13/08/2014

Indiens isolés : un contact met fin à une résistance séculaire

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, índios, peuples isolés, Funai, Ashaninka, Simpatia, Terras indigenas, Acre, Frente de proteção etnoambiental, Kaxinawa, Ninawa Huni Kuin, rio Xinane, rio Envira, madeireiros, narcotraficantes, Jorge Viana, CIDH, OEA, Bolivie, Bolivia, Colombie, Colombia, Equateur, Ecuador, Paraguay, Venezuela, Guiana, Suriname, Carta Capital, Felipe Milaneze, Glenn Shepard, Programa de Aceleração do Crescimento, Carlos Lisboa TravassoLe 1er juillet, la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI a publié un communiqué annonçant le premier contact établi par un groupe d'indiens, jusque-là isolés, avec une communauté Ashaninka du village Simpatia, dans la Terre Indigène Kampa et Isolés du Alto Rio Envira, dans l'État d'Acre, non loin de la frontière avec le Pérou. La rencontre a été pacifique comme en témoigne la vidéo ci-dessous. Au moment du contact, des membres du Front de Protection Ethno-environnemental Envira – FPE de la FUNAI étaient présents. Ils ont eu l'opportunité de filmer l'événement. Le 17 juillet, la Fondation a indiqué que ces indiens ont dû recevoir un traitement antigrippal. Ils n'ont pas échappé au choc microbien ! Elle a mis en œuvre le plan d'intervention pour les situations de contact. Il s'agit surtout de réduire les risques graves encourus par ces indiens dans le domaine de la santé. Leur organisme est dépourvu d'anticorps susceptibles de répondre aux attaques d'agents pathogènes.

Le FPE du Envira était présent dans ce village pour enquêter suite aux doléances d'indiens Kaxinawa qui se plaignent d'avoir eu à subir des saccages et des vols commis par des indiens isolés. Ninawa Huni Kuin, le président de la Fédération du peuple Huni Kuin demande que la FUNAI réactive la base du FPE du rio Xinane fermée en 2011 après une invasion de narcotrafiquants péruviens*. Pour lui, comme pour beaucoup d'indigénistes, les peuples isolés de la région sont sous la pression de "madeireiros" (exploitants forestiers) ou de narcotrafiquants qui envahissent leurs territoires.

Le Coordinateur général  du service des indiens isolés et de contact récent de la FUNAI, Carlos Lisboa Travasso, dans une interview à "Amazônia Real", décrit le détail des contacts qui ont eu lieu avec ces visiteurs. Il exprime également sa préoccupation quant à l'avenir des groupes isolés.

Pour l'heure, le gouvernement de l'État d'Acre a apporté son appui au FPE. Le sénateur Jorge Viana a demandé au ministre de la justice de garantir à la FUNAI les ressources nécessaires à la protection des indiens isolés. Il s'agit d'un investissement de 5 millions de Reais** sur quatre ans.

Le Brésil n'est pas le seul pays à avoir des peuples isolés sur son territoire. La Commission Interaméricaine des Droits Humains – CIDH, de l'Organisation des États Américains – OEA, est préoccupée par la situation de ces peuples dont plusieurs courent le risque de disparaître complètement. Elle vient de publier un rapport relatif aux "Peuples indigènes en isolement volontaire et en contact initial dans les Amériques". Une problématique qui, outre le Brésil, concerne la Bolivie, la Colombie, l'Equateur, le Paraguay et le Venezuela. Il y a des indices de présence de tels peuples en Guiana et au Suriname. Pour la CIDH, les principales menaces qui pèsent sur ces peuples sont : le contact en lui-même, les pressions sur leurs terres et territoires, l'extraction des ressources naturelles, les contagions et autres maladies, les agressions directes, les projets touristiques et le narcotrafic. La Commission fait une série de recommandations aux États concernés, comme la protection des territoires, la consultation préalable, libre et informée sur les projets concernant ces peuples.

Dans un article publié dans "Carta Capital", les bons connaisseurs des questions indigènes que sont le journaliste Felipe Milaneze et l'anthropologue Glenn Shepard, rappellent l'histoire des peuples indigènes du Brésil qui ont eu à souffrir du contact avec les non indiens : la période d'exploitation du caoutchouc, la dictature militaire et, maintenant, le Programme d'Accélération de la Croissance – PAC du gouvernement brésilien. Ils rappellent la trentaine d'ouvrages du programme qui impactent directement le territoire d'indiens isolés. Selon eux, l'isolement voulu par ces peuples est une stratégie de survie. Le contact établi par ces indiens isolés (qu'ils appellent Xatanawa) "met fin à une résistance séculaire". Les indigènes venus au contact des Ashaninka sont des survivants…

* Voir sur ce blog, la note (avec carte) publiée le 26 août 2011. Et "AYA Info" No 29 .

