06/09/2018

Brésil : les Xikrin engagent une nouvelle action judiciaire contre Vale SA

Les Xikrin* engagent, une fois de plus**, une procédure judiciaire contre la multinationale Vale SA***. C’est ce qu’a révélé l’agence de presse A Pública le 30 juillet. Est particulièrement visé le site de Salobo d’où est extrait du cuivre. Une mine située au nord-est de leur Terre Indigène (TI), la TI Xikrin do Cateté  (Voir la carte ci-dessous). C’est une région où ce peuple va traditionnellement récolter la châtaigne du Pará. Les Xikrin reprochent à la société minière d’avoir abattu un nombre significatif de châtaigniers réduisant sensiblement leurs ressources. Selon l’agence, la licence d’exploitation de cette mine arrive à échéance et devrait être renouvelée. Les organisations indigènes locales veulent être consultées avant ce renouvellement, conformément à ce que prévoit la Convention 169 de l’Organisation Internationale du Travail reconnue par le Brésil. Ils ont confié leur défense à un avocat, José Diogo de Oliveira Lima. Selon A Pública, Vale SA a déclaré ne pas avoir encore reçu de notification.

Cette TI a été déclarée telle en 1977 pendant la dictature militaire, puis homologuée par F. Collor en 1991. Et cela dans des limites qui ne couvrent pas l’aire utilisée par ces Indiens pour leur vie économique et culturelle. La Terre des Xikrin intéresse les compagnies minières. En 2013, l’Institut Socio-environnemental – ISA a publié une étude dans laquelle il montre que cette TI fait l’objet de demandes de prospection couvrant quasiment la totalité de son étendue. En vertu d’un décret présidentiel de mars 1997, Vale SA doit indemniser les Xikrin pour les désagréments causés par l’exploitation minière. À ce moment-là, il n’était pas imaginé que l’impact serait aussi grave.

Les Xikrin reprochent également à l’entreprise minière de polluer les rios Cateté et Itacaiunas. Deux rivières essentielles à leur vie quotidienne. Une pollution aux métaux lourds qui porte gravement atteinte à leur santé. Selon des observations en cours, le rio Cateté est pollué par les rejets du site minier de Onça Puma qui produit du nickel. Une exploitation située à l’ouest de la TI et qui affecte les Xikrin des deux villages Djudjê-Kô et Cateté. Le rio Itacaiunas étant vraisemblablement pollué, lui, par les rejets du complexe minier Eliezer Batista où est exploité du minerai de fer. Une mine implantée au sud-est de la TI. Ce sont les habitants de Oodjã qui en sont les victimes. Il est question de déplacer le village.

Dans un rapport de juillet 2018, le professeur Reginaldo Saboia de Paiva, de l’Université fédérale du Sud et Sud-est du Pará, spécialiste des questions environnementales, montre comment Vale SA ne retient qu’une partie rejets dangereux d’Onça Puma et continue de polluer la rivière (voir photos ci-dessous).

Parallèlement, dans son rapport, lui aussi de juillet dernier, le docteur João Paulo Botelho Vieira Filho, de l’École de médecine de Université de São Paulo, montre la dangerosité des métaux lourds. Depuis cinquante ans, il visite régulièrement les Xikrin. Il a pu constater l’évolution de la pollution des rivières et la détérioration de la santé de ces Indiens. Une situation qu’il dénonce régulièrement. Il attire aussi l’attention des communautés indigènes sur les risques - particulièrement le diabète - liés à leurs nouvelles habitudes alimentaires trop riches en denrées sucrées.

Également en juillet dernier, le vidéaste genevois Aurélien Fontanet est allé, pour la quatrième fois, chez les Xikrin. Son premier voyage - en 2013 - était pour rapporter des photos de ce peuple cinquante ans après celles prises par René Fuerst, l’ethnologue genevois. Mais cette année, il a filmé des témoins et victimes de la pollution. Ces vidéos sont en ligne sur la chaîne YouTube du médecin.

En 1967, les Xikrin étaient à peine une centaine. C’était un peuple alors en risque d’extinction en raison des maladies contractées à la suite des premiers contacts avec « les blancs », notamment les chasseurs de jaguars et l’absence d’assistance médicale. Ils sont maintenant environ 1'500. Cette évolution sur le long terme réjouit le Dr Bothelho. Dans son dernier rapport, il se veut optimiste. Il dit son admiration pour les Xikrin qui n’ont pas cessé le combat pour leur survie. Il rappelle que des rios de l’État de São Paulo, morts il y a quelques années, sont maintenant propres et dépollués. Et de conclure par ces deux phrases : « L’eau est un bien public et vital pour la santé et la vie ! »  « Le mal et la méchanceté seront toujours vaincus !»

