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  • Brésil : « Sang indigène, aucune goutte de plus »

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    Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, Jair Bolosnaro, Medida Provisória No 870 de 1º de Janeiro de 2019, Decreto No 9.660 de 1º de Janeiro de 2019, FUNAI, Franklimberg Ribeiro de Freitas, Ministério da Justiça, Ministério da Mulher, da Familia e dos Direitos Humanos, Ministério da Agricultura, Pecuária e Abastecimento, MAPA, Damares Alves, Tereza Cristina, APIB, Representação, Raquel Dodge, Ministério Público Federal, MPF, Terras Indígenas, TI, Maurício Corrêa, Itamar Franco, Maired Naguire, Adolfo Perez Esquivel, Rigoberta Menchú, Perimetral Norte, Haximu, Santa Ines do Maranhão, Mídia Índia, Apib, Articulação dos Povos Indígenas do Brasil, Docip, Yanomami, Haximu, Coiab, Terra demarcada Vida preservadaIls ont répondu en nombre. Sur le thème « Sang indigène, aucune goutte de plus », l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB avait demandé aux Peuples et organisations indigènes du pays de manifester publiquement, ce 31 janvier, pour la sauvegarde de leurs droits constitutionnels et la fin des violences qu’ils subissent. Des rassemblements, barrages sur les routes, et autres actes de protestation ont été organisés dans une soixantaine de localités, tant au nord qu’au sud du Brésil. Des manifestations ont également eu lieu dans plusieurs pays, dont une en Suisse, à Zurich.

    C’est la première protestation d’ampleur contre les décisions prises par le nouveau président Jair Bolsonaro*. Les Indigènes reprochent à ce dernier d’avoir transféré la Fondation Nationale de l’Indien - FUNAI du Ministère de la Justice au Ministère de la Femme, de la Famille et des Droits humains. Ils lui reprochent également d’avoir enlevé à la Fondation la tâche d’identifier, de délimiter et de démarquer les Terres Indigènes (TI) pour confier ce travail au Ministère de l’Agriculture. Un Ministère sous influence du lobby de l’agrobusiness, hostile aux droits indigènes. L’APIB a déjà demandé à la justice de suspendre le dispositif voulu par le nouveau Président.

    Pour rappel : en 1988, lors de l’adoption de la Constitution, les constituants ont approuvé des « Dispositions transitoires » donnant au gouvernement un délai de cinq ans – soit jusqu’en octobre 1993 - pour démarquer toutes les TI du pays. Ce délai, pourtant constitutionnel, n’a pas été respecté. Et les gouvernements successifs ont bien procédé à des démarcations, mais sans conclure l’opération pour la totalité des Terres identifiées ou devant l’être. Depuis trente ans, la démarcation de toutes les TI du pays est une revendication constante des organisations indigènes.

    Ainsi, en 1992, soit plus d’un an avant l’échéance fixée dans les dispositions transitoires, la Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne – COIAB a lancé une campagne**« Terre démarquée, vie préservée », avec récolte de signatures, pour demander au gouvernement de l’époque, présidé par Itamar Franco, de respecter cette obligation. En septembre 1993, la Coordination a remis au Ministre de la Justice du moment, Maurício Corrêa, une pétition signée par plus de 110'000 personnes. Le comité européen, créé à Genève en 1992 pour soutenir cette campagne au niveau international, a récolté environ 32'000 signatures. Il a pu compter sur l’appui de plus de 70 organisations. La pétition a été signée par deux Prix Nobel de la Paix, Maired Naguire (Irlande 1976) et Adolfo Perez Esquivel (Argentine 1980). De son côté, Rigoberta Menchú (Guatemala 1992) a adressé une lettre au Président du Brésil.

    En plus de la démarcation de leurs terres, les Indigènes demandent aussi la fin des violences commises à leur endroit. Dans ce domaine, le seul exemple du peuple Yanomami est significatif. Il a eu à souffrir du choc microbien à différents moments de son histoire : lors d’invasions d’orpailleurs, lors de la construction de tronçons de la route « Perimetral Norte ». En juillet 1993, alors que la campagne « Démarcation » n’était pas terminée, alors que la TI Yanomami avait été démarquée le 25 mai 1992, des orpailleurs s’en sont pris à la communauté de Haximu*** en massacrant une douzaine d’habitants, surtout des femmes et des enfants.

    L’histoire du Brésil est émaillée de faits de violences contre ses Peuples Premiers. Le slogan de la campagne de ce 31 janvier n’a pas été choisi au hasard…

                                                                                        ***

    * Voir sur ce blog la note du 12 janvier 2019

    **Image ci-dessous : le logo de la campagne de1992 – 1993 « Terre démarquée, Vie préservée / Campagne pour la démarcation des Terres Indigènes en Amazonie / 70% des terres indigènes en Amazonie ont besoin d’être démarquées jusqu’en octobre / 93 / Se joindre à nous / coiab - foram ». Cliquer sur la vignette pour en agrandir la taille.

    ***Prononcer « Hachimou »

    Photo ci-dessus © Mídia Índia : la manifestation à Santa Inês do Maranhão / Cliquer sur la vignette pour en agrandir la taille.

    Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, Jair Bolosnaro, Medida Provisória No 870 de 1º de Janeiro de 2019, Decreto No 9.660 de 1º de Janeiro de 2019, FUNAI, Franklimberg Ribeiro de Freitas, Ministério da Justiça, Ministério da Mulher, da Familia e dos Direitos Humanos, Ministério da Agricultura, Pecuária e Abastecimento, MAPA, Damares Alves, Tereza Cristina, APIB, Representação, Raquel Dodge, Ministério Público Federal, MPF, Terras Indígenas, TI, Maurício Corrêa, Itamar Franco, Maired Naguire, Adolfo Perez Esquivel, Rigoberta Menchú, Perimetral Norte, Haximu, Santa Ines do Maranhão, Mídia Índia, Apib, Articulação dos Povos Indígenas do Brasil, Docip, Yanomami, Haximu, Coiab, Terra demarcada Vida preservada

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 125, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

    Lien permanent Catégories : La lettre d'AYA 0 commentaire
  • Massacre de Yanomami au Venezuela, un démenti prématuré

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    yanomami,irotatheri,ocamo,orénoque,venezuela,hutukara associaçãoyanomami,hay,chavez,rafael zambrano,nicia maldonado,survival international,cidh,coiam,haximu,massacre,matançaLes medias ont largement diffusé l'information selon laquelle des indiens Yanomami de la communauté Irotatheri auraient été massacrés par des garimpeiros, des orpailleurs venus du Brésil. L'incident aurait eu lieu au début du mois de juillet. Cette communauté, d'environ 80 personnes, vit sur le territoire vénézuélien, dans la région des sources du rio Ocamo, un affluent de l'Orénoque.

    Les premiers témoignages viennent de trois survivants, membres de la communauté qui, alors qu'ils étaient à la chasse, ont entendu un hélicoptère, des tirs d'armes à feu et des explosions. À leur retour au village, ils ont constaté que la maison collective avait été incendiée. Ils ont retrouvé des ossements. C'est le récit qu'ils ont donné à des membres d'une association indigène qui a diffusé l'information et demandé une enquête. L'existence d'un conflit entre les garimpeiros et une partie au moins de la communauté semble bien réelle.

    Le 2 septembre, Nicia Maldonado, la ministre vénézuélienne en charge des peuples indigènes, et responsable de l'enquête, affirme n'avoir trouvé aucun indice permettant d'affirmer qu'il y a eu des morts et des maisons incendiées. Le général Rafael Zambrano, commandant de la 52e brigade d'infanterie de forêt a d'abord nuancé ces propos avant d'affirmer, lui aussi, que le survol de la zone ne confirmait pas le massacre. Le 5 septembre, le président Chavez a également affirmé l'absence d'indices d'un massacre. Survival International dénonce cette attitude et demande une enquête immédiate.

    Le 3 septembre, les organisations indigènes regroupées au sein de la Coordination des Organisations Indigènes de l'État (vénézuélien) d'Amazonas – COIAM demandent la poursuite de l'enquête. Même demande de la part de l'Hutukara AssociaçãoYanomami – HAY, la principale organisation Yanomami dont le siège est à Boa Vista, la capitale de l'État brésilien de Roraima.. HAY demande que les enquêteurs se rendent en urgence à la communauté d'Irotatheri pour y rechercher des survivants et les communautés affectées. Elle demande également que le Brésil et le Venezuela prennent des mesures pour contrôler, déplacer les garimpeiros et surveiller de manière permanente la frontière dans la zone du Haut Orénoque. La Commission Interaméricaine des Droits Humains – CIDH demande également une enquête rapide. À Brasilia, la Commission des relations extérieures et de la défense nationale de la Chambre des députés veut aussi davantage de renseignements de la part des autorités vénézuéliennes.

    L'expérience a montré* que la reconstitution des faits n'est pas chose facile. Les trois indiens qui ont rapporté les faits n'étaient pas présents dans la communauté au moment de l'agression. Il serait heureux que d'autres membres de la communauté aient pu sauver leur vie en s'échappant dans la forêt. Il serait important de les retrouver. Recueillir leur témoignage n'est pas simple, compte tenu de la culture et des traditions Yanomami. La coutume veut qu'après leur décès, on ne parle plus des morts, on ne cite plus leur nom. Les morts sont incinérés, les objets leur appartenant sont détruits. Autre difficulté potentielle, le décompte des victimes si les témoins ne connaissent pas la numération décimale. En effet, les Yanomami sont l'un des peuples utilisant un système de numération limité : "un", "deux" et "beaucoup". Une enquête sérieuse doit donc être conduite avec le concours d'un ou plusieurs bons connaisseurs de la culture Yanomami.

    Les deux États brésilien et vénézuélien doivent coopérer pour mener une enquête approfondie, le cas échéant punir les responsables, et mettre un terme à l'orpaillage dans les Terres Indigènes.

     

    * À l'occasion de l'enquête sur le génocide de Haximu, perpétré en 1993, par des garimpeiros. Il y a eu 16 morts dans ce village Yanomami.

    Carte : Instituto Socioambiental - ISA

    PS : L'activation des liens hypertextes renvoie aux sources utilisées pour la rédaction de cette note. Elles sont souvent en portugais, sauf quand il s'agit d'anciens "AYA Info".

     

    Cette note sera reprise dans le prochain "AYA Info" No 75, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2