25/09/2018

Le projet de la « Montagne d’or » divise la société guyanaise

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Pour rappel**, le projet de mine aurifère, la « Montagne d’or » se situe à 125 km au sud de Saint-Laurent-du-Maroni. Le site s’étend sur 800 ha au total, dont la fosse minière de 2,5 km x 400 m x 120 m de profondeur en moyenne. Cela pour extraire 6,7 tonnes d’or par an pendant 12 ans, et 750 emplois directs sont prévus en période d’exploitation. Il s’agit d’un projet de la « Compagnie Montagne d’Or - CMO », un consortium russo-canadien.

En vertu du code (français) de l’environnement, l’association « France Nature Environnement » a demandé que la CNDP (Commission Nationale Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, Guyane, orpaillage, La Montagne d'or, Columbus Gold, Nordgold, Cayenne, Saint Laurent du Maroni, Commission Nationale de Débat Public, CNDP, WWF France, France nature environnement, François de Rugy, Emmanuel Macron, Or de question, Nicolas Hulot, Fédération des Organisations Autochtones de Guyane, FOAG, Organisation des Nations Autochtones de Guyane, ONAG, Grand Conseil Coutumier des Peuples Amérindiens et Bushinengé, Jeunesse Autochtone de Guyane, COP 21, Christophe Pierre, Yanuwana Tapoka, Annick Girardin, Ministre des Outremer, Gabriel Serville, Collectivité Territoriale de Guyane, CTG, Rodolphe Alexandre, Guyane 1ère, Amers Indiens, Jeunesse Autochtone de Guyane, bushinenge, COP 21 de Débat Public) organise - en Guyane – un débat particulier pour informer et solliciter l’avis de la population. Le débat a eu lieu du 7 mars au 7 juillet 2018. Le compte-rendu des travaux de la Commission – un document de 140 pages - a été rendu public le 7 septembre dernier à Cayenne. Le budget du débat et les modalités de versement par la CMO ont fait l’objet d’une convention de financement, signée le 8 novembre 2017, entre la CNDP et la Compagnie. Le budget prévisionnel s’élève à 750'000 euros. À la date de la rédaction du compte rendu l’organisation du débat aura coûté 620’000 euros.

En conclusion de son compte rendu, sous le titre « Les principaux points de vigilance », la Commission note qu’« Il n’appartient pas à la commission particulière du débat public de se prononcer sur l’opportunité de mettre en œuvre le projet. À tout le moins peut-on affirmer que le débat public a mis en évidence la profondeur de la fracture que celui-ci provoque au sein de la société guyanaise et l’existence de forces d’opposition particulièrement déterminées avec lesquelles l’industriel comme les autorités publiques devront compter en cas de poursuite ». Si le maître d’ouvrage, qui a payé la consultation, décide maintenir son projet - il doit faire connaître sa décision avant le 7 décembre - la Commission lui adresse des recommandations, par exemple :  « ne pas sous-estimer l’importance des lieux de mémoire [des populations autochtones]; améliorer la transparence, l’opacité que malgré les efforts fournis, certains reprochent encore à la compagnie minière, pouvant laisser place à toutes les suppositions; donner aux solutions minimisant les risques et les impacts la préférence sur celles maximisant les profits, cela nous paraissant constituer un gage de pertinence de la notion de mine responsable. »

Les animateurs du débat – qui savaient l’opposition des Amérindiens à l’égard du projet - ont néanmoins souhaité voir la CMO répondre favorablement à l’invitation des autorités coutumières qui lui ont proposé une rencontre. Une date et un lieu ont été inscrits à l’agenda officiel : le 22 mai à la Maison de quartier de Village Pierre, à Saint-Laurent-du-Maroni. Mais le maître d’ouvrage n’a pas donné suite. La Commission note qu’« Il est impossible d’affirmer que le débat public aurait pu permettre au maître d’ouvrage de gagner ne serait-ce qu’un peu de confiance auprès des Amérindiens, tant la détermination d’un nombre important d’entre eux paraît forte. Il paraît en tout cas que son absence à la rencontre avec les autorités coutumières à Village Pierre n’a pu qu’avoir l’effet inverse. »

Après la clôture du débat en juillet, et avant la publication du compte rendu, le 31 août, le Grand Conseil Coutumier des Peuples Amérindiens et Bushinengé - GCC, réuni en assemblée plénière rappelle trois précédentes prises de position contre le projet, formulées en 2017 déjà. À propos de la forme, il affirme que « les Peuples Autochtones ont leurs propres processus de consultation, ainsi le débat public organisé par la CNDP ne peut être considéré comme une consultation valable de ces peuples au sens de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des Peuples autochtones et du droit au consentement libre, préalable et éclairé. » Le Grand Conseil considère que le refus de la CMO participer à la réunion de Village Pierre est une rupture de dialogue, un acte irrespectueux envers l’institution coutumière. Il dénonce la démarche de la CMO l’invitant à participer, le 4 octobre prochain, à un « Conseil Consultatif Local ». Il répète qu’il est la seule institution chargée de représenter et défendre les Peuples Amérindiens et Bushinengé. Sur le fond, en matière d’environnement, d’économie, de culture et de la spiritualité, le GCC redit son opposition au projet.

Début juillet, le WWF-France a publié les résultats d’un sondage réalisé en Guyane par l’Institut français d’opinion publique – IFOP pour connaître l’avis des Guyanais sur le projet minier. À cette date, ils étaient 69% à s’y déclarer opposés.

Début septembre, le médias ont rapporté les propos du nouveau Ministre (français) de la transition écologique et solidaire, François de Rugy pour qui « le projet ne pouvait pas être mené tel qu’il a été envisagé… ». Et également ceux de Pierre Paris, le PDG de la CMO qui se dit disposé à revoir sa copie et à ouvrir le capital de l’entreprise à la Collectivité Territoriale de Guyane - CTG. À propos du débat, le président de celle-ci, Rodolphe Alexandre, - favorable au projet - dénonce la manière dont il a été mené. Il plaide pour une consultation de tous les Guyanais.  