Sera-t-il entendu par Vale SA qui, de toute évidence, a les moyens d’éviter le désastre environnemental qu’elle cause, notamment en protégeant efficacement les rivières afin de ne pas mettre en danger la santé des Xikrin et des habitants de la région ?

                                                                     ***

*Prononcer « Chikrine » / ** Voir sur ce blog les notes du 23 octobre 2017, 9 septembre 2016, 11 septembre 2015, 23 décembre 2014 et 12 mars 2014 / *** Vale SA a établi son siège international en Suisse, plus exactement à Saint-Prex, à une quarantaine de kilomètres de Genève.

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Photos © Aurélien Fontanet et Reginaldo Saboia de Paiva. Du haut en bas : Un enfant Xikrin a les yeux rougis après avoir pris son bain dans le rio Itacaiunas pollué / À Oodjã, le rio Itacaiunas est aussi utilisé pour laver la vaisselle / Les enfants de Oodjã pêchent du poisson contaminé / Pollution du rio Cateté. Copie d’une photo publiée dans le rapport du Prof. R. Saboia de Paiva

Illustrations : cliquer sur les images pour en agrandir le format.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 123, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

Carte indicative :

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20/08/2018

Brésil : un défenseur de la forêt est retrouvé sans vie

Le corps - sans vie - de Jorginho Guajajara a été retrouvé le 12 août près d’une rivière, à la limite de la Terre Indigène (TI) Araribóia, dans la région d’Arame, une localité de l’État du Maranhão. Ce leader indigène était connu pour être un défenseur de la forêt amazonienne. Selon les premiers éléments de l’enquête dévoilés par la presse Jorginho est mort par noyade. Son corps ne présenterait pas de traces de violences. Son épouse aurait déclaré aux enquêteurs que son mari avait consommé de l’alcool la veille de son décès.

Pour ses proches et plusieurs organisations, dont Survival-Brésil et l’Institut Socio-environnemental - ISA, Jorginho est une victime du conflit opposant les défenseurs de la forêt aux « madeireiros » constants et violents pilleurs de bois, y compris dans les aires protégées comme les Terres Indigènes. À plusieurs reprises, la TI Araribóia a également été dévastée par des incendies qui ont mis en danger les groupes indigènes qui y vivent en état d’isolement volontaire*.

Pour combattre l’invasion de leurs territoires et la dégradation de leurs forêts, les Guajajara se sont organisés en groupes de protection territoriale appelés « Gardiens de la forêt ». Une forme de résistance.

Pour Sônia Guajajara**, Coordinatrice de l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB : « Ce qui est arrivé est le portrait journalier du Brésil. La violence augmente chaque jour. Notre peuple est en train de mourir à l’intérieur de sa propre terre. Ce n’est pas une mort isolée, il s’agit d’un génocide programmé. Jorginho n’est pas le premier et ne sera pas le dernier avec l’absence de l’État. La mise en œuvre d’une politique publique sociale, environnementale et territoriale est une urgente nécessité ».

À suivre !

                                                                        ****

*Voir sur ce blog, les notes du 11 novembre 2015 et du 10 décembre 2016

**Voir sa note du 15 août sur Facebook. Sônia est candidate à la vice-présidence de la République aux prochaines élections.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 123, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

10/12/2016

En Amazonie brésilienne, la déforestation et les incendies font des ravages

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Desmatamento, déforestation, INPE, ISA, garimpeiros, orpailleurs, madeireiros, exploitants forestiers,, Terras Indígenas, Terres Indigènes, Almir Suruí, Paiter Suruí, Sete de Setembro, Rondônia, Acre, Araribóia, Awá Guajá, Amapá, Pará, Roraima, Mato Grosso, Maranhão, TocantinsLe 28 septembre dernier, l'Institut National d'Enquêtes Spatiales – INPE a publié le résultat de ses observations sur la déforestation en Amazonie légale* pour la période d'août 2014 à juillet 2015. Ce sont 6'207 km2 de forêt qui ont été détruits. Au cours des 12 mois précédents, 5'012 km2 avaient disparus, soit une augmentation de l'ordre de 24 %. L'Institut estime que pour la même période 2015 – 2016, la déforestation atteindra 7'989 km2. On est heureusement loin du record de 2004 où la déforestation avait été de 27'772 km2, mais c'est le chiffre le plus élevé de ces dernières années (4'571 km2 en 2011).

