24/11/2015

CIMI : le nouveau président et les violences contre les indigènes au Mato Grosso do Sul

Lors de sa dernière Assemblée générale, réunie à mi-septembre à Luziânia, dans l'État de Goias, le Conseil Indigéniste Missionnaire  - CIMI * s'est donné un nouveau président : Dom Roque Paloschi, alors évêque de Roraima où il avait été nommé en mai 2005. Il va quitter ce diocèse pour occuper le siège de l'Archidiocèse de Porto Velho, la capitale de l'État de Rondônia. Dom Roque a accompagné de près la démarcation, par Lula en avril 2005, de la Terre Indigène Raposa Serra do Sol. Nombreux ont été les conflits engendrés par cette reconnaissance des droits territoriaux des Indiens Ingarikó, Macuxi, Patamona, Taurepang et Wapichana qui occupent cette aire indigène.

Cette nomination a été saluée par le Conseil Indigène de Roraima – CIR qui,  "avec ses 465 communautés indigènes, totalisant approximativement soixante mille indiens, réaffirme son partenariat et son engagement avec cette entité indigéniste qui agit depuis plus de 40 ans au service des peuples indigènes du Brésil".

Dom Roque succède à Dom Erwin Kräutler. Ce dernier a présidé le CIMI pendant quatre mandats de quatre ans, de 1983 à 1991, de 2007 à 2015. Actuellement il est évêque d'Altamira, la localité proche du barrage de Belo Monte. Il est connu, et menacé, pour ses prises de positions en faveur les populations riveraines, notamment les communautés indigènes, touchées par la construction de l'ouvrage hydroélectrique.

Dans l'introduction de son dernier rapport en tant que président, le prélat relève "[les] Tensions et préoccupations, les angoisses, la peine, et par dessus tout, l'indignation et la révolte, devant la négligence et, souvent l'omission ouverte des pouvoirs constitués qui caractérisent les années 2014 et 2015. Les défis sont journaliers et sans trêve; mais nous pouvons affirmer qu'avec la grâce de Dieu, nous étions et nous sommes aux côtés des peuples indigènes qui affrontent les attaques à leurs droits, les plus violentes dans l'histoire récente du pays."

Le Mato Grosso do Sul (MS) est connu pour être le théâtre de nombreux conflits violents** entre les indigènes et les fazendeiros. Le CIMI y a compté l'assassinat de 390 indigènes au cours des 12 dernières années. Dans cet État, il est l'objet d'une Commission d'Enquête Parlementaire – CPI créée au sein de l'Assemblée législative – AL. Le 28 août dernier, deux députés de l'AL ont reçu plusieurs fazendeiros qui ont demandé leur appui pour résoudre les conflits pour la terre. Ils accusent le CIMI de financer les actions des indiens qui luttent pour récupérer leur territoire ancestral. C'est la députée Mara Caseiro qui a proposé la création de cette CPI à l'Assemblée, une proposition acceptée le 29 septembre. L'Assemblée a même désigné cette députée pour présider la Commission.

Le 7 octobre, à l'AL même, s'est tenue une cérémonie œcuménique organisée par diverses entités qui appuient la cause indigène. Dom Roque Paloschi s'est exprimé à cette occasion : "Nous n'avons rien à cacher. Au contraire, c'est une chance de montrer les souffrances de ces peuples… Nous voulons qu'elle [la Commission] ouvre la voie pour une investigation relative aux morts indigènes. Il est facile de criminaliser un peuple opprimé par une société oppressive."

Comme en réponse à la création de cette CPI, d'autres députés ont proposé la création d'une autre Commission d'enquête parlementaire au sein de l'AL, mais celle-ci est chargée d'enquêter sur les violences commises à l'endroit des indigènes dans cet État (les 390 assassinats). Cette Commission, très vite été appelée "CPI du Génocide", a été officialisée le 14 octobre. Elle a déjà commencé ses travaux.

À suivre…

* Le CIMI est l'organe la Conférence Nationale des Evêques du Brésil – CNBB chargé de la question des Peuples indigènes.

** Voir sur ce Blog, la note du 28 septembre 2015.

 

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note est une mise à jour de la "brève" publiée dans "AYA Info" No 106, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

 

  

17/08/2015

Un nouveau président à la tête de la Funai

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Le nouveau président - 63 ans - a une formation en agronomie. Il a été engagé dans le mouvement estudiantin. En politique, membre du Parti des travailleurs, il a assumé divers mandats politiques : conseiller municipal à Manaus, député à l'Assemblée législative de l'État d'Amazonas. Il a également été Sénateur, membre de plusieurs commissions. Selon le quotidien de Manaus "A Crítica", le choix du gouvernement est lié à une volonté de donner plus de place aux politiciens de l'Amazonie dans les sphères dirigeantes du pays.

L'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB, dans une note du 1er juin dernier a rappelé sa demande : que la présidence de la Funai soit confiée à Flávio Chiarelli. L'Articulation n'a pas été entendue du gouvernement. L'ex-président par intérim a été nommé Conseiller spécial du ministre de la Justice.

