26/06/2018

Guyane : Le projet minier « Montagne d'Or » toujours controversé

Le débat public autour du projet minier de la « Montagne d’Or » est ouvert jusqu’au 8 juillet. Diverses réunions ont eu lieu en différents lieux de Guyane et sur différents sujets. Pour rappel, un consortium russo-canadien a l’intention d’extraire sur une douzaine d’années, 80 tonnes d’or tirées d’une fosse de 2,5 km de long sur 500 mètres de large et jusqu’à une profondeur de 400 mètres*.

Deux ministres ont eu l’occasion de s’exprimer récemment à ce sujet. Interviewée le 16 juin sur Radio Mayouri, Annick Girardin, la Ministre des Outremer : « Ce projet, tel qu’il est construit, tel qu’il est porté n’aboutira pas… Sur ce projet-là toutes les garanties ne sont pas réunies…». Le 13 juin, questionné à l’Assemblée nationale par le député guyanais Gabriel Serville qui demandait un moratoire sur l’utilisation du cyanure (pour extraire l’or sur le site minier), le ministre Nicolas Hulot répond : «Vous me voyez soulagé qu’un député de la Guyane ne cède pas spontanément au miroir aux alouettes. Et vous avez raison, on ne se posera pas suffisamment de questions avant de se prononcer sur ce projet et les mises en garde que vous évoquez doivent être prolongées et instruites. Les impacts environnementaux, les bénéfices économiques, à mon avis nous avons intérêt à remettre tout cela à plat… »

En septembre 2017, WWF France avait déjà publié une étude économique qui montrait le coût de ce projet, et, en conclusion de laquelle il a décidé de s’y opposer. En mai 2018, le Cercle Cyclope (Paris) a publié un rapport montrant, au contraire, l’intérêt économique d’exploiter cette mine : « À notre degré de connaissance du projet, rien ne semble témoigner d’un risque excessif par rapport aux bénéfices attendus ». Ce rapport, qui contredit celui du WWF, a été présenté le 15 juin aux membres de la Collectivité Territoriale de Guyane – CTG et à ceux de la Chambre de Commerce et d’Industrie – CCI de Région Guyane. Deux entités favorables au projet.

Autre prise de position, celle de Monseigneur Lafont, évêque de Cayenne. Le 28 mai, le prélat a publié une « Lettre pastorale » sur « La protection de création en Guyane ». Il évoque les menaces qui pèsent sur l’Amazonie en général et sur les peuples autochtones en particulier : « L’Église confesse sa part de responsabilité dans les blessures faites aux peuples autochtones depuis le début de la colonisation et jusqu’à aujourd’hui... ». Une partie du texte est consacré à la Montagne d’or :  «… On nous dit que cela va créer des emplois. Sans doute quelques-uns, mais à quel prix ! Le prix d’une opposition de plus en plus farouche entre les rares bénéficiaires d’une telle entreprise, et la majorité des guyanais, dans l’attente d’un légitime développement équitable !  Le prix de responsables, obnubilés par un seul projet, au détriment d’un rôle de nécessaire garant de l’intérêt général ! Et puis, le développement durable n’est pas là ! …  Chaque fois que j’ai écouté les jeunes parler de ce projet, j’ai trouvé une profonde réticence, pour ne pas dire un refus tout net. J’ai entendu les Amérindiens de notre territoire. Écoutons la sagesse des peuples de la forêt… »

Le 7 juin, Guyane 1ère a diffusé, à l’occasion du 170e anniversaire de l’abolition de l’esclavage, un documentaire « Amers Indiens » rappelant ce que les colonisateurs ont fait subir aux Amérindiens de Guyane : l’esclavage avant l’esclavage. Le lendemain, des animateurs de la chaîne ont invité un jeune Amérindien, Christophe Pierre - Yanuwana Tapoka selon son identité amérindienne - membre de la Jeunesse Autochtone de Guyane - JAG et Eline Grand-Emile, juriste, métisse (descendante amérindienne et bushinenge**) de réagir au documentaire. Une occasion de parler du passé, mais aussi de l’actualité. Le leader de la JAG évoque le projet minier : « Sur la question de la Montagne d’or, on nous parle d’experts à tout va, des experts en biologie, des experts miniers, mais nous avons aussi nos experts : nos anciens ont des connaissances, ils savent comment fonctionne ce territoire et il faut les écouter… On n’accepte pas, mais on peut comprendre la réponse à la détresse sociale actuelle. 750 emplois, on est tous prêts à sauter dessus... La lecture de cette détresse, de cette fragilité des élus guyanais est un aveu d’échec politique. Ils avaient 30 ans pour se préparer à la situation actuelle… L’étude d’impact sur la Montagne d’Or n’est pas publiée… C’est normal qu’il y ait des réticences, on ne sait pas ce que cela va engendrer… Comment, en ignorance de cause se prononcer « pour » et dérouler le tapis rouge… Voilà ce que fait la CTG qui ne respecte pas la décision des Amérindiens » (qui sont opposé au projet).