Le Ministère de l'environnement espère un ralentissement du rythme de déforestation. L'Institut socioambiental – ISA s'inquiète de la déforestation dans les Terres Indigènes – TI et autres aires protégées, en particulier dans l'État du Pará, près du complexe hydroélectrique de Belo Monte ou dans celui de Rondônia. Dans cet État, l'augmentation a passé de 684 km2 en 2014 à 1'030 km2 en 2015, soit une progression de 51%. Une situation qui a incité Almir Suruí, leader du Peuple Paiter Surui de la TI Sete de Setembro à lancer un appel à l'aide au niveau international. Des médias ont annoncé, le 9 novembre, que la Police fédérale de Rondônia avait commencé une opération pour protéger des garimpeiros (orpailleurs) et madeireiros (exploitants forestiers) illégaux plusieurs Peuples et TI de la région.

Des incendies ont également dévasté la forêt amazonienne en différents points. Au début du mois d'août déjà, l'INPE a annoncé que, depuis le début 2016, il avait enregistré plus de 53'000 foyers et incendies de forêts sur le territoire national. Une augmentation de 65 % par rapport à la même période de 2015. Il relève que l'État d'Acre présente une des situations les plus graves avec 844 feux, soit trois fois plus qu'en 2015. Dans l'État d'Amazonas, il a été relevé 3'022 incendies, soit une croissance de 284 % par rapport à la même période de 2015. Du point de vue de l'Institut, la sécheresse prolongée, provoquée par El Niño a facilité la propagation des incendies, mais 90% de ceux-ci sont dû à l'action humaine. Il y a aussi des incendies criminels dans des zones de conflit où les forêts sont transformées en pâturages. Un programme de prévention a été développé cette année touchant plus de 7'000 personnes. Près de 700 kilomètres de pare-feu ont été installés.

Plusieurs TI ont été touchées par des incendies comme la TI Araribóia où vivent les Awá-Guajá. Un peuple qui vit en isolement volontaire. Celui-ci a déjà été mis en danger en 2015 par un incendie qui a dévasté près de 50% de la TI**.

Le feu représente un risque permanent pour la faune et la flore brésiliennes, sans oublier les dommages sur la santé humaine et pour la planète en augmentant le réchauffement global.

                                                                  ***

* L'Amazonie légale a une superficie de 5'217'423 km2. Elle comprend les États d'Acre, Amapá, Amazonas, Pará, Rondônia, Roraima et une partie des États du Mato Grosso, du Maranhão et du Tocantins.

** Voir sur ce blog la note du 11 novembre 2015.

Graphique : Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 113, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

29/09/2016

Bientôt de l'écotourisme Yanomami au Pico da Neblina

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, FUNAI, Pico da Neblina, São Gabriel da Cachoeira, écotourisme, ecoturismo, Yaripo, Yanomami, Venezuela, Rio Cauburis, AYRCA, Maturacá, Kumirayõma, Instituto Socioambiental, ISA, Pajé, ICMBio, Ministério Público Federal, PNGATIPartie le 13 juillet, une expédition de trente-deux personnes a parcouru, pendant dix jours, les 36 kilomètres qui séparent São Gabriel da Cachoeira du sommet du Pico da Neblina (le Pic du Brouillard), culminant à 2'995 mètres. C'est le point le plus élevé du Brésil. La montagne, appelée "Yaripo" (montagne du vent, de la tempête) par les Yanomami, est un lieu sacré. Elle se trouve dans la Terre Indigène (TI) Yanomami, au nord-est de l'État d'Amazonas, à la frontière avec le Venezuela. Elle est également à l'intérieur du Parc National da Neblina, créé en 1979 dont l'accès est interdit depuis 2003.

L'expédition avait pour objectif d'évaluer les possibilités de développer un projet appelé "Ecotourisme Yaripo", susceptible d'impliquer directement quatre-vingts Yanomami et de bénéficier à plus de huit cents membres des diverses communautés. L'idée de créer une telle activité - possible alternative à l'orpaillage illégal pratiqué par des habitants de ces villages - a été discutée et retenue lors de la 14e assemblée de l'Association Yanomami du Rio Cauburis et Affluents – AYRCA, tenue à Maturacá en juillet 2015.

L'expédition était composée de membres de diverses entités. Les plus nombreux, dix-huit Yanomami, de l'AYRCA et de l'Association des femmes Yanomami Kumirayõma représentée par Floriza et Maria. Cette dernière, à cette occasion, est la première femme indigène à atteindre le sommet du Pic. Sa compagne, Floriza, a dû interrompre l'ascension. En effet, un jour avant d'arriver au sommet, elle a eu ses règles. Un état qui, dans la tradition Yanomami, déplaît fortement aux esprits occupant ce lieu. Elle n'a pas continué pour ne pas mettre en péril sa vie et celle de ceux qui l'accompagnent. Parmi les Yanomami, le Pajé* Carlos qui a vécu depuis son enfance près de cette montagne. Son rôle était de protéger spirituellement les membres de l'expédition des esprits dangereux qui, toujours selon la tradition, occupent ce territoire. Le groupe comptait aussi des représentants de l'Institut Socio-environnemental – ISA, de l'Institut Chico Mendes de Conservation de la Biodiversité – ICMBio, de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI, du Ministère Public Fédéral et de l'Armée. Le projet ne devrait pas voir le jour avant 2018. Pour sa mise en œuvre, les deux entités, ISA et AYRCA, cherchent des appuis.

