19/08/2013

Rio Tapajós : les études reprennent sous la protection des forces de sécurité

brasil,brésil,brasilia,amazonia,amazonie,autochtones,indigènes,indígenas,munduruku,tapajós,santarém,belo monte,funai,pará,jacareacanga,itaítuba,usines hydroélectriques,hidrelétricas,são luiz do tapajós,jatobá,eletrobras,grupo de estudos tapajós,edf,gdf suez,mab,cimi,oit,convention 169Le "Groupe d'études Tapajós" – environ 200 personnes - chargé  des enquêtes de viabilité technique et environnementale des projets d'ouvrages hydroélectriques de São Luiz do Tapajós et Jatobá (État du Pará) est à pied d'œuvre depuis le 12 août. Il est protégé par un important service d'ordre. Ces études avaient été suspendues le 23 juin* en échange de la libération de trois chercheurs retenus par les Munduruku qui ne veulent pas de la construction de ces ouvrages.

Le Groupe d'études est coordonné par l'entreprise brésilienne Eletrobras. Il est constitué par neuf entreprises, dont : Eletronorte, GDF Suez et EDF. Il doit rassembler les données à soumettre à l'Institut Brésilien de l'Environnement – IBAMA chargé de délivrer l'autorisation de construction des ouvrages. Selon Electrobras, les études doivent être conduites en deux phases sur 22 zones différentes. Une première phase doit être réalisée entre le 12 août et le 10 septembre, et la deuxième entre le 15 septembre et le 20 novembre.

Selon des études préalables, l'usine de São Luiz do Tapajós aurait une puissance de 6'133 Megawatt - MW et celle de Jatobá 2'338 MW. Il est prévu qu'elles soient de type "usine-plateforme", une idée inspirée des plateformes pétrolières maritimes. Les installations nécessaires au chantier devraient être totalement démontées à la fin des travaux. Les espaces non utilisés par les usines devraient être rendus à la végétation.

Selon Eletrobras, aucune des 22 zones de recherche ne se situe en Terre indigène. Toujours selon l'entreprise, les études doivent permettre la consultation des peuples indigènes selon les dispositions de la Constitution et de la Convention 169 de l'organisation Internationale du Travail – OIT.

Pour les leaders Munduruku, "le gouvernement a rompu l'accord du 23 juin et veut imposer le projet contre notre volonté". Un avis partagé par le Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI pour lequel, ce jour-là, le gouvernement fédéral avait renvoyé ces études après l'adoption de la réglementation du droit à la consultation préalable prévu par la Convention 169 de l'Organisation Internationale du travail - OIT.  Le Mouvement des Atteints par les Barrages – MAB, est aussi d'avis que la consultation doit être réalisée avant les études. Dans un manifeste, le peuple Kawaiwete (du Mato Grosso) soutient les Munduruku : "Nous réaffirmons notre appui à nos parents dans leur lutte contre l'implantation des ouvrages hydroélectriques qui affectent leurs communautés et nous désapprouvons les actions du gouvernement fédéral visant à faire pression sur [ce] peuple pour qu'il accepte ces projets".

À suivre…

* Voir sur ce blog la précédente note du 10/08/2013

Carte : cliquer sur l'image pour en agrandir le format.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera reprise dans le prochain AYA Info (No 85) le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

10/08/2013

Rio Tapajós : Les Munduruku expulsent des enquêteurs

Le 22 juin, des chercheurs "étrangers" ont été expulsés de la Terre Indigène des indiens Munduruku*. Ils l'ont été par les Munduruku eux-mêmes. Ces techniciens étaient là pour collecter des échantillons de faune et de flore dans le cadre d'une étude environnementale préalable à la construction d'usines électriques sur le rio Tapajós. Constructions auxquelles les Munduruku sont hostiles en raison de l'impact qu'elles auront sur leur territoire.

Des représentants de la présidence de la république sont venus négocier la libération de trois biologistes; ce qu'ils ont obtenu après avoir annoncé la suspension de ces études. Au mois de mai dernier, des Munduruku, avec des représentants d'autres peuples, avaient occupé le chantier de Belo Monte**. Ils ont accepté de quitter les lieux pour aller à Brasilia rencontrer le Secrétaire Général de la Présidence de la république Gilberto Carvalho. Mais le dialogue a tourné court.

Pendant leur présence à Brasilia, ils ont occupé le siège de la FUNAI pendant trois jours. Ils ont manifesté devant le Ministère des Mines et de l'Énergie avant de retourner à Jacareacanga d'où ils sont originaires.