Le Gouvernement français écoutera-t-il les Amérindiens ? Autoriser l’exploitation d’une telle mine est-elle compatible avec la volonté de mettre en œuvre les décisions de la COP 21 ?

À suivre !

*Voir sur ce blog, la note du 10 mars 2018

**d’esclaves marrons.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note a été publiée dans « AYA Info » No 122, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

10/03/2018

Guyane : la Montagne d'Or, Or de question ?

De ce mois de mars à juillet prochain, la Guyane va débattre de l'opportunité d'autoriser, ou non, l'exploitation industrielle d'un site aurifère appelé "La Montagne d'Or". Celui-ci est situé à environ 180 km à l'Ouest de Cayenne, sur la commune de Saint Laurent du Maroni, entre deux réserves biologiques intégrales. "La Montagne d'Or" est aussi le nom d'une compagnie née du regroupement de deux sociétés qui veulent exploiter le gisement. L'une, Columbus Gold est canadienne, et l'autre, Nordgold est russe. L'exploitation – prévue sur douze ans - se ferait en creusant une fosse de 2,5 km de long, sur 500 mètres de large et jusqu'à 400 mètres de profondeur. Il devrait y être retiré environ 80 tonnes d'or. La société prévoit de créer 900 emplois pendant la construction de la mine, puis 750 emplois directs et 3'000 emplois indirects et induits pendant l'exploitation. Elle annonce vouloir mettre en pratique une approche environnementale et sociale responsables et se conformer à toutes les normes françaises et européennes. À la fermeture de la mine, elle s'engage à restaurer et à revégétaliser le site pour le retour à un état le plus proche possible de la situation naturelle.

En septembre 2017, la Commission Nationale (française) de Débat Public – CNDP (1) a décidé "qu'il revient aux habitants de la Guyane de participer à l'élaboration des décisions concernant le projet d'exploitation du gisement aurifère de la Montagne d'Or." Une Commission particulière a été désignée pour organiser la consultation. En fait, le débat a commencé il y a plusieurs mois.

Le WWF France (2) a réalisé une analyse économique du projet. L'organisation relève la fragilité des hypothèses retenues par la compagnie : "La fragilité de la rentabilité se constate alors que les calculs incluent les subventions massives dont le projet bénéficierait s'il était réalisé. Sans ces subventions massives, le projet serait dépourvu de rentabilité économique." Le WWF avance le chiffre de 560'000 Euros pour chacun des 750 emplois créés. "Les éléments économiques soulevés dans l'étude confortent le WWF France dans son opposition au projet Montagne d'Or." Il appelle à ce qu'un autre modèle de développement soit porté pour la Guyane. C'est ce que propose le collectif "Or de question".

Ce collectif, composé de plus d'une centaine d'organisations, après avoir énuméré les raisons de dire non au projet de mine, liste vingt-cinq domaines dans lesquels il est possible de développer des emplois d'avenir : agriculture, pêche, métiers du bois, énergies renouvelables, santé, économie sociale et solidaire, etc.