La division sur la forme de la consultation l’emportera-t-elle sur le fond, à savoir le modèle de développement à mettre en œuvre en Amazonie. Un territoire qui, d’Est en Ouest, est mis à mal par la déforestation et l’exploitation minière notamment ! La voix des Peuples autochtones sera-t-elle entendue ?

*Compte rendu de la CNDP p.79 /**Voir sur ce Blog, les notes du 10 mars, 26 juin et 31 août 2018

Illustrations : projet de site minier (extrait du compte rendu des débats de la Cpdp). Localisation du site en Guyane (extrait du document du WWF « Montagne d’or, mirage économique » p. 5. Cliquer sur les images pour en agrandir la taille.

Voir ci-dessous sur Youtube le « Coup de gueule » – Idée reçue - de l’humoriste et vulgarisateur scientifique Max Bird à propos de la « Montagne d’or » (4’33’’) :

                                                           

 

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 123, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

31/08/2018

« La Montagne d’or » : Hulot s’en va, la Jeunesse autochtone de Guyane réagit !

Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, Guyane, orpaillage, La Montagne d'or, Columbus Gold, Nordgold, Cayenne, Saint Laurent du Maroni, Commission Nationale de Débat Public, CNDP, WWF France, Emmanuel Macron, Or de question, Nicolas Hulot, Fédération des Organisations Autochtones de Guyane, FOAG, Organisation des Nations Autochtones de Guyane, ONAG, Conseil des Chefs Coutumiers de Guyane, Jeunesse Autochtone de Guyane, COP 21, Christophe Pierre, Yanuwana Tapoka, Annick Girardin, Ministre des Outremer , Gabriel Serville, Nicolas Hulot, Collectivité Territoriale de Guyane, CTG, Chambre de Commerce et d’Industrie de Région Guyane, Cercle Cyclope, Monseigneur Lafont, Lettre pastorale, Guyane 1ère, Amers Indiens, Christophe Pierre, Yanuwana Tapoka, Eline Grand-Emile, Jeunesse Autochtone de Guyane, bushinenge, Organisation des Nations Autochtones de Guyane, COP 21 « Si l’on comptait sur Nicolas Hulot pour arrêter « La Montagne d’or* », on ne serait pas sur le terrain... On compte plus sur la mobilisation directe de la population ! » Sur l’antenne de Guyane 1ère,  Christophe Pierre, porte-parole la Jeunesse autochtone de Guyane – JAG, opposée au projet de mine à ciel ouvert de « La Montagne d’or» a réagi à la démission, le matin du 28 août, de Nicolas Hulot, le Ministre français de la transition écologique et solidaire :

« Cela annonce peut-être une réponse qui nous serait défavorable. Je n’en sais rien, je ne suis pas dans la tête du Président de la République...  C’était quelqu’un [Nicolas Hulot] qui avait affiché son opposition, certes très timide. Et peut-être qu’il aurait dû y aller de manière beaucoup plus concrètement contre la Montagne d’or. Mais ensuite, cela ne dépend pas de son ministère... On avait tendance à tout reposer sur Nicolas Hulot alors que la Montagne d’or dépend du Ministre de l’Économie, Bruno Lemaire. Au final ce n’est pas lui qui aurait décidé, mais le Ministre de l’Économie et le Président de la République ».

Dans le texte publié sur sa page Facebook le 29 août, la JAG relève [qu’] « Il y a néanmoins un constat partagé avec Nicolas Hulot. En effet, l'Humanité, à travers la lutte contre la crise climatique, doit relever le plus grand défi de son histoire, et doit la remporter sinon nous connaissons tous la suite... Nous imaginons que le Sommet des Peuples Autochtones qu'il a annoncé à plusieurs reprises n'aura pas lieu non plus. Donc au final, avec ou sans Hulot, nous, nous continuerons à lutter. »

                                                                          ***

*"La Montagne d'Or" est un projet d’exploitation d’un site aurifère situé à environ 180 km à l'Ouest de Cayenne, sur la commune de Saint Laurent du Maroni. "La Montagne d'Or" est aussi le nom d'une compagnie née du regroupement de deux sociétés qui veulent exploiter le gisement. L'une, Columbus Gold est canadienne, et l'autre, Nordgold est russe. L'exploitation – prévue sur douze ans - se ferait en creusant une fosse de 2,5 km de long, sur 500 mètres de large et jusqu'à 400 mètres de profondeur. Il devrait y être retiré environ 80 tonnes d'or. Un débat public a été organisé en Guyane ces mois derniers dont on attend les conclusions. Voir sur e blog, les notes du 10 mars et du 26 juin 2018.

Illustration : cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 123, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

26/06/2018

Guyane : Le projet minier « Montagne d'Or » toujours controversé

Le débat public autour du projet minier de la « Montagne d’Or » est ouvert jusqu’au 8 juillet. Diverses réunions ont eu lieu en différents lieux de Guyane et sur différents sujets. Pour rappel, un consortium russo-canadien a l’intention d’extraire sur une douzaine d’années, 80 tonnes d’or tirées d’une fosse de 2,5 km de long sur 500 mètres de large et jusqu’à une profondeur de 400 mètres*.

