10/08/2013

Rio Tapajós : Les Munduruku expulsent des enquêteurs

Le 22 juin, des chercheurs "étrangers" ont été expulsés de la Terre Indigène des indiens Munduruku*. Ils l'ont été par les Munduruku eux-mêmes. Ces techniciens étaient là pour collecter des échantillons de faune et de flore dans le cadre d'une étude environnementale préalable à la construction d'usines électriques sur le rio Tapajós. Constructions auxquelles les Munduruku sont hostiles en raison de l'impact qu'elles auront sur leur territoire.

Des représentants de la présidence de la république sont venus négocier la libération de trois biologistes; ce qu'ils ont obtenu après avoir annoncé la suspension de ces études. Au mois de mai dernier, des Munduruku, avec des représentants d'autres peuples, avaient occupé le chantier de Belo Monte**. Ils ont accepté de quitter les lieux pour aller à Brasilia rencontrer le Secrétaire Général de la Présidence de la république Gilberto Carvalho. Mais le dialogue a tourné court.

Pendant leur présence à Brasilia, ils ont occupé le siège de la FUNAI pendant trois jours. Ils ont manifesté devant le Ministère des Mines et de l'Énergie avant de retourner à Jacareacanga d'où ils sont originaires.

Plus récemment, le 24 juin, une centaine de Mundukuru a manifesté devant la mairie de cette commune pour protester contre les conseillers municipaux favorables au projet du gouvernement de construire des usines hydroélectriques sur le rio Tapajós.

Ces projets inquiètent également des habitants du magnifique site touristique d'Alter do Chão, sur les berges du rio Tapajós, une localité à moins de 40 kilomètres de Santarém. Ils craignent les effets indirects négatifs des ouvrages sur le site. Ils estiment que les études d'impact couvrent une aire trop restreinte, notamment en aval des ouvrages, ce qui serait le cas d'Alter do Chão. Cette préoccupation a été évoquée au sein du Conseil de gestion de l'Aire de Protection Environnementale – APA de la petite ville. Pour l'heure, ces habitants ont fait connaître publiquement leur opposition à la construction du barrage en plaçant des banderoles à divers emplacements : "Ce rio est notre vie, nous n'acceptons pas les [usines] hydroélectriques sur le Tapajós".

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* La Terre Indigène Munduruku a une superficie de 23'818 km2. Elle compte un peu plus de 6'500 habitants. Elle est située sur les deux communes d'Itaítuba et Jacareacanga dans l'État du Pará. En novembre 2012, un Munduruku avait trouvé la mort lors d'une intervention de la police dans le village Teles Pires dans la Terre Indigène de Kayabi (voir sur ce blog, la note du 16/11/2012 et "AYA Info" No 77)

** Voir sur ce blog, la note du 31/05/2013 et "AYA Info" No 83

PS 1 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

PS 2 : les événements qui ont marqué le Brésil ces dernières semaines ont eu quelques répercussions pour les peuples indigènes. Il en sera question dans le prochain "AYA Info".

Cette note est une version actualisée de la "brève" publiée dans le dernier AYA Info (No 84) le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

27/06/2013

Brésil : Un indien Terena tué lors d'une intervention policière

Au matin du 30 mai, un indien Terena, Oziel Gabriel, a été mortellement atteint par un tir de la Police Fédérale - PF qui intervenait pour faire cesser l'occupation, par les Terena, de la fazenda Buriti située sur la Terre Indigène Buriti. Il s'agit d'un territoire indigène de 172 km2, reconnu en 2010 comme traditionnellement occupé par une partie du Peuple Terena (environ 2'500 personnes). Elle est située dans la municipalité de Sidrolândia, dans l'État du Mato Grosso do Sul - MS. Une controverse juridique avait permis l'intervention de la police malgré un recours de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI.

Selon le Ministère Public Fédéral - MPF, le manque de volonté politique de la part du gouvernement est à l'origine des conflits de la terre dans cette partie du pays. Il s'agit de régler un problème né à la fin de la Guerre du Paraguay (1864 – 1870), quand les autorités brésiliennes ont incité des colons à s'installer dans la région. Elles leur ont donné des titres de propriété sur la Terre des Terena. Depuis, elles n'ont jamais réglé le problème. Le MPF reproche également aux forces de l'ordre d'avoir fait un excès de zèle et de ne pas l'avoir averti avant l'intervention. La FUNAI a exprimé le même reproche. Cette mort violente a suscité une vague d'indignation.

Comme cela avait été annoncé* par les parlementaires du lobby de l'agrobusiness, le 14 juin, la Confédération de l'Agriculture et de l'élevage – CNA a organisé diverses manifestations pour protester "contre l'invasion de terres productives pratiquées par des groupes d'indigènes". La sénatrice et présidente de la CNA, Katia Abreu, était présente à celle qui a eu lieu à Nova Alvorada do Sul, dans le Mato Grosso do Sul. Elle a attaqué le Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI et la FUNAI qui, selon elle, inciteraient les indigènes à pratiquer ces invasions.

Le 5 juin, José Eduardo Cardozo, le Ministre de la justice s'est rendu à Campo Grande où il a rencontré les leaders Terena et les responsables des forces de police. Il a rappelé le rôle central de la FUNAI dans les processus de démarcation des Terres Indigènes. Le 6 juin, une délégation de leaders Terena était à Brasilia pour une nouvelle rencontre avec le ministre de la Justice et le Secrétaire Général de la présidence de la république, Gilberto Carvalho. Les autorités fédérales ont proposé la création d'un Forum pour régler pacifiquement les conflits entre indigènes et fazendeiros. Le 20 juin, lors de la première réunion de ce Forum, le gouvernement a fait connaître son intention d'acheter les terres aux propriétaires détenteurs de titres de propriété valides, ce qui permettra à ceux-là d'évacuer la Terre des Terena. Ces derniers ont annoncé qu'ils ne cesseraient pas leur occupation.

La Commission de l'agriculture, élevage, approvisionnement et développement rural de la Chambre des députés - le lobby de l'agrobusiness - ne relâche pas sa pression sur le gouvernement, le 12 juin, elle a approuvé la convocation du ministre Gilberto Carvalho, pour qu'il "donne des éclaircissements sur le processus de démarcation des Terres indigènes". L'audition devrait avoir lieu dans les 30 jours qui suivent la convocation.

Aura-t-il fallu la mort d'Oziel Gabriel – un mort de plus et de trop - pour voir enfin résolu un problème trop longtemps négligé ?

* Voir sur ce blog la note du 07/06/13

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PS  : L'activation des liens hypertextes (en gris) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

Cette note a été publiée dans le dernier AYA Info (No 84) le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

31/05/2013

Belo Monte : le chantier du barrage est occupé pour la deuxième fois en un mois

Le 2 mai, environ 200 indigènes ont occupé le chantier principal de construction de l'usine hydroélectrique de Belo Monte* à Vitória du Xingu. Les occupants sont de divers peuples, dont des Munduruku, touchés par la construction de barrages sur les rios Xingu, Tapajós et Teles Pires. Ils demandent l'organisation d'une véritable consultation préalable comme cela est prévu par la Convention 169 de l'OIT.

Le 7 mai, le ministre Gilberto Carvalho, chef du Secrétariat général de la présidence de la république, a adressé un courrier aux occupants leur proposant de les rencontrer à la condition qu'ils évacuent le chantier. Le 6 mai, son Secrétariat avait publié une note critiquant l'attitude des leaders Munduruku.

Pendant cette période d'occupation, les forces de l'ordre ont inquiété des journalistes qui couvraient l'événement. Elles ont également empêché le député fédéral Padre Ton de prendre contact avec les occupants.

La justice a ordonné leur évacuation après huit jours d'occupation. Ils ont quitté le chantier le 9 mai.

Le 27 mai à l'aube, les indigènes ont à nouveau occupé le chantier. Ils demandent la suspension des travaux et des études concernant les barrages prévus dans leurs territoires. Comme lors de la première occupation, ils veulent que la consultation préalable – avec droit de veto – soit réalisée. De plus, ils reprochent au gouvernement de ne pas être venu dialoguer avec eux alors qu'ils avaient quitté le chantier. Ils demandent que la présidente de la république, Dilma Rousseff, vienne les rencontrer. Le 28 mai, une nouvelle fois, la justice a autorisé les forces de l'ordre à procéder à l'évacuation du chantier.

