le monde

  • La forêt amazonienne est malade

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    En mars dernier "Nature", la bien connue revue scientifique britannique a publié les résultats d'une étude* conduite depuis une trentaine d'années par de nombreux chercheurs : la forêt amazonienne absorbe de moins en moins le dioxyde de carbone (CO2) anthropique. Dans les années 90, chaque année, l'Amazonie retirait de l'atmosphère environ 2 milliards de tonnes de CO2. Aujourd'hui, elle n'en absorberait seulement que la moitié. Plusieurs medias ont relayé l'information.

    Parmi ceux-ci, le quotidien français Le Monde qui relève que le taux de mortalité des arbres a augmenté de 30% en trente ans. Entre 1990 et 2000, le surplus de gaz carbonique rejeté dans l'atmosphère a favorisé la croissance de la forêt. C'est ce que souligne sur France tv info Jérôme Chave, spécialiste en évolution et diversité : "L'arbre d'Amazonie a plus de nourriture, il grandit plus vite, c'est le premier effet que l'on observe… Comme tous les gens qui mangent trop, les arbres ont une certaine capacité, puis ils saturent à un certain point et ils ne sont plus capables d'absorber aussi vite le dioxyde de carbone que l'on met dans l'atmosphère".

    À l'occasion de la conférence "Bonn Challenge" qui a eu lieu en mars dernier dans la ville allemande, sous les auspices de l'Allemagne, de la Norvège et de l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature -  UICN, 15 pays se sont engagés à replanter, sur leur territoire, 60 millions d'ha de forêt d'ici 2020, l'équivalant de ce qui a été détruit ces dix dernières années en Amazonie. Le Brésil est dans la liste des six pays qui se sont engagés à restaurer moins d'un million d'hectares.

    Les chiffres relatifs à la déforestation en Amazonie brésilienne montrent qu'entre août 2013 et juillet 2014 celle-ci était de l'ordre de 4'848 Km2, soit une réduction de 18 % par rapport à la même période 2012 – 2013 où elle avait été de 5'891 km2. Cependant l'Institut de l'Homme et du Milieu Ambiant de l'Amazonie – IMAZON n'a pas écarté la possibilité d'une forte augmentation de la déforestation qui doublerait pour la période 2014 – 2015. Dans son bulletin de mars 2015, l'organisation compare l'évolution de la déforestation de la période d'août 2013 à mars 2014 où elle avait été de 560 km2 et la même période (août 2014 à mars 2015) où elle a été de 1'761 km2, soit une augmentation de 214 %. Le 11 mars, les ministères brésiliens de l'Environnement et celui de la justice ont signé un accord avec la Banque Nationale de Développement Economique et Social – BNDES pour financer des opérations de lutte contre la déforestation illégale de la forêt amazonienne.

    Le réseau Globo, dans la série "Fantástico", sous le titre "Amazônia Sociedade Anônima" a diffusé, du 22 mars au 19 avril, cinq émissions d'une dizaine de minutes chacune, montrant les enjeux du développement actuel de l'Amazonie, ce qui doit être fait pour en garantir l'avenir.

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    * Revue "Nature" No 519 du 19 mars 2015 :

    http://www.nature.com/nature/journal/v519/n7543/full/nature14283.html

    - PS 1 : Voir sur ce blog les notes du 17 avril et 5 décembre 2014

    - PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    - Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 102, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • François Hollande, le Brésil, la Guyane et l'orpaillage illégal

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    Resté quasiment cinq ans dans les tiroirs et devant les Commissions du parlement brésilien, l'accord, signé en décembre 2008, pour renforcer la coopération entre la France et le Brésil afin de prévenir et réprimer l'orpaillage illégal en Guyane a été approuvé par la Chambre des députés le 12 décembre dernier. Le président français était alors en visite officielle au Brésil. Le parlement français l'avait adopté en juillet 2011 déjà. Cet accord, voulu par les deux présidents Lula et Sarkozy en février 2008, concerne les zones protégées ou d'intérêt patrimonial. Il s'applique dans une bande de 150 km de part et d'autre de la frontière. Il énumère une série de mesures à mettre en œuvre dans différents domaines. Par exemple, parmi les mesures pénales, il est prévu la confiscation des produits des infractions, mais aussi la confiscation et la destruction des biens et matériels utilisés pour commettre les infractions. Il devra encore être mis en œuvre. La France aura-t-elle plus de poids pour le faire appliquer maintenant que Brésil a choisi le Gripen suédois, au détriment du Rafale français, pour renouveler sa chasse aérienne ?