Deux ministres ont eu l’occasion de s’exprimer récemment à ce sujet. Interviewée le 16 juin sur Radio Mayouri, Annick Girardin, la Ministre des Outremer : « Ce projet, tel qu’il est construit, tel qu’il est porté n’aboutira pas… Sur ce projet-là toutes les garanties ne sont pas réunies…». Le 13 juin, questionné à l’Assemblée nationale par le député guyanais Gabriel Serville qui demandait un moratoire sur l’utilisation du cyanure (pour extraire l’or sur le site minier), le ministre Nicolas Hulot répond : «Vous me voyez soulagé qu’un député de la Guyane ne cède pas spontanément au miroir aux alouettes. Et vous avez raison, on ne se posera pas suffisamment de questions avant de se prononcer sur ce projet et les mises en garde que vous évoquez doivent être prolongées et instruites. Les impacts environnementaux, les bénéfices économiques, à mon avis nous avons intérêt à remettre tout cela à plat… »

En septembre 2017, WWF France avait déjà publié une étude économique qui montrait le coût de ce projet, et, en conclusion de laquelle il a décidé de s’y opposer. En mai 2018, le Cercle Cyclope (Paris) a publié un rapport montrant, au contraire, l’intérêt économique d’exploiter cette mine : « À notre degré de connaissance du projet, rien ne semble témoigner d’un risque excessif par rapport aux bénéfices attendus ». Ce rapport, qui contredit celui du WWF, a été présenté le 15 juin aux membres de la Collectivité Territoriale de Guyane – CTG et à ceux de la Chambre de Commerce et d’Industrie – CCI de Région Guyane. Deux entités favorables au projet.

Autre prise de position, celle de Monseigneur Lafont, évêque de Cayenne. Le 28 mai, le prélat a publié une « Lettre pastorale » sur « La protection de création en Guyane ». Il évoque les menaces qui pèsent sur l’Amazonie en général et sur les peuples autochtones en particulier : « L’Église confesse sa part de responsabilité dans les blessures faites aux peuples autochtones depuis le début de la colonisation et jusqu’à aujourd’hui... ». Une partie du texte est consacré à la Montagne d’or :  «… On nous dit que cela va créer des emplois. Sans doute quelques-uns, mais à quel prix ! Le prix d’une opposition de plus en plus farouche entre les rares bénéficiaires d’une telle entreprise, et la majorité des guyanais, dans l’attente d’un légitime développement équitable !  Le prix de responsables, obnubilés par un seul projet, au détriment d’un rôle de nécessaire garant de l’intérêt général ! Et puis, le développement durable n’est pas là ! …  Chaque fois que j’ai écouté les jeunes parler de ce projet, j’ai trouvé une profonde réticence, pour ne pas dire un refus tout net. J’ai entendu les Amérindiens de notre territoire. Écoutons la sagesse des peuples de la forêt… »

Le 7 juin, Guyane 1ère a diffusé, à l’occasion du 170e anniversaire de l’abolition de l’esclavage, un documentaire « Amers Indiens » rappelant ce que les colonisateurs ont fait subir aux Amérindiens de Guyane : l’esclavage avant l’esclavage. Le lendemain, des animateurs de la chaîne ont invité un jeune Amérindien, Christophe Pierre - Yanuwana Tapoka selon son identité amérindienne - membre de la Jeunesse Autochtone de Guyane - JAG et Eline Grand-Emile, juriste, métisse (descendante amérindienne et bushinenge**) de réagir au documentaire. Une occasion de parler du passé, mais aussi de l’actualité. Le leader de la JAG évoque le projet minier : « Sur la question de la Montagne d’or, on nous parle d’experts à tout va, des experts en biologie, des experts miniers, mais nous avons aussi nos experts : nos anciens ont des connaissances, ils savent comment fonctionne ce territoire et il faut les écouter… On n’accepte pas, mais on peut comprendre la réponse à la détresse sociale actuelle. 750 emplois, on est tous prêts à sauter dessus... La lecture de cette détresse, de cette fragilité des élus guyanais est un aveu d’échec politique. Ils avaient 30 ans pour se préparer à la situation actuelle… L’étude d’impact sur la Montagne d’Or n’est pas publiée… C’est normal qu’il y ait des réticences, on ne sait pas ce que cela va engendrer… Comment, en ignorance de cause se prononcer « pour » et dérouler le tapis rouge… Voilà ce que fait la CTG qui ne respecte pas la décision des Amérindiens » (qui sont opposé au projet).

Le Gouvernement français écoutera-t-il les Amérindiens ? Autoriser l’exploitation d’une telle mine est-elle compatible avec la volonté de mettre en œuvre les décisions de la COP 21 ?

À suivre !

*Voir sur ce blog, la note du 10 mars 2018

**d’esclaves marrons.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note a été publiée dans « AYA Info » No 122, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

10/03/2018

Guyane : la Montagne d'Or, Or de question ?

De ce mois de mars à juillet prochain, la Guyane va débattre de l'opportunité d'autoriser, ou non, l'exploitation industrielle d'un site aurifère appelé "La Montagne d'Or". Celui-ci est situé à environ 180 km à l'Ouest de Cayenne, sur la commune de Saint Laurent du Maroni, entre deux réserves biologiques intégrales. "La Montagne d'Or" est aussi le nom d'une compagnie née du regroupement de deux sociétés qui veulent exploiter le gisement. L'une, Columbus Gold est canadienne, et l'autre, Nordgold est russe. L'exploitation – prévue sur douze ans - se ferait en creusant une fosse de 2,5 km de long, sur 500 mètres de large et jusqu'à 400 mètres de profondeur. Il devrait y être retiré environ 80 tonnes d'or. La société prévoit de créer 900 emplois pendant la construction de la mine, puis 750 emplois directs et 3'000 emplois indirects et induits pendant l'exploitation. Elle annonce vouloir mettre en pratique une approche environnementale et sociale responsables et se conformer à toutes les normes françaises et européennes. À la fermeture de la mine, elle s'engage à restaurer et à revégétaliser le site pour le retour à un état le plus proche possible de la situation naturelle.

