10/03/2018

Guyane : la Montagne d'Or, Or de question ?

De ce mois de mars à juillet prochain, la Guyane va débattre de l'opportunité d'autoriser, ou non, l'exploitation industrielle d'un site aurifère appelé "La Montagne d'Or". Celui-ci est situé à environ 180 km à l'Ouest de Cayenne, sur la commune de Saint Laurent du Maroni, entre deux réserves biologiques intégrales. "La Montagne d'Or" est aussi le nom d'une compagnie née du regroupement de deux sociétés qui veulent exploiter le gisement. L'une, Columbus Gold est canadienne, et l'autre, Nordgold est russe. L'exploitation – prévue sur douze ans - se ferait en creusant une fosse de 2,5 km de long, sur 500 mètres de large et jusqu'à 400 mètres de profondeur. Il devrait y être retiré environ 80 tonnes d'or. La société prévoit de créer 900 emplois pendant la construction de la mine, puis 750 emplois directs et 3'000 emplois indirects et induits pendant l'exploitation. Elle annonce vouloir mettre en pratique une approche environnementale et sociale responsables et se conformer à toutes les normes françaises et européennes. À la fermeture de la mine, elle s'engage à restaurer et à revégétaliser le site pour le retour à un état le plus proche possible de la situation naturelle.

En septembre 2017, la Commission Nationale (française) de Débat Public – CNDP (1) a décidé "qu'il revient aux habitants de la Guyane de participer à l'élaboration des décisions concernant le projet d'exploitation du gisement aurifère de la Montagne d'Or." Une Commission particulière a été désignée pour organiser la consultation. En fait, le débat a commencé il y a plusieurs mois.

Le WWF France (2) a réalisé une analyse économique du projet. L'organisation relève la fragilité des hypothèses retenues par la compagnie : "La fragilité de la rentabilité se constate alors que les calculs incluent les subventions massives dont le projet bénéficierait s'il était réalisé. Sans ces subventions massives, le projet serait dépourvu de rentabilité économique." Le WWF avance le chiffre de 560'000 Euros pour chacun des 750 emplois créés. "Les éléments économiques soulevés dans l'étude confortent le WWF France dans son opposition au projet Montagne d'Or." Il appelle à ce qu'un autre modèle de développement soit porté pour la Guyane. C'est ce que propose le collectif "Or de question".

Ce collectif, composé de plus d'une centaine d'organisations, après avoir énuméré les raisons de dire non au projet de mine, liste vingt-cinq domaines dans lesquels il est possible de développer des emplois d'avenir : agriculture, pêche, métiers du bois, énergies renouvelables, santé, économie sociale et solidaire, etc.

Questionné par des journalistes lors de son déplacement en Guyane en octobre 2017 (3), le Président de la République, Emmanuel Macron est d'avis que ce projet peut être favorable pour la Guyane : "Sur ses fondamentaux, le projet peut être bon pour la Guyane… Je souhaite que la Guyane puisse réussir avec ses atouts. Je ne suis pas pour mettre la Guyane sous une cloche. Mais avec des exigences et des contraintes. Elles sont de trois ordres : 1.- Le projet doit se conformer à la Charte "Mine responsable". 2.- Qu'il y ait un juste retour pour la Guyane en favorisant l'emploi local. 3.- Que réponse soit faite à tout ce qui émergera du débat public qui est organisé; le projet devra y répondre…"

Interrogé sur une chaîne TV française le 8 novembre dernier (4), Nicolas Hulot, Ministre de la transition écologique et solidaire, a déclaré qu'il n'était pas favorable à ce projet qu'il trouve purement spéculatif en l'état… "Je ne pense que ce projet soit fait pour créer de l'emploi… Cela va faire très cher à l'emploi créé… Il y a des impacts environnementaux pour un bénéfice d'emploi et économique assez réduit… Le Président a demandé que les Guyanais s'emparent de ce projet… J'ai exprimé mon opinion… Les Guyanais cumulent tellement de difficultés… C'est à eux maintenant de décider !"

Beaucoup d'élus guyanais se sont déclarés favorables à ce projet. Mais l'opposition est claire dans les organisations amérindiennes : la Fédération des Organisations Autochtones de Guyane - FOAG, l'Organisation des Nations Autochtones de Guyane – ONAG et le Conseil des Chefs Coutumiers de Guyane. À l'occasion de la COP 23, qui s'est tenue à Bonn, du 6 au 17 novembre dernier, un représentant de la Jeunesse Autochtone de Guyane, Yanuwana Tapoka (Christophe Pierre, selon son identité française) est allé expliquer devant le Tribunal International des Droits de la Nature les raisons de refuser le projet (5). Il était accompagné de deux personnes de France-Libertés et de Maïouri Nature Guyane. Dans son jugement, le Tribunal recommande la suspension immédiate du projet et tient l'État français pour responsable s'il venait à l'autoriser et, par conséquent, de tout dommage pouvant survenir si le projet voyait le jour…

À suivre !