Questionné par des journalistes lors de son déplacement en Guyane en octobre 2017 (3), le Président de la République, Emmanuel Macron est d'avis que ce projet peut être favorable pour la Guyane : "Sur ses fondamentaux, le projet peut être bon pour la Guyane… Je souhaite que la Guyane puisse réussir avec ses atouts. Je ne suis pas pour mettre la Guyane sous une cloche. Mais avec des exigences et des contraintes. Elles sont de trois ordres : 1.- Le projet doit se conformer à la Charte "Mine responsable". 2.- Qu'il y ait un juste retour pour la Guyane en favorisant l'emploi local. 3.- Que réponse soit faite à tout ce qui émergera du débat public qui est organisé; le projet devra y répondre…"

Interrogé sur une chaîne TV française le 8 novembre dernier (4), Nicolas Hulot, Ministre de la transition écologique et solidaire, a déclaré qu'il n'était pas favorable à ce projet qu'il trouve purement spéculatif en l'état… "Je ne pense que ce projet soit fait pour créer de l'emploi… Cela va faire très cher à l'emploi créé… Il y a des impacts environnementaux pour un bénéfice d'emploi et économique assez réduit… Le Président a demandé que les Guyanais s'emparent de ce projet… J'ai exprimé mon opinion… Les Guyanais cumulent tellement de difficultés… C'est à eux maintenant de décider !"

Beaucoup d'élus guyanais se sont déclarés favorables à ce projet. Mais l'opposition est claire dans les organisations amérindiennes : la Fédération des Organisations Autochtones de Guyane - FOAG, l'Organisation des Nations Autochtones de Guyane – ONAG et le Conseil des Chefs Coutumiers de Guyane. À l'occasion de la COP 23, qui s'est tenue à Bonn, du 6 au 17 novembre dernier, un représentant de la Jeunesse Autochtone de Guyane, Yanuwana Tapoka (Christophe Pierre, selon son identité française) est allé expliquer devant le Tribunal International des Droits de la Nature les raisons de refuser le projet (5). Il était accompagné de deux personnes de France-Libertés et de Maïouri Nature Guyane. Dans son jugement, le Tribunal recommande la suspension immédiate du projet et tient l'État français pour responsable s'il venait à l'autoriser et, par conséquent, de tout dommage pouvant survenir si le projet voyait le jour…

À suivre !

                                                                        ***

(1) Site de la CNDP : https://montagnedor.debatpublic.fr

(2) Rapport du WWF-France : https://www.wwf.fr/vous-informer/actualites/montagne-dor-mirage-economique

(3) Interview du 31 octobre 2017 sur Guyane 1ère et ATV : https://la1ere.francetvinfo.fr/guyane/emmanuel-macron-projet-montagne-peut-etre-bon-guyane-527465.html

(4) Interview sur BFM TV du 8 novembre 2017 : http://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/nicolas-hulot-face-a-jean-jacques-bourdin-en-direct-1000471.html

(5) Tribunal international des droits de la nature : https://www.france-libertes.org/fr/victoire-projet-de-mega-montagne-dor-condamne-tribunal-droits-de-nature/

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 121, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

09/08/2017

La Guyane célèbre la Journée internationale des peuples autochtones

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Pour la septième fois, la Collectivité Territoriale de Guyane CTG a organisé plusieurs manifestations, sur plusieurs sites pour marquer cette journée qui, cette année, se déroule dans un contexte particulier. A relever que le président de la Collectivité, M. Rodolphe Alexandre a annoncé qu'il avait écrit à la Ministre des Outre-mer pour que cette journée soit fériée en Guyane.

Ce printemps, la Guyane a été marquée par un mouvement social d'ampleur historique. Les Amérindiens, réunis dans un "Collectif des autochtones de Guyane", ont fait valoir leurs revendications (1) touchant différents domaines : santé, éducation, droits culturels, territoriaux. Ils demandent en particulier que le gouvernement français ratifie la Convention 169 de l'OIT. Mais la mise en œuvre de l'accord du 2 avril 2017 concernant les communautés amérindiennes et bushiningue (2) souffre de lacunes que dénoncent les intéressés. Cela a conduit l'Organisation des Nations Amérindiennes de Guyane, l'ONAG (3) à boycotter, cette année, les manifestations organisées par la CTG.

Par ailleurs la Préfecture de Guyane, qui va changer de titulaire (4) a ouvert, en pleine période de congés, l'enquête publique sur l'ouverture des travaux miniers de la Compagnie minière Montagne d'or. Ce projet d'exploitation aurifère est contesté par les organisations amérindiennes. Ces dernières sont appuyées par le collectif "Or de question" que la Ligue (française) des droits de l'homme a rejoint récemment.