La Présidence de la FUNAI, compte tenu de la politique indigéniste du pays, est un poste où le turnover est important. Le mandat de Márcio Meira qui a duré cinq ans, d'avril 2007 à avril 2012 fait figure d'exception. La Funai a été fondée en décembre 1967. Elle a connu plus d'une trentaine de présidents !

Les deux dernières Présidences de la république – celles de Lula et de Dilma Rousseff - se distinguent par le petit nombre de Terres Indigènes démarquées.

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Photo : José Cruz /Agência Brasil : João Pedro Gonçalves da Costa lors de la cérémonie de sa prise de fonction à la tête de la Funai, le 17 juin 2015. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

* Voir sur ce blog, les notes des 15 novembre 2014, 2 août 2013, 21 et 28 avril 2012.

 PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 104, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

30/01/2015

Le trafic illégal de bois d'Amazonie : la Suisse concernée


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Cependant, l'enquête conduite par Greenpeace permet de connaître les pays importateurs de bois brésilien et les firmes qui achètent ces produits. La Suisse est présente parmi ceux-ci. L'entreprise Gétaz–Miauton, de Saint-Légier dans le canton de Vaud, est citée comme importatrice. Les animateurs de l'émission sont allés interviewer un responsable de la firme pour lui demander sa réaction face aux documents fournis par Greenpeace. Il a présenté le certificat – un "bon de sortie" - remis par les douanes helvétiques attestant que toutes les pièces prouvant une importation égale avaient été fournies. Gétaz-Miauton reconnaît qu'il lui est impossible de connaître de quelle forêt provient le bois, sa vérification s'arrête à la scierie. L'entreprise s'engage à être plus vigilante à l'avenir.

Les animateurs ont également questionné une responsable de l'Office Fédéral de l'Environnement – OFEV à Berne : la Suisse, n'a pas de réglementation – comme dans l'Union Européenne - interdisant l'importation de bois illégal. Depuis 2010, une déclaration de l'espèce et de l'origine du bois est cependant obligatoire pour tous les bois et les produits du bois, en tant qu'information aux consommateurs. L'Office souhaite voir l'interdiction du bois illégal être traitée dans le cadre de la révision de la loi sur la Protection de l'Environnement – LPE. Révision qui est un contre-projet indirect à l'initiative populaire lancée par les Verts "Pour une économie durable fondée sur une gestion efficiente des ressources (économie verte)" déposée en septembre 2012. En février 2014, le Conseil fédéral a adressé un message aux Chambres fédérales recommandant le rejet de l'initiative, mais en proposant une révision de la LPE qui donnerait une base légale pour la lutte contre ce commerce. Le débat parlementaire a commencé au Conseil des États fin novembre qui a adopté la loi fédérale. Il devrait se poursuivre au Conseil National dans les mois qui viennent.

En novembre 2014, Greenpeace a organisé une opération coup de poing en mer du Nord pour dénoncer l'arrivage de bois "suspect" en provenance de l'Amazonie brésilienne en Europe. À la suite de cette opération l'ONG a annoncé que diverses entreprises européennes ont suspendu leurs achats d'Ipé auprès de Rainbow Trading, cette entreprise de Santarém plusieurs fois sanctionnée pour avoir commercialisé du bois extrait sans autorisation. Ce 19 janvier, l'organisation regrette que la Belgique ait libéré un chargement de bois sans qu'il y ait une preuve fiable quant à l'origine légale de la marchandise en provenance de cette scierie.

Ce trafic illégal de bois amazonien a déjà été dénoncé par Survival International**, notamment pour la sauvegarde du peuple Awá-Guajá de l'État du Maranhão dont la Terre a été dévastée par des "madeireiros" (exploitants forestiers). Dans le film "Indiens d'Amazonie, le dernier combat" Survival a montré comment ce bois, coupé illégalement, est commercialisé en France.

La bataille contre la déforestation et le commerce illégal de bois n'est pas encore gagnée.

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* L'Ipé, parfois appelé "Ebène verte" est un bois dur, particulièrement recherché pour la construction de terrasses et escaliers extérieurs, bardages, mobilier de jardin, mais aussi pour divers aménagements intérieurs comme les parquets.

**Voir sur ce blog, la note du 30 janvier 2014.

Photo : © Bas Beentjes / Greenpeace. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans le dernier AYA Info (No 99), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

01/10/2014

Élections 2014 : Les candidatures indigènes

Pour ces très prochaines élections brésiliennes* le Tribunal Supérieur Électoral – TSE a publié une statistique relative à la couleur et à la race des candidats, selon qu'ils se sont déclarés appartenir à l'une ou l'autre de cinq catégories : blancs, indigènes (amérindiens)**, jaunes (d'origine asiatique), de noirs et de "pardos" (métis descendants de parents noirs et blancs; de blancs et d'amérindiens, et de noirs et amérindiens).