Créer une telle activité n'est pas sans conséquences pour les communautés et les territoires concernés. La règle générale veut que l'entrée dans une TI soit interdite aux "étrangers". Cependant, la Funai en autorise l'accès sous certaines conditions définies dans une "Instruction normative": par exemple ne pas introduire de boissons alcooliques, ne pas porter d'armes à feu… De son côté, l'ICMBio est responsable d'appliquer le Décret de 2012 relatif à la Politique Nationale de Gestion Territoriale et Environnementale des Terres Indigènes – PNGATI. Un texte qui définit également les conditions dans lesquelles peuvent s'exercer ce type d'activité. Compte tenu des restrictions budgétaires qu'elles connaissent, les deux entités publiques en charge de la protection des TI et des Parcs nationaux, la Funai et l'ICMBio, auront-elles les moyens d'accompagner ce nouveau tourisme ?

Une telle activité est susceptible d'avoir des conséquences sur la cohésion au sein, et entre les communautés si les gains générés ne sont pas répartis équitablement. Trop souvent, il a été constaté que l'arrivée de ressources importantes a divisé des communautés et des associations. Les initiateurs du projet sont certainement conscients de ce problème.

* Un Pajé est une sorte de chamane.

Illustration : Carte du Brésil et photo IMCBio > Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

                                                                      ***

PS 1 : Ce vendredi 30 septembre, à 12h 30 au Musée d'Ethnographie de Genève (65 - 67 Boulevard Carl Vogt), Pierrette Birraux interviendra dans le cadre des "Rencontres du xabono" pour partager son expérience avec les Yanomami du Brésil et les Innus du Québec. Cela dans le cadre de l'exposition "Amazonie. Le Chamane et la pensée de la forêt" qui est ouverte jusqu'au 8 janvier 2017.

PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans le dernier "AYA Info" No 111, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

08/04/2016

Des Yanomami contaminés au mercure

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Demandée par l'Hutukara Associação Yanomami - HAY, l'enquête a porté sur les populations Yanomami et Ye'kuna vivant dans des communautés riveraines des rios Mucajaí et Uraricoera (voir la carte ci-dessous). Sur ces deux rivières de l'État de Roraima, l'orpaillage illégal y est pratiqué régulièrement et depuis longtemps.

En novembre 2014, une équipe de chercheurs a visité 19 villages. Elle a collecté 239 échantillons de cheveux issus des groupes les plus vulnérables à la contamination : enfants, jeunes femmes, mais aussi des adultes ayant eu un contact direct avec l'activité d'orpaillage. Elle a également collecté 35 échantillons sur des poissons – surtout carnivores de grande taille - faisant partie de l'alimentation habituelle de cette population.

Le cas le plus alarmant a été observé dans la communauté Yanomami de Aracaçá, dans la région de Waikás. Dans ce village, 92% des échantillons présentent un taux élevé de contamination. Il est de plus de deux fois au dessus de celui duquel l'Organisation Mondiale de la Santé considère qu'il peut avoir de sérieuses conséquences pour la santé.

Ce mois de mars, une délégation de leaders indigènes, de la Fiocruz et de ISA est allée à Brasilia pour présenter les résultats de l'enquête aux responsables de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI, de l'Institut Brésilien de l'Environnement – IBAMA, du Secrétariat Spécial de Santé Indigène – SESAI, du Ministère Public Fédéral et encore à la Rapporteuse Spéciale sur les Droits des Peuples autochtones de l'ONU en visite au Brésil.

Les leaders indigènes ont demandé le retrait immédiat des garimpeiros (les orpailleurs) de la TI-Y et un service de santé particulier pour les personnes contaminées.

Cette note est l'occasion de rappeler que la Suisse importe de l'or du Brésil**. Y a-t-il une part d'or "sale" dans ces importations ? Quand donc un système de traçabilité sera-t-il mis en place pour assainir ce marché ?

                                                                 ***

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* Voir sur ce blog la note du 5 juin 2015

** En 2015, la Suisse a importé 22'283 kg pour un montant de 651'750'692 CHF, et 2'637 kg pour les mois de janvier et février 2016, pour un montant de 75'129'741 CHF. Ces chiffres sont encore provisoires.