Ce 30 mai, un représentant du Secrétariat de la présidence de la république est venu proposer aux occupants d'envoyer une petite délégation à Brasilia pour rencontrer Gilberto Carvalho le 4 juin. Cette rencontre est proposée à la condition que les indigènes évacuent le chantier et que les Munduruku retournent sur leur territoire. Cette proposition a été refusée. Les indigènes veulent que la rencontre ait lieu sur le chantier. À suivre…

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* Belo Monte sur le rio Xingu sera le troisième grand barrage au monde après celui d'Iguaçu, à la frontière entre le Brésil et le Paraguay et celui des Trois Gorges en Chine.

PS 1 : Cette note a été rédigée d'après les informations diffusées par les sites du "Movimento Xingu Vivo para Sempre" : http://www.xinguvivo.org.br/ , du Conseil Indigéniste Missionnaire http://www.cimi.org.br/site/pt-br/ et du Secrétariat de la présidence de la république : http://www.secretariageral.gov.br/noticias/ultimas_notici... (voir les notícias des 6, 7 et 29 mai)

PS 2 : Voir sur ce blog les notes des 27 et 31 août 2012.

Cette note sera publiée dans le prochain AYA Info (No 83), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

28/12/2012

Les Xavante Marãiwatsédé retrouvent leur terre, un évêque est menacé de mort !

Brasil,Brésil,Amazônia,Amazonie,Xavante,Marãiwatsédé,Mato Grosso,AGIP,FUNAI,Fundação Nacional do Indio,Alto Boa Vista,Bom Jésus do Araguaia,São Felix do Araguaia,Fazenda Suiá-Missú,Fernando Henrique Cardoso,Cerrado,Paulo Maldos,Gilberto Carvalho,Damião Paradzine,Wanderley Perin,Dom Pedro Casaldáliga,Dom Leonardo Ulrich Steiner,CNBB,Tomás Balduíno,Dilma Rousseff,prêmio direitos humanos 2012,BrasiliaEn ce début décembre, sur ordre de la justice, les forces de l'ordre évacuent les occupants illégaux de la Terre Indigène (TI) Marãiwatsédé. C'est une page qui se tourne de la dramatique histoire de cette partie du Peuple Xavante* du Mato Grosso.

En août 1966, pour permettre l'avancée de la colonisation agricole la dictature déporte, par avion militaire, cette communauté d'environ 400 personnes à 400 km plus au sud, à la Mission salésienne de São Marcos. Une épidémie de rougeole a causé la mort de 150 de ses membres. Le peuple de Marãiwatsédé tente alors de retourner sur son aire d'origine.

Leur Terre était devenue propriété d'une immense fazenda, rachetée dans les années 80 par AGIP Petrol, la société italienne. À l'approche de la Conférence de Rio de 1992, sous la pression d'une campagne internationale, le président d'AGIP promet de remettre leur Terre aux Xavante. C'était sans compter sans l'opposition de politiciens et fazendeiros locaux opposés au retour des indigènes.

Les opposants ont envahi les lieux. La Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI a "identifié" la TI en 1992. Délimitée en 1993, elle a une superficie de 1'650 km2. Elle s'étend sur trois municipalités : Alto Boa Vista, Bom Jésus de l'Araguaia et São Felix de l'Araguaia. Son homologation par Fernando Henrique Cardoso date du 11 décembre 1998. Mais les occupants illégaux n'ont jamais abandonné le terrain.

En août 2004 des Xavante ont occupé environ 10% de leur Terre. Ils sont maintenant 928 à y habiter. Des moments de vive tension ont marqué toutes ces vingt dernières années. En juin 2011, l'Assemblée législative du Mato Grosso a adopté une loi demandant la transformation du Parc National d'Araguaia en Terre Indigène pour y installer les Xavante. Une bataille juridique a conclu à l'inconstitutionnalité de cette loi. Le 19 octobre dernier, le Tribunal Suprême Fédéral a fini par confirmer l'évacuation des non - indiens.

