indiens en sursis

  • Après Genève, Davi Kopenawa continue son combat au Brésil contre les garimpeiros*

    Imprimer

    imgsize.php.jpegLe public genevois, présent à la salle de l'Alhambra le 4 mars, a fait la connaissance de Davi Kopenawa. Le Yanomami était invité par l'Organisation Mondiale de lutte contre la Torture - OMCT dans le cadre de son programme de "Défense des défenseurs des droits humains". Il a répété son appel à la protection de la forêt et de l'environnement au niveau planétaire à l'occasion du débat qui a suivi la projection du film "Indiens en sursis" de Daniel Schweizer; film inscrit au programme du Festival du film et forum International sur les Droits Humains - FIFDH. Le film, également suivi d'un débat, a encore été présenté à Sion le 8 mars.

    Pendant son séjour en Suisse, Davi a également rencontré les membres de plusieurs services et organismes des Nations Unies en lien avec les droits humains et ceux des peuples autochtones. Il a aussi eu des contacts avec des organismes suisses et genevois de solidarité internationale.

    À son retour au Brésil, Davi a participé à la 41e Assemblée des peuples indigènes du Roraima organisée par le Conseil Indigène du Roraima - CIR. À cette occasion, le 12 mars, il a remis à Paulo Maldos, un représentant de la présidence de la république, une lettre destinée à la présidente Dilma Rousseff dans laquelle il lui demande "de prendre des mesures pour retirer les garimpeiros qui envahissent la Terre Indigène Yanomami, de punir les organisateurs et bénéficiaires de  cette activité criminelle qui lèse les peuples indigènes". Il demande aussi la mise en place d'un programme permanent de surveillance territorial et de promotion du bien être et du bien vivre.

    L'appel de Davi a eu un certain écho : entre les 18 et 21 mars, cinq sites d'orpaillage ont été détruits par l'armée dans la Terre Indigène Yanomami. Une opération semblable avait déjà été menée au début novembre 2011.

    Le document final adopté par l'Assemblée à laquelle a participé Davi est destiné à Dilma Rousseff et aux membres du gouvernement. Il aborde les préoccupations des peuples indigènes de la région : droits territoriaux, violences, santé, éducation. Ceux-ci demandent l'application de mesures efficaces de la part des organes fédéraux chargés de l'application de la Constitution.

    Le lecteur trouvera ci-desous les liens hypertextes pour accéder aux divers documents en relation avec cette note.

    ***

    * Les orpailleurs

    Photo : Miguel Bueno / FIFDH - Davi lors du débat du 4 mars

    Pour en savoir plus, en français :

    - Le film "Indiens en sursis" : http://www.rts.ch/video/emissions/temps-present/3840984-indiens-en-sursis.html

    - La brève interview de Davi diffusé par la RTS : http://www.rts.ch/video/info/journal-12h45/3839914-ge-le-grand-chef-yanomami-davi-kopenawa-est-venu-defendre-la-cause-des-indiens-d-amazonie.html

    - Le débat du 4 mars : http://www.dailymotion.com/video/xpaie8_les-population-autochtones-en-sursis-un-debat-fifdh-geneve-2012_news

    - La note publiée sur ce blog le 2 mars.

    En portugais :

    - La lettre de l'Hutukara Associação Yanomami à Dilma Rousseff : http://hutukara.org/davi-kopenawa-entrega-documento-a-presidencia-da-republica-cobrando-mais-uma-vez-retirada-de-garimpeiros.html > documento 1 et documento 2

    - Sur l'opération contre les sites d'orpaillage : http://www.folhabv.com.br/noticia.php?id=126404

    - Sur l'opération du début novembre 2011 : la note publiée sur ce blog le 18 novembre 2011

    - Le document final de la 41e Assemblée du CIR : http://amazonia.org.br/2012/03/carta-final-41ª-assembleia-geral-dos-povos-ind%C3%ADgenas-de-roraima/

     

    Une version réduite de cette note a été publiée dans "AYA Info" No 70, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

     

  • Belo Monte : le Brésil ne respecte pas la Convention 169 de l'OIT

    Imprimer

    "D'après la documentation et les informations transmises par le gouvernement (brésilien), la commission estime que, dans le cadre des procédures menées à ce jour, malgré leur caractère étendu, les conditions prévues aux articles 6 et 15 de la convention, telles qu'elles sont décrites plus haut, ne sont pas remplies, et que les peuples autochtones n'ont pas pu participer de manière effective à la détermination de leurs priorités, conformément à l'article 7 de la convention".