Photo © ISA Marcos Wesley : Davi Kopenwa remet l'étude de la Fiocruz et de ISA à Mme Victoria Tauli-Corpuz, rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones

Carte : ISA

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 109, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

02/07/2015

La loi sur la biodiversité est promulguée avec cinq veto de la présidente brésilienne

Adopté le 10 février* en première lecture par la Chambre des députés, le Projet de loi (No 7.735/2014) portant sur l'application de la Convention sur la Diversité biologique, a été envoyé au Sénat qui l'a modifié et l'a adopté le 22 avril. Des 23 amendements introduits par le Sénat qui visaient, en général à réduire les atteintes aux droits des populations traditionnelles, 11 ont été supprimées en deuxième lecture par la Chambre des députés qui a voté le texte, en deuxième lecture, le 27 avril. La présidente de la république, Dilma Rousseff l'a signé le 20 mai en opposant son veto à cinq articles. Le projet est maintenant une loi ordinaire (No 13.123 du 20 mai 2015). Elle a été publiée au Journal officiel de l'Union le 21 mai.

Début mai, plus de 150 mouvements sociaux et organisations de la société civile avaient adressé une lettre à la présidente de la république pour lui demander d'user de son droit de veto sur huit articles et l'Instituto Socioambiental – ISA sur neuf articles. Les veto demandés par ces entités concernent notamment le consentement préalable tel qu'il est prévu par la Convention 169 de l'OIT, la définition des connaissances traditionnelles et la préservation de leur accès aux communautés traditionnelles et l'amnistie de ceux qui ont commis des actes de bio-piraterie dans le passé. Selon ISA, trois veto de Dilma répondent aux revendications des mouvements sociaux: un article qui exemptait de l'obligation de la répartition des bénéfices de l'exploitation économique du patrimoine génétique réalisée avant le 29 juin 2000. A été supprimée la possibilité, pour les industries, d'avoir l'exclusivité du choix du destinataire final de la répartition des bénéfices non monétaires des produits issus du patrimoine génétique. Un autre veto garantit que l'Institut Brésilien du Milieu Ambiant contrôle l'accès et l'exploitation du patrimoine génétique évitant le contrôle exclusif du Ministère de l'Agriculture. "Le résultat final porte encore un grand déséquilibre en faveur des intérêts de l'agrobusiness, des grandes industries de cosmétiques et de médicaments principalement. Les vetos, cependant sont importants pour corriger des distorsions significatives" estime Maurício Guetta, avocat de ISA.

Ce 25 juin, le Ministère public fédéral a publié une recommandation demandant au gouvernement que les populations traditionnelles soient préalablement consultées sur la réglementation d'application de cette loi.

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* Voir sur ce blog, la note du 3 avril 2015

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- Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 103, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

23/05/2015

Du sang des Yanomami de retour sur la terre ancestrale

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas,Toototobi, Yanomami, james Neel, Patrick Tierney, Dakness in Eldorado, Davi Kopenawa, Dario Kopenawa, Rodrigo Janot, Deborah Duprat, Ministério Público Federal, MPF, Venezuela, Etats-Unis, Instituto Socioambiental, ISALe 3 avril, au cours d'une cérémonie, qui a eu lieu dans la communauté de Piaú, dans la région de Toototobi, dans la Terre Indigène Yanomami, les Indiens ont pu enterrer les premiers échantillons de sang, collectés sans autorisation sur environ 3'000 Yanomami entre 1967 et 1970. Ils avaient été prélevés par le généticien américain James Neel et utilisés aux USA pour des recherches génétiques. L'affaire avait été révélée en 2000 par Patrick Tierney* dans un ouvrage "Darkness in Eldorado" qui, à l'époque, a suscité de vivres réactions.

En novembre 2002 déjà, Davi Kopenawa, et la communauté de Paapiú, avaient demandé le retour de ce matériel génétique : "Notre coutume est de pleurer les morts, brûler les corps et tout ce qu'ils ont utilisé. Il ne peut rien rester, sinon nous restons avec la rage et notre pensée ne reste pas tranquille. Les Américains, eux, ne respectent pas notre coutume. Pour cela nous voulons le retour des échantillons de sang et de tout ce qu'ils ont tiré de notre sang pour étudier".

