23/05/2015

Du sang des Yanomami de retour sur la terre ancestrale

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En novembre 2002 déjà, Davi Kopenawa, et la communauté de Paapiú, avaient demandé le retour de ce matériel génétique : "Notre coutume est de pleurer les morts, brûler les corps et tout ce qu'ils ont utilisé. Il ne peut rien rester, sinon nous restons avec la rage et notre pensée ne reste pas tranquille. Les Américains, eux, ne respectent pas notre coutume. Pour cela nous voulons le retour des échantillons de sang et de tout ce qu'ils ont tiré de notre sang pour étudier".

Après des années de démarches, une partie de ces prélèvements vient enfin d'être rapatriée au Brésil*. Ils ont été remis à Davi Kopenawa et à son fils Dário, le 26 mars à Brasilia, par le Procureur général de la République, Rodrigo Janot et Deborah Duprat du Ministère public fédéral. Les deux Yanomami étaient dans la capitale brésilienne pour présenter la carte du "Territoire et communautés Yanomami  Brésil Venezuela" élaborée fin octobre – début novembre à l'occasion d'une rencontre binationale des Yanomami du Brésil et du Venezuela**. Pour les Yanomami, une bonne partie de ce sang est celui de membres des communautés maintenant décédés. Leur sang conservé aux Etats Unis n'avait pas reçu une sépulture correcte.

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* Voir, sur ce blog, la note du 11 juin 2010

** Voir, sur ce blog, la note du 29 décembre 2014

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Photos (cliquer sur la vignette pour agrandir l'image):

- En haut à gauche : © Marcos Wesley (Instituto Socioambiental – ISA). Dario et Davi Kopenawa aux côtés de Rodrigo Janot, Procureur général de la république et de Deborah, Duprat Procureure de la 6e Chambre du Ministère public fédéral au moment de la restitution des échantillons en provenance des Etats Unis.

- Au centre, en bas : © Estêvão Benfica (Instituto Socioambiental – ISA). Tout à gauche, Davi Kopenawa et d'autres indigènes enterrent les échantillons.

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PS 1 : Une série de quatre vidéos intitulée "Napëpë" (d'environ 10 minutes chacune en portugais), évoque cette opération des scientifiques américains a été mise en ligne sur Youtube. Pour accéder à la première séquence, cliquer > ICI, les trois autres suivent.

PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 102, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

15/11/2014

Un nouveau président – par intérim - à la tête de la FUNAI

Les 25 et 26 septembre, la presse brésilienne a annoncé la volonté de Maria Augusta Boulitreau Assirati de démissionner de la présidence de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI, un poste qu'elle a assuré de façon intérimaire depuis juin 2013*. Selon l'information diffusée, elle renonce à sa charge pour préparer un doctorat au Portugal. Elle était la deuxième femme, après Marta Maria Azevedo, à être placée à la tête de l'organisme chargé de la protection des Indiens. C'est un poste où les titulaires changent souvent. Maria Augusta en était la 34e présidente** depuis 1967, date de la création de la Fondation, qui avait succédé à la Société de Protection des Indiens – SPI.

La démission de Marta Augusta, sans que soit annoncée la nomination d'une, ou d'un nouveau responsable a inquiété l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB. Celle-ci a publié une lettre ouverte adressée à Aloizio Mercadante, Ministre Chef de la Maison Civile de la Présidence de la république, au Ministre de la Justice, José Eduardo Cardoso et à Deborah Duprat responsable de la 6e Chambre de Coordination et Révision du Ministère Public Fédéral en charge des questions des Peuples Indigènes : "L'absence d'un(e) président(e) empêche la poursuite des actions en cours qui relèvent essentiellement de la responsabilité de la FUNAI, de l'appareil étatique et de la gestion gouvernementale…" L'APIB relève que la gestion de l'ex-présidente a été marquée par le dialogue avec le mouvement indigène, la défense des droits conquis et le renforcement de l'autonomie des peuples indigènes. "Nous insistons pour que, dans le futur, les actions soient inspirées de ces principes, garantissant la participation des peuples indigènes."

De fait, la vacance n'a pas duré. Le 10 octobre, le journal officiel de l'union publiait les arrêtés relatifs à la démission de Maria Augusta et la nomination de Flávio Chiarelli Vicente de Azevedo, nouveau président – aussi par intérim – de la FUNAI. Le nouveau titulaire est issu de la FUNAI elle-même. Il assumait la tâche de Procureur–Chef national lié à la Fondation. Ce service est chargé, entre autres, de la défense des intérêts individuels et collectifs indigènes. Flávio Chiarelli a présidé la 25e réunion ordinaire de la Commission Nationale de Politique Indigéniste - CNPI qui a eu lieu le 16 octobre.