    La commission prie le gouvernement de :

    i) prendre les mesures nécessaires pour consulter les peuples autochtones concernés sur la construction de l'usine hydroélectrique de Belo Monte, celle-ci risquant d'avoir des effets irréversibles (articles 6 et 15 de la convention) :

    ii) en consultation avec les peuples autochtones, prendre les mesures pour déterminer si les priorités de ces peuples ont été respectées et déterminer si et dans quelle mesure leurs intérêts seront menacés afin d'adopter les mesures d'atténuation nécessaires et de prévoir l'indemnisation voulue; et

    iii) transmettre les informations sur les résultats des procédures en cours devant la Commission interaméricaine des droits de l'homme et devant le tribunal fédéral de Pará.

    Telle est la conclusion du Rapport de la Commission d'experts pour l'application des conventions et recommandations de l'Organisation Internationale du Travail - OIT publié ce début mars.

    Sur le terrain les travaux continuent !

    La convention 169 de l'OIT relative aux peuples indigènes et tribaux a été adoptée en 1989 et ratifiée par le Brésil en 2002. Lula a promulgué la convention en avril 2004.

    Les téléspectateurs de la RTS (TSR) qui regarderont le film de Daniel Schweizer "Indiens en sursis" diffusé, ce 8 mars, dans le cadre de "Temps Présent", pourront mesurer l'importance de la position des experts de l'OIT... "Indiens en sursis" a été présenté à Genève, dimanche 4 mars, dans le cadre du Festival et Forum International sur les Droits Humains - FIFDH. Il est encore à l'affiche du Festival samedi 10 mars.

    ***

    Pour en savoir plus,

    - En français :

    - Le texte de la Convention 169 : http://www.ilo.org/ilolex/cgi-lex/convdf.pl?C169

    - Le rapport de la Commission d'experts de l'OIT : http://www.ilo.org/ilc/ILCSessions/101stSession/reports/reports-submitted/WCMS_174828/lang--fr/index.htm Attention, c'est un "gros" document (13,9 Mo), voir les pages 1045 à 1050, mais numérotées de 1028 à 1033. La partie concernant Belo Monte est à la page numérotée 1030.

    - Voir sur ce blog, les notes des 8 avril, 3 juin et 11 novembre 2011.

    - Le site du FIFDH : http://www.fifdh.org/

    - En portugais :

    - La promulgation de la convention :

    http://ccr6.pgr.mpf.gov.br/legislacao/legislacao-docs/convencoes-internacionais/convecao169.pdf

    - Voir aussi le site du mouvement Xingu Vivo par Sempre :  http://www.xinguvivo.org.br/

     

    Cette note sera reprise dans le prochain "AYA Info" No 70, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

     

     

  • Davi Kopenawa Yanomami à Genève

    Imprimer

     

    Le leader Yanomami, Davi Kopenawa, a été invité par les organisateurs du Festival du film et forum International sur les Droits Humains - FIFDH, qui se tient à Genève  depuis aujourd'hui jusqu'au 11 mars. Le 4 mars, après la projection* du film de Daniel Schweizer "Indiens d'Amatonie en sursis", il est prévu qu'il participe à un débat intitulé "Les populations autochtones en sursis". Les autres intervenants prévus sont : Santiago Canton, Secrétaire exécutif de la Commission Interaméricaine des Droits de l'Homme - CIDH de l'Organisation des États Américains - OEA et Jean Ziegler, Vice-président du Comité consultatif du Conseil des droits de l'homme de l'ONU.

    Davi profitera de son passage à Genève pour rencontrer les responsables des organisations internationales concernées par la défense des droits des peuples autochtones.

    Il est également coauteur, avec l'ethnologue Bruce Albert, du livre "La chute du ciel - Paroles d'un chaman yanomami" paru en septembre 2010 aux éditions Plon (Voir plus bas).

    Quelques repères

    Davi Kopenawa Yanomami

    Davi est né vers 1956 à Marakana, dans une grande maison collective située dans la forêt tropicale du piémont du haut rio Toototobi, à l'extrême nord-est de l'État d'Amazonas, près de la frontière vénézuélienne.

    Il a été agent de la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI, notamment comme interprète. Au début des années 80, il s'établit à Watoriki, un site localisé lui aussi à l'extrême nord-est de l'État d'Amazonas, entre les bassins du rio Catrimani à l'est, et celui du rio Demini à l'ouest. Il vit là avec sa famille. Son beau-père l'a initié au chamanisme yanomami.

    En 1988, il se voit attribuer le "Global 500 Award" des Nations Unies pour sa contribution à la défense de l'environnement. Il a effectué plusieurs voyages aux États-Unis et en Europe.