                                                                        ***

(1) Site de la CNDP : https://montagnedor.debatpublic.fr

(2) Rapport du WWF-France : https://www.wwf.fr/vous-informer/actualites/montagne-dor-mirage-economique

(3) Interview du 31 octobre 2017 sur Guyane 1ère et ATV : https://la1ere.francetvinfo.fr/guyane/emmanuel-macron-projet-montagne-peut-etre-bon-guyane-527465.html

(4) Interview sur BFM TV du 8 novembre 2017 : http://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/nicolas-hulot-face-a-jean-jacques-bourdin-en-direct-1000471.html

(5) Tribunal international des droits de la nature : https://www.france-libertes.org/fr/victoire-projet-de-mega-montagne-dor-condamne-tribunal-droits-de-nature/

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 121, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

11/02/2018

Guyane: les sites d'orpaillage illégal ont doublé en un an

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Le 27 octobre 2017, à l'occasion de la visite en Guyane d'Emmanuel Macron, Président de la République, le Conseil scientifique du Parc lui avait remis une lettre ouverte dans laquelle il décrit une situation alarmante pour les populations amérindiennes qui présentent des taux inacceptables d'imprégnation mercurielle, par exemple dans la commune de Maripa-Soula ou plus de 90% de cette population y présente des taux supérieurs aux seuils de toxicité admis.

Cet appel à lutter contre l'orpaillage illégal en suit bien d'autres dont il a été question dans ce blog. Par exemple, la mise sur les écrans, en 2010, du documentaire de Daniel Schweizer, "Dirty Paradise" (1). La publication du livre "Les Abandonnées de la République" paru en 2014 (2). Et, dans la foulée, la plainte déposée auprès du Tribunal administratif de Cayenne par "Solidarité Guyane" et l'ONAG - Organisation des Nations Autochtones de Guyane. Elles demandaient une indemnisation de l'État, cela en réparation des préjudices qu'elles estiment avoir subis du fait de la carence fautive constatée de l'État à faire cesser les pratiques aurifères et d'orpaillage illégal. Le Tribunal a débouté les deux ONG qui ont fait recours. Mais, le 13 mars 2017, la Cour administrative d'appel de Bordeaux a confirmé le jugement rendu à Cayenne. Elle a estimé que les deux associations n'avaient pas établi "l'existence d'un préjudice moral direct et certain, résultant pour elles des fautes alléguées à l'Etat", mais elle n'a pas démenti les carences de l'État ! En Guyane même, le collectif "Les Hurleurs de Guyane" réclame des mesures depuis des années. À l'occasion du mouvement social qu'a connu la Guyane en mars/avril 2017, les organisations autochtones de Guyane avaient redit la nécessité pour l'État de prendre des mesure pour protéger les populations qu'elles représentent. Selon l'ONAG, ce 10 février, la Préfecture de Guyane a invité les représentants des autorités coutumières, ainsi que les organisation Autochtones et Bushinenge à participer à une réunion afin de désigner les membres du "Grand conseil coutumier des populations amérindiennes et bushinenges", prévu par la loi sur l'Egalité Réelle des Outre-mer - EROM (3) du 27 février 2017. Il est à prévoir que ce Conseil, chargé de défendre les intérêts des populations qu'il représente, ne manquera pas d'aborder ces questions de santé.

À relever encore que ce mois de janvier, lors des Rencontres de santé publique en Guyane, une étude appelée "Guyaplomb" (4) portant sur l'imprégnation par le plomb des enfants de 1 à 6 ans en Guyane a été rendue publique. Il ressort de cette enquête, portant sur 590 enfants, que 20% d'entre eux ont une imprégnation supérieure à la norme. Les communautés amérindiennes du sud guyanais sont les plus touchées. À Camopi, sur les 20 enfants inclus dans l'étude, 16 ont une plombémie supérieure à 50 microgrammes par litre de sang. La Cellule propose de rechercher les causes de cette situation et de mettre en œuvre de mesures adéquates pour en finir avec le saturnisme qui s'ajoute aux dégâts provoqués par le mercure.

Les autorités guyanaises vont-elles engager plus de moyens pour protéger la santé de toute la population sur tout le territoire ?

                                                                    ***

(1) "Dirty Paradise", voir sur ce blog la note du 4 mai 2010.

(2) "Les abandonnés de la République", voir sur ce blog la note du 17 décembre 2014.

(3) Sur le site : https://www.legifrance.gouv.fr/affichLoiPubliee.do?idDocument=JORFDOLE000032965298&type=general&legislature=14

(4) Sur le site : https://www.santepubliquefrance.fr/Agenda/2018/Rencontres-de-sante-publique-en-Guyane

Carte : le Parc amazonien de Guyane. Cliquer sur a vignette pour agrandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 121, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2