Après des années de démarches, une partie de ces prélèvements vient enfin d'être rapatriée au Brésil*. Ils ont été remis à Davi Kopenawa et à son fils Dário, le 26 mars à Brasilia, par le Procureur général de la République, Rodrigo Janot et Deborah Duprat du Ministère public fédéral. Les deux Yanomami étaient dans la capitale brésilienne pour présenter la carte du "Territoire et communautés Yanomami  Brésil Venezuela" élaborée fin octobre – début novembre à l'occasion d'une rencontre binationale des Yanomami du Brésil et du Venezuela**. Pour les Yanomami, une bonne partie de ce sang est celui de membres des communautés maintenant décédés. Leur sang conservé aux Etats Unis n'avait pas reçu une sépulture correcte.

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* Voir, sur ce blog, la note du 11 juin 2010

** Voir, sur ce blog, la note du 29 décembre 2014

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas,Toototobi, Yanomami, james Neel, Patrick Tierney, Dakness in Eldorado, Davi Kopenawa, Dario Kopenawa, Rodrigo Janot, Deborah Duprat, Ministério Público Federal, MPF, Venezuela, Etats-Unis, Instituto Socioambiental, ISA

Photos (cliquer sur la vignette pour agrandir l'image):

- En haut à gauche : © Marcos Wesley (Instituto Socioambiental – ISA). Dario et Davi Kopenawa aux côtés de Rodrigo Janot, Procureur général de la république et de Deborah, Duprat Procureure de la 6e Chambre du Ministère public fédéral au moment de la restitution des échantillons en provenance des Etats Unis.

- Au centre, en bas : © Estêvão Benfica (Instituto Socioambiental – ISA). Tout à gauche, Davi Kopenawa et d'autres indigènes enterrent les échantillons.

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PS 1 : Une série de quatre vidéos intitulée "Napëpë" (d'environ 10 minutes chacune en portugais), évoque cette opération des scientifiques américains a été mise en ligne sur Youtube. Pour accéder à la première séquence, cliquer > ICI, les trois autres suivent.

PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 102, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

29/12/2014

Rencontre transfrontalière des Yanomami et Ye'kwana du Brésil et du Venezuela

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, yanomami, ye'kwana, Kurikama, Secoya, Caracaranã, Raposa Serra do Sol, Hutukara, Roraima, Venezuela, mineração, garimpagem, ISA, Davi KopenawaDu 28 octobre au 2 novembre, les représentants de neuf associations yanomami et ye'kwana du Brésil et du Venezuela se sont réunis pour débattre des thèmes qui les préoccupent. Étaient également présents les représentants de six organisations de la société civile partenaires. L'association Kurikama des Yanomami de l'État d'Amazonas et le Service et Coopération avec le peuple Yanomami – Secoya, les partenaires de AYA y ont envoyé deux déléguées.

La réunion a eu lieu sur les bords du lac de Caracaranã, dans la Terre Indigène Raposa Serra do Sol (État de Roraima).

Les discussions ont eu lieu dans cinq langues yanomami, en ye'kwana, en portugais et en espagnol. Elles ont porté sur les thèmes centraux pour ces peuples, comme la gestion territoriale, la santé, la jeunesse et les droits de la femme. Les travaux ont consisté à définir des recommandations et propositions pour renforcer la gouvernance de ces peuples sur leurs territoires et influencer les politiques publiques du Brésil et du Venezuela. Le tout est contenu dans une "Lettre* du Lac Caracaranã" dans laquelle sont précisés plus de soixante propositions concernant l'articulation entre les peuples et les organisations, la démarcation et la protection des territoires, la santé, les jeunes et les droits de la femme.

Cette rencontre a été l'occasion de créer un "Forum permanent binational Yanomami Ye'kwana Brésil/Venezuela". Lors de cette rencontre, les participants ont travaillé à l'élaboration d'une première version d'une carte du "Territoire et communautés Yanomami Brasil – Venezuela" dont le lancement est prévu avant la fin de l'année. Il s'agit d'un territoire d'environ 23'000 km2 de forêt continue, habité par environ 40'000 indigènes.

Malgré un niveau élevé de préservation de la forêt, les communautés sont confrontés à des problèmes communs dans les deux pays, comme l'orpaillage illégal, les projets d'exploitation minière ou les carences du service de santé, en particulier pour les plus éloignées.