En septembre 2017, la Commission Nationale (française) de Débat Public – CNDP (1) a décidé "qu'il revient aux habitants de la Guyane de participer à l'élaboration des décisions concernant le projet d'exploitation du gisement aurifère de la Montagne d'Or." Une Commission particulière a été désignée pour organiser la consultation. En fait, le débat a commencé il y a plusieurs mois.

Le WWF France (2) a réalisé une analyse économique du projet. L'organisation relève la fragilité des hypothèses retenues par la compagnie : "La fragilité de la rentabilité se constate alors que les calculs incluent les subventions massives dont le projet bénéficierait s'il était réalisé. Sans ces subventions massives, le projet serait dépourvu de rentabilité économique." Le WWF avance le chiffre de 560'000 Euros pour chacun des 750 emplois créés. "Les éléments économiques soulevés dans l'étude confortent le WWF France dans son opposition au projet Montagne d'Or." Il appelle à ce qu'un autre modèle de développement soit porté pour la Guyane. C'est ce que propose le collectif "Or de question".

Ce collectif, composé de plus d'une centaine d'organisations, après avoir énuméré les raisons de dire non au projet de mine, liste vingt-cinq domaines dans lesquels il est possible de développer des emplois d'avenir : agriculture, pêche, métiers du bois, énergies renouvelables, santé, économie sociale et solidaire, etc.

Questionné par des journalistes lors de son déplacement en Guyane en octobre 2017 (3), le Président de la République, Emmanuel Macron est d'avis que ce projet peut être favorable pour la Guyane : "Sur ses fondamentaux, le projet peut être bon pour la Guyane… Je souhaite que la Guyane puisse réussir avec ses atouts. Je ne suis pas pour mettre la Guyane sous une cloche. Mais avec des exigences et des contraintes. Elles sont de trois ordres : 1.- Le projet doit se conformer à la Charte "Mine responsable". 2.- Qu'il y ait un juste retour pour la Guyane en favorisant l'emploi local. 3.- Que réponse soit faite à tout ce qui émergera du débat public qui est organisé; le projet devra y répondre…"

Interrogé sur une chaîne TV française le 8 novembre dernier (4), Nicolas Hulot, Ministre de la transition écologique et solidaire, a déclaré qu'il n'était pas favorable à ce projet qu'il trouve purement spéculatif en l'état… "Je ne pense que ce projet soit fait pour créer de l'emploi… Cela va faire très cher à l'emploi créé… Il y a des impacts environnementaux pour un bénéfice d'emploi et économique assez réduit… Le Président a demandé que les Guyanais s'emparent de ce projet… J'ai exprimé mon opinion… Les Guyanais cumulent tellement de difficultés… C'est à eux maintenant de décider !"

Beaucoup d'élus guyanais se sont déclarés favorables à ce projet. Mais l'opposition est claire dans les organisations amérindiennes : la Fédération des Organisations Autochtones de Guyane - FOAG, l'Organisation des Nations Autochtones de Guyane – ONAG et le Conseil des Chefs Coutumiers de Guyane. À l'occasion de la COP 23, qui s'est tenue à Bonn, du 6 au 17 novembre dernier, un représentant de la Jeunesse Autochtone de Guyane, Yanuwana Tapoka (Christophe Pierre, selon son identité française) est allé expliquer devant le Tribunal International des Droits de la Nature les raisons de refuser le projet (5). Il était accompagné de deux personnes de France-Libertés et de Maïouri Nature Guyane. Dans son jugement, le Tribunal recommande la suspension immédiate du projet et tient l'État français pour responsable s'il venait à l'autoriser et, par conséquent, de tout dommage pouvant survenir si le projet voyait le jour…

À suivre !

                                                                        ***

(1) Site de la CNDP : https://montagnedor.debatpublic.fr

(2) Rapport du WWF-France : https://www.wwf.fr/vous-informer/actualites/montagne-dor-mirage-economique

(3) Interview du 31 octobre 2017 sur Guyane 1ère et ATV : https://la1ere.francetvinfo.fr/guyane/emmanuel-macron-projet-montagne-peut-etre-bon-guyane-527465.html

(4) Interview sur BFM TV du 8 novembre 2017 : http://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/nicolas-hulot-face-a-jean-jacques-bourdin-en-direct-1000471.html

(5) Tribunal international des droits de la nature : https://www.france-libertes.org/fr/victoire-projet-de-mega-montagne-dor-condamne-tribunal-droits-de-nature/

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 121, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

11/02/2018

Guyane: les sites d'orpaillage illégal ont doublé en un an

Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, Guyane, orpaillage, Parc amazonien de Guyane, Eric Vaillant, Procureur de la République, Cayenne, Saint Martin, Saint Barthélémy, Irma, Conseil scientifique, Emmanuel Macron, Solidarité Guyane, ONAG, Organisation des Nations Autochtones de Guyane, Tribunal administratif de la Guyane, Cour administrative d'appel, Bordeaux, Daniel Schweizer, Dirty Paradise, Les Abandonnées de la République, Les Hurleurs de Guyane, Cellule interrégionale d'épidémiologie, CIRE, Guyaplomb, Agence régionale de santé, Amérindiens, Grand conseil coutumier, Amérindiens, Bushinenge, Loi EROMÀ la fin 2017, les autorités guyanaises ont compté 609 sites d'orpaillage illégal actifs ou partiellement détruits, alors qu'il en avait été compté 302 un an auparavant. De son côté, au début janvier 2018, le Parc amazonien de Guyane a observé 171 de ces sites dans le sud de la Guyane, un niveau quasiment égal à celui d'août 2017 quand il en avait compté 177. En 2016, les forces de l'ordre avaient détruit 808 sites illégaux, mais 645 en 2017. Ces chiffres ont été annoncés par Eric Vaillant, le Procureur de la République de Cayenne le 26 janvier dernier. Ces mauvais résultats, il les explique par la nécessité de maîtriser la délinquance dans les localités du littoral; le besoin d'assurer l'ordre public pendant le mouvement social de mars/avril 2017; l'envoi de militaires aux îles de Saint Martin et Saint Barthélémy après le cyclone Irma. Le procureur annoncé son intention de développer la lutte contre l'orpaillage illégal, notamment par la destruction des sites et de tout le matériel et approvisionnement trouvés sur place. Cela en mobilisant et en organisant mieux les agents de toutes les administrations qui disposent de personnels ayant les pouvoirs de destruction des sites. Une législation récente permet de confier cette tâche à des adjoints de police judiciaire. Un protocole, signé le 30 janvier avec le Parc amazonien de Guyane, étend les compétences de quatorze inspecteurs de l'environnement du Parc leur permettant de saisir et de détruire les matériels utilisés par les orpailleurs illégaux sur l'ensemble du territoire concerné par le Parc (qui ne couvre qu'une partie du territoire de la Guyane).

