20/01/2016

Yanomami d'Amazonas : la Kurikama tient sa deuxième assemblée générale

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Yanomami, Kurikama, rio Marauiá, rio Preto, Terre des Hommes Suisse, UFAM, Secoya, Rios Profundos, DSY, Distrito Sanitário Especial Indígena Yanomami, PGTA, Plano de Gestão Territorial e Ambiental das Terras Indígenas, PEC 215, Sylvie Petter, Ecolágua, Ministério Público Federal, Santa Isabel do Rio NegroC'est dans le Xapono*(village) de Bicho Açu que s'est tenue, du 20 au 26 octobre, la IIe Assemblée générale de l'association Yanomami Kurikama. Elle a compté avec la participation de 150 leaders originaires de treize villages du rio Marauiá et un du rio Preto**. Une manifestation qui s'est déroulée dans un climat de fête, mais aussi chargée de préoccupations. L'objectif de cette assemblée était de traiter des menaces pesant sur l'intégrité du peuple Yanomami, d'évaluer le travail réalisé par l'association et d'élire une nouvelle coordination.

Pendant la réunion, deux représentantes des Services de l'éducation scolaire indigène ont participé à la remise du diplôme de "Professeur indigène" à 29 Yanomami qui ont terminé leur maîtrise, reconnue par l'État, en éducation bilingue (yanomami et portugais), interculturelle et différenciée. Ils ont suivi un cours organisé par la SECOYA qui s'est étendu sur douze ans. Un programme d'éducation réalisé avec l'appui de Terre des Hommes Suisse, de l'Université Fédérale d'Amazonas – UFAM et d'autres entités. La 12e et dernière session de 30 jours a eu lieu en septembre 2014 à Puraquequara (Rio Marauiá). Pour la Secoya, la conclusion de cette formation est une victoire. Cela en raison des difficultés rencontrées et du manque d'appui des institutions officielles d'éducation tout au long du processus. Ce travail est un pas fondamental pour la reconnaissance de l'école yanomami, construite avec ce peuple, à partir de ses propres besoins. Pour la première fois, l'État va engager les professeurs et garantir l'appui à 4 écoles en partenariat avec la Secoya et l'association Rios Profundos.

Lors de l'assemblée, la discussion relative à la santé a été importante. Elle a eu lieu en présence de représentants du District Sanitaire Spécial Yanomami – DSY. Les critiques ont été sévères à l'égard des graves lacunes du service santé de base. Plusieurs femmes ont exprimé leur mécontentement en raison des ravages de la malaria, de la dénutrition des enfants et du taux élevé de mortalité infantile. Elles reprochent au DSY de se limiter à une assistance d'urgence et de mauvaise qualité. Cette situation a motivé l'assemblée à adresser un document au Ministère Public Fédéral pour demander la création d'un Sous-District de santé qui puisse vraiment répondre à la réalité spécifique des Yanomami de l'État d'Amazonas.

Les participants ont encore traité des menaces qui pèsent sur les droits indigènes au niveau national : la PEC 215 et autres projets de loi en discussion devant le Congrès national. En particulier ceux qui visent à ouvrir les Terres Indigènes à la logique du marché et à la spoliation des ressources naturelles.

En réponse, l'assemblée a travaillé sur la définition d'un "Plan de gestion territorial et environnemental"- PGTA qui, dans la Terre Indigène Yanomami, est dans une phase initiale.

Les participants ont encore traité du prosélytisme religieux et de son impact sur la culture et la conception de l'Univers des Yanomami.

Avant de clore l'Assemblée, les délégués des villages ont élu les nouveaux responsables de l'association.

Le progrès du processus organisationnel de cette partie du peuple Yanomami, dont cette assemblée témoigne, marque aussi la volonté de ce peuple d'être le sujet de sa propre histoire. Cette avancée est aussi le résultat de l'appui apporté depuis de nombreuses années par la Secoya, le partenaire de AYA qui a reçu l'aide de plusieurs collectivités publiques genevoises pour les différents programmes de son partenaire brésilien.

Sylvie Petter, la responsable du programme "Santé" de Secoya, était présente à cette Assemblée, mais son séjour en aire Yanomami s'est prolongé jusqu'à mi-décembre. Un séjour au cours duquel elle a eu le plaisir de contribuer à la mise en place, dans deux "xapono" d'un système "Ecolágua". Il s'agit d'un purificateur d'eau***. Un dispositif essentiel dans la lutte contre la dénutrition des enfants.

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* Prononcer "Chapono" / ** Ces villages sont situés dans la municipalité de Santa Isabel do Rio Negro (État brésilien d'Amazonas) / *** Voir sur ce blog, la note du 19 octobre 2015 et celle du 10 décembre 2013.