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* Il est possible d'accéder à cette "Lettre" en utilisant ce lien hypertexte sur votre moteur de recherche : http://www.socioambiental.org/sites/blog.socioambiental.org/files/nsa/arquivos/carta_caracarana.pdf

Photo © Marcos Wesley - Instituto Socioambiental – ISA : Davi Kopenawa, le leader de l'Hutukara Associação Yanomami présente la carte binationale des terres occupées au Brésil et au Venezuela par les Yanomami et Ye'kwana. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image

À toutes les lectrices et les lecteurs des notes de ce blog, habituels ou occasionnels, connus ou inconnus, leur auteur tient à souhaiter, à chacune et à chacun, une bonne et heureuse année 2015.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans "AYA Info" (No 98), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

29/08/2014

Le Yanomami Davi Kopenawa est menacé de mort

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, índios, Davi Kopenawa, Hutukara Associação Yanomami, HAY, São Gabriel da Cachoeira, Armindo Góes, Terre Indigène Yanomami, Terra Indígena Yanomami, Boa Vista, Roraima, orpaillage illégal, garimpo, garimpeiro, ISA, Instituto Socioambiental, Polícia Federal, Ministério Público Federal, Festa Literária Internacional de Paraty, FLIP, La Chute du Ciel, The Falling SkyLe 28 juillet, Davi Kopenawa, le président de l'Hutukara Associação Yanomami - HAY a rencontré le délégué adjoint de la Police Fédérale à Boa Vista (la capitale de l'État de Roraima) pour l'informer des menaces de mort dont il est l'objet. L'HAY a remis un rapport dans lequel elle fait état du climat d'insécurité dans lequel vivent les responsables de l'association, son président étant particulièrement visé. En mai, à São Gabriel da Cachoeira (AM), le directeur de l'HAY, Armindo Góes a été abordé par des garimpeiros. Ceux-ci lui ont déclaré que des personnes, qui avaient subi des préjudices lors des opérations de lutte contre l'orpaillage illégal dans la Terre Indigène Yanomami – TI-Y, recherchaient Davi, affirmant que celui-ci n'arriverait pas vivant à la fin de l'année.

En juin, à Boa Vista (la capitale de l'État de Roraima), le siège local de l'Institut Socio-environnemental – ISA (une organisation indigéniste) a été victime d'un "assalto" au cours duquel du matériel a été volé.

L'HAY a pris des mesures pour augmenter la sécurité de son siège à Boa Vista. Elle a restreint les activités et les déplacements de son président. Elle demande à la Police Fédérale d'enquêter sur toute la chaîne de l'or dans la Terre Indigène Yanomami pour savoir qui finance les opérations d'orpaillage, qui achète l'or ? "Malheureusement ceux qui financent l'exploitation illégale du minerai sont rarement identifiés et les garimpeiros sont rapidement libérés et retournent à leur activité illégale". L'HAY demande à l'État brésilien, non seulement la protection et la surveillance du territoire du peuple Yanomami, mais aussi d'assurer l'intégrité physique de Davi Kopenawa.

Ces faits ont conduit la Police Fédérale et le Ministère Public Fédéral de Roraima à ouvrir une enquête et prendre une série de mesures. Entre autres, elle a demandé au Secrétariat des Droits humains de la présidence de la république d'envisager l'inclusion de Davi Kopenawa dans le Programme de protection des défenseurs des droits humains.

Présent à la Fête Littéraire Internationale de Paraty (RJ) qui s'est tenue du 30 juillet au 3 août, Davi a sollicité de l'aide : "Si vous n'aidez pas le peuple indigène, le monde ne va pas bien fonctionner… La forêt c'est ce qui nous protège…"

Survival International propose l'envoi, à la Présidente du Brésil Dilma Rousseff, d'un courrier de soutien aux Yanomami.

Pour rappel, Davi était en Suisse en mars 2012*, lors de la présentation, à Genève, du film de Daniel Schweizer  "Indiens d'Amazonie en sursis" dans le cadre du Festival du film et forum International sur les Droits Humains – FIFDH. Il est coauteur avec Bruce Albert du livre "La chute du Ciel - Paroles d'un chaman yanomami", publié dans la Collection  "Terre Humaine" aux éditions Plon (Paris). Une version en anglais : "The Falling Sky", a été publiée en novembre 2013 aux éditions Harvard University Press. La version portugaise est attendue pour la fin 2014, début 2015.

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*Voir sur ce blog, les notes des 11/01/2013, 02/03/2012, 23/03/2012, 07/10/2011 et 21/10/2011

Photo Fernando Frazão / Agência Brasil : Davi Kopenawa lors de la Festa Literária Internacional de Paraty. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans le "AYA Info" (No 95), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

17/04/2014

La déforestation, en baisse depuis 2008, est repartie (provisoirement ?) à la hausse

À mi-novembre, l'Institut national (brésilien) d'enquêtes spatiales – INPE a diffusé les résultats de ses observations relatives à la déforestation. Entre août 2012 et juillet 2013, la forêt de l'Amazonie légale a perdu 5'843 km2. Par rapport à la même période 2011 – 2012 pendant laquelle elle avait perdu 4'571 km2 cela représente une augmentation de 28%. Cette progression n'est pas générale dans tous les États de la région. La hausse est le fait de six États : Amazonas (562 km2 ou + 7%), Maranhão (382 km2 ou + 42%), Mato Grosso (1'149 km2 ou + 52%), Pará (2'379 km2 ou + 37%), Rondônia (933 km2 ou + 21%) et Roraima (185 km2 ou + 49%). En 26 ans, l’Amazonie a perdu 402'600 km2. Depuis 1988, la déforestation a connu quelques pics importants : 29'059 km2 en 1995, 25'396 en 2003 et 27'772 km2 en 2004. Depuis cette année-là, sauf en 2008, la baisse a été continue.