Le 27 octobre 2017, à l'occasion de la visite en Guyane d'Emmanuel Macron, Président de la République, le Conseil scientifique du Parc lui avait remis une lettre ouverte dans laquelle il décrit une situation alarmante pour les populations amérindiennes qui présentent des taux inacceptables d'imprégnation mercurielle, par exemple dans la commune de Maripa-Soula ou plus de 90% de cette population y présente des taux supérieurs aux seuils de toxicité admis.

Cet appel à lutter contre l'orpaillage illégal en suit bien d'autres dont il a été question dans ce blog. Par exemple, la mise sur les écrans, en 2010, du documentaire de Daniel Schweizer, "Dirty Paradise" (1). La publication du livre "Les Abandonnées de la République" paru en 2014 (2). Et, dans la foulée, la plainte déposée auprès du Tribunal administratif de Cayenne par "Solidarité Guyane" et l'ONAG - Organisation des Nations Autochtones de Guyane. Elles demandaient une indemnisation de l'État, cela en réparation des préjudices qu'elles estiment avoir subis du fait de la carence fautive constatée de l'État à faire cesser les pratiques aurifères et d'orpaillage illégal. Le Tribunal a débouté les deux ONG qui ont fait recours. Mais, le 13 mars 2017, la Cour administrative d'appel de Bordeaux a confirmé le jugement rendu à Cayenne. Elle a estimé que les deux associations n'avaient pas établi "l'existence d'un préjudice moral direct et certain, résultant pour elles des fautes alléguées à l'Etat", mais elle n'a pas démenti les carences de l'État ! En Guyane même, le collectif "Les Hurleurs de Guyane" réclame des mesures depuis des années. À l'occasion du mouvement social qu'a connu la Guyane en mars/avril 2017, les organisations autochtones de Guyane avaient redit la nécessité pour l'État de prendre des mesure pour protéger les populations qu'elles représentent. Selon l'ONAG, ce 10 février, la Préfecture de Guyane a invité les représentants des autorités coutumières, ainsi que les organisation Autochtones et Bushinenge à participer à une réunion afin de désigner les membres du "Grand conseil coutumier des populations amérindiennes et bushinenges", prévu par la loi sur l'Egalité Réelle des Outre-mer - EROM (3) du 27 février 2017. Il est à prévoir que ce Conseil, chargé de défendre les intérêts des populations qu'il représente, ne manquera pas d'aborder ces questions de santé.

À relever encore que ce mois de janvier, lors des Rencontres de santé publique en Guyane, une étude appelée "Guyaplomb" (4) portant sur l'imprégnation par le plomb des enfants de 1 à 6 ans en Guyane a été rendue publique. Il ressort de cette enquête, portant sur 590 enfants, que 20% d'entre eux ont une imprégnation supérieure à la norme. Les communautés amérindiennes du sud guyanais sont les plus touchées. À Camopi, sur les 20 enfants inclus dans l'étude, 16 ont une plombémie supérieure à 50 microgrammes par litre de sang. La Cellule propose de rechercher les causes de cette situation et de mettre en œuvre de mesures adéquates pour en finir avec le saturnisme qui s'ajoute aux dégâts provoqués par le mercure.

Les autorités guyanaises vont-elles engager plus de moyens pour protéger la santé de toute la population sur tout le territoire ?

                                                                    ***

(1) "Dirty Paradise", voir sur ce blog la note du 4 mai 2010.

(2) "Les abandonnés de la République", voir sur ce blog la note du 17 décembre 2014.

(3) Sur le site : https://www.legifrance.gouv.fr/affichLoiPubliee.do?idDocument=JORFDOLE000032965298&type=general&legislature=14

(4) Sur le site : https://www.santepubliquefrance.fr/Agenda/2018/Rencontres-de-sante-publique-en-Guyane

Carte : le Parc amazonien de Guyane. Cliquer sur a vignette pour agrandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 121, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

29/12/2016

Deux fléaux frappent toujours les Amérindiens de Guyane

Les Amérindiens de Guyane sont victimes de deux fléaux : l'empoisonnement par le mercure en raison de l'orpaillage illégal qui pollue les rivières et le suicide des jeunes confrontés à une vie qui leur semble sans avenir. Le taux de suicide des jeunes Amérindiens est de 10 à 20 fois celui observé en Métropole. C'est à cette triste réalité qu'a été consacré un colloque le 30 novembre dernier, à Paris, au Palais du Luxembourg - le siège du Sénat français. Une réunion à l'initiative de la Sénatrice Aline Archimbaud. Il s'agissait de faire le point sur la mise en œuvre de 37 mesures préconisées dans un rapport* remis, il y a un an, au Premier Ministre, alors Manuel Valls, par elle-même et Marie-Anne Chapedelaine, Députée, après leur séjour en Guyane, en septembre 2015.

Elles y avaient effectué une mission parlementaire, confiée par le Premier Ministre, portant précisément sur le suicide des jeunes Amérindiens. Les actes du colloque n'ont pas encore été diffusés, mais le journaliste, Yves Géry, en a publié** quelques échos. Dans cet article, il donne surtout la parole aux Amérindiens qui ont exprimé un sentiment de non-reconnaissance de leur identité. Ils ont évoqué l'inadaptation de l'enseignement à la culture amérindienne: "L'école n'est pas du tout adaptée à notre mode de vie, elle fait en sorte que l'on y perd son identité amérindienne". Après le collège et le lycée, les jeunes retournent dans leur village "mais ils sont agressifs, car ils ne savent pas comment se positionner dans la communauté". Souvent sans diplôme, et très souvent sans perspectives d'emploi des jeunes désespérés songent à en finir avec la vie et passent à l'irrémédiable.

Un an après la publication du rapport, Aline Archimbaud observe que "le compte n'y est pas… je sors de cette conférence en étant consciente de tout ce qui bloque". La Sénatrice a eu le mérite de réunir différents acteurs sensibles aux différents enjeux liés à cette situation, notamment les représentants des organisations amérindiennes qui ont pu définir les actions prioritaires.

Au début du colloque, les participants ont eu l'occasion de voir le clip (3'38'') ci-dessous réalisé par le vidéaste Christophe Pierre, intitulé "No suicide". C'est un appel aux jeunes Amérindiens pour qu'ils ne commettent pas l'irréparable. C'est également une invitation à l'action commune des acteurs susceptibles d'améliorer la situation : "Marchons ensemble. Ainsi nos enfants verront l'horizon" dit-il dans le refrain. (N'oubliez pas d'activer les sous-titres pour avoir le texte en français)

* Voir sur ce blog la note du 22 décembre 2015. Pour accéder au rapport rendu en décembre 2015, utiliser le lien :

http://alinearchimbaud.fr/wp-content/uploads/2015/12/Suicide-des-jeunes-amérindiens-rapport-parlementaire-2.pdf

** Yves Géry est l'un des auteurs de l'ouvrage "Les Abandonnés de la République" (Voir sur ce blog la note du 29 décembre 2015). Son article est accessible sur le site : https://www.blada.com/jodlas/12293-_Le_coup_de_colere_des_Amerindiens_.htm

 

 

 PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 113, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

08/04/2016

Des Yanomami contaminés au mercure

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Yanomami, Ye'kuna, garimpagem, garimpeiros, orpaillage, ISA, Instituto Socioambiental, Fiocruz, Fundação Oswaldo Cruz, Mucajaí, Uraricoera, Roraima, Aracaçá, Waikás, OMS, Organisation Mondiale de la Santé, IBAMA, FUNAI, SESAI, Rapporteuse Spéciale sur les Droits des Peuples autochtones, ONU, Victoria Tauli-Corpuz, Ministério Público Federal, Davi KopenwaEn utilisant du mercure (Hg), l'orpaillage illégal* pratiqué dans les cours d'eau de la Terre Indigène Yanomami (TI-Y) contamine les populations riveraines. C'est ce que montre une récente étude conduite par la Fondation Oswaldo Cruz (Fiocruz) et l'Instituto Socioambiental (ISA).

Demandée par l'Hutukara Associação Yanomami - HAY, l'enquête a porté sur les populations Yanomami et Ye'kuna vivant dans des communautés riveraines des rios Mucajaí et Uraricoera (voir la carte ci-dessous). Sur ces deux rivières de l'État de Roraima, l'orpaillage illégal y est pratiqué régulièrement et depuis longtemps.

En novembre 2014, une équipe de chercheurs a visité 19 villages. Elle a collecté 239 échantillons de cheveux issus des groupes les plus vulnérables à la contamination : enfants, jeunes femmes, mais aussi des adultes ayant eu un contact direct avec l'activité d'orpaillage. Elle a également collecté 35 échantillons sur des poissons – surtout carnivores de grande taille - faisant partie de l'alimentation habituelle de cette population.

Le cas le plus alarmant a été observé dans la communauté Yanomami de Aracaçá, dans la région de Waikás. Dans ce village, 92% des échantillons présentent un taux élevé de contamination. Il est de plus de deux fois au dessus de celui duquel l'Organisation Mondiale de la Santé considère qu'il peut avoir de sérieuses conséquences pour la santé.

Ce mois de mars, une délégation de leaders indigènes, de la Fiocruz et de ISA est allée à Brasilia pour présenter les résultats de l'enquête aux responsables de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI, de l'Institut Brésilien de l'Environnement – IBAMA, du Secrétariat Spécial de Santé Indigène – SESAI, du Ministère Public Fédéral et encore à la Rapporteuse Spéciale sur les Droits des Peuples autochtones de l'ONU en visite au Brésil.

Les leaders indigènes ont demandé le retrait immédiat des garimpeiros (les orpailleurs) de la TI-Y et un service de santé particulier pour les personnes contaminées.

Cette note est l'occasion de rappeler que la Suisse importe de l'or du Brésil**. Y a-t-il une part d'or "sale" dans ces importations ? Quand donc un système de traçabilité sera-t-il mis en place pour assainir ce marché ?

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* Voir sur ce blog la note du 5 juin 2015

** En 2015, la Suisse a importé 22'283 kg pour un montant de 651'750'692 CHF, et 2'637 kg pour les mois de janvier et février 2016, pour un montant de 75'129'741 CHF. Ces chiffres sont encore provisoires.

Photo © ISA Marcos Wesley : Davi Kopenwa remet l'étude de la Fiocruz et de ISA à Mme Victoria Tauli-Corpuz, rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones

Carte : ISA

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 109, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

29/12/2015

Guyane : le recours des Abandonnés de la République* est rejeté

Le 19 novembre, le Tribunal administratif de Cayenne a rendu son jugement sur le "Recours en plein contentieux" déposé en avril 2014 par deux associations, l'Organisation des Nations Autochtones de Guyane - ONAG et "l'Association Solidarité Guyane" - ASG. Leur requête a été rejetée.