    Les forces de l'ordre ont également à contrôler la frontière avec le Suriname, pays avec lequel la France a un accord de coopération transfrontalière en matière policière, mais le président français souhaite un accord semblable à celui signé avec le Brésil.

    Le 6 décembre, peu avant l'arrivée F. Hollande en Guyane, la Préfecture de région avait fait le point sur l'orpaillage illégal. Elle a fait état d'une aggravation de la situation. Après un net recul en 2008 – 2009, tous les indicateurs sont en hausse sensible. En 2009, il avait été relevé 535 chantiers actifs, il y en avait 771 en 2013.

    La société civile guyanaise s'inquiète. Un collectif – Les Hurleurs de Guyane – composé d'une quarantaine d'associations a appelé à manifester le 13 décembre pour attirer l'attention de F. Hollande sur la gravité de la situation décrite dans un intéressant document d'une trentaine de pages. Ils y affirment que la production illégale de l'or est entre 3 et 20 fois la production d'or déclarée, comprise elle, entre 1 et 2 tonnes par an. Ce texte a été remis aux conseillers du président.

    Les 13 et 14 décembre, dans plusieurs de ses discours, le président de la république a évoqué le problème de l'orpaillage illégal : "Nous irons jusqu'au bout de ce combat" a-t-il annoncé à sa descente d'avion.  Il a rappelé la mort de trois militaires et les graves blessures dont ont été victimes deux légionnaires dans les opérations de lutte contre l'orpaillage illégal. Devant les élus, puis devant les acteurs économiques de Guyane, il a repris une proposition qui lui a été faite de créer un opérateur public qui, "dans le respect de l'environnement, permettrait une exploitation de l'or guyanais au bénéfice de la seule Guyane".

    Un contact avec les organisations amérindiennes de Guyane n'était pas prévu au programme de la visite. Et, apparemment, celles-ci ne se sont pas manifestées. Cependant, à l'occasion de ce voyage, Raymond Depardon, photographe et cinéaste; Michel Adam, anthropologue et professeur; ainsi que Jean-Patrick Razon, directeur de Survival International – France, ont signé une "Tribune" dans le quotidien "Le Monde" du 12 décembre : … "Si François Hollande aspire à faire de la France "la nation de l'excellence environnementale", il est temps qu'il reconnaisse les droits fondamentaux des peuples indigènes de la République, les meilleurs gardiens de la biodiversité, et qu'il envisage sérieusement la signature de la convention 169 de l'OIT". En Guyane ce sont certainement les populations amérindiennes qui souffrent le plus de l'orpaillage illégal comme l'a bien montré le film "Dirty Paradise" de Daniel Schweizer*.

    Enfin, le Brésil n'ayant pas encore terminé les travaux d'accès au pont sur l'Oyapock et permettant une liaison routière avec la Guyane, l'inauguration n'a pas été programmée pour cette visite… La construction du pont avait été annoncée en février 2008. L'inauguration était souhaitée pour 2010.

    * Le film a été présenté en mars 2010 au Festival du Film et Forum sur les droits humains –FIFDH de Genève où il a reçu le Grand Prix de l'État de Genève – voir AYA Info No 48

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    À tous les lecteurs de ces notes, amis ou inconnus, réguliers ou occasionnels, je souhaite une année 2014 de "Bien vivre" et de progrès vers une "Terre sans mal", selon des expressions utilisées par les peuples indigènes.

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    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    - Cette note a été publiée dans AYA Info (No 89), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2