Plusieurs spécialistes ont analysé ces résultats pour l'association O eco. Pour Roberto Smeraldi des "Amis de la Terre", les instruments de contrôle peuvent et doivent être améliorés. Pour Márcio Santili de l'Instituto Socioambiental – ISA, l'importance de la déforestation  montre un certain relâchement du système de contrôle; c'est un signe évident que le gouvernement fédéral n'a pas fait son travail. Pour Paulo Baretto de l'ONG Imazon, le risque de déforestation est lié à trois composantes : les menaces, l'exposition et la vulnérabilité. C'est comme la grippe dit-il, "Vous avez besoin de trois éléments pour la contracter : la présence d'un virus, la proximité avec une personne infectée et un système immunologique qui permet son entrée. À amnistier les auteurs de déforestation et de désaffectation des aires protégées, le gouvernement a augmenté la vulnérabilité, ou, pour utiliser une métaphore, il a affaibli le système immunologique". En fait, P. Baretto fait allusion à l'application du nouveau code forestier.

Pour le ministère de l'environnement, le dernier niveau de déforestation atteint fin juillet 2013 est le deuxième plus petit taux observé depuis 1988. Il admet des problèmes ponctuels dans les États du Pará, du Mato Grosso et du Maranhão. Izabella Teixeira, la ministre de l'environnement a relevé que les chiffres reflètent des cas spécifiques. Selon elle, il y a eu plus d'un milliers d'opérations de contrôle dans la région : "Nous avons combattu la déforestation tous les jours impliquées dans des actions contre la déforestation… Jamais nous n'avons eu moins de 1'000 personnes impliquées dans des actions de lutte contre la déforestation". La ministre a également défendu le nouveau code forestier. "Il n'y a pas moins de possibilités de régulariser les déforestations illégales". Cependant, après avoir minimisé cette progression de la déforestation, la ministre a réuni, le 22 novembre, les représentants  des États de l'Amazonie légale pour renforcer, avec le concours de ces États, la lutte conte la déforestation. Et, le 27 novembre, lors de la 112e réunion du Conseil national de l'environnement - CONAMA, la ministre a annoncé de nouvelles mesures pour mieux surveiller le territoire; elle a indiqué que l'Institut brésilien de l'environnement et des ressources renouvelables – IBAMA, étudiait la possibilité d'utiliser des drones.

Le WWF-Brésil relève qu'en Amazonie la déforestation se concentre sur les fronts d'expansion de l'agriculture et de l'élevage, mais aussi dans les zones proches d'axes routiers. Il note également que la déforestation n'est pas limitée à l'Amazonie, elle existe dans d'autres régions du Brésil. Elle est aussi une réalité dans les autres pays amazoniens. Pour l'organisation écologiste, il y une urgente nécessité de renforcer la coopération entre ces pays pour combattre la déforestation et, surtout, valoriser la forêt sur pied. Selon André Dias, l'un des responsables du WWF, "La science et les faits montrent que les parties de chacun des pays amazoniens sont connectées. L'équilibre de toute l'Amazonie dépend de son fonctionnement comme unité écologique. De là, l'importance du combat contre la déforestation dans tous les pays amazoniens".

Le 21 février, l'INPE a publié les résultats des observations réalisées entre août 2013 et janvier 2014. Pendant cette période, la déforestation s'est étendue sur 1'163 km2. Elle avait été de1'428 km2 entre août 2012 et janvier 2013. La réduction est de 19%. Les données collectées par le système de Détection de la déforestation en Temps Réel – DETER ont leurs limites. Par exemple, il est important de tenir compte de la couverture nuageuse d'un territoire pour comparer les résultats. Les renseignements obtenus sont utiles pour orienter la surveillance sur des zones particulièrement suspectées de crimes environnementaux.

Il faut attendre les résultats sur l'année août 2013 – juillet 2014 pour savoir si la réduction du taux de déforestation se confirme.

 

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus". Voir sur ce blog les notes des 17 décembre 2010 et 30 novembre 2012.

- Cette note est une version actualisée de la "brève" publiée dans AYA Info (No 88), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2