** Soit environ 2,2 millions de US$ ou 2 millions de CHF.

Photo : FUNAI, trois des indiens venus au contact du village Ashaninka

La vidéo ci-dessous a été vue plus de 2,2 millions de fois

 

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" (No 95), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2 

 

08/04/2014

L'armée intervient dans le conflit qui oppose les Tupinambá aux fazendeiros

Depuis la mi-février, environ 600 militaires sont arrivés à Ilhéus, une localité brésilienne située dans le sud de l'État de la Bahia. C'est le gouverneur de l'État, Jaques Wagner qui, le 11 février, a demandé et obtenu de la Présidente de la république et du Ministre de la justice la présence de l'armée pour le maintien de l'ordre dans cette région marquée par un conflit entre fazendeiros et indigènes Tupinambá. En janvier et février trois Tupinambá et un petit agriculteur ont été assassinés en raison de ce conflit qui dure depuis des années.

La tension est vive dans la région. Les indigènes veulent récupérer leur terre - la Terre Indigène (TI) Tupinambá de Olivença envahie par des fazendeiros. Elle a une superficie de 474 km2 s'étendant sur une partie des municipalités de Buerarema, Ilhéus et Una. Elle est habitée par environ 4'500 indigènes Tupinambá. Le processus d'identification de cette TI a commencé en 2004. En 2009, la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI a approuvé un rapport selon lequel l'aire est traditionnellement occupée par la communauté Tupinambá. Mais l'homologation n'a jamais été signée par le ministre de la justice qui demande encore des éclaircissements sur le rapport de la FUNAI.

Dans une "Lettre ouverte au Peuple Brésilien", la communauté Tupinambá dénonce la stratégie de ceux qui envahissent le territoire sacré de leurs ancêtres en diffusant de fausses informations à leur propos, allant jusqu'à nier leur existence en les qualifiant de "faux" ou "supposés" Indiens. "Nous avons été obligés de vivre dans l'anonymat pendant des décennies et des décennies… peu sont arrivés à se maintenir dans de petites aires et beaucoup d'entre nous vivent en périphérie  des grandes cités dans des conditions de vulnérabilité."…  "Nous savons que le manque d'information a conduit une grande partie de la société brésilienne à nous criminaliser et à nous discriminer… Nous demandons la paix et la garantie de nos vies, que le gouvernement démarque nos terres et cesse la violation de nos droits…" Et de conclure : "Nous, de la communauté Tupinamba de Olivença appelons au secours !"

Plusieurs entités, groupes ou collectifs d'organisations ont manifesté leur appui au peuple Tupinamba de Olivença. Une "Note" signée par plus de trente organisations demande au Ministre de la justice, à la présidente Dilma Rousseff et au Gouverneur Jaques Wagner de respecter la Constitution et les droits des peuples indigènes. Le Mouvement des Travailleurs ruraux Sans Terre –MST dénonce l'attitude des médias locaux et nationaux, alliés à la "Bancada ruralista " (le lobby de l'agrobusiness), qui tentent de mettre en conflit la communauté indigène et les travailleurs ruraux de la région, alliés historiques, dans la lutte pour la terre. Le MST demande la démarcation immédiate TI Tupinamba de Olivença, le retrait des forces de sécurité du territoire tupinambá, la fin de la violence, de la persécution et de la criminalisation du peuple Tupinambá. Pour le Procureur général de la république, Rodrigo Janot "Le fait est que le cycle d'invasions et reprises des terres par les fazendeiros de la région et les indigènes, se terminera de manière définitive seulement avec la finalisation du processus de démarcation…"

Du 14 au 16 mars, plusieurs centaines de personnes, représentant une quarantaine d'organisations du Brésil, d'Amérique latine et d'Europe ont participé à une "Marche d'appui" aux Tupiambá, sur un parcours d'environ 11 km allant de la route BR-101 à l'aldeia (village) da Serra do Padeiro. Les participants ont approuvé une déclaration dans laquelle ils dénoncent la soumission des autorités fédérales et de l'État de la Bahia aux intérêts de l'agrobusiness, la non protection des terres indigènes et quilombolas* et les medias régionaux et nationaux qui répandent la haine. Ils demandent la démocratisation des moyens de communication; la démocratisation de la terre avec la réforme agraire et la régularisation immédiate des terres indigènes et quilombolas. Ils demandent à la société brésilienne de s'indigner de l'ordre établi qui génère la violence et l'insécurité.