Photo © Secoya : Cérémonie d'accueil au début de l'assemblée. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 107, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

16/03/2015

Service de santé : des Yanomami manifestent leur mécontentement

Le 19 janvier, une cinquantaine d'Indiens Yanomami, Xirixana et Xiriana ont occupé l'immeuble du Secrétariat spécial de santé indigène – SESAI dans le centre de Boa Vista, la capitale de l'Etat de Roraima. Les Indiens se plaignent du manque de médicaments et plus généralement des lacunes du service de santé dans la Terre Indigène Yanomami. Ils demandent le départ de Maria de Nascimento, la coordinatrice du District Sanitaire Yanomami – DSEI-Y. Selon le leader Júnior Yanomami, "… l'état de santé dans l'aire Yanomami a empiré ces quatre dernières années. Nous sommes ici pour revendiquer des améliorations pour nos enfants". Le 27 janvier, les premiers manifestants ont été rejoints par d'autres Yanomami. Ils ont quitté les lieux onze jours plus tard sans avoir obtenu satisfaction.

Selon Davi Kopenawa, le président de l'Hutukara Associação Yanomami, cette occupation n'a pas fait l'objet d'une concertation préalable avec les leaders des autres régions couvertes par le DSEI-Y : "Nous sommes en faveur du maintien de Maria Nascimento parce qu'elle n'a pas terminé son travail". Davi reproche aux leaders qui ont initié la protestation d'avoir agi pour des motifs personnels. Selon la "Folha de Boa Vista", l'association Kurikama qui rassemble les Yanomami de l'État d'Amazonas, elle aussi, n'est pas favorable au départ de la responsable. Elle regrette également de ne pas avoir été consultée au sujet de cette opération. Pour ces organisations indigènes, le problème de la santé dans les communautés indigènes est davantage lié au manque de moyens mis à disposition qu'à la personnalité des responsables du service de santé.

Les déficiences du service de santé ont maintes fois été dénoncées. La "Folha de Boa Vista" a eu connaissance d'un rapport interne au Sesai faisant état, pour les huit derniers mois de 2014, de la mort de 117 Yanomami dans les unités de soins coordonnées par le Dsei-Y.

En décembre 2013*, une manifestation organisée par les associations indigènes avait eu lieu pour demander le départ de Claudete Schuertz, qui était la titulaire du poste. Les manifestants avaient obtenu gain de cause en janvier 2014.

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* Voir sur ce blog, la note du 24 février 2014

 - PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note est une version mise à jour de la brève a été publiée dans  "AYA Info" No 100, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

29/12/2014

Rencontre transfrontalière des Yanomami et Ye'kwana du Brésil et du Venezuela

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, yanomami, ye'kwana, Kurikama, Secoya, Caracaranã, Raposa Serra do Sol, Hutukara, Roraima, Venezuela, mineração, garimpagem, ISA, Davi KopenawaDu 28 octobre au 2 novembre, les représentants de neuf associations yanomami et ye'kwana du Brésil et du Venezuela se sont réunis pour débattre des thèmes qui les préoccupent. Étaient également présents les représentants de six organisations de la société civile partenaires. L'association Kurikama des Yanomami de l'État d'Amazonas et le Service et Coopération avec le peuple Yanomami – Secoya, les partenaires de AYA y ont envoyé deux déléguées.

La réunion a eu lieu sur les bords du lac de Caracaranã, dans la Terre Indigène Raposa Serra do Sol (État de Roraima).

Les discussions ont eu lieu dans cinq langues yanomami, en ye'kwana, en portugais et en espagnol. Elles ont porté sur les thèmes centraux pour ces peuples, comme la gestion territoriale, la santé, la jeunesse et les droits de la femme. Les travaux ont consisté à définir des recommandations et propositions pour renforcer la gouvernance de ces peuples sur leurs territoires et influencer les politiques publiques du Brésil et du Venezuela. Le tout est contenu dans une "Lettre* du Lac Caracaranã" dans laquelle sont précisés plus de soixante propositions concernant l'articulation entre les peuples et les organisations, la démarcation et la protection des territoires, la santé, les jeunes et les droits de la femme.

Cette rencontre a été l'occasion de créer un "Forum permanent binational Yanomami Ye'kwana Brésil/Venezuela". Lors de cette rencontre, les participants ont travaillé à l'élaboration d'une première version d'une carte du "Territoire et communautés Yanomami Brasil – Venezuela" dont le lancement est prévu avant la fin de l'année. Il s'agit d'un territoire d'environ 23'000 km2 de forêt continue, habité par environ 40'000 indigènes.