Plus récemment, le 24 juin, une centaine de Mundukuru a manifesté devant la mairie de cette commune pour protester contre les conseillers municipaux favorables au projet du gouvernement de construire des usines hydroélectriques sur le rio Tapajós.

Ces projets inquiètent également des habitants du magnifique site touristique d'Alter do Chão, sur les berges du rio Tapajós, une localité à moins de 40 kilomètres de Santarém. Ils craignent les effets indirects négatifs des ouvrages sur le site. Ils estiment que les études d'impact couvrent une aire trop restreinte, notamment en aval des ouvrages, ce qui serait le cas d'Alter do Chão. Cette préoccupation a été évoquée au sein du Conseil de gestion de l'Aire de Protection Environnementale – APA de la petite ville. Pour l'heure, ces habitants ont fait connaître publiquement leur opposition à la construction du barrage en plaçant des banderoles à divers emplacements : "Ce rio est notre vie, nous n'acceptons pas les [usines] hydroélectriques sur le Tapajós".

***

* La Terre Indigène Munduruku a une superficie de 23'818 km2. Elle compte un peu plus de 6'500 habitants. Elle est située sur les deux communes d'Itaítuba et Jacareacanga dans l'État du Pará. En novembre 2012, un Munduruku avait trouvé la mort lors d'une intervention de la police dans le village Teles Pires dans la Terre Indigène de Kayabi (voir sur ce blog, la note du 16/11/2012 et "AYA Info" No 77)

** Voir sur ce blog, la note du 31/05/2013 et "AYA Info" No 83

PS 1 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

PS 2 : les événements qui ont marqué le Brésil ces dernières semaines ont eu quelques répercussions pour les peuples indigènes. Il en sera question dans le prochain "AYA Info".

Cette note est une version actualisée de la "brève" publiée dans le dernier AYA Info (No 84) le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

16/11/2012

TI Kaiabi : Un mort et plusieurs blessés lors d'une opération contre l'orpaillage illégal

Munduruku,Teles Pires,Polícia Federal,Adenilson Crixi,Kirixi,Kaiabi,Terra indígena Kayabi,Pará,Mato Grosso,Jacareacanga,opération Eldorado,Operação Eldorado,garimpagem,orpaillage illégal,FUNAI,Ministério Público FederalUn mort - Adenilson Kirixi Munduruku - 32 ans, père de deux enfants -, plusieurs blessés et des arrestations chez les indiens Munduruku de Teles Pires, dans la Terre Indigène (TI) Kaiabi : tel est le bilan de la confrontation, survenue le 7 novembre dernier, entre un détachement de la Police Fédérale (PF) et des membres de cette communauté située sur la frontière des États du Pará et du Mato Grosso, dans la municipalité de Jacareacanga.

La PF intervenait pour combattre l'orpaillage illégal pratiqué sur le rio Teles Pires. Une action entrant dans le cadre de "l'Opération Eldorado" destinée à mettre un terme à l'activité d'un réseau d'extraction et de  commercialisation illégales d'or couvrant plusieurs États brésiliens.

Le jour même de l'incident, les membres de la communauté de Teles Pires ont publié un communiqué décrivant la violence de l'intervention. Ils demandent également la constitution d'une commission municipale d'enquête. Plus de cinquante organisations de la société civile ont signé un manifeste de solidarité à l'égard des indiens Munduruku : "… la confrontation répète ce qui est arrivé depuis le début de l'invasion européenne [la découverte du Brésil] : l'indien (Munduruku) défend son territoire avec des flèches et le blanc (la police fédérale) abattant avec une arme à feu ceux qu'il trouvait sur son chemin."

Le 9 novembre, la PF a diffusé un communiqué dans lequel elle explique les objectifs de l'opération Eldorado. Elle y donne sa version des faits au cours desquels trois policiers ont été blessés. Selon elle, la communauté indigène tirerait profit de la présence des garimpeiros. Elle dit avoir été victime d'une embuscade et avoir suspendu la suite de l'opération.

La relation des événements varie selon les sources. Le Ministère Public Fédéral du Pará a demandé des explications à la PF et à la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI. Le ministre de la justice veut une enquête approfondie. Ce 14 novembre, une centaine d'organisations de la société civile demandent au Ministère Public Fédéral du Pará d'ouvrir une enquête indépendante sur les événements survenus à Teles Pires pour rechercher les responsables d'abus commis lors de l'opération. À suivre…

Ci-dessous une vidéo montrant le début de l'intervention de la PF :

 

PS : L'activation des liens hypertextes renvoie aux sources utilisées pour la rédaction de cette note. Elles sont souvent en portugais, sauf quand il s'agit d'anciens "AYA Info".

Cette note devrait être reprise dans le prochain "AYA Info" No 77, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2