Au 11 septembre, sur les 26'142 candidats, 86 (soit 0,33%) se déclarent indigènes. Parmi ceux-ci, les plus nombreux – 55 - sont candidats pour siéger comme Député "Estadual" (dans une Assemblée législative d'un État); 25 sont postulants à la Chambre des Députés à Brasilia; 3 le sont pour un poste de Sénateur; 2 comme Sénateurs-suppléants et un pour un poste de Vice-gouverneur. Le TSE a déclaré 5 candidatures "Indigènes" non valables. Parmi les candidatures indigènes 29 (34 %) sont des femmes. Du point de vue géographique, 34 candidatures émanent de huit des neuf États de l'Amazonie légale.

Les candidates et candidats indigènes se présentent au corps électoral sur les listes de 23 partis différents. Les plus nombreux : 37 (dont 16 pour le seul Parti des Travailleurs - PT) sont inscrits dans les partis de la coalition de Dilma Rousseff. Celle de Marina Silva en compte 17. Et celle d'Aécio Neves 9. Il y en 12 sur les listes du Parti Socialisme et Liberté – PSOL, et encore 11 dans divers partis. Il faut noter que les coalitions de partis sont variables selon les différentes instances, les États et les postes dont il s'agit.

Dans l'histoire récente du Brésil, il n'y a eu qu'un Indien ayant siégé à la Chambre des Députés : il s'agit de Mário Juruna, élu de Rio de Janeiro entre 1983 et 1987. Le système de désignation des 513 membres de la Chambre des Députés, où chaque État a droit à un certain nombre de représentants en fonction de son nombre d'habitants, rend difficile une représentation indigène.

Des organisations indigènes s'inquiètent de cette absence de représentation. Au mois de mars dernier déjà, le Conseil Indigène de Roraima - CIR, avait mis la question de la politique des partis et du vote "propre" à l'ordre du jour de sa 43e Assemblée générale. En mai, le Conseil des Tuxauas des neuf ethnies de Roraima a voulu que le vote des Indiens soit en faveur de candidats Indiens. Ils ont proposé que deux dirigeants du CIR soient candidats : Mário Nicácio comme Député "Estadual" et Aldenir Wapichana pour la Chambre des Députés. Dans cet État, près de 12% des 497'000 habitants sont des indigènes, une candidature indigène a un mince espoir d'aboutir.

Il faut rappeler que la représentation politique dans cet État est particulièrement anti-indigène. Par exemple, Paulo Cesar Quartiero, député fédéral dans la législature qui se termine, et maintenant candidat au poste de Vice-gouverneur de l'État, a été l'un des plus farouches opposants à la démarcation de la Terre Indigène Raposa Serra do Sol.

À la fin septembre – début octobre 2013, au moment de la mobilisation indigène pour célébrer le 25e anniversaire de la Constitution, deux députés du PT, Nilmário Miranda et Padre Ton, ont déposé une Proposition d'Amendement Constitutionnel – PEC (No 320/2013) créant quatre sièges pour des représentants indigènes à la Chambre des Députés. Selon les auteurs, la proposition "renforce la démocratie brésilienne qui passe non seulement par la reconnaissance de l'importance politique des peuples indigènes brésiliens, mais consolide un modèle démocratique voulant une véritable inclusion sociale et politique". La proposition est toujours en examen…

Ces élections s'inscrivent dans un moment où les droits des peuples indigènes sont remis en cause.

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* Voir sur ce blog, la note du 26 septembre.

** En 2010, la population auto-déclarée "Indigène" (818'000 personnes) représentait 0,44% des habitants du pays.

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- PS 1 : Plusieurs notes ont été publiées sur ce blog, en octobre, novembre et décembre 2010 à l'occasion des élections de 2010.

- PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans "AYA Info" (No 96), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

26/09/2014

Élections 2014 : La question indigène dans les programmes de gouvernement

Le 5 octobre prochain, les 143 millions de citoyens brésiliens sont appelés aux urnes pour le premier tour de l'élection présidentielle, mais aussi pour élire leurs représentants à la Chambre des Députés, un tiers des membres du Sénat, les Gouverneurs et les membres des Assemblées législatives des États. Le deuxième tour aura lieu le 26 octobre.

À ce jour, trois candidatures pour la présidence de la république arrivent en tête des sondages, celle de Dilma Rousseff, l'actuelle présidente qui se représente pour une coalition constituée autour du Parti des Travailleurs (PT). Celle de Marina Silva, ancienne ministre de l'Environnement – elle avait été membre du gouvernement de Lula entre 2003 et 2008 - qui se présente pour la coalition constituée autour du Parti Socialiste Brésilien (PSB). Et celle d'Aécio Neves, de la coalition constituée autour du Parti de la Sociale Démocratie Brésilienne (PSDB).

Malgré leur caractère relatif, les programmes de gouvernement des candidats permettent, à l'aide de quelques mots-clefs : "Indigènes", "Démarcation", et [Communautés] "Traditionnelles", de connaître leurs intentions à l'égard des peuples indigènes du pays.

Dans le programme de Dilma Rousseff, les termes "Indigènes" et "Démarcation" n'y figurent pas. Le terme de populations "traditionnelles" est mentionné dans la partie "Un nouveau cycle historique" où il est question de renforcer l'usage de procédés productifs faibles en émission de gaz à effets de serre. Présidente sortante, son bilan en matière de politique indigéniste est critiqué par les organisations indigènes. Par exemple, ces dernières lui reprochent de n'avoir démarqué que quelques Terres Indigènes au cours de ses années à la tête de la république.

Dans celui de Marina Silva, le terme "Indigènes" revient trois fois. Tout d'abord dans la description des axes de son action gouvernementale en faveur d'un nouveau cycle de développement soutenable… par la construction d'un État et d'une démocratie de haute intensité. Ensuite, en matière d'éducation, où est affirmé le droit à la diversité. Enfin, en matière de culture, d'activités artistiques, communautaires et entrepreneuriales : "Créer des formes adéquates pour le soutien (l'encouragement) des activités économiques des groupes indigènes et des populations traditionnelles".

Le terme "[communautés] traditionnelles" revient trois autres fois. Tout d'abord en rapport avec l'axe 2 de son programme : "Economie pour le développement durable" à propos des "Regroupements productifs locaux" : ... appui à l'organisation sociale des producteurs locaux et des communautés traditionnelles… Ensuite à propos du "Développement rural et agropastoral" : établir des synergies entre les universités rurales et écoles techniques agricoles pour répondre aux demandes des  communautés et populations traditionnelles. Le terme "démarcation" est cité une fois dans la partie "identités et reconnaissance des diversités culturelles" : garantir les processus de démarcation et d'homologation des terres indigènes et les possibilités de développement et d'autonomie des peuples indigènes.

Dans le programme d'Aécio Neves, le terme "indigènes" revient six fois au chapitre des Droits humains. Il est mentionné la volonté de donner une priorité aux politiques en relation avec les secteurs les plus vulnérables de notre société (dont les peuples indigènes). Le terme "démarcation" est cité une fois au chapitre du "Développement soutenable de l'agriculture familiale alimentaire" : "accélération de la régularisation foncière des territoires, accélération des processus de démarcation en garantissant leur protection physique… Au chapitre traitant de l'environnement et de la citoyenneté planétaire, est inscrite la "Reconnaissance du rôle des populations traditionnelles dans la conservation de la biodiversité" et "Valorisation des connaissances de ces populations moyennant une politique et une législation spécifiques."

Compte tenu du fait que plusieurs candidats indigènes se présentent sous l'étiquette du Parti Socialisme et Liberté – PSOL, il est intéressant d'examiner le programme de gouvernement de Luciana Genro, la candidate de ce parti, même si les sondages ne la placent qu'en 5e position avec environ 1% des intentions de vote. Les termes "[communautés] traditionnelles" et "démarcation" n'y figurent pas. Et "indigènes" est cité une fois pour rappeler la mobilisation des peuples indigènes de mai dernier à Brasilia. L'intérêt des indigènes pour ce parti vient probablement du fait que ce dernier veut un autre développement économique : …"Le Brésil a besoin de conquérir sa véritable souveraineté. Aujourd'hui la situation [du pays] est la soumission aux intérêts du capital  financier et monopolistique…"

Comme on peut le constater, la question indigène est relativement peu présente dans les programmes de gouvernement. Ce thème ne fait l'objet d'un chapitre spécifique dans aucun de ces documents.

Le 15 septembre, l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB a publié une lettre ouverte aux candidates et candidats à la présidence de la république. L'articulation dénonce d'abord les attaques contre les droits indigènes émanant des pouvoirs publics et des grands médias. Elle leur demande de s'engager à respecter les droits inscrits dans la Constitution fédérale, la Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail et autres traités internationaux signés par le Brésil. L'APIB détaille en onze points l'essentiel de ses revendications. Les premières concernant les droits territoriaux : la démarcation et la protection de toutes les Terres Indigènes. Il y est aussi question de la représentation des peuples indigènes dans diverses instances, le service de santé et l'éducation indigène. "L'engagement des gouvernants à mettre en œuvre ce programme sera la manifestation d'une volonté de dépasser les plaies et atrocités commises contre nos peuples, jusqu'à aujourd'hui depuis les 514 ans de l'invasion européenne. L'application de ce programme donnera une réalité au modèle constitutionnel [de 1988] qui a mis fin à l'indigénisme "intégrationiste", ethnocentrique, autoritaire, paternaliste, tutélaire et "assistancialiste". Il permettra de restituer l'autonomie de nos peuples, sujets politiques, ethniquement et culturellement différenciés. Cela en faveur de la fin de l'État colonial et d'une société réellement démocratique, juste et plurielle."

- PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans "AYA Info" (No 96), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

30/01/2014

Enfin, le gouvernement évacue les envahisseurs de la Terre Indigène Awá-Guajá

En ce début 2014, le gouvernement brésilien a commencé les opérations d'évacuation des non-indiens présents sur la Terre Indigène (TI) des Awá – Guajá. Une TI de 1'165 km2 située dans l'État du Maranhão envahie par des fazendeiros et des madeireiros (exploitants forestiers). Ces derniers sont responsables d'une importante déforestation mettant en danger l'existence même du peuple Awá – Guajá composé de quelques centaines de personnes, en partie de contact récent et, en partie, encore isolé de la société environnante.

Cette TI a été déclarée d'occupation permanente par les Awá – Guajá en 1992 déjà. Le décret d'homologation (phase finale de la démarcation) a été signé par Lula en avril 2005. Ce décret a été contesté devant la justice. Cette dernière a reconnu la validité du décret présidentiel en mars 2012 et, en décembre 2013, elle a ordonné l'évacuation des envahisseurs. L'opération d'évacuation est coordonnée par le Secrétariat de la Présidence de la République en partenariat avec les forces de l'ordre et divers organes gouvernementaux dont la Fondation nationale de l'Indien – FUNAI. Après avoir reçu leur notification d'évacuation, les personnes concernées ont un délai de 40 jours pour quitter volontairement les lieux. Au début décembre 2013 déjà, l'Institut National de Colonisation et de Réforme Agraire – INCRA a fait connaître son intention d'acheter des terres pour y installer les agriculteurs évacués remplissant les conditions pour bénéficier de la réforme agraire.

La pression exercée depuis plusieurs années par les organisations indigènes et indigénistes au Brésil et au niveau international, notamment par Survival international, a certainement contribué à cette décision gouvernementale. Selon des informations publiées à mi-janvier 2014, des madeireiros agissant précédemment dans la TI Awá-Guajá vont continuer leur activité dans une TI voisine, celle de Alto Turiaçu, occupée par le peuple indigène Ka'apor. L'association indigène Kaaportarupi fait état de violences exercées par des madeireiros à l'égard de jeunes et de leaders de la communauté.

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Ceux qui veulent en savoir plus, peuvent prendre le temps (52 mn) de regarder l'excellent documentaire – Indiens d'Amazonie, le dernier combat - réalisé par Laurent Richard, en étroite collaboration avec Survival, déjà diffusé par France 5 le 7 janvier dernier. Le film montre le quotidien des Awá – Guajá  et leur cadre de vie. Il analyse aussi l'importance du trafic de bois extrait de la forêt amazonienne. Il donne la parole aux principaux protagonistes de l'évacuation des non-indiens.

 

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera reprise dans le prochain AYA Info (No 90), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

30/12/2013

François Hollande, le Brésil, la Guyane et l'orpaillage illégal

Resté quasiment cinq ans dans les tiroirs et devant les Commissions du parlement brésilien, l'accord, signé en décembre 2008, pour renforcer la coopération entre la France et le Brésil afin de prévenir et réprimer l'orpaillage illégal en Guyane a été approuvé par la Chambre des députés le 12 décembre dernier. Le président français était alors en visite officielle au Brésil. Le parlement français l'avait adopté en juillet 2011 déjà. Cet accord, voulu par les deux présidents Lula et Sarkozy en février 2008, concerne les zones protégées ou d'intérêt patrimonial. Il s'applique dans une bande de 150 km de part et d'autre de la frontière. Il énumère une série de mesures à mettre en œuvre dans différents domaines. Par exemple, parmi les mesures pénales, il est prévu la confiscation des produits des infractions, mais aussi la confiscation et la destruction des biens et matériels utilisés pour commettre les infractions. Il devra encore être mis en œuvre. La France aura-t-elle plus de poids pour le faire appliquer maintenant que Brésil a choisi le Gripen suédois, au détriment du Rafale français, pour renouveler sa chasse aérienne ?

Les forces de l'ordre ont également à contrôler la frontière avec le Suriname, pays avec lequel la France a un accord de coopération transfrontalière en matière policière, mais le président français souhaite un accord semblable à celui signé avec le Brésil.

Le 6 décembre, peu avant l'arrivée F. Hollande en Guyane, la Préfecture de région avait fait le point sur l'orpaillage illégal. Elle a fait état d'une aggravation de la situation. Après un net recul en 2008 – 2009, tous les indicateurs sont en hausse sensible. En 2009, il avait été relevé 535 chantiers actifs, il y en avait 771 en 2013.

La société civile guyanaise s'inquiète. Un collectif – Les Hurleurs de Guyane – composé d'une quarantaine d'associations a appelé à manifester le 13 décembre pour attirer l'attention de F. Hollande sur la gravité de la situation décrite dans un intéressant document d'une trentaine de pages. Ils y affirment que la production illégale de l'or est entre 3 et 20 fois la production d'or déclarée, comprise elle, entre 1 et 2 tonnes par an. Ce texte a été remis aux conseillers du président.

Les 13 et 14 décembre, dans plusieurs de ses discours, le président de la république a évoqué le problème de l'orpaillage illégal : "Nous irons jusqu'au bout de ce combat" a-t-il annoncé à sa descente d'avion.  Il a rappelé la mort de trois militaires et les graves blessures dont ont été victimes deux légionnaires dans les opérations de lutte contre l'orpaillage illégal. Devant les élus, puis devant les acteurs économiques de Guyane, il a repris une proposition qui lui a été faite de créer un opérateur public qui, "dans le respect de l'environnement, permettrait une exploitation de l'or guyanais au bénéfice de la seule Guyane".

Un contact avec les organisations amérindiennes de Guyane n'était pas prévu au programme de la visite. Et, apparemment, celles-ci ne se sont pas manifestées. Cependant, à l'occasion de ce voyage, Raymond Depardon, photographe et cinéaste; Michel Adam, anthropologue et professeur; ainsi que Jean-Patrick Razon, directeur de Survival International – France, ont signé une "Tribune" dans le quotidien "Le Monde" du 12 décembre : … "Si François Hollande aspire à faire de la France "la nation de l'excellence environnementale", il est temps qu'il reconnaisse les droits fondamentaux des peuples indigènes de la République, les meilleurs gardiens de la biodiversité, et qu'il envisage sérieusement la signature de la convention 169 de l'OIT". En Guyane ce sont certainement les populations amérindiennes qui souffrent le plus de l'orpaillage illégal comme l'a bien montré le film "Dirty Paradise" de Daniel Schweizer*.

Enfin, le Brésil n'ayant pas encore terminé les travaux d'accès au pont sur l'Oyapock et permettant une liaison routière avec la Guyane, l'inauguration n'a pas été programmée pour cette visite… La construction du pont avait été annoncée en février 2008. L'inauguration était souhaitée pour 2010.

* Le film a été présenté en mars 2010 au Festival du Film et Forum sur les droits humains –FIFDH de Genève où il a reçu le Grand Prix de l'État de Genève – voir AYA Info No 48

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À tous les lecteurs de ces notes, amis ou inconnus, réguliers ou occasionnels, je souhaite une année 2014 de "Bien vivre" et de progrès vers une "Terre sans mal", selon des expressions utilisées par les peuples indigènes.

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PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans AYA Info (No 89), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

02/09/2013

Brésil : la violence contre les peuples indigènes a augmenté en 2012

Brasil,Brésil,Amazonia,Amazonie,Autochtones,indigènes,indígenas,CIMI,CNBB,Mato Grosso do Sul,Fernando Henrique Cardoso,Lula, Dilma Rousseff,Lucia Helena Rangel,Roberto Antonio Liegbott,violência,povos indígenas,violence,peuples indigènesEn 2012, par rapport à 2011, dans les trois catégories de violences traitées par le document publié le 27 juin par le Conseil Indigéniste Missionnaire* - CIMI, il y a  eu une augmentation du nombre de cas et de victimes. Les cas de "violence contre le patrimoine" passent de 99 à 125. La "violence par négligence des pouvoirs publics" touchent 106'801 personnes contre 61'801 en 2011. C'est dans la catégorie de "violence contre la personne" qui comprend les menaces de mort, les homicides, tentatives d'assassinats, racisme, lésions corporelles et violence sexuelle que l'augmentation est la plus marquée : 1'276 victimes (378 en 2011). Il y a eu 60 assassinats (51 en 2011).

Ces assassinats ont des causes diverses, quelques-uns pour des conflits de la terre, d'autres pour des disputes interpersonnelles où la consommation ou l'abus d'alcool a été un élément facilitateur. En 2012, 37 d'entre eux l'ont été dans l'État du Mato Grosso do Sul. Une situation malheureusement habituelle. En effet, depuis 2003, soit ces dix dernières années, sur les 563 assassinats dénombrés dans le pays, 317 (55%) l'ont été dans cet État.

À parcourir les différents rapports du CIMI, l'évolution est inquiétante : sous la présidence de Fernando Henrique Cardoso, de 1995 à 2002, le Cimi a compté un total de 165 assassinats, soit une moyenne annuelle de l'ordre de 20,6. Sous la présidence de Lula, de 2003 à 2010, il en a dénombré 452, soit une moyenne annuelle de 56,5. Pour les deux premières années de la présidence de Dilma Rousseff, il y en a eu 111, soit une moyenne annuelle de 55,5.

Pour les auteurs du rapport**, cette violence trouve son origine dans plusieurs causes :

1.- Les conflits de la terre, accrus par l'indifférence du gouvernement vis-à-vis de ces conflits et sa position qui consiste à ne pas démarquer les terres indigènes, contribuant ainsi à l'augmentation des invasions et autres formes de violation des droits humains.

2.- Au confinement de peuples indigènes dans de petites réserves – notamment dans le Mato Grosso do Sul - qui sont de véritables camps de concentration.

3.- Aux campements sur les bords des routes où des dizaines de communautés indigènes sont abandonnées et exposées à d'innombrables dangers.

4.- La dégradation environnementale des Terres démarquées engendrée par l'exploitation du bois, des minerais, de l'énergie électrique.

5.- À la politique de développement du gouvernement qui transforme les droits indigènes en "obstacle au développement économique".

