10/12/2016

En Amazonie brésilienne, la déforestation et les incendies font des ravages

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Desmatamento, déforestation, INPE, ISA, garimpeiros, orpailleurs, madeireiros, exploitants forestiers,, Terras Indígenas, Terres Indigènes, Almir Suruí, Paiter Suruí, Sete de Setembro, Rondônia, Acre, Araribóia, Awá Guajá, Amapá, Pará, Roraima, Mato Grosso, Maranhão, TocantinsLe 28 septembre dernier, l'Institut National d'Enquêtes Spatiales – INPE a publié le résultat de ses observations sur la déforestation en Amazonie légale* pour la période d'août 2014 à juillet 2015. Ce sont 6'207 km2 de forêt qui ont été détruits. Au cours des 12 mois précédents, 5'012 km2 avaient disparus, soit une augmentation de l'ordre de 24 %. L'Institut estime que pour la même période 2015 – 2016, la déforestation atteindra 7'989 km2. On est heureusement loin du record de 2004 où la déforestation avait été de 27'772 km2, mais c'est le chiffre le plus élevé de ces dernières années (4'571 km2 en 2011).

Le Ministère de l'environnement espère un ralentissement du rythme de déforestation. L'Institut socioambiental – ISA s'inquiète de la déforestation dans les Terres Indigènes – TI et autres aires protégées, en particulier dans l'État du Pará, près du complexe hydroélectrique de Belo Monte ou dans celui de Rondônia. Dans cet État, l'augmentation a passé de 684 km2 en 2014 à 1'030 km2 en 2015, soit une progression de 51%. Une situation qui a incité Almir Suruí, leader du Peuple Paiter Surui de la TI Sete de Setembro à lancer un appel à l'aide au niveau international. Des médias ont annoncé, le 9 novembre, que la Police fédérale de Rondônia avait commencé une opération pour protéger des garimpeiros (orpailleurs) et madeireiros (exploitants forestiers) illégaux plusieurs Peuples et TI de la région.

Des incendies ont également dévasté la forêt amazonienne en différents points. Au début du mois d'août déjà, l'INPE a annoncé que, depuis le début 2016, il avait enregistré plus de 53'000 foyers et incendies de forêts sur le territoire national. Une augmentation de 65 % par rapport à la même période de 2015. Il relève que l'État d'Acre présente une des situations les plus graves avec 844 feux, soit trois fois plus qu'en 2015. Dans l'État d'Amazonas, il a été relevé 3'022 incendies, soit une croissance de 284 % par rapport à la même période de 2015. Du point de vue de l'Institut, la sécheresse prolongée, provoquée par El Niño a facilité la propagation des incendies, mais 90% de ceux-ci sont dû à l'action humaine. Il y a aussi des incendies criminels dans des zones de conflit où les forêts sont transformées en pâturages. Un programme de prévention a été développé cette année touchant plus de 7'000 personnes. Près de 700 kilomètres de pare-feu ont été installés.

Plusieurs TI ont été touchées par des incendies comme la TI Araribóia où vivent les Awá-Guajá. Un peuple qui vit en isolement volontaire. Celui-ci a déjà été mis en danger en 2015 par un incendie qui a dévasté près de 50% de la TI**.

Le feu représente un risque permanent pour la faune et la flore brésiliennes, sans oublier les dommages sur la santé humaine et pour la planète en augmentant le réchauffement global.

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* L'Amazonie légale a une superficie de 5'217'423 km2. Elle comprend les États d'Acre, Amapá, Amazonas, Pará, Rondônia, Roraima et une partie des États du Mato Grosso, du Maranhão et du Tocantins.

** Voir sur ce blog la note du 11 novembre 2015.

Graphique : Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 113, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

11/01/2013

TI Yanomami : des "violations de domicile" à répétition

Brasil,Brésil,Amazônia,Amazonie,FUNAI,Fundação Nacional do Indio,Hutukara,HAY,rio Ajarani,Roraima,Yanomami,CNRS,François Michel Le Tourneau,Instituto SocioAmbiental,ISA, garimpeiros,orpaillage,orpailleurs,Rainforest,Boa Vista,AYA,Polícia federal,Caracaraí,Davi Kopenawa,Yekuna,João Batista CatalanoL'Est de la Terre Indigène Yanomami (TI-Y) - la partie qui se trouve dans l'État de Roraima - est particulièrement exposé aux invasions et incursions d'orpailleurs, pêcheurs, petits paysans, exploitants forestiers. Cette situation a été rappelée en octobre dernier, lors de la VIIe Assemblée générale de l'Hutukara Associação Yanomami*

Une expédition a été organisée pour établir un "état des lieux" de ces occupations illégales. Le 27 octobre, elle a commencé à parcourir les 280 km de cette portion de frontière de la TI-Y, à partir du rio Ajarani en remontant vers le Nord. Elle est composée de membres de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI, de l'Hutukara Associação Yanomami – HAY, de l'Instituto SocioAmbiental – ISA. Un chercheur du Centre National de la Recherche Scientifique – CNRS (France), François Michel Le Tourneau, a rejoint le groupe le 3 novembre. C'est une initiative soutenue par la Fondation Rainforest de Norvège.

Dans les premiers rapports publiés par ISA le 6  et le 14 novembre, le groupe a pu constater que certains panneaux qui interdisent l'accès à la TY-Y sont illisibles ou à terre. Il a retrouvé des filets de pêche, des traces de campements. La progression de l'expédition est ralentie par la sécheresse qui sévit en Amazonie et qui rend la navigation difficile.

Un bilan de l'expédition a été présenté le 24 novembre dans la communauté Serrinha située dans la municipalité de Caracaraí. Les leaders ont dénoncé le fait que la Funai n'a pas terminé l'évacuation de tous les envahisseurs. L'expédition a pu constater