Le 24 mars, Rosivaldo Ferreira da Silva, plus connu sous le nom de Cacique Babau, leader de la communauté Tupinamba da Serra do Pardeiro a publié une lettre destinée aux autorités, à la FUNAI, au Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI, au Ministère Public Fédéral à l'ONU et autres. Dans ce document, il dénonce les intimidations, les menaces et les violences exercées par les forces de sécurité – présentes dans la communauté depuis le début février -  dont sont victimes des habitants de l'aldeia. Il se dit particulièrement menacé de mort.

Le 29 mars, la municipalité de Una, sur le territoire de laquelle s'étend une partie de la TI Tupinambá, a fait savoir qu'elle avait signé un partenariat avec l'armée afin que cette dernière puisse disposer d'une base provisoire. Le communiqué précise que "l'armée fait un travail intense de surveillance et de "blitz" (opérations "coups de poings") pour toute la cité et les districts, contribuant ainsi à la sécurité des habitants de Una…. L'armée restera dans la cité pendant un bon moment".

Cette présence de la force nationale et de l'armée dans la TI a été dénoncée le 3 avril dans une lettre adressée à la présidente de la république (avec copie à la Commission Interaméricaine des Droits de l'Homme). Ce document est signé par de nombreuses personnalités et entités brésiliennes et étrangères qui "exigent que l'armée et la Force nationale soient retirées du Territoire Tupinambá. Les signataires demandent la régularisation (la démarcation) du territoire et l'indemnisation des petits agriculteurs qui s'y étaient installés.

Combien de temps va encore durer ce face à face ?

En guise de rappel : les rédacteurs de la Constitution de 1988 – adoptée après la dictature militaire - avaient donné un délai de cinq ans pour démarquer toutes les Terres Indigènes du pays !

***

* Communautés de descendants d'esclaves noirs fugitifs.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note est une version actualisée de la "brève" publiée dans AYA Info (No 91), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

02/03/2012

Davi Kopenawa Yanomami à Genève

 

Le leader Yanomami, Davi Kopenawa, a été invité par les organisateurs du Festival du film et forum International sur les Droits Humains - FIFDH, qui se tient à Genève  depuis aujourd'hui jusqu'au 11 mars. Le 4 mars, après la projection* du film de Daniel Schweizer "Indiens d'Amatonie en sursis", il est prévu qu'il participe à un débat intitulé "Les populations autochtones en sursis". Les autres intervenants prévus sont : Santiago Canton, Secrétaire exécutif de la Commission Interaméricaine des Droits de l'Homme - CIDH de l'Organisation des États Américains - OEA et Jean Ziegler, Vice-président du Comité consultatif du Conseil des droits de l'homme de l'ONU.

Davi profitera de son passage à Genève pour rencontrer les responsables des organisations internationales concernées par la défense des droits des peuples autochtones.

Il est également coauteur, avec l'ethnologue Bruce Albert, du livre "La chute du ciel - Paroles d'un chaman yanomami" paru en septembre 2010 aux éditions Plon (Voir plus bas).

Quelques repères

Davi Kopenawa Yanomami

Davi est né vers 1956 à Marakana, dans une grande maison collective située dans la forêt tropicale du piémont du haut rio Toototobi, à l'extrême nord-est de l'État d'Amazonas, près de la frontière vénézuélienne.

Il a été agent de la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI, notamment comme interprète. Au début des années 80, il s'établit à Watoriki, un site localisé lui aussi à l'extrême nord-est de l'État d'Amazonas, entre les bassins du rio Catrimani à l'est, et celui du rio Demini à l'ouest. Il vit là avec sa famille. Son beau-père l'a initié au chamanisme yanomami.

En 1988, il se voit attribuer le "Global 500 Award" des Nations Unies pour sa contribution à la défense de l'environnement. Il a effectué plusieurs voyages aux États-Unis et en Europe.

Les associations indigènes

Les organisations indigènes ont un rôle essentiel à jouer pour l'avenir de ces peuples. Davi est président de l'Hutukara Associação Yanomami - HAY, dont le siège est à Boa Vista, la capitale de l'État de Roraima. En novembre dernier, il a participé à la IIe Assemblée des Yanomami de l'État d'Amazonas qui a eu lieu à Bicho-Açu, un village situé dans la partie inférieure du rio Marauiá, dans la municipalité de Santa Isabel do Rio Negro. Cette réunion a marqué une étape importante pour le renforcement de la défense des droits des indigènes, par les indigènes eux-mêmes, face à un environnement politique plutôt hostile.