6.- À l'absence d'une politique indigéniste articulée avec les autres politiques [de l'État], ce qui fragilise les actions et services destinés aux communautés indigènes : santé, éducation, etc.

On retrouve là, les thèmes qui ont fait descendre de nombreux Brésiliens dans les rues ces dernières semaines.

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* Le CIMI est l'organisme de la Conférence nationale des évêques du Brésil  - CNBB chargé des questions indigènes.

** Lucia Helena Rangel, anthropologue à l'Université Pontificale Catholique – PUC de São Paulo et Roberto Antonio Liegbott, missionnaire laïc rattaché au CIMI Régional Sud.

- Voir sur ce blog, sur le même sujet, les notes des 14/09/2012, 09/09/11 et du 03/08/10 ou "AYA Info" No 74 pour le précédent rapport.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans le dernier AYA Info (No 85) le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

29/03/2013

L'OAB crée une Commission spéciale de Défense des Droits des Peuples Indigènes

Ordem dos Advogados do Brasil,OAB, Comissão Especial de Defesa dos Direitos dos Povos Indígenas, CNDDPI, Marcus Vinicius Furtado, Joênia Batista de Carvalho, STF, Wapixana, Mário Nicário, Raposa Serra do Sol, Lula, Boa Vista, Roraima, Supremo Tribunal Federal, doCip, Mécanisme d'Experts pour les Droits des Peuples Autochtones Le 23 février, à Boa Vista, la capitale de l'État de Roraima, Marcus Vinicius Furtado, le président national de l'Ordre des Avocats du Brésil  – OAB a annoncé la création, au sein de l'Ordre, d'une Commission Spéciale de Défense des Droits des Peuples Indigènes – CNDDPI. L'avocate Joênia Batista de Carvalho, une indigène Wapixana* a été désignée pour présider la Commission. Cette annonce a été faite au siège du Conseil Indigène de Roraima – CIR. L'objectif est de créer un instrument permanent susceptible de porter les préoccupations des peuples indigènes et de résoudre leurs problèmes. Mário Nicário, le Coordinateur du CIRa rappelé quelques préoccupations des peuples indigènes, par exemple : la proposition d'amendement constitutionnel qui veut conditionner la démarcation des terres indigènes, le vote du Statut de l'Indien, le suivi du service de santé…

Pour Joênia Wapixana (elle est plus connue sous ce nom-là), la création de  "cette Commission arrive à un moment opportun pour appuyer et orienter les actions de l'OAB pour garantir que nous soyons entendus. Aujourd'hui nous n'avons aucune voix au Congrès national".

Joênia est la première femme indigène avocate du Brésil. Elle a terminé ses études en 1997 à l'Université Fédérale de Roraima. Dans une récente interview donnée à l'agence EBC, elle a déclaré que "le droit  à la différence et la préservation de la culture indigène sont des principes présents dans la Constitution. Mais il y a encore un long chemin pour que le droit indigène soit pleinement garanti".

Le 27 août 2008, Joênia avait défendu devant le Tribunal Suprême Fédéral – STF le décret d'homologation de l'emblématique Terre Indigène Raposa Serra do Sol "en aire continue" tel que signé par Lula en avril 2005, mais mis en cause par des opposants favorables à une démarcation "en îles". Le 19 mars 2009, le STF a tranché dans le sens du décret présidentiel non sans avoir formulé des "conditions" restrictives qui font encore l'objet d'une controverse. Elle a défendu la cause des indigènes à de nombreuses reprises.

Le Centre de Documentation, de Recherche et d'Information des Peuples Autochtones – doCip (Genève) a annoncé que Joênia sera à Genève du 8 au 12 juillet pour la session du Mécanisme d'Experts pour les Droits des Peuples Autochtones – MEDPA.

* Prononcer "Wapichana"

Photo Eugênio Novaes : Joênia Wapixana et Marcus Vinicius Furtado au siège du CIR

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PS : L'activation des liens hypertextes renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Elles sont souvent en portugais, sauf quand il s'agit d'anciens "AYA Info".

Cette note a été publiée dans "AYA Info" (No 80), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

10/08/2012

La formation des professeurs Yanomami en éducation différenciée

Foto SECOYA curso de professores 2012:nota2xetapa3.pngIls sont plus d'une vingtaine de professeurs Yanomami, venant de huit communautés des rios Marauiá et Demini, à avoir participé à la 10e étape - sur 12 - d'une formation leur permettant d'obtenir, en 2014, la certification reconnue par les autorités. Ce cours de six semaines a commencé le 21 mai et s'est terminé le 29 juin. Il entre dans le cadre du programme d'éducation de l'association "Service et Coopération avec le Peuple Yanomami* - SECOYA" soutenu par l'ambassade d'Australie. Il a lieu à Poraquê, dans la municipalité de Rio Preto da Eva, à environ 80 km au nord de Manaus.

Si les disciplines enseignées concernent des matières traditionnelles : mathématiques, art et expression culturelle, littérature, informatique de base, d'autres sont plus spécifiques comme, la citoyenneté et les droits indigènes. Tout en veillant à mettre en pratique la législation en vigueur, il s'agit d'une gestion participative où toutes les décisions (le calendrier, la charge horaire, les contenus...) sont prises collectivement.