Malgré un niveau élevé de préservation de la forêt, les communautés sont confrontés à des problèmes communs dans les deux pays, comme l'orpaillage illégal, les projets d'exploitation minière ou les carences du service de santé, en particulier pour les plus éloignées.

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* Il est possible d'accéder à cette "Lettre" en utilisant ce lien hypertexte sur votre moteur de recherche : http://www.socioambiental.org/sites/blog.socioambiental.org/files/nsa/arquivos/carta_caracarana.pdf

Photo © Marcos Wesley - Instituto Socioambiental – ISA : Davi Kopenawa, le leader de l'Hutukara Associação Yanomami présente la carte binationale des terres occupées au Brésil et au Venezuela par les Yanomami et Ye'kwana. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image

À toutes les lectrices et les lecteurs des notes de ce blog, habituels ou occasionnels, connus ou inconnus, leur auteur tient à souhaiter, à chacune et à chacun, une bonne et heureuse année 2015.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans "AYA Info" (No 98), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

10/12/2013

Les Yanomami des rios Marauiá et Preto créent l'association Kurikama

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Yanomami, Ye'kuana, Santa Isabel do Rio Negro, Rio Marauiá, Rio Preto, xapono, Komixiwe, Rios Profundos, SECOYA, Kurikama, FUNAI, IMCbio, DSY, Pró Amazônia, Missão Salesiana, urucum, genipapoC'est par la fête traditionnelle du "Hearu" qu'a commencé la IIIe Assemblée générale des Yanomami des rios Marauiá et Preto. C'est une fête pour laquelle les Yanomami se peignent le corps avec de l'urucum et du genipapo, s'affrontent et dansent dans une forte démonstration culturelle. Cette rencontre a eu lieu entre le 1er et le 7 octobre dans le "xapono*" (le village) de Komixiwe**. Ils étaient 250 représentants de treize villages de la municipalité de Santa Isabel do Rio Negro, dans l'État d'Amazonas.

L'objet central de cette réunion était la constitution d'une association susceptible de renforcer les liens entre les différents villages et de définir des stratégies collectives pour faire face aux politiques publiques inefficaces qui ne prennent pas en compte la réalité Yanomami de cet État. Les statuts de l'association ont été discutés de manière approfondie pour que tous en comprennent le fonctionnement. Il faut souligner l'institution du "Conseil Yanomami" formé par les leaders traditionnels de chaque village. Ce Conseil représente la plus haute instance de décision après l'Assemblée générale qui a encore élu une "Coordination générale" et un "Conseil de surveillance" après la présentation des candidats de chaque village.

Quatre ONG étaient également représentées : le Service et Coopération avec le peuples Yanomami – SECOYA, Rios Profundos, la Mission salésienne et Pró Amazônia. Plusieurs administrations publiques avaient envoyé des représentants : le District Sanitaire spécial Yanomami et Ye'kuana - DSY, le Front ethno - environnemental Yanomami de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI, l'Institut Chico Mendes de Conservation de la biodiversité – IMCbio et le Secrétariat de l'Education de Santa Isabel do Rio Negro.

Le représentant de la FUNAI a eu à entendre les innombrables plaintes et revendications des Yanomami qui se sentent abandonnés depuis que la Fondation a supprimé les postes de surveillance en 2010. La délégation du DSY n'a pas échappé aux reproches. Selon les Yanomami, la population est en permanence dans une situation d'insécurité avec l'augmentation de la malaria et des maladies infectieuses, la précarité des infrastructures, le défaut d'équipements. Tout cela associé au manque de médecin dans la région et l'impréparation des professionnels de santé.

Le nom de l'association - "Kurikama" - n'a pas été choisi au hasard. Il est celui d'un mythe et aussi celui d'une jeune Yanomami. Pour se protéger d'un déluge qui menaçait tout le peuple Yanomami, une jeune fille a été décorée avant d'être jetée dans les eaux. Son sacrifice a permis de sauver le peuple. Kurikama s'est alors transformée en esprit. Les Yanomami sont d'avis que le mythe est lié à leur vécu actuel. Le logo de l'association – une jeune fille au bord d'une rivière - est un hommage à cet esprit.

La création de cette association marque la volonté des communautés yanomami de ces régions difficiles d'accès de mieux défendre leurs intérêts. Un progrès dans l'exercice de la citoyenneté. Il est utile de s'en réjouir ce 10 décembre qui est la Journée internationale des droits de l'homme.

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* Prononcer "Chapono" et ** "Komichiwe"

Photo © Associação Kurikama. C'est le logo de l'association. Il représente Kurikama qui a sauvé le peuple Yanomami / Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans AYA Info (No 88) le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2