11/02/2018

Guyane: les sites d'orpaillage illégal ont doublé en un an

Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, Guyane, orpaillage, Parc amazonien de Guyane, Eric Vaillant, Procureur de la République, Cayenne, Saint Martin, Saint Barthélémy, Irma, Conseil scientifique, Emmanuel Macron, Solidarité Guyane, ONAG, Organisation des Nations Autochtones de Guyane, Tribunal administratif de la Guyane, Cour administrative d'appel, Bordeaux, Daniel Schweizer, Dirty Paradise, Les Abandonnées de la République, Les Hurleurs de Guyane, Cellule interrégionale d'épidémiologie, CIRE, Guyaplomb, Agence régionale de santé, Amérindiens, Grand conseil coutumier, Amérindiens, Bushinenge, Loi EROMÀ la fin 2017, les autorités guyanaises ont compté 609 sites d'orpaillage illégal actifs ou partiellement détruits, alors qu'il en avait été compté 302 un an auparavant. De son côté, au début janvier 2018, le Parc amazonien de Guyane a observé 171 de ces sites dans le sud de la Guyane, un niveau quasiment égal à celui d'août 2017 quand il en avait compté 177. En 2016, les forces de l'ordre avaient détruit 808 sites illégaux, mais 645 en 2017. Ces chiffres ont été annoncés par Eric Vaillant, le Procureur de la République de Cayenne le 26 janvier dernier. Ces mauvais résultats, il les explique par la nécessité de maîtriser la délinquance dans les localités du littoral; le besoin d'assurer l'ordre public pendant le mouvement social de mars/avril 2017; l'envoi de militaires aux îles de Saint Martin et Saint Barthélémy après le cyclone Irma. Le procureur annoncé son intention de développer la lutte contre l'orpaillage illégal, notamment par la destruction des sites et de tout le matériel et approvisionnement trouvés sur place. Cela en mobilisant et en organisant mieux les agents de toutes les administrations qui disposent de personnels ayant les pouvoirs de destruction des sites. Une législation récente permet de confier cette tâche à des adjoints de police judiciaire. Un protocole, signé le 30 janvier avec le Parc amazonien de Guyane, étend les compétences de quatorze inspecteurs de l'environnement du Parc leur permettant de saisir et de détruire les matériels utilisés par les orpailleurs illégaux sur l'ensemble du territoire concerné par le Parc (qui ne couvre qu'une partie du territoire de la Guyane).

Le 27 octobre 2017, à l'occasion de la visite en Guyane d'Emmanuel Macron, Président de la République, le Conseil scientifique du Parc lui avait remis une lettre ouverte dans laquelle il décrit une situation alarmante pour les populations amérindiennes qui présentent des taux inacceptables d'imprégnation mercurielle, par exemple dans la commune de Maripa-Soula ou plus de 90% de cette population y présente des taux supérieurs aux seuils de toxicité admis.

Cet appel à lutter contre l'orpaillage illégal en suit bien d'autres dont il a été question dans ce blog. Par exemple, la mise sur les écrans, en 2010, du documentaire de Daniel Schweizer, "Dirty Paradise" (1). La publication du livre "Les Abandonnées de la République" paru en 2014 (2). Et, dans la foulée, la plainte déposée auprès du Tribunal administratif de Cayenne par "Solidarité Guyane" et l'ONAG - Organisation des Nations Autochtones de Guyane. Elles demandaient une indemnisation de l'État, cela en réparation des préjudices qu'elles estiment avoir subis du fait de la carence fautive constatée de l'État à faire cesser les pratiques aurifères et d'orpaillage illégal. Le Tribunal a débouté les deux ONG qui ont fait recours. Mais, le 13 mars 2017, la Cour administrative d'appel de Bordeaux a confirmé le jugement rendu à Cayenne. Elle a estimé que les deux associations n'avaient pas établi "l'existence d'un préjudice moral direct et certain, résultant pour elles des fautes alléguées à l'Etat", mais elle n'a pas démenti les carences de l'État ! En Guyane même, le collectif "Les Hurleurs de Guyane" réclame des mesures depuis des années. À l'occasion du mouvement social qu'a connu la Guyane en mars/avril 2017, les organisations autochtones de Guyane avaient redit la nécessité pour l'État de prendre des mesure pour protéger les populations qu'elles représentent. Selon l'ONAG, ce 10 février, la Préfecture de Guyane a invité les représentants des autorités coutumières, ainsi que les organisation Autochtones et Bushinenge à participer à une réunion afin de désigner les membres du "Grand conseil coutumier des populations amérindiennes et bushinenges", prévu par la loi sur l'Egalité Réelle des Outre-mer - EROM (3) du 27 février 2017. Il est à prévoir que ce Conseil, chargé de défendre les intérêts des populations qu'il représente, ne manquera pas d'aborder ces questions de santé.

À relever encore que ce mois de janvier, lors des Rencontres de santé publique en Guyane, une étude appelée "Guyaplomb" (4) portant sur l'imprégnation par le plomb des enfants de 1 à 6 ans en Guyane a été rendue publique. Il ressort de cette enquête, portant sur 590 enfants, que 20% d'entre eux ont une imprégnation supérieure à la norme. Les communautés amérindiennes du sud guyanais sont les plus touchées. À Camopi, sur les 20 enfants inclus dans l'étude, 16 ont une plombémie supérieure à 50 microgrammes par litre de sang. La Cellule propose de rechercher les causes de cette situation et de mettre en œuvre de mesures adéquates pour en finir avec le saturnisme qui s'ajoute aux dégâts provoqués par le mercure.