L'objectif de SECOYA est d'élaborer une proposition d'éducation scolaire différenciée qui puisse être reconnue par les pouvoirs publics de l'État d'Amazonas et par le Ministère de l'éducation. L'une des caractéristiques de l'enseignement "différencié" consiste à avoir les premiers degrés d'enseignement en langue yanomami, le portugais étant enseigné dans un deuxième temps. Il s'agit également de proposer, par l'école, une alternative aux politiques publiques d'assistance.

Ces dernières sont susceptibles de répandre, chez les bénéficiaires, les Yanomami, l'idée que les solutions des problèmes auxquels ils sont confrontés vont être apportées par d'autres acteurs. Ils courent le risque de n'être que les spectateurs des changements qui les affectent, alors que leur intérêt est d'être les protagonistes de leur propre histoire. L'école différenciée peut contribuer au renforcement du pouvoir de ce peuple sur son propre devenir.

Plus généralement, l'éducation scolaire différenciée est une demande des organisations et communautés indigènes. Pour mémoire, et pour ne parler que d'un passé récent, plusieurs événements ou décisions gouvernementales ont marqué l'évolution de l'éducation scolaire indigène ces dernières années.

En juin 2007, la Coordination des Organisations Indigènes de l'Amazonie Brésilienne - COIAB avait publié un manifeste destiné au Ministère de l'Education nationale dans lequel elle donnait un contenu pour un "Programme de Développement de l'Education indigène". Ce document a été signé par plusieurs organisations indigènes, indigéniste et autres ONG. La dixième proposition de ce manifeste demande la réalisation d'une Conférence nationale de l'éducation scolaire indigène.

Cette Conférence - une première au Brésil - a eu lieu en novembre 2009 à Luziânia (État de Goias). Elle a  été organisée par le Ministère de l'Education nationale. Elle a réuni, six cents délégués représentant plus de 200 peuples indigènes qui ont formulé des suggestions sur cinq thèmes : territorialité et autonomie, pratiques pédagogiques indigènes, financement et diversité culturelle, participation et contrôle social, lignes directrices pour l'éducation scolaire indigène. Fernando Haddad, alors Ministre de l'Education, avait souhaité une démarche participative, conforme à la Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail - OIT. Cette rencontre nationale avait été précédée, dès décembre 2008, de 1'800 de réunions préparatoires dans les communautés indigènes et 18 Conférences régionales. Le document final de la Conférence a été publié en avril 2010.

En parallèle à cette consultation, un décret présidentiel (No 6.861), signé par Lula le 27 mai 2009, a créé les "Teritoires ethno-éducationnels". Ce texte prévoit que l'éducation scolaire indigène sera organisée avec la participation des peuples indigènes. Il énumère les objectifs de cette éducation différenciée et les moyens techniques et financiers à mettre à sa disposition. Ce document, s'il est une réponse à la demande des organisations et communautés indigènes peine à être appliqué. Pour l'heure il existe une vingtaine de ces Territoires.

En 2007, le Brésil comptait près de 2'500 écoles indigènes qui accueillaient près de 177'000 élèves. Mais entre 30 à 40% de celles-ci ne disposaient pas d'un local approprié et le nombre de places était insuffisant.

Par son effort de formation des professeurs Yanomami, la SECOYA contribue à mettre en œuvre le droit à l'éducation différenciée dans son aire d'activité, essentiellement dans la partie de la Terre Indigène Yanomami qui se trouve dans l'État d'Amazonas, dans les deux municipalités de Santa Isabel do Rio Negro et Barcelos. On y compte neuf écoles indigènes : six sur les rives du rio Marauiá, deux sur les rives du rio Demini et une sur les rives du rio Preto, un affluent du rio Padauiri. Plus de 400 élèves reçoivent l'enseignement d'une vingtaine de professeurs.

* Le partenaire de AYA

Photo © SECOYA : Pendant le cours...

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Pour en savoir plus,

- En français,

- Voir AYA Info Nos 10, 19, 34, 44, 50 et 53 sur le site : http://www.terrabrasilis.ch/informations/ayainfo

- Sur ce blog, la note du 20 octobre 2010

- En portugais,

- Des informations relatives au cours sur le site de la SECOYA : http://www.secoya.org.br/index.php?option=com_content&... et http://www.secoya.org.br/index.php?option=com_content&...

- Le programme "Education* de SECOYA :

http://www.secoya.org.br/index.php?option=com_content&...

- Les documents relatifs à la Conférence nationale de l'éducation scolaire indigène de novembre 2009 :

http://coneei.mec.gov.br/index.php?option=com_content&...

- Le décret présidentiel instituant les Territoires ethno-éducationnels :

http://www.planalto.gov.br/ccivil_03/_Ato2007-2010/2009/D...

Une version réduite de cette note a été publiée dans le dernier "AYA Info" No 73, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2