Elles formulaient trois demandes au tribunal : de condamner l'État français de verser une somme de 50'000 euros à l'ONAG et un euro symbolique à l'ASG; d'enjoindre l'administration de prendre toutes les mesures utiles à faire cesser les pratiques d'orpaillage illicite et de mettre à la charge de l'État une somme de 2'000 euros pour chacune.

Les deux associations soutiennent, notamment, que l'activité d'orpaillage, eu égard à son intensité, entraîne des répercussions majeures sur la santé des populations autochtones et sur l'environnement guyanais; que cette activité libère du mercure toxique pour l'environnement et que l'État, dûment averti, n'a pris aucune mesure préventive propre à encadrer l'activité aurifère légale et empêcher l'activité d'orpaillage illégal.

C'est le préfet de Guyane qui a fait valoir le point de vue de l'État. Selon lui, l'ONAG et l'ASG ne justifient pas de leur capacité à ester en justice, de la qualité de la personne habilitée à les représenter et, au regard de leurs statuts, d'un intérêt à agir.

Les considérants du tribunal – présidé par M. Josserand Jaillet - aboutissent à la conclusion, pour l'essentiel reprise de l'argumentation du préfet, au rejet de la requête. Le tribunal ne se prononce pas sur le fond, à savoir les carences de l'État face au drame vécu par les populations amérindiennes victimes de l'orpaillage.

Le site Guyaweb a estimé problématique que le président du tribunal administratif ait été, au début des années 2000, directeur de cabinet de l'ancien préfet de Guyane. De par sa fonction, ce haut fonctionnaire a été impliqué dans l'action de l'État, jugée insuffisante par les deux associations, contre l'orpaillage. Le président est interrogé sur un éventuel conflit d'intérêts et la possibilité de se dessaisir du dossier : "Je ne suis pas,on s'en doute, quelqu'un qui a tiré profit de ça" [de l'orpaillage]. Et d'ajouter : "le seul fait de connaître d'un sujet ou d'un dossier ne fait pas de vous quelqu'un d'impliqué." Il constate également que les associations requérantes n'ont pas demandé son désistement.

Ces dernières ont deux mois, à partir du 19 novembre 2015, pour faire appel de cette décision. Le 26 décembre, selon Guyaweb, Florencine Edouard, la coordinatrice de l'ONAG a annoncé que son organisation avait décidé de faire appel du jugement. Une cause qui devrait être traitée à Bordeaux.

Le 15 décembre, les Forces Armées de Guyane ont annoncé la fin de l'opération "Yawasisi" dans laquelle, pendant neuf semaines, 390 militaires et une soixantaine de gendarmes ont été engagés pour lutter contre l'orpaillage illégal. Selon le communiqué, sur les 400 chantiers répertoriés en Guyane, plus de 250 ont été contrôlés et neutralisés. La gendarmerie a saisi plusieurs dizaines de pirogues et de quads, 15 tonnes de vivres et 28'000 litres de carburants. Interviewé par Guyane 1ère, le préfet de Guyane, Eric Spitz, a souligné la participation, pour la première fois dans ce type d'opération, de divers corps de l'Etat : Police aux frontières, Douanes et Police judiciaire. Une opération réalisée également avec la coopération du Suriname et du Brésil.

                                                                   ***

* Titre de l'ouvrage publié en septembre 2014 chez Albin Michel qui décrit l'état d'abandon dans lequel se trouvent les Amérindiens de Guyane. L'épilogue annonce le dépôt de cette plainte. Voir sur ce blog, la note du 17 décembre 2014 et aussi celle publiée le 22 décembre dernier.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera reprise dans le prochain "AYA Info" No 107", le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

22/12/2015

Amérindiens de Guyane : trente-sept propositions pour réduire l'épidémie de suicides

Trente-sept propositions ont été faites au gouvernement français pour lutter contre l'épidémie de suicides qui touche les Amérindiens de Guyane. Un taux de suicide, notamment chez les jeunes, 10 et 20 fois plus élevé que celui relevé dans l'Hexagone. Ce constat a conduit le premier ministre français, Manuel Valls à constituer une mission parlementaire chargée de rapporter sur "la compréhension des raisons susceptibles de générer un tel passage à l'acte et qui puisse permettre de déployer rapidement en Guyane des mesures d'accompagnement susceptibles de prévenir de tels drames humains." La mission a été confiée à Mesdames Marie-Anne Chapdelaine, députée, et Aline Archimbaud, sénatrice*. Leur rapport a été rendu public le 15 décembre.

En ce qui concerne les origines de cette épidémie, "Les membres de la mission ont pu constater que les causes des suicides, ici comme ailleurs, sont multifactorielles (liées à l’isolement, économiques et sociales, intrafamiliales, identitaires et culturelles). Mais que « l’épidémie de suicides », pour reprendre le terme utilisé par nombre de ses interlocuteurs, était survenue dans le contexte d’une absence indiscutable d’accès aux services les plus élémentaires."

Pour les mesures d'accompagnement, les deux parlementaires ont formulé trente-sept propositions classées en deux catégories. La première est constituée de seize mesures qualifiées de "prioritaires". La toute première étant de "Renforcer le dispositif de prise en charge psychiatriques des personnes en crise suicidaire, des membres des familles et communautés impactées par un suicide". Une autre étant de "Réaliser enfin dans les villages de l'intérieur les travaux d'infrastructure urgents : eau potable, électricité, réseau téléphonique et internet." A ce sujet "La mission tient à faire observer que dans une région où l’on tire des fusées et où les technologies les plus « avant-gardistes » sont utilisées, il est difficile d’admettre qu’il n’existerait pas de solutions pour permettre à ces populations d’être mieux desservies, même si on peut concéder que les difficultés de production d’énergie, les barrières géographiques et les contraintes d’entretien soient massives." Ou encore, dans le domaine de la culture : "Reconnaître les cultures et les langues amérindiennes en Guyane." Etc.