La FUNAI (voir dès le 11/12/12) a coordonné l'opération qui a commencé le 10 décembre. Même si l'occupation par les fazendeiros a été jugée comme étant de "mauvaise foi" par la justice, le gouvernement s'est engagé à réinstaller les familles répondant aux normes de la réforme agraire. Ce sont 455 personnes qui ont reçu un avis leur accordant un délai de 30 jours pour quitter les lieux avant le 17 décembre.

Les vingt-deux plus grandes fazendas s'étendent sur un tiers de l'aire indigène. Elles sont les principales responsables de la déforestation. En 1992, la FUNAI avait constaté qu'environ 66% de la TI était recouverte de forêt et 11% de "cerrado" (savane). Actuellement, 61,5% de la surface est utilisée pour l'agriculture et l'élevage.

L'évacuation a été marquée par des incidents : barrages sur les routes, confrontations avec les forces de l'ordre. Un fazendeiro a accusé publiquement Paulo Maldos, chargé de l'articulation sociale au Secrétariat de la présidence de la république, et à ce titre chargé de suivre les opérations, d'avoir sollicité le versement d'un "pot-de-vin" pour permettre aux occupants illégaux de rester sur place. Le Secrétaire général de la présidence de la république, Gilberto Carvalho, a publié un communiqué de presse pour redire sa confiance en son subordonné. Plus grave, des opposants ont adressé des menaces au cacique  Xavante Damião Paradzine et à Wanderley Perin, le maire de Alto Boa Vista.

Des menaces de mort ont également visé Dom Pedro Casaldáliga, 84 ans, évêque émérite de São Felix do Araguaia où il a exercé son ministère de 1970 à 2005. Pour le protéger, la police l'a invité à quitter sa résidence pour un lieu tenu secret. Plusieurs organisations ont tenu à manifester leur solidarité envers celui qui est connu pour son engagement en faveur du respect des droits des indigènes. Dom Leonardo Ulrich Steiner, Secrétaire de la Conférence Nationale des Evêques du Brésil - CNBB s'est adressé aux évêques du pays pour expliquer la situation des Xavante et sa solidarité envers Dom Pedro. À Brasilia, le 17 décembre, lors de la 18e édition de la remise des prix des "Droits humains 2012", la Présidente de la république lui a décerné le prix dans la catégorie "Hommage spécial". C'est Dom Tomás Balduíno, l'un de ses confrères qui l'a représenté à la cérémonie. Dans son discours, Dilma Rousseff a rendu hommage aux deux évêques. Au sujet propos de Dom Pedro, elle a assuré que "l'État brésilien, avec tous les moyens, les forces policières et civiles disponibles, veillera à garantir sa sécurité et sa protection".

Au nom de sa communauté, le 8 décembre, le cacique Damião a signé une lettre, adressée à la société brésilienne, dans laquelle il remercie les autorités et toutes les entités qui ont appuyé leur lutte pour la vérité contre le mensonge. Il rappelle le nom des Xavante qui ont payé de leur vie leur engagement pour la défense de leurs droits territoriaux. Faisant allusion à la destruction de la forêt, il conclut ainsi sa lettre : "Les animaux ne peuvent souffrir davantage avec une telle destruction de la nature. Quand la terre sera rendue à notre peuple, la forêt va vivre à nouveau. Les animaux et les plantes vont revenir. Notre mère va rester plus forte et plus belle comme elle l'a toujours été. C'est ainsi que nous voulons que ce soit".

* Prononcer "Chavante"

Photo : Daniel Santini / À Rio+20 les Xavante demandent l'évacuation de leur territoire.

La vidéo ci-dessous - 12'38" - retrace l'histoire des Xavante de Marãiwatsédé (en portugais)

 

PS : L'activation des liens hypertextes renvoie aux sources utilisées pour la rédaction de cette note. Elles sont souvent en portugais, sauf quand il s'agit d'anciens "AYA Info".

Cette note a été publiée dans le dernier "AYA Info" No 78, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2