La défense des droits territoriaux

La Constitution brésilienne de 1988 a marqué un tournant pour la reconnaissance des droits culturels, économiques et territoriaux des peuples indigènes. Pour les Yanomami du Brésil, une étape importante a été franchie quand, après des années de lutte et beaucoup de souffrances, Fernando Collor, le président de la république a signé le décret d'homologation de la Terre Indigène Yanomami, le 25 mai 1992. C'est un territoire de 96'650 km2, soit 2,3 fois la superficie de la Suisse. Ce droit à la terre est violé par diverses sortes d'envahisseurs, en particulier les chercheurs d'or.

Le très fort impact de l'orpaillage

À la fin des années 80, la région est envahie par ses dizaines de milliers de chercheurs d'or (garimpeiros). Le corollaire de cette invasion est la mort de plus d'un millier de Yanomami victimes de maladies transmises par les envahisseurs et des violences qu'ils commettent. L'un de ces épisodes violents est certainement le "Massacre de Haximu" commis par des garimpeiros en 1993. Un acte qui s'est soldé par la mort de 16 indigènes, dont la majorité étaient des femmes, des enfants et des vieillards.

L'orpaillage n'a jamais vraiment cessé. Le 9 octobre dernier, le réseau de télévision Globo, dans son émission "O Fantástico", a diffusé un reportage** sur l'orpaillage illégal en Terre Yanomami. Le 27 octobre, une audience publique a eu lieu à la Chambre des députés au terme de laquelle des élus ont demandé au gouvernement de prendre des mesures pour mettre un terme à cette pratique, ainsi qu'à la commercialisation de l'or extrait illégalement. Une opération des forces fédérales a eu lieu au début novembre 2011. Selon les responsables de l'opération, le préjudice subi par les garimpeiros et les personnes qui financent cette activité a été estimé à 1,5 millions de Reais (environ 750'000 CHF au change de l'époque). À notre connaissance, il n'y a pas eu d'autre bilan de l'opération... L'histoire montre la capacité du "système orpaillage" à s'adapter aux événements... En d'autres termes, il s'agit de savoir si l'ensemble du réseau est hors d'état de nuire, ou bien s'il n'est qu'en veilleuse, en attendant le moment où il pourra reprendre ses activités ?

La défense du territoire n'est pas la seule préoccupation des Yanomami

En effet, les leaders Yanomami sont aussi préoccupés par la défense de leur culture au sens large, notamment par une éducation différenciée se traduisant par des programmes scolaires adaptés permettant l'apprentissage de la langue et de la culture yanomami. Les déficiences du service de santé indigène dans la Terre Indigène Yanomami sont régulièrement dénoncées...

Pour en savoir plus

À de nombreuses reprises, sur ce blog, il a été fait état des préoccupations des Yanomami. Ces notes sont reprises du bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" qui peut être consulté sur le site de Terra brasilis ( http://www.terrabrasilis.ch/ > Aya Info)

Deux ouvrages publiés en 2010 :

- "Les Yanomami du Brésil - Géographie d'un territoire amérindien" de François - Michel Le Tourneau. Collection "Mappemonde", Editions Belin (Paris) / ISSN 1275-2975 / ISBN 978-2-7011-5316-2 / 480 pages / 32 Euros.

- "La chute du Ciel - Paroles d'un chaman yanomami". Auteurs : Davi Kopenawa et Bruce Albert. Collection  "Terre Humaine" éditions Plon (Paris). 825 p. - 28 Euros - ISBN Plon : 978-2-259-21068-3 - ISSN : 0492-7915

* La projection et le débat auront lieu à 18h à la salle de l'Alhambra, 10 rue de la Rôtisserie à Genève. Le film sera également diffusé le 8 mars, dans le cadre de l'émission "Temps Présent" de la RTS (TSR)

** La vidéo est accessible sur Youtube : http://www.youtube.com/watch?v=AlSmEbB2wXg

Une partie de cette note a été publiée dans "AYA Info" No 69, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

11/11/2011

Belo Monte : batailles juridiques et autres protestations en cours

Les medias ont donné un large écho à la décision de la justice fédérale du 27 septembre, ordonnant de suspendre les travaux de construction de l'usine hydroélectrique de Belo Monte* sur le rio Xingu. Cette suspension ne concerne pas les travaux d'installation du chantier, ni la construction de logement des travailleurs. La justice interdit au consortium Norte Energie SA, tout ouvrage susceptible d'altérer le lit du rio Xingu comme l'implantation de port, de barrages, explosions, creusement de canaux et quelque ouvrage que soit qui puisse entraîner une altération de la piscifaune. La plainte émane de l'Association des éleveurs et exportateurs de poissons ornementaux d'Altamira - ACEPOAT.