La deuxième catégorie de mesures contient vingt-et-une propositions "complémentaires". Parmi celles-ci, onze concernent les services de santé; cinq l'éducation et la formation professionnelle; deux l'accès aux droits (emploi et autres); et, enfin, trois traitent de réformes institutionnelles.

Les auteures du document rappellent l'importance de la mise en œuvre des mesures proposées : "Un risque a été fortement souligné par les interlocuteurs de la mission : celui de la répétition de missions officielles similaires, certaines mêmes étant sévèrement suspectées d’être à visée touristique, et dont les résultats se font tellement attendre que leur absence pèse considérablement sur la crédibilité des missions suivantes."

Il est intéressant de noter que dans les annexes de leur rapport, les deux parlementaires ont publié l'entier de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des Peuples autochtones de septembre 2007 et de la Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail de 1989 non ratifiée par la France.

La balle est maintenant dans le camp du gouvernement !

*Voir sur ce blog, la note du 29 octobre dernier.

                                                                    ***

PS 1 : le "Recours de plein contentieux" formé par l'Association des Nations Autochtones de Guyane – ONAG et l'Association Solidarité Guyane devant le Tribunal administratif de Cayenne mettant en cause la responsabilité de l'Etat français dans la situation des communautés amérindiennes, notamment dans le domaine de la santé en raison de l'orpaillage illégal, a été jugé irrecevable le 5 novembre dernier (voir sur ce blog, la note du 17 décembre 2014). On reviendra sur ce sujet dans une prochaine note.

PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera reprise dans le prochain "AYA Info" No 107", le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

29/10/2015

Manuel Valls s'inquiète du taux de suicides chez les jeunes amérindiens de Guyane

À la fin du mois de mai dernier, le Premier Ministre français, Manuel Valls, a confié une mission parlementaire à Mmes Aline Archimbaud, Sénatrice de Seine-Saint-Denis et Marie-Anne Chapdelaine, Députée d'Ille-et-Vilaine. Le Premier ministre commence ainsi sa lettre de mission : "Les communautés amérindiennes de Guyane comptent aujourd'hui près de 10'000 personnes. Ces communautés sont concernées par un taux de suicide, notamment parmi les jeunes, entre 10 et 20 fois plus élevé que celui relevé dans l'Hexagone. Ce constat préoccupant est observé depuis plusieurs années, avec toutefois une nette tendance à l'aggravation, relevée depuis peu. Cette situation appelle une réaction qui passe par la compréhension des raisons susceptibles de générer un tel passage à l'acte et qui puisse permettre de déployer en Guyane des mesures d'accompagnement susceptibles de prévenir de tels drames humains." Les deux chargées de mission étaient en Guyane entre le 19 et le 28 septembre où elles ont visité les communautés amérindiennes. Elles doivent rendre leur rapport avant le 30 novembre prochain.

Le choix du Premier Ministre de confier une mission à Mme Archimbaud n'est certainement pas le fruit du hasard : le 15 avril 2014, la Sénatrice avait déjà interpellé la Ministre des outre-mer, Mme Pau-Langevin, sur le sujet. L'une des questions concerne la Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail - OIT : Quand cette convention sera-t-elle appliquée ? Dans sa réponse, la ministre a répété la position du gouvernement français : "Cette question soulève une difficulté à laquelle nous nous heurtons également dans de nombreux autres domaines. La Constitution garantit l’égalité et l’unicité du peuple français. Par conséquent, il est très difficile de donner des droits spécifiques à une partie de ce peuple, notamment aux peuples autochtones. Pour autant, cela ne nous dispense pas d’essayer de faire en sorte que les pratiques et les savoirs locaux de ces populations qui vivent sur le fleuve puissent être pris en compte".

Le dimanche 27 septembre, la députée d'Ille-et-Vilaine a donné une interview sur "France Ô" après une conférence de presse tenue à la préfecture de Guyane à Cayenne. La journaliste l'a questionnée sur le mal être des populations amérindiennes : En quoi les institutions peuvent intervenir sur les questions de société qui relèvent de l'identité ? La députée répond : "Par la reconnaissance des droits culturels. Un terme doit être mis en exergue, c'est le respect, l'égalité. La république n'abandonne personne. Elle doit être là pour garantir l'accès aux droits culturels, à la santé, à la scolarité… On n'a pas toujours reconnu aux amérindiens le droit à leur culture…"

La parlementaire avait-elle à l'esprit le fait qu'en 2014, deux ONG, l'Organisation des Nations Amérindiennes de Guyane – ONAG et l'Association Solidarité Guyane , ont déposé un "Recours de plein contentieux" auprès du Tribunal administratif de Cayenne. Elles reprochent au gouvernement français de ne pas avoir pris les mesures nécessaires à la protection de la population contre les dangers de l'orpaillage illégal. L'audience, primitivement fixée au 18 juin dernier a fait l'objet d'une "Radiation" (d'un renvoi) au 5 novembre prochain. Ce recours a été médiatisé dans l'épilogue de l'ouvrage "Les abandonnés de la République" paru chez Albin Michel en septembre 2014*. Une partie du livre traite de l'épidémie de suicides chez les jeunes amérindiens.

Ce printemps, le Comité pour l'Élimination de la Discrimination Raciale – CERD, rattaché au Haut Commissariat aux droits de l'homme des Nations Unies, a formulé une série de recommandations au gouvernement français au sujet de la situation des amérindiens de Guyane**.

La mission parlementaire sera-t-elle suivie d'effets ?

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* Voir sur ce Blog la note du 17 décembre 2014

** Voir sur ce blog la note du 13 juin 2015

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 106, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2