28/09/2017

Compesières, Commune réunie, Commune démembrée.

Atlas historique, Pays de Genève, Communes réunies, communes démembrées, Claude Barbier, Pierre-François Schwarz, Genève, Bardonnex, Compesières, Saint-Julien-en-Genevois, Lathoy, Perly-Certoux, l'Arande, les Celtes, Grand Genève, Savoie, Traité de Paris, 1815, Traité de Turin, 1816, 22 septembre 1792, Napoléon, Canton de Genève, Pays de Gex, Genferei, Pictet de Rochemont, Forum d'agglomération, François Longchamp, zone francheUn hasard du calendrier! Vendredi dernier, le 22 septembre, était le 225e anniversaire de l'invasion de la Savoie par les troupes révolutionnaires françaises en 1792. Ce soir-là, l'Association des seniors de Bardonnex a invité, à Compesières, l'historien Claude Barbier à présenter "L'Atlas historique du Pays de Genève" qu'il a coécrit avec l'architecte-urbaniste Pierre-François Schwarz. Le sujet de la rencontre : "Communes réunies, Communes démembrées." Un intitulé tiré du sous-titre du deuxième volume* de l'atlas édité cette année.

L'ancienne commune de Compesières, actuellement Bardonnex** et Plan-les-Ouates, est bien l'une de ces communes savoyardes réunie au nouveau Canton de Genève en 1816. Elle l'a été non sans avoir été démembrée, puisqu'elle a perdu le village de Lathoy et les terres environnantes, situées sur la rive gauche de l'Arande, un ruisseau devenu frontière internationale sur une partie de son parcours. Ce village a été rattaché à Saint-Julien-en-Genevois à qui on a enlevé Perly-Certoux, remis - probablement en compensation - à Compesières. Une union qui n'a pas duré, ces deux villages "divorcent" de Compesières et créent leur propre commune en 1821.

Pour les habitants des anciennes communes sardes particulièrement, ce 22 septembre 1792 marque le début d'une période pour le moins mouvementée : ils passent sous domination française. Six ans plus tard, en 1798, Genève est envahie à son tour par la France et devient capitale du Département du Léman dont ils sont ressortissants. Après les défaites de Napoléon, ils redeviennent provisoirement Savoyards avant d'intégrer le nouveau Canton de Genève. Tout cela en moins d'un quart de siècle !

Le sous-titre du premier volume de l'atlas, déjà publié en 2014, annonce un ouvrage de portée plus générale: "Des Celtes au Grand Genève". Un travail élaboré pour commémorer le 200e anniversaire de deux Traités – celui de Paris de novembre 1815, et celui de Turin de mars 1816 – qui ont donné les frontières actuelles du Canton de Genève. Celui-ci est déjà entré dans la Confédération helvétique le 19 mai 1815 alors que ses limites n'étaient pas encore définitivement fixées… En effet, les communes françaises du Pays de Gex et les communes savoyardes, appelées "Communes réunies" ne sont effectivement rattachées à Genève que le 9 octobre pour les premières, et les 24 et 25 octobre 1816 pour les secondes. Peut-être déjà une "Genferei" ?

C'est surtout côté Savoie que les diplomates ont démembré des communes pour créer un "Petit Genève" où les protestants seraient encore majoritaires. Les partisans de cette solution l'ont emporté contre l'avis de Pictet de Rochemont favorable, lui, à un territoire beaucoup plus étendu. Il avait la vision d'une ville-centre dotée d'un arrière-pays plus important. Pour compenser cette taille minimale, les autorités genevoises lui ont demandé de négocier la création de deux zones franches, l'une en France, l'autre en Savoie pour assurer un approvisionnement minimum de la ville. Zones franches dont la superficie est de plus du double de celle du nouveau canton ! Aucun autre canton suisse n'est doté de tels "territoires extérieurs". Paradoxalement, les "minimalistes" de l'époque ont inscrit la "région voisine" dans l'acte de naissance du nouveau canton.

À Compesières, Claude Barbier a incité son auditoire à regarder, avec ce recul historique, ce que l'on appelle maintenant le Grand Genève : "Pour un historien, deux cents ans d'histoire ce n'est pas long !" dit-il.

Les auteurs de l'atlas concluent leur ouvrage sur cette réflexion : "Les ruptures des années 1815 et 1816 nécessitaient bien une compensation : c'est le but de la construction régionale que de tenter de remettre aujourd'hui sur le tapis ce que les plus éclairés de nos prédécesseurs (Pictet de Rochemont) imaginaient déjà comme peu tenable, une ville séparée de son arrière-pays par une frontière internationale. La coopération transfrontalière, encore plus récente, a donc une histoire longue derrière elle…"

Le plus récent événement pour le Grand Genève a eu lieu ce lundi 25 septembre à la Maison Internationale des Associations de Genève : le "Forum d'agglomération", qui regroupe les représentants de plus de septante entités de ce bassin de vie transfrontalier, était réuni pour faire le bilan de sa première mandature (2013 – 2017) et élire la présidence collégiale qui dirigera ses travaux pour les quatre prochaines années. Une réunion tenue en présence du Président du Conseil d'Etat genevois, François Longchamp. L'histoire suit son cours…

                                                             ***

* "Atlas historique du pays de Genève – Volume 2 – Communes réunies, communes démembrées" - Claude Barbier et Pierre-François Schwarz. Editions La Salévienne - 2017-180 pages – Saint-Julien-en-Genevois – ISBN 978-2-905922-39-7 – Site Internet : la-salevienne.org

** En 1851, les villages géographiquement situés dans le bas de la commune de Compesières créent la commune de Plan-les-Ouates. La partie du haut devient Bardonnex.

- Gravure : Première de couverture du 2e volume de l'ouvrage. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

- Voir sur ce blog, les notes des 15 mars, 14 juin et 28 octobre 2016.

- A lire également, un autre ouvrage : '"Atlas du Grand Genève – Etat des lieux pour un progrès durable" - Charles Hüssy – Editions Slatkine - Genève -174 pages – ISBN 978-2-8321-0772-0 - En coédition avec La Salévienne – ISBN 978-02-905922-37-3 – voir adresse ci-dessus.

- De nombreux renseignements relatifs à l'Espace transfrontalier genevois sont également disponibles sur le site de l'Observatoire Statistique Transfrontalier - OST

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à d'autres sites permettant d'en "savoir plus".

 

07/05/2017

Brésil : Les violations des droits humains sont dénoncées à l’ONU

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, autochtones, indígenas, Brasilia,Genève, Palais des Nations, Examen Périodique Universel, Haut Commissariat aux droits de l’homme, OHCHR, HCDH, Michel Temer, Paulão, Comissão de Direitos Humanos e Minorias, CDHM, Câmara, Suíça, Genebra, APIB, Sônia Guajajara, Rede de Cooperação Amazônica, RCA, Dhesca, Plataforma de Direitos Humanos, Maranhão, Gamela, Antonio Costa, FUNAICe 5 mai, une délégation d'ONGs brésiliennes était à Genève, au Palais des Nations, pour dénoncer les violations des droits de l'homme dans le pays. Ceci à l'occasion de "l'Examen Périodique Universel", un processus des Nations Unies portant sur l'application des droits de l'homme dans chacun de ses États membres. Ce vendredi, c'était au tour du Brésil de passer son "examen".

Un "Evénement parallèle" a été organisé par cette délégation au cours duquel ont été dénoncées les violations des droits humains dans différents domaines : éducation, santé, sécurité alimentaire, justice et, bien sûr, celles qui concernent des peuples quilombolas* et indigènes. Les restrictions budgétaires appliquées par le gouvernement de Michel Temer ont été citées comme ayant de graves conséquences. À noter la présence à cette rencontre d'un représentant de la Mission du Brésil et surtout celle de Paulão (Paulo Fernando dos Santos), le Président de la Commission des droits humains et des minorités de la Chambre des députés. Le député a fait le voyage à Genève – selon plusieurs sources, contre la volonté du gouvernement - dans l'intention d'alerter la communauté internationale sur l'ampleur et la gravité des violations des droits humains sur le territoire brésilien.

Les peuples indigènes brésiliens étaient représentés par Sônia Guajajara, coordinatrice de l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB. Les organisations indigènes ont préparé leur rapport sur la situation des droits humains à l'automne 2016 déjà. Parmi les documents envoyés au Haut-Commissariat aux droits de l’homme, à relever celui réalisé par une large coalition d'organisations comprenant l'APIB, le Réseau de Coopération Amazonien – RCA et la Plateforme des Droits Humains – Dhesca Brésil**. Il concerne les peuples indigènes. Il porte sur les droits territoriaux; la protection des droits à la vie; la protection des leaders indigènes et des défenseurs des droits humains; la protection des droits sociaux; la mise en œuvre du droit à la consultation libre, préalable et informée et sur le cadre légal et institutionnel de défense et de protection des peuples indigènes.

L'urgence de cette protection est illustrée par un événement récent survenu le 30 avril dans l'État du Maranhão. Un groupe d'Indiens Gamela a été attaqué par des hommes armés de machettes et d'armes à feu. Bilan : 22 indigènes blessés, certains gravement. C'est à Genève que la délégation a appris que le gouvernement avait mis un terme au mandat d'Antonio Costa à la tête de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI. Il avait été nommé en janvier dernier. Une crise supplémentaire...

Les textes du Haut Commissariat se rapportant au Brésil sont accessibles en cliquant <ICI>.

                                                                           ***

* Les communautés quilombolas sont composées de descendants de Noirs marrons. ** Voir le rapport "A situação dos direitos humanos dos povos indígenas no Brasil", "Sumário das Recomendações por temas" et "Recomendações enviadas. »

Photo © B. Comoli : la délégation d’ONGs brésiliennes lors de « l’événement parallèle » du 5 mai au Palais des Nations. Tout à gauche, Sônia Guajajara, représentante de l’APIB. Cliquer sur la vignette pour agrandir l’image.

Ci-dessous : une video enregistrée par une vingtaine d’artistes brésiliens (dont Gilberto Gil) qui interprètent une chanson intitulée « Demarcação Já !» (Démarcation maintenant !) présentée lors du « Campement Terre Libre » qui a eu lieu du 24 au 28 avril dernier et qui a rassemblé 4’000 indigènes de tout le pays. (Voir sur ce blog, la note du 29 avril dernier).

 

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera reprise dans le prochain "AYA Info" No 116, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

20/03/2017

L’Amazonie, de Genève à Montréal

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, autochtones, indígenas, povos, Amérindiens, Chamane, Genève, Montréal, Suisse, Canada, Musée, ethnographie, forêt,Filmar en America Latina, Sônia Bone Guajajara, APIB, Victoria Tauli-Corpuz, ONU, droits des peuples autochtones, MCI, Terre des Hommes, AYA, Pointe-à-Caillère, Canada"Amazonie. Le Chamane et la pensée de la forêt", l'exposition organisée par le Musée d'Ethnographie de Genève – MEG entre le 20 mai 2016 et le 8 janvier 2017 a connu un franc succès : près de 83'000 visites sur la durée totale de la manifestation. Le public a pu participer à de nombreux événements liés au thème de l'exposition, tels des rencontres avec des leaders indigènes, la projection de films, dont plusieurs en partenariat avec le Festival "Filmar en América Latina".

Le 22 septembre, l'exposition a reçu la visite de Sônia Bone Guajajara, la coordinatrice de l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB. Sônia est l'une des femmes qui, depuis quelques années, animent le mouvement indigène brésilien. Elle était à Genève à l'occasion de la présentation, devant le Conseil des droits de l'homme, du rapport rédigé par Mme Victoria Tauli-Corpuz, la rapporteuse spéciale de l'ONU sur les droits des peuples indigènes. Un document consacré à la situation vécue par ces peuples au Brésil*.

Dans le cadre d'un "Grand Bazar", le 6 novembre 2016, lors d'un "Rallye des familles", une activité participative, les associations genevoises Aquaverde et le Mouvement pour la Coopération Internationale – MCI, ont eu l'opportunité de présenter leur activité en Amazonie. Une occasion de sensibiliser le public aux préoccupations actuelles des Amérindiens. C'était aussi le moment de rappeler que plusieurs collectivités publiques, dont la Ville de Genève, apportent leur appui à des organisations indigènes de l'Amazonie. Cela par l'intermédiaire de plusieurs ONG de coopération : Terre des Hommes Genève, Le MCI et l'Association d'appui aux Yanomami d'Amazonie – AYA.

L'exposition du Musée d'Ethnographie sera présentée au Musée de Pointe-à-Caillère de Montréal (Canada) du 17 avril au 22 octobre 2017.

* Voir sur ce blog, la note du 23 septembre 2016

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Photo © B. Comoli : Sônia Guajajara, leader indigène de l’APIB lors de sa visite de l’exposition, le 22 septembre 2016. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note a été publiée dans le dernier "AYA Info" No 115, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

07/03/2017

"Trading Paradise", un film de Daniel Schweizer

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Ce film, avec "Dirty Paradise " de 2010* et "Dirty Gold War" de 2015**, clôt une forme de trilogie sur l'impact de l'exploitation minière sur les communautés proches des sites.

Questionné sur la capacité des films documentaires à changer le monde, Daniel Schweizer est d'avis que : "Des films qui défendent un parti pris fort, dévoilant des réalités peu connues et travaillant en immersion avec leurs protagonistes peuvent permettre de changer la perception de ce qui se joue dans le monde. En préparant sur de longues périodes des films documentaires, en filmant de l’intérieur et en empathie, en accompagnant ses personnages, recueillant leurs confidences, en étant proche d’eux, plutôt que d’adopter une posture de voyeur ou d’observateur indifférent, je suis persuadé que le cinéma documentaire a une force et une raison d’être. Le documentaire indépendant doit s’éloigner du reportage afin de poser un autre regard sur le monde et sa complexité."

À Genève, "Trading Paradise" sera présenté par l'ONG Swissaid dans le cadre du Festival du Film Vert - FFV, ce jeudi 9 mars, à la Salle Communale des Délices du Grand-Saconnex et le 16 mars en ville de Genève, au cinéma Scala, en collaboration avec le Festival du Film et Forum International sur les Droits Humains – FIFDH 2017.

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* Voir sur ce blog la note du 4 mai 2010. **Voir la note du 5 mars 2015

Le dossier de presse du film peut être consulté à cette adresse :

https://www.swissaid.ch/sites/default/files/TP_Presskit_FR-3.pdf

Illustration : l'affiche du film. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

La bande de lancement du film :

 PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 115, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

14/06/2016

Traité de Turin de 1816 : Les bornes-frontière ont leurs limites !

Traité de Turin, Traité de Paris, 1816, 1815, Louis Provona de Collegno, Charles Pictet de Rochemont, Roi de Sardaigne, Duché de Savoie, Genève, Canton, zone franche, Savoie, Savoyards, Confédération, Suisse, Second Empire, Napoléon III, Fonds frontaliers, Comité Régional Franco-Genevois, CRFG, Grand Genève, Bardonnex, Communes réunies, Compesières, Archamps, Collonges-sous-Salève, Bossey, Saint-Julien-en-Genevois, Lullier, Banque Cantonale, calcaire, granit, laiton, cuivre, zinc, l'Arande, Ruisseau d'Archamps, Ruisseau des Fins, La Drize, frontière-coupure, frontière-coutureVoilà deux siècles, le 15 juin 1816, à Lancy, Louis Provona de Collegno, Conseiller de Sa Majesté le Roi de Sardaigne, Commissaire Général des confins de ses États, pour le Duché de Savoie; et le Conseiller d'État Charles Pictet de Rochemont pour la Confédération Suisse et le Canton de Genève, ont signé le "Procès verbal de limites" entre le Duché de Savoie et la Canton de Genève. Cela en exécution du Traité de Turin signé trois mois plus tôt, le 16 mars.

L'objet de la réunion – commencée dix jours auparavant - est de fixer l'emplacement des bornes qui marqueront précisément la frontière entre Genève et la Savoie. Celles-ci resteront en place quand, en 1860, les Savoyards ont décidé de rejoindre le Second Empire de Napoléon III. Dès lors, Genève n'a plus eu que la France pour voisine.

Les bornes sont bien la limite matérielle entre deux États, deux nations de culture politique, d'institutions, de législations, de monnaies différentes. Et, surtout depuis la guerre de 1939-1945, les deux territoires ont connu une évolution économique différenciée, ce qui a eu pour conséquence d'accentuer l'effet-frontière.

Le Traité de Turin a divisé un bassin de vie. Mais pas tout à fait quand même : dans son article trois, il prévoit la création d'une zone franche (le pendant à la zone franche gessienne créée par le Traité de Paris de 1815). Une première manière de réduire les répercussions économiques des nouvelles limites du nouveau canton de Genève et d'inscrire dans son ADN le caractère transfrontalier de la région dans laquelle il se situe.

Il y a d'autres accords qui passent "par dessus" les bornes. Par exemple, celui de 1973 qui a institué les "Fonds frontaliers" et le Comité Régional Franco-Genevois. Plus récemment, la création du "Grand Genève", une institution transfrontalière pour faciliter le mieux vivre ensemble qui touche de nombreux domaines dans cette agglomération franco-valdo-genevoise, est aussi une réduction de l'effet-frontière.

Les bornes elles-mêmes, donnent une leçon de choses. L'exercice consistant à approcher la trentaine de celles qui jalonnent la frontière* de la commune de Bardonnex - l'une des "Communes réunies" qui célèbre, en plusieurs fois, le bicentenaire de son rattachement à Genève - est révélateur de leur caractère relatif.

Premier constat : elles ne sont pas inamovibles. Une partie des bornes posées en 1816 ont été enlevées en raison de deux modifications du tracé de la frontière. Une première fois pour aménager les abords de la route départementale D1206 à la frontière avec Archamps, Collonges-sous-Salève et Bossey. Une deuxième fois pour la construction de la plateforme autoroutière de la douane de Bardonnex à la frontière avec Saint-Julien-en-Genevois. Elles ont été remplacées par d'autres, dont la plus récente porte la date de 2015. Elles sont donc de générations différentes.

En raison de cette deuxième rectification de frontière, la numérotation des bornes a sauté quelques chiffres : la borne No 65 est suivie de la borne No 70. Il n'y a pas de borne 66, 67, 68 et 69. Une anomalie qu'apparente, la frontière ayant été réduite à cet endroit.

Les bornes devenues inutiles ont été mises "à la retraite" dans différents lieux : à l'entrée de la cour de l'école, du château et de l'église de Compesières. Mais aussi dans le parc de la Sous-préfecture de Saint-Julien, au Centre de formation horticole de Lullier et dans le hall d'entrée du siège principal de la Banque Cantonale de Genève en l'Ile, en ville de Genève. Leur retraite les fait vivre autrement.

Les bornes sont de formes et de tailles différentes. Les unes sont en calcaire du Jura, d'autres sont en granit, une pierre pas vraiment locale. Les chevilles No 62 et 63 qui remplacent deux bornes sur la plateforme douanière sont en laiton. Un alliage de cuivre et de zinc apprécié en raison de sa résistance à la corrosion et sa facilité d'entretien, une matière d'origine étrangère…

Par deux fois, pour marquer la frontière, les bornes laissent ce rôle à des cours d'eau, l'Arande, le ruisseau d'Archamps et à la Drize. Ces cours d'eau sont générateurs de biodiversité.

Selon leur emplacement, il est parfois plus facile de les joindre par la France, parfois par la Suisse. Certaines sont à l'intérieur de propriétés privées. D'autres sont difficiles d'accès. Ainsi, il vaut mieux être prudent pour approcher celles qui sont sur la plateforme douanière. Quelques unes sont entourées de broussailles, voire protégées par les épines des ronces qui en interdisent l'approche. Cela rappelle quelques-uns des épineux problèmes transfrontaliers à résoudre.

À leur sommet, les bornes ont un trou de quelques millimètres qui symbolise la borne elle-même d'où partent deux traits qui indiquent la direction du tracé de la frontière, comme les aiguilles indiquent l'heure sur le cadran d'une horloge. Sur un de leur côté, un numéro propre à chacune d'elles, et, pas toujours, une date. D'ailleurs, deux d'entre elles portent deux dates, signe d'un remplacement.

Sur deux côtés opposés un "G" pour Genève et un "S" pour Savoie pour les anciennes bornes. Et un "F" pour le côté français et un "S" pour le côté suisse pour les bornes récentes. Le même "S", utilisé pour "Savoie" et plus tard pour "Suisse" est, bien sûr, une pure coïncidence alphabétique. Marquées des initiales de deux nations, les bornes ont, de fait, une double nationalité, un statut parfois contesté pour les humains.

Les bornes sont aussi les témoins d'une réalité évidemment des plus banales, mais significative : sur leur tête tombe la même pluie, brille le même soleil. Que cela soit de leur côté "F" ou "S", il y souffle le même air. On y respire la même atmosphère !

Quand il s'agit de donner un avenir à ce bassin de vie transfrontalier, de par ce qu'elles sont, de l'histoire qu'elles représentent, de leur approche plus ou moins facile, les bornes-frontière donnent une "leçon de choses" à ceux qui veulent en être les artisans.

Les bornes, qui sont la marque d'une "frontière-coupure", sont également autant de points de "frontière-couture" pour reprendre des notions utilisées par des géographes. Elles sont "couture" quand la frontière suscite des accords transfrontaliers pour régler des problèmes de voisinage. Ce double rôle leur enlève leur caractère absolu. Elles y trouvent là leurs limites !

* Voir la carte ci-dessous.

                                                                        ***

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Photos : © Bernard Comoli. À gauche en haut, la borne-frontière 62A sur la plateforme douanière de Bardonnex. Ci-dessus, les quatre bornes "à la retraite" à Compesières. Cliquer sur les photos pour agrandir l'image.

Carte : Bernard Comoli à partir du Système d'information du territoire de Genève - SITG

10/06/2016

La Ville de Genève solidaire des Yanomami

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Le groupe cible bénéficiaire du projet est composé des habitants de onze villages (xapono*) regroupant les 2'000 Yanomami établis le long du rio Marauiá, dans la Terre Indigène Yanomami – TIY. Il s'agit de réduire de 50% la dénutrition susceptible de toucher les 350 enfants de 0 à 5 ans de cette région de la municipalité de Santa Isabel do Rio Negro.

La Secoya compte atteindre son objectif de diverses façons. En formant la trentaine d'Agents Indigènes de Santé – AIS déjà sur le terrain pour qu'ils soient capables de suivre la population infantile. En impliquant un réseau de femmes "multiplicatrices", formées en matière d'équilibre nutritionnel et aux conditions d'hygiène nécessaires à la bonne croissance des enfants. En rendant l'accès à l'eau potable à une partie plus importante de la population, notamment par l'utilisation du système de purificateur d'eau** "Ecolágua". En formant la population à des pratiques d'hygiène sûres (hygiène du milieu, domestique et personnelle). En sensibilisant cette population à l'importance d'un apport quotidien en protéines, particulièrement en valorisant les ressources traditionnelles.

La participation de la Ville de Genève ne couvre pas l'entier du budget du projet. AYA recherche un complément de financement auprès d'autres collectivités publique et de particuliers. Les dons**** sont donc les bienvenus.

En 2011, la Ville de Genève*** a déjà soutenu le programme de santé de la Secoya, également présenté par AYA, en finançant des cours de formation pour les Agents Indigènes de Santé. Au nom de ses partenaires, AYA tient à exprimer sa vive gratitude à la Délégation Genève Ville Solidaire pour l'appui qu'elle apporte à ce programme de santé.

                                                                           ***

* Prononcer "Chapono" / ** Voir sur ce blog la note du 19 octobre 2015 / *** Voir la note du 28 octobre 2011 / **** AYA CCP No 17-55066-2

                                                                           ***

Rappel : Le Musée d'Ethnographie de Genève présente jusqu'au 8 janvier 2017 l'exposition "Le Chamane et la pensée de la forêt". Dans ce cadre, le musée organise des rencontres et des visites commentées. Le programme de ces animations peut être consulté sur son bulletin "Totem" No 71. Voir également sur ce blog les notes du 29 avril et du 20 mai derniers.

                                                                            ***

Carte : La Terre Indigène Yanomami et les xapono du rio Marauiá. Cliquer sur la vignette pour grandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 110, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

20/05/2016

MEG : L'Amazonie sans la chaleur ni l'humidité !

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Musée d'ethnographie, Genève, Johnathan Watts, Couleurs d'Amazonie, Chamane, la pensée de la forêt, Paul Lambert, Fraternelle Amazonie, xapono, smartphone, FECONAT, Alto Tigre, Peru, Pérou, COIAB, Manaus, FGC, Fédération Genevoise de Coopération, DDC, FGC, Mouvement pour la Coopération Internationale, MCI, Aurélien Stoll, Aurélien Fontanet, Claudia Andujar, Manaus, Terre des Hommes Suisse, AYAC'est dans la fraîcheur de l'air conditionné que le Musée d'Ethnographie de Genève - MEG présente, depuis ce 20 mai, une exposition temporaire* consacrée à l'Amazonie sous le titre évocateur : "Le chamane et la pensée de la forêt". Une immersion dans la culture et l'histoire des peuples amazoniens facilitée par la présentation attractive d'objets, d'images, d'enregistrements rapportés par des voyageurs, des ethnologues, des photographes au fil des ans. Un ensemble qui constitue la très riche collection du musée.

Emouvante, la vitrine consacrée à Paul Lambert, l'auteur du film "Fraternelle Amazonie", on y voit son sac à dos, sa machine à écrire, son enregistreur… alors que dans le "xabono" voisin, il est possible de visionner des vidéos enregistrées, par des indigènes eux-mêmes, à l'aide de smartphones… L'Amazonie du 21e siècle n'est pas oubliée.

Une installation interactive montre comment des organisations indigènes de l'Amazonie péruvienne s'organisent pour la défense de leurs territoires affectés par l'extraction de bois, d'or et de pétrole. Des "observateurs" indigènes vont sur le terrain, prennent des photos géoréférencées qui alimentent une base de données leur permettant de dénoncer cette situation auprès des autorités politiques. La formation de ces observateurs est le résultat d'un partenariat entre la Fédération des Communautés Natives du Haut-Tigre – FECONAT et le Mouvement pour la Coopération Internationale – MCI, une ONG genevoise qui a reçu l'appui de la Confédération et de collectivités publiques genevoises par l'intermédiaire de la Fédération Genevoise de Coopération – FGC**.

Toujours dans le "xabono", la série de vidéos "Donner la parole" est le résultat d'un projet participatif initié par le MEG et le MCI. Deux jeunes membres de la Coordination des Organisations Indigènes de l'Amazonie Brésilienne – COIAB (Manaus) ont interviewé dix-huit leaders indigènes brésiliennes et brésiliens et cinq péruviens qui font part de leurs préoccupations en rapport avec la destruction de leur environnement et le non respect de leurs droits.

Depuis l'enregistrement de ces témoignages, avec les récents événements politiques qui agitent le Brésil, les menaces qui pèsent sur les droits territoriaux des peuples indigènes, non seulement amazoniens, mais de l'ensemble du pays, se font plus précises.

L'exposition du MEG devrait rappeler cette actualité !

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*Cette exposition a été réalisée sous le patronage de la Commission Suisse pour l'UNESCO. Elle est ouverte jusqu'au 8 janvier 2017. De nombreux "événements" sont prévus dans le cadre de cette exposition : voir "Totem" No 71, le bulletin du MEG sur son site Internet.

** Outre le MCI, Terre des Hommes Suisse (Genève), et bien sûr AYA entretiennent des partenariats avec organisations indigènes amazoniennes.

Photo : © B. Comoli - La présentation de l'exposition. Cliquer sur la vignette pour grandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 110, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

29/04/2016

L'Amazonie dans la rue

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Musée d'ethnographie, Genève, Johnathan Watts, Couleurs d'Amazonie, Chamane, la pensée de la forêt, APIB, Sônia Guajajara, Acampamento Terra Livre, Conselho Nacional de Política IndígenistaCe 28 avril, le Musée d'Ethnographie de Genève - MEG a présenté "Couleurs d'Amazonie", l'exposition "hors murs" qu'il consacre à cette immense région : Il s'agit essentiellement de photos "macro" de Johnathan Watts, le photographe du Musée. Il montre quelques uns des objets constituant l'une des plus importantes collections ethnographiques amazoniennes d'Europe. Dans la présentation qu'il a faite de son travail lors du vernissage, il s'est dit admiratif du savoir-faire des Peuples indigènes et, pour lui, ces images sont une manière de leur donner la parole.

L'exposition, inaugurée hier au Quai Général Guisan, sera déplacée dans six autres lieux de la ville jusqu'au 15 décembre prochain. Elle veut aller à la rencontre du public qui ne se rend jamais au musée. Elle est aussi une invitation à visiter l'exposition "Amazonie. Le chamane et la pensée de la forêt" qui sera ouverte au MEG du 20 mai prochain au 8 janvier 2017.

Ces deux manifestations, outre qu'elles illustrent les relations anciennes de Genève avec l'ensemble du bassin amazonien, sont aussi le fruit d'une collaboration du musée avec les ONGs qui travaillent actuellement sur le terrain en apportant un soutien aux Peuples indigènes. Ceux-ci ont de plus en plus de mal à défendre leurs territoires et leur cadre de vie.

L'Amazonie vit une véritable deuxième colonisation.

Au Brésil même, l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil - APIB, par la voix de sa leader, Sônia Guajajara, vient d'appeler les représentants des peuples de tout le Brésil à être présents au "Campement Terre Libre" qui aura lieu à Brasilia entre le 10 et le 13 mai prochain. L'Articulation demande une mobilisation à tous les niveaux, local, régional et national. Elle dénonce le processus de destitution de la Présidente de la république par ceux qui, à travers de nombreuses initiatives législatives, veulent réduire ou supprimer, les droits qui garantissent l'existence même des Peuples indigènes. "Nous voulons montrer au pays et au monde que nous n'allons pas permettre l'aboutissement de ces attaques. La démocratie véritable sera seulement possible quand nos droits seront pleinement respectés : notre droit à la vie, à la mère terre, à la dignité et à notre condition de peuples culturellement différenciés."

Il est important que les Genevois entendent l'appel des peuples indigènes amazoniens.

Puissent, les manifestations du MEG y faire écho !

                                                                       

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Musée d'ethnographie, Genève, Johnathan Watts, Couleurs d'Amazonie, Chamane, la pensée de la forêt, APIB, Sônia Guajajara, Acampamento Terra Livre, Conselho Nacional de Política Indígenista

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Photo (à gauche en haut) © Bernard Comoli : L'exposition "Couleurs d'Amazonie" sur le Quai Général Guisan / Genève. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

Image (capture d'écran) ci-dessus : Sônia Guajajara lors de le récente installation du Conseil National de Politique Indigéniste – CNPI, le 27 avril 2016 à Brasilia.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 110, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

15/03/2016

Désormais vous êtes Genevois !

Genevois, Communes réunies, 1792, 1798, 1813, 1815, 1816, Traité de Turin, Pictet de Rochemont, Département du Léman, Genève, Royaume de Sardaigne, Lullin d'Evordes, Charles-Jean-Marc Lullin de Châteauvieux, Drize, ruisseau des Fins, Constitution genevoise, 2012, Napoléon, Celtes, Bardonnex, Plan-les-Ouates, Grand Genève, Viet-Nam, Algérie, 1939 – 1945, 1914 - 1918C'est, en très résumé, le message que Charles Pictet de Rochemont a tenu aux habitants des communes sardes, rattachées à Genève par le Traité qu'il venait de conclure avec le Royaume de Sardaigne. Un acte signé à Turin, le 16 mars 1816. Pour ces habitants, un nouvel avenir s'ouvrait à eux.

Ils venaient de vivre un quart de siècle mouvementé. En 1792, les armées révolutionnaires françaises ont envahi la Savoie, les voilà sous domination française. De nouveaux droits, de nouvelles obligations et de nouvelles institutions entrent en vigueur. En 1798, c'est au tour de Genève de devenir française. Les communes sardes sont incorporées au Département du Léman dont Genève est le chef-lieu. Pendant quinze ans, ces communes rurales partagent leur destin avec la cité de Calvin, cela jusqu'au moment de la Restauration genevoise à la fin de 1813. Après la défaite de Waterloo, les troupes napoléoniennes sont chassées de la région par les Autrichiens.* Ces communes retournent dans le Royaume de Sardaigne pour quelques temps. En 1815, elles apprennent qu'elles seront rattachées au futur canton de Genève destiné à incorporer la Confédération helvétique. Ce qui est fait en 1816.

Le destin de ces "Communes réunies" s'est décidé à Vienne, à Paris et à Turin à une époque où les droits d'initiative et de référendum étaient impensables. Les habitants n'ont pas eu grand-chose à dire, leur pouvoir sur leur propre destin était plus que limité.

Il y a eu au moins une exception, celle d'un notable genevois, Charles-Jean-Marc Lullin de Châteauvieux, dit "Lullin d'Évordes". Il a obtenu que la frontière soit repoussée au-delà de la Drize pour que l'entier de sa propriété soit "sur Suisse". C'est sur la rive droite de cette rivière qu'il a érigé un monument pour célébrer la victoire des Alliés contre Napoléon et la Restauration de l'indépendance de Genève. Il était connu pour ses engagements militaires et politiques. Il a aussi servi Compesières, l'une des Communes réunies - maintenant Bardonnex et Plan-les-Ouates - dans laquelle était située sa propriété. Il y fût maire et conseiller municipal. Il était membre de la Classe d'agriculture de la Société des Arts de Genève. À ce titre il a écrit plusieurs ouvrages sur des problèmes agricoles.

L'intégration des nouvelles communes, majoritairement catholiques, dans un territoire protestant ne s'est pas faite sans tiraillements. Les historiens rappellent que les Carougeois ont plutôt boudé Pictet de Rochemont quand il est venu leur annoncer les résultats de l'accord de Turin. Plus tard, le Kulturkampf a encore tendu les rapports entre les catholiques et les autorités genevoises.

S'il faut chercher des motifs pour célébrer ce rattachement, c'est plutôt au 20e siècle qu'on les trouve. Contrairement aux citoyens français (la Savoie est devenue française en 1860), le fait d'être Suisses, a évité aux habitants des communes réunies de subir deux conflits majeurs, 1914 – 1918 et 1939 – 1945, mais également les guerres coloniales, du Viet-Nam et d'Algérie. Toutes ont causé beaucoup de malheurs. Le développement économique de Genève dont ils sont parties prenantes aujourd'hui est aussi un motif de satisfaction.

En 1815 – 1816, Pictet de Rochemont avait dans l'idée de créer un canton plus étendu que celui dont il a défini les contours. Il aurait préféré que les frontières soient plutôt sur les crêtes des montagnes qui entourent Genève. Mais la majorité des membres des autorités genevoises de l'époque craignaient l'incorporation de nombreux catholiques au sein de la population. Il a fallu trouver une solution minimale pour avoir une frontière terrestre avec la Suisse et désenclaver les territoires qui appartenaient déjà à Genève. C'est un canton de 282 km2 qui a vu le jour. Il lui a été joint deux "Zones franches" côté Pays de Gex et côté Savoie pour faciliter l'approvisionnement de la ville. Leur superficie (540 km2) est plus du double de celle du canton. Dès sa naissance Genève a besoin de ses voisins ! Pour la constitution de ce "Petit Genève", des communes frontalières ont été partagées sur deux pays. De même pour de nombreuses exploitations agricoles.

Les déchirures et les coutures sont inscrites dans l'ADN même de cet espace géographique qui est notre bassin de vie. Les cartes publiées, en 2014,** dans "l'Atlas historique du pays de Genève" couvrant la région, depuis la période des Celtes jusqu' à celle de l'actuel Grand Genève, sont explicites : les habitants d'un même lieu ont pu, tour à tour, devenir étrangers ou compatriotes de leurs voisins. Mais ceux qui ont tracé ou modifié les frontières dans ce territoire n'ont pas pu déplacer les montagnes. Pas plus qu'ils n'ont pu empêcher l'Arve d'entrer dans le canton pour rejoindre le Rhône. Et celui-ci de filer vers la Méditerranée…

Maintenant, l'exiguïté du canton est source de difficultés. Le Grand Genève est un outil pour réduire l'effet frontière pour le bien de tous. Encore faut-il une forte volonté politique pour trouver les solutions adéquates et résister aux chants des sirènes appelant au repli du chacun chez soi.

En 2012, les Genevois ont adopté une nouvelle Constitution, dont un article*** concerne la région proche : "La politique régionale vise le développement durable, équilibré et solidaire de la région franco-valdo-genevoise. Le canton promeut une collaboration transfrontalière permanente, cohérente et démocratique, avec la participation des collectivités publiques et des milieux économiques et associatifs". Il y a là tout un programme !

Le rappel des événements de 1816 peut être l'occasion de s'interroger sur le devenir du Pays de Genève dont la caractéristique est d'être transfrontalier.

Ce 16 mars, la commune de Bardonnex commence, à Évordes, une série des manifestations pour célébrer le Traité de Turin. Elles vont s'échelonner jusqu'en septembre. Il est souhaitable que cela soit aussi une invitation à construire l'avenir. La nouvelle Constitution cantonale peut servir de base à la réflexion et à l'action !

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* Les chroniques nous apprennent que ceux-ci n'ont pas été des modèles de douceur dans leurs rapports avec la population.

** "Atlas historique du Pays de Genève" Claude Barbier et Pierre François Schwarz, Edition La Salévienne, 2014, ISBN 978-2-905-922-33-5

*** Constitution genevoise, Art. 145

Photos : © Bernard Comoli. En haut à gauche : Le monument érigé par "Lullin d'Évordes" dans sa propriété. Au fond Collonges-sous-Salève. Ci-dessous : La jonction du Ruisseau des Fins (le ruisseau d'Archamps, dans le Traité de Turin) avec la Drize. Un lieu peu connu de la frontière entre Bardonnex et Collonges-sous-Salève. Cliquer sur les photos pour en agrandir le format.

                                                                   Genevois, Communes réunies, 1792, 1798, 1813, 1815, 1816, Traité de Turin, Pictet de Rochemont, Département du Léman, Genève, Royaume de Sardaigne, Lullin d'Evordes, Charles-Jean-Marc Lullin de Châteauvieux, Drize, ruisseau des Fins, Constitution genevoise, 2012, Napoléon, Celtes, Bardonnex, Plan-les-Ouates, Grand Genève, Viet-Nam, Algérie, 1939 – 1945, 1914 - 1918

08/12/2015

La "Compensation Financière Genevoise" a perdu l'un de ses fondateurs

Lucien Vindret, ancien maire de Collonges-sous-Salève, est décédé à Viry le 25 octobre dernier après plusieurs années de maladie. Il a été l'un des principaux artisans de la création de la "Compensation financière genevoise", cette somme que le Canton de Genève verse annuellement à ses voisins, les Communes et Départements de l'Ain et de la Haute-Savoie en dédommagement des frais occasionnées par la présence des travailleurs frontaliers qu'ils hébergent. Il était né à Evires le 31 mars 1929.

Encore jeune, au début des années 50, il a travaillé comme forgeron chez un artisan de Landecy (Genève), tout en habitant à Collonges-sous-Salève (Haute-Savoie). Il était donc l'un des premiers frontaliers à travailler à Genève (ils étaient un peu plus du millier en 1955). Il était membre de la Jeunesse Agricole Catholique – JAC française. Ce mouvement lui avait confié la responsabilité de la région Sud-Est. Avant d'ouvrir son entreprise d'auto-école en 1960, il a occupé un poste au secrétariat de la Fédération départementale de Haute-Savoie du Mouvement Républicain Populaire – MRP (Démocratie chrétienne).

Comme nombre de membres de la J.A.C. il s'est engagé dans la politique communale. Il a été maire de Collonges-sous-Salève pendant une vingtaine d'années, de 1959 à 1977 et de 1983 à 1985. Il a connu la forte augmentation de la population de cette commune frontalière. Le nombre de ses habitants a pratiquement doublé en vingt ans, passant de 1'343 en 1962 à 2'519 en 1982. Une progression démographique due à l'arrivée de migrants – essentiellement originaires d'autres régions de l'Hexagone - attirés par l'espoir, généralement concrétisé, de trouver un emploi "sur Suisse".

Ainsi, à Collonges, comme  dans les autres communes frontalières, une part croissante de la population va travailler à Genève où le salaire des non résidants fait l'objet d'une imposition "à la source". Ces travailleurs frontaliers contribuent à la prospérité et aux finances du canton sans que celui-ci n'ait à assumer la totalité des services occasionnés par la présence de cette main d'œuvre sur son territoire. Dans le même temps, les municipalités frontalières françaises sont à la peine pour assurer le financement des infrastructures et services nécessaires à tous leurs habitants. Cette situation conduit les maires de ces communes à fonder, en 1970, l'Association des Communes frontalières. L'objectif est d'obtenir un dédommagement de la part de Genève pour les frontaliers qu'elles logent. Lucien Vindret a été le premier président de cette intercommunalité particulière.

Le Conseil d'État et le Grand Conseil genevois ont facilement reconnu la légitimité de la demande de leurs interlocuteurs français. Ils se sont montrés favorables à un accord qui, en quelque sorte, étend aux communes frontalières françaises ce que la canton verse aux communes genevoises.

Côté français, il a fallu convaincre les autorités départementales, et surtout nationales, de conclure un accord international primitivement négocié par une association de communes, une entité hors du cadre des collectivités publiques reconnues par la République (les communes et les départements) et qui, plus est, a pris l'initiative de traiter avec un État étranger !

Ces discussions ont abouti, en 1973, à la signature d'un accord franco-suisse, par lequel Genève verse à ses voisins une compensation financière à hauteur de 3,5 % de la masse salariale gagnée par les frontaliers travaillant dans le canton.

Dans la foulée, un second accord est conclu la même année qui crée une "Commission mixte" franco-suisse et le Comité Régional Franco-Genevois – CRFG pour traiter des questions de voisinage entre Genève et les deux Départements de l'Ain et de la Haute-Savoie : aménagement du territoire; environnement et protection de la nature; énergie, transports et communications; enseignement, formation professionnelle et recherche, etc…

Mis à part ce qui se pratique dans la région de Bâle, cette volonté de traiter des problèmes de voisinage est particulière. En effet, les accords de double imposition, conclus par la Suisse avec ses autres voisins immédiats, ne comportent pas la constitution d'un tel organisme. D'une certaine manière, cet accord reconnaît l'existence d'un bassin de vie, même s'il est transfrontalier.

Homme de caractère, Lucien Vindret n'a pas ménagé sa peine pour réduire concrètement "l'effet frontière" qui affecte cette région. Il a été, avec d'autres, l'un des précurseurs du Grand Genève. Les départements et les communes de l'Ain et de la Haute-Savoie, mais aussi tout l'espace franco-valdo-genevois, lui doivent beaucoup.

Que sa famille soit assurée de toute notre sympathie.

                                                                       ***

PS : Cette note a partiellement été rédigée à partir de témoignages de proches. Elle est donc susceptible d'ajustements, voire de corrections. Une documentation relativement complète concernant les "Fonds frontaliers" est consultable sur le site Internet de la Coordination Economique et Sociale Transfrontalière – CEST :

http://www.coordination-transfrontaliere.org/institutions/compensation-financière/