    Les associations indigènes

    Les organisations indigènes ont un rôle essentiel à jouer pour l'avenir de ces peuples. Davi est président de l'Hutukara Associação Yanomami - HAY, dont le siège est à Boa Vista, la capitale de l'État de Roraima. En novembre dernier, il a participé à la IIe Assemblée des Yanomami de l'État d'Amazonas qui a eu lieu à Bicho-Açu, un village situé dans la partie inférieure du rio Marauiá, dans la municipalité de Santa Isabel do Rio Negro. Cette réunion a marqué une étape importante pour le renforcement de la défense des droits des indigènes, par les indigènes eux-mêmes, face à un environnement politique plutôt hostile.

    La défense des droits territoriaux

    La Constitution brésilienne de 1988 a marqué un tournant pour la reconnaissance des droits culturels, économiques et territoriaux des peuples indigènes. Pour les Yanomami du Brésil, une étape importante a été franchie quand, après des années de lutte et beaucoup de souffrances, Fernando Collor, le président de la république a signé le décret d'homologation de la Terre Indigène Yanomami, le 25 mai 1992. C'est un territoire de 96'650 km2, soit 2,3 fois la superficie de la Suisse. Ce droit à la terre est violé par diverses sortes d'envahisseurs, en particulier les chercheurs d'or.

    Le très fort impact de l'orpaillage

    À la fin des années 80, la région est envahie par ses dizaines de milliers de chercheurs d'or (garimpeiros). Le corollaire de cette invasion est la mort de plus d'un millier de Yanomami victimes de maladies transmises par les envahisseurs et des violences qu'ils commettent. L'un de ces épisodes violents est certainement le "Massacre de Haximu" commis par des garimpeiros en 1993. Un acte qui s'est soldé par la mort de 16 indigènes, dont la majorité étaient des femmes, des enfants et des vieillards.

    L'orpaillage n'a jamais vraiment cessé. Le 9 octobre dernier, le réseau de télévision Globo, dans son émission "O Fantástico", a diffusé un reportage** sur l'orpaillage illégal en Terre Yanomami. Le 27 octobre, une audience publique a eu lieu à la Chambre des députés au terme de laquelle des élus ont demandé au gouvernement de prendre des mesures pour mettre un terme à cette pratique, ainsi qu'à la commercialisation de l'or extrait illégalement. Une opération des forces fédérales a eu lieu au début novembre 2011. Selon les responsables de l'opération, le préjudice subi par les garimpeiros et les personnes qui financent cette activité a été estimé à 1,5 millions de Reais (environ 750'000 CHF au change de l'époque). À notre connaissance, il n'y a pas eu d'autre bilan de l'opération... L'histoire montre la capacité du "système orpaillage" à s'adapter aux événements... En d'autres termes, il s'agit de savoir si l'ensemble du réseau est hors d'état de nuire, ou bien s'il n'est qu'en veilleuse, en attendant le moment où il pourra reprendre ses activités ?

    La défense du territoire n'est pas la seule préoccupation des Yanomami

    En effet, les leaders Yanomami sont aussi préoccupés par la défense de leur culture au sens large, notamment par une éducation différenciée se traduisant par des programmes scolaires adaptés permettant l'apprentissage de la langue et de la culture yanomami. Les déficiences du service de santé indigène dans la Terre Indigène Yanomami sont régulièrement dénoncées...

    Pour en savoir plus

    À de nombreuses reprises, sur ce blog, il a été fait état des préoccupations des Yanomami. Ces notes sont reprises du bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" qui peut être consulté sur le site de Terra brasilis ( http://www.terrabrasilis.ch/ > Aya Info)

    Deux ouvrages publiés en 2010 :

    - "Les Yanomami du Brésil - Géographie d'un territoire amérindien" de François - Michel Le Tourneau. Collection "Mappemonde", Editions Belin (Paris) / ISSN 1275-2975 / ISBN 978-2-7011-5316-2 / 480 pages / 32 Euros.

    - "La chute du Ciel - Paroles d'un chaman yanomami". Auteurs : Davi Kopenawa et Bruce Albert. Collection  "Terre Humaine" éditions Plon (Paris). 825 p. - 28 Euros - ISBN Plon : 978-2-259-21068-3 - ISSN : 0492-7915

    * La projection et le débat auront lieu à 18h à la salle de l'Alhambra, 10 rue de la Rôtisserie à Genève. Le film sera également diffusé le 8 mars, dans le cadre de l'émission "Temps Présent" de la RTS (TSR)

    ** La vidéo est accessible sur Youtube : http://www.youtube.com/watch?v=AlSmEbB2wXg

    Une partie de cette note a été publiée dans "AYA Info" No 69, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2