Une deuxième décision de justice était attendue le 17 octobre. Il s'agissait de traiter un recours du Ministère public fédéral - MPF qui conteste le décret autorisant la construction de l'ouvrage. Le MPF reproche aux autorités de n'avoir pas procédé à la "Consultation préalable, libre et informée" des communautés indigènes avant de donner l'autorisation de commencer les travaux. La juge chargée du rapport s'est déclarée favorable à l'annulation du décret. Un deuxième juge a fait usage de son "Droit de regard" ce qui a entraîné un ajournement du procès au 26 octobre. Ce jour-là, ce juge, a défendu la validité du décret. Lors de l'audience, une troisième juge, nouvellement nommée au tribunal, a fait, elle aussi, usage de son "Droit de regard", la décision avait été renvoyée à ce 9 novembre. Cette juge a, elle aussi, défendu la validité du décret. Par deux voix contre une, le tribunal a ainsi tranché dans ce sens. Le Ministère Public Fédéral a déjà annoncé son intention de faire recours devant le Tribunal Suprême Fédéral.

Au plan international, le 27 octobre à Washington, la Commission Interaméricaine des Droits Humains - CIDH, de l'Organisation des États Américains - OEA a tenu audience pour traiter la plainte de plusieurs organisations brésiliennes relatives aux mesures de précaution devant être prises avant le début des travaux. Invité à faire valoir ses arguments, le gouvernement brésilien ne s'est pas présenté à l'audience. La présidence de la république a précisé que cette absence ne signifie pas une rupture avec la Commission. La décision de la Commission est attendue par les plaignants.

Toujours au niveau international, pour faire connaître son opposition à la construction du barrage, Raoni Metuktire, le leader Kayapó, un peuple du Xingu était reçu le 30 septembre à Genève, au siège du Haut Commissariat aux Droits de l'homme.

Sur le terrain de nombreuses manifestations ont eu lieu ces dernières semaines. Une des plus récentes étant l'occupation du chantier et d'une route d'accès, une partie de la journée du 27 octobre, par plusieurs centaines d'indigènes, de pêcheurs, de riverains et d'agriculteurs. Très vite une décision de justice a ordonné le départ des occupants.

Le 25 octobre, de nombreuses organisations  de la société civile ont adressé une note aux banques  intéressées par le financement de l'ouvrage les alertant sur les risques qu'elles encourent.

Le 31 octobre, Megaron Txucarramãe, un indien Kayapó, coordinateur régional de la FUNAI à Colider (Mato Grosso) a été démis de sa fonction, un poste qu'il occupait depuis 1995. Megaron affirme que son éviction est due à son opposition à la construction d'usines hydroélectriques programmées par le gouvernement, dont celle de Belo Monte. Questionné par la "Folha de São Paulo", le directeur de la FUNAI n'a pas souhaité commenter la décision qui, selon la Fondation, n'est pas liée à Belo Monte.

L'ouvrage de Belo Monte n'a pas fini de faire parler de lui...

***

* L'ouvrage est prévu pour avoir une puissance de 11'233 mégawatts ce qui en fera le 3e plus grand du monde après Itaipu, à la frontière du Brésil et du Paraguay, et celui des Trois Gorges en Chine.

Pour en savoir plus (en portugais) :

- Les actions en justice :

Le jugement du 27 septembre : http://www.socioambiental.org/nsa/detalhe?id=3417 et http://www.jfpa.jus.br/noticias/ver.php?id=1008

Le jugement du 26 octobre : http://www.socioambiental.org/nsa/detalhe?id=3442

Le jugement du 9 novembre : http://www.trf1.jus.br/sitetrf1/conteudo/detalharConteudo...

- Devant la CIDH : http://global.org.br/programas/belo-monte-apos-boicotar-a... et http://correiodobrasil.com.br/apos-ausencia-do-brasil-na-...

- Interview sous-titrée anglais de Raoni - par Rebecca Sommer - lors de son passage à Genève : http://www.youtube.com/watch?v=zGOEUhMo-r0

- La note envoyée aux banques :

http://www.xinguvivo.org.br/2011/11/07/bancos-recebem-not...

- Pour suivre ce qui se passe sur le terrain : http://www.xinguvivo.org.br/

 

Une version réduite de cette note a été publiée dans "AYA Info" No 65, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

08:27 Publié dans La lettre d'AYA | Tags : belo monte, raoni, megaron, xingu, cidh, oea | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |