le Second Empire de Napoléon III. Dès lors, Genève n'a plus eu que la France pour voisine.

    Les bornes sont bien la limite matérielle entre deux États, deux nations de culture politique, d'institutions, de législations, de monnaies différentes. Et, surtout depuis la guerre de 1939-1945, les deux territoires ont connu une évolution économique différenciée, ce qui a eu pour conséquence d'accentuer l'effet-frontière.

    Le Traité de Turin a divisé un bassin de vie. Mais pas tout à fait quand même : dans son article trois, il prévoit la création d'une zone franche (le pendant à la zone franche gessienne créée par le Traité de Paris de 1815). Une première manière de réduire les répercussions économiques des nouvelles limites du nouveau canton de Genève et d'inscrire dans son ADN le caractère transfrontalier de la région dans laquelle il se situe.

    Il y a d'autres accords qui passent "par dessus" les bornes. Par exemple, celui de 1973 qui a institué les "Fonds frontaliers" et le Comité Régional Franco-Genevois. Plus récemment, la création du "Grand Genève", une institution transfrontalière pour faciliter le mieux vivre ensemble qui touche de nombreux domaines dans cette agglomération franco-valdo-genevoise, est aussi une réduction de l'effet-frontière.

    Les bornes elles-mêmes, donnent une leçon de choses. L'exercice consistant à approcher la trentaine de celles qui jalonnent la frontière* de la commune de Bardonnex - l'une des "Communes réunies" qui célèbre, en plusieurs fois, le bicentenaire de son rattachement à Genève - est révélateur de leur caractère relatif.

    Premier constat : elles ne sont pas inamovibles. Une partie des bornes posées en 1816 ont été enlevées en raison de deux modifications du tracé de la frontière. Une première fois pour aménager les abords de la route départementale D1206 à la frontière avec Archamps, Collonges-sous-Salève et Bossey. Une deuxième fois pour la construction de la plateforme autoroutière de la douane de Bardonnex à la frontière avec Saint-Julien-en-Genevois. Elles ont été remplacées par d'autres, dont la plus récente porte la date de 2015. Elles sont donc de générations différentes.

    En raison de cette deuxième rectification de frontière, la numérotation des bornes a sauté quelques chiffres : la borne No 65 est suivie de la borne No 70. Il n'y a pas de borne 66, 67, 68 et 69. Une anomalie qu'apparente, la frontière ayant été réduite à cet endroit.

    Les bornes devenues inutiles ont été mises "à la retraite" dans différents lieux : à l'entrée de la cour de l'école, du château et de l'église de Compesières. Mais aussi dans le parc de la Sous-préfecture de Saint-Julien, au Centre de formation horticole de Lullier et dans le hall d'entrée du siège principal de la Banque Cantonale de Genève en l'Ile, en ville de Genève. Leur retraite les fait vivre autrement.

    Les bornes sont de formes et de tailles différentes. Les unes sont en calcaire du Jura, d'autres sont en granit, une pierre pas vraiment locale. Les chevilles No 62 et 63 qui remplacent deux bornes sur la plateforme douanière sont en laiton. Un alliage de cuivre et de zinc apprécié en raison de sa résistance à la corrosion et sa facilité d'entretien, une matière d'origine étrangère…

    Par deux fois, pour marquer la frontière, les bornes laissent ce rôle à des cours d'eau, l'Arande, le ruisseau d'Archamps et à la Drize. Ces cours d'eau sont générateurs de biodiversité.

    Selon leur emplacement, il est parfois plus facile de les joindre par la France, parfois par la Suisse. Certaines sont à l'intérieur de propriétés privées. D'autres sont difficiles d'accès. Ainsi, il vaut mieux être prudent pour approcher celles qui sont sur la plateforme douanière. Quelques unes sont entourées de broussailles, voire protégées par les épines des ronces qui en interdisent l'approche. Cela rappelle quelques-uns des épineux problèmes transfrontaliers à résoudre.

    À leur sommet, les bornes ont un trou de quelques millimètres qui symbolise la borne elle-même d'où partent deux traits qui indiquent la direction du tracé de la frontière, comme les aiguilles indiquent l'heure sur le cadran d'une horloge. Sur un de leur côté, un numéro propre à chacune d'elles, et, pas toujours, une date. D'ailleurs, deux d'entre elles portent deux dates, signe d'un remplacement.

    Sur deux côtés opposés un "G" pour Genève et un "S" pour Savoie pour les anciennes bornes. Et un "F" pour le côté français et un "S" pour le côté suisse pour les bornes récentes. Le même "S", utilisé pour "Savoie" et plus tard pour "Suisse" est, bien sûr, une pure coïncidence alphabétique. Marquées des initiales de deux nations, les bornes ont, de fait, une double nationalité, un statut parfois contesté pour les humains.

    Les bornes sont aussi les témoins d'une réalité évidemment des plus banales, mais significative : sur leur tête tombe la même pluie, brille le même soleil. Que cela soit de leur côté "F" ou "S", il y souffle le même air. On y respire la même atmosphère !

    Quand il s'agit de donner un avenir à ce bassin de vie transfrontalier, de par ce qu'elles sont, de l'histoire qu'elles représentent, de leur approche plus ou moins facile, les bornes-frontière donnent une "leçon de choses" à ceux qui veulent en être les artisans.

    Les bornes, qui sont la marque d'une "frontière-coupure", sont également autant de points de "frontière-couture" pour reprendre des notions utilisées par des géographes. Elles sont "couture" quand la frontière suscite des accords transfrontaliers pour régler des problèmes de voisinage. Ce double rôle leur enlève leur caractère absolu. Elles y trouvent là leurs limites !

    * Voir la carte ci-dessous.

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    Photos : © Bernard Comoli. À gauche en haut, la borne-frontière 62A sur la plateforme douanière de Bardonnex. Ci-dessus, les quatre bornes "à la retraite" à Compesières. Cliquer sur les photos pour agrandir l'image.

    Carte : Bernard Comoli à partir du Système d'information du territoire de Genève - SITG

  • L'encyclique "Laudato Si'", l'Amazonie et les peuples indigènes

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    L'encyclique "Laudato Si'" (Loué sois – tu) du pape François sur "La sauvegarde de la maison commune" publiée ce 18 juin devrait trouver un écho particulier au Brésil pour deux raisons au moins. Premièrement, c'est un pays où la majorité de la population est catholique. Deuxièmement, il y est question de l'Amazonie, de la déforestation, de l'accès à l'eau potable et des peuples indigènes; des sujets d'actualité bien brésilienne.

    Les lignes qui suivent n'ont d'autre prétention que de rappeler quelques passages de la lettre de François susceptibles d'être illustrés par des situations souvent développées dans les notes de ce blog.

    L'Amazonie et les forêts tropicales.

    À propos de la perte de biodiversité: (§ 37)* "Certains endroits requièrent une protection particulière à cause de leur énorme importance pour l'écosystème mondial, ou parce qu'ils constituent d'énormes réserves d'eau et assurent ainsi d'autres formes de vie. (§ 38) "Mentionnons, par exemple, ces poumons de la planète pleins de diversité que sont l'Amazonie et le bassin du fleuve Congo ou bien les grandes surfaces aquifères et les glaciers. On n'ignore pas l'importance de ces lieux pour toute la planète et pour l'avenir de l'humanité. Les écosystèmes des forêts tropicales ont une biodiversité d'une énorme complexité, presque impossible à répertorier intégralement, mais quand ces forêts sont brûlées ou rasées pour développer des cultures, d'innombrables espèces disparaissent en peu d'années, quand elles ne se transforment pas en déserts arides. Cependant un équilibre délicat s'impose, quand on parle de ces endroits, on ne peut pas non plus ignorer les énormes intérêts économiques internationaux qui, sous prétexte de les sauvegarder, peuvent porter atteinte aux souverainetés nationales. De fait, il existe "des propositions d'internationalisation de l'Amazonie, qui servent uniquement les intérêts économiques des corporations transnationales". Elle est louable la tâche des organismes internationaux et des organisations de la société civile qui sensibilisent les populations et coopèrent de façon critique, en utilisant des mécanismes de pression légitimes, pour que chaque gouvernement accomplisse son propre et intransférable devoir de préserver l'environnement ainsi que les ressources naturelles de son pays, sans se vendre à des intérêts illégitimes locaux ou internationaux."

    La pollution.

    Elle est bien sûr mentionnée à de nombreuses reprises, par exemple, quand le pape parle de la "Dette écologique" du Nord à l'égard du Sud : (§ 51) "Les exportations de diverses matières premières pour satisfaire les marchés du nord industrialisé ont causé des dommages locaux, comme la pollution par le mercure dans l'exploitation de l'or ou par le dioxyde de soufre dans l'exploitation du cuivre".

    Les peuples indigènes.

    Au quatrième chapitre de son document, François prône une écologie intégrale (§ 137), aux dimensions environnementale, économique, sociale et culturelle (§ 143), il parle de l'attention à porter aux peuples indigènes : "(§ 145) Beaucoup de formes hautement concentrées d’exploitation et de dégradation de l’environnement peuvent non seulement épuiser les ressources de subsistance locales, mais épuiser aussi les capacités sociales qui ont permis un mode de vie ayant donné, pendant longtemps, une identité culturelle ainsi qu’un sens de l’existence et de la cohabitation. La disparition d’une culture peut être aussi grave ou plus grave que la disparition d’une espèce animale ou végétale. L’imposition d’un style de vie hégémonique lié à un mode de production peut être autant nuisible que l’altération des écosystèmes."

    "(§146) Dans ce sens, il est indispensable d’accorder une attention spéciale aux communautés aborigènes** et à leurs traditions culturelles. Elles ne constituent pas une simple minorité parmi d’autres, mais elles doivent devenir les principaux interlocuteurs, surtout lorsqu’on développe les grands projets qui affectent leurs espaces. En effet, la terre n’est pas pour ces communautés un bien économique, mais un don de Dieu et des ancêtres qui y reposent, un espace sacré avec lequel elles ont besoin d’interagir pour soutenir leur identité et leurs valeurs. Quand elles restent sur leurs territoires, ce sont précisément elles qui les préservent le mieux. Cependant, en diverses parties du monde, elles font l’objet de pressions pour abandonner leurs terres afin de laisser libres pour des projets d’extraction ainsi que pour des projets agricoles et de la pêche, qui ne prêtent pas attention à la dégradation de la nature et de la culture."

    Au cinquième chapitre, le pape donne "(§163) Quelques lignes d'orientation et d'action". (§ 176) Il parle du dialogue en vue de nouvelles politiques nationales et locales.

    Parmi les réponses envisageables, François rappelle qu'au niveau local, il est possible de prendre des initiatives : "(§179)… l'instance locale peut faire la différence alors que l'ordre mondial existant se révèle incapable de prendre ses responsabilités. En effet, on peut à ce niveau susciter une plus grande responsabilité, un fort sentiment communautaire, une capacité spéciale de protection et une créativité plus généreuse, un amour profond pour sa terre ; là aussi, on pense à ce qu’on laisse aux enfants et aux petits-enfants. Ces valeurs ont un enracinement notable dans les populations aborigènes…"

    Et de poursuivre sur le rôle des organisations de la société civile

    (§ 179) "Étant donné que le droit se montre parfois insuffisant en raison de la corruption, il faut que la décision politique soit incitée par la pression de la population. La société, à travers des organismes non gouvernementaux et des associations intermédiaires, doit obliger les gouvernements à développer des normes, des procédures et des contrôles plus rigoureux. Si les citoyens ne contrôlent pas le pouvoir politique – national, régional et municipal – un contrôle des dommages sur l’environnement n’est pas possible non plus."

    Plusieurs organisations brésiliennes ont très vite réagi positivement à la publication de l'encyclique, par exemple Greenpeace Brésil, le Mouvement des travailleurs ruraux Sans Terre – MST et le Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI.

    À voir, dans l'avenir, la réponse qui sera apportée au pape François !

    ***

    * Ces parenthèses renvoient aux paragraphes de l'encyclique.

    ** "aborigène" est à prendre dans sa première définition: "Qui est originaire du pays où il vit". "Aborigène" – avec une majuscule - est utilisé pour les autochtones d'Australie (Larousse). En Amérique latine, c'est le terme "Indigènes" qui est le plus couramment utilisé et, dans une moindre mesure, on parle "d'Indiens". Au niveau international, il est le plus souvent question "d'autochtones". Certains utilisent également le terme de "Peuples premiers".

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    - Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 104, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2