On l'a vu, depuis sa création, la Funai a connu plus d'une trentaine de présidents ou de présidentes, soit, en moyenne, un changement tous les dix-huit mois environ. Une telle rotation questionne.

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* Voir sur ce blog, les notes des 2 août 2013, 21 et 28 avril 2012.

** Voir sur le site de l'Instituto Socioambiental – ISA, la liste des président(e)s de la Funai depuis sa fondation. Cliquer >> ici.

- PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans  "AYA Info" No 97, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

19/05/2014

Discrimination et politiques anti-indigènes : des artistes expriment leur ras le bol

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Pour sa part, la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI a lancé la campagne "Avril Indigène 2014" le 7 avril au Mémorial des Peuples indigènes de Brasilia sur le thème : "Les indiens sont la richesse du Brésil / Le Brésil de l'Urucum* – La différence est notre richesse". Une vidéo visible sur Youtube présente la campagne qui veut contribuer à la lutte contre la discrimination à l'égard des Indiens.

Le slogan affirmant que les indiens sont la richesse du Brésil est loin de faire l'unanimité. En novembre et décembre 2013, deux députés fédéraux, Alceu Moreira et Luis Carlos Heinze ont publiquement manifesté leur hostilité à l'égard des indiens. Le premier a incité les producteurs ruraux à engager des sociétés privées de sécurité pour lutter contre les invasions de terres revendiquées par les peuples indigènes. Le second s'en est pris aux indiens, quilombolas, lesbiennes et gays les qualifiant de "tudo o que não presta", qui se traduit poliment en français par : "tout ce qui ne vaut rien". Une dizaine d'organisations ont demandé au Procureur général de la république d'enquêter afin de déterminer si ces propos constituent une infraction. Le 21 mars dernier, Journée internationale pour l'élimination de la discrimination, Survival International a décerné le prix du "Raciste de l'année" à Luis Carlos Heinze.

Le 14 avril, Ministère public fédéral a présenté, en avant-première, un documentaire de Rodrigo Siqueira au titre évocateur : "Indien Citoyen ?" Le film retrace la situation des indigènes et leur mobilisation à la fin des années 80 au moment de l'adoption de la Constitution (1988) et la situation actuelle. L'auteur du film questionne : Combien de temps encore ce pays va nier son identité indigène ? La Sous-procureur général de la République, Deborah Duprat affirme que "le moment actuel est la période la plus dramatique de l'histoire indigène". Pour l'heure, seule la bande-annonce du film a été mis en ligne. Plusieurs leaders indigènes se sont exprimés à l'occasion de cette présentation.

Le 22 avril, pour marquer le 514e anniversaire de l'arrivée de Cabral sur les côtes brésiliennes, une vingtaine d'artistes brésiliens ont lancé la campagne "Tamuaté-Aki"** dont l'objectif est de demander aux politiciens et aux autorités plus de respect pour les droits acquis par les peuples les plus anciens du pays. Dans la vidéo (voir ci-dessous) de lancement, l'actrice Leticia Sabatella pose la question : Pour vous, le Brésil a-t-il été découvert ou a-t-il été envahi ? Toni Garrido : Comment un indien répondrait-il à cette question ?

Les artistes seront-ils entendus ?

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* L'Urucum est un arbre dont la graine est utilisée pour les peintures corporelles de couleur rouge.

** Néologisme dont l'origine est l'expression "Estamos até aqui" dont la traduction approchée en français signifie : "Nous en avons assez… ça suffit !"

Traduction de l'affichette (cliquer sur la vignette pour l'agrandir):

L'indien ne produit pas de richesse pour le Brésil / Les indiens sont la richesse du Brésil / Le Brésil de l'Urucum  -  La différence est notre richesse.

Au Brésil, aujourd'hui vivent plus de 890'000 indigènes. Quasi un million de Brésiliens appartiennent à 305 ethnies différentes, parlant plus de 270 langues. Des Brésiliens comme moi, comme toi. Dans le pays il existe approximativement 70 peuples indigènes qui vivent en isolement volontaire, sans aucun contact avec les non indiens. Les peuples indigènes luttent pour maintenir leur mode de vie traditionnel. Ils luttent pour reproduire leurs cultures. Ils luttent pour le droit de préserver leurs traditions. Respecter les différences, c'est vivre profondément un Brésil de diversité et de richesse.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Une version réduite de cette note a été publiée dans AYA Info No 92, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2