Les Amérindiens de Guyane traversent un moment-clé de leur histoire. Ils luttent pour le plein exercice des droits qu'ils sont en droit d'attendre de leur pays.

                                                                    ******

(1) Voir sur ce blog, les notes du 28 mars et 14 avril 2017.

(2) Communautés issues de noirs marrons.

(3) Suite à la démission de Florencine Edouard qui réside désormais en métropole, l'ONAG a désigné Millca Sommer-Simonet nouvelle coordinatrice générale par intérim de l'organisation.

(4) Le Conseil des Ministres du 2 août a désigné M. Patrice Faure comme nouveau Préfet de la région Guyane à partir du 28 août. Il succédera à M. Martin Jaeger en place depuis le 11 janvier 2016.

Image : La Jeunesse Autochtone de Guyane s'est prononcée contre le projet le Montagne d'Or. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 118, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

25/05/2012

Campement indigène "Terre Libre" à Rio+20

Acampamento Livre 2012.jpg"La sauvegarde de la planète est dans le savoir ancestral des peuples indigènes" : telle est l'affirmation de l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil - APIB contenue dans son "Appel aux peuples indigènes du Brésil et du monde", publié le 17 avril. Ce texte annonce la tenue de la 8e édition du Campement "Terre Libre" à Rio de Janeiro en juin prochain. C'est une réunion qui regroupe habituellement de nombreux leaders indigènes du Brésil. Cette année, elle aura donc lieu dans la même ville, et aux mêmes dates, que la Conférence des Nations Unies sur le développement durable, plus couramment appelée Rio+20, convoquée, elle, pour les 20, 21 et 22 juin. C'est aussi en même temps que le "Sommet des peuples", la réunion des ONG du monde entier qui veulent influencer les décisions prises par la rencontre onusienne.

Les organisations indigènes des neuf pays amazoniens ont préparé Rio+20 à Manaus, en août 2011 déjà, lors d'une rencontre consacrée aux changements climatiques. Les participants avaient alors élaboré le "Mandat de Manaus" dont une partie, "Solutions pour la vie et non pour les Marchés", est consacrée à la conférence de Rio.

Les organisations indigènes veulent notamment : que "l'Economie verte" soit :

- Un changement profond du modèle de production, de consommation suscitant l'harmonie entre sociétés, cultures et nature.

- La rénovation du protocole de Kyoto avec des engagements fermes de réduction des émissions de gaz à effets de serre.

- La consolidation des Territoires des Peuples indigènes.

- La création d'une Cour Environnementale Internationale.

- La réorganisation des entités onusiennes traitant de l'environnement. Le tout avec des espaces de participation des représentants indigènes.

L'APIB souhaite que le Campement et le Sommet des peuples soient des espaces de discussion sur la situation des droits indigènes, mais aussi sur les problèmes qu'affrontent l'humanité et la planète.

De son côté, les 9 et 10 mai, l'Association Brésilienne des ONG - ABONG a organisé un séminaire à Rio de Janeiro qui a marqué le lancement, au Brésil, d'une campagne internationale voulue par le Groupe d'Articulation international du "Sommet des peuples" pour la justice sociale et environnementale. Cette articulation affirme son opposition à la marchandisation de la vie et de la nature qui sont des biens communs.

Sur le fond, il y a convergence entre le mouvement indigène et la revendication du Sommet des peuples.

***

Pour en savoir plus,

En portugais :

- L'appel de l'APIB : http://blogapib.blogspot.com/2012/04/chamado-aos-povos-in...

- L'annonce du Campement "Terre Libre" par la Coordination des Organisations Indigènes de l'Amazonie Brésilienne - COIAB : http://coiab.org/site/nota/cupula-dos-povos-o-movimento-i...

- Le "Mandat de Manaus" : http://www.coiab.com.br/coiab.php?dest=show&back=inde...

- Le séminaire de l'ABONG : http://www.abong.org.br/informes.php?id=5173&it=5194

En français :

- Sur le "Sommet des peuples" (en français) : http://cupuladospovos.org.br/fr/

- La campagne "Non à l'économie verte" (en français) : http://nogreeneconomy.org/

 

Une version réduite de cette note a été publiée dans "AYA Info" No 71, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2