Les autorités guyanaises vont-elles engager plus de moyens pour protéger la santé de toute la population sur tout le territoire ?

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(1) "Dirty Paradise", voir sur ce blog la note du 4 mai 2010.

(2) "Les abandonnés de la République", voir sur ce blog la note du 17 décembre 2014.

(3) Sur le site : https://www.legifrance.gouv.fr/affichLoiPubliee.do?idDocument=JORFDOLE000032965298&type=general&legislature=14

(4) Sur le site : https://www.santepubliquefrance.fr/Agenda/2018/Rencontres-de-sante-publique-en-Guyane

Carte : le Parc amazonien de Guyane. Cliquer sur a vignette pour agrandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 121, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

28/03/2017

Guyane : les Amérindiens s'adressent à F. Hollande

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, autochtones, indígenas, povos, Amérindiens, Guyane, François Hollande, Organisation des Nations Amérindiennes de Guyane, ONAG, Ségolène Royal, Cayenne, Convention de Carthagène, Alexandre Sommer-Schaechtelé, Conseil Consultatif des Populations Autochtones et Bushinengé, CCPAB, Convention 169, Organisation Internationale du Travail, OIT, Colombus, Northgold, Maroni, Oyapock, Grand Conseil CoutumierHonteux ! C'est ainsi que l'Organisation des Nations Amérindiennes de Guyane, l'ONAG, qualifie le comportement de Ségolène Royal, la Ministre (française) de l'environnement. Le 16 mars, à l'occasion de sa présence à Cayenne où elle présidait une réunion des représentants des pays signataires de la Convention de Carthagène, la Ministre a reçu les représentants des peuples Amérindiens et Bushinengé de ce département ultramarin. Lors de cette rencontre, le secrétaire de l'ONAG, Alexandre Sommer-Schaechtelé lui a remis une pétition munie de 85'000 signatures, qui demande la "Reconnaissance des Droits des peuples Amérindiens de Guyane". Mais le 17 mars, et selon l'ONAG, sans avoir évoqué le sujet avec ses représentants, la ministre a signé un protocole d'accord avec la Collectivité Territoriale de Guyane – CTG, par lequel "L'Etat cédera sur son domaine privé en Guyane de 200'000 hectares dont 100'000 hectares à la Collectivité territoriale, à la demande des élus de Guyane, afin de pouvoir y développer des projets". C'est l'absence de consultation sur l'usage de terres qu'ils estiment être les leurs que réprouvent les Amérindiens.

Ils se sont adressés une première fois au Président de la République le 18 mars : "Nous prenons acte de l’annonce faite en votre nom par Madame la Ministre de l’énergie, de la mer et de l’environnement de la décision de rétrocéder 200 000 ha de forêts primaires pour la biomasse en Guyane.

Vous avez volontairement omis d’indiquer [à votre ministre] que nous devrions être consultés en tant que peuples autochtones de ce territoire et ce, en violation de notre droit au consentement préalable en connaissance de cause.

Nos peuples préservent les forêts en qualité et quantité, mais nous sommes spoliés de nos droits territoriaux. Les forêts que nous avons en gestion ne sont pas décimées, mais l’administration de l’Etat ne nous reconnait aucune garantie imprescriptible liée à la terre.

Par contre, les spéculateurs, de toutes sortes qui détruisent les forêts et qui contaminent nos sources d’eau douce, ont droit à d’importantes terres pour déforester définitivement…"

Ces jours derniers, et encore aujourd'hui, les médias ont donné écho à la situation sociale et à l'insécurité qui règne en Guyane.

Dans ce contexte, le 25 mars, pour la deuxième fois en quelques jours, le Conseil Consultatif des Populations Autochtones et Bushinengé – CCPAB s'est adressé à François Hollande pour lui rappeler, ainsi qu'à son successeur, les revendications des Amérindiens.

Ce document aborde plusieurs sujets. Dans le domaine institutionnel : la ratification par la France de la Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail et la reconnaissance de l'Institution coutumière et des chefs coutumiers de Guyane.

- En matière de droits territoriaux : la rétrocession de 400'000 hectares de forêts et la garantie d'une redistribution chiffrée et équitable aux Autochtones.

- Au sujet de l'industrie minière : un moratoire sur la méga-exploitation des sociétés Colombus et Northgold, ainsi que l'arrêt immédiat de tous les projets de ce type déjà engagés et l'éradication totale de l'orpaillage illégal.

- Plusieurs points concernent la culture amérindienne, par exemple : l'enseignement des langues autochtones ouvert de la maternelle à l'Université.

- Dans le domaine de la santé, à relever la demande de création de Centres délocalisés de prévention et de soins dans chaque village autochtone du Haut-Maroni et du Haut-Oyapock…

Pris dans une campagne électorale singulière, les responsables politique de la métropole seront-ils enclins à prêter une oreille attentive aux revendications des peuples premiers du lointain département d'outre-mer ?

Pour l'heure, les organisations amérindiennes ont appelé leurs membres à se joindre au mouvement de protestation que connaît la Guyane.

À suivre !

Illustration : extraite du compte Facebook de l'ONAG. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

Ci-dessous : la participation des Amérindiens à la manifestation de Cayenne de ce 28 mars

                                                                   
les amerindiens dans la marche

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera reprise dans le prochain "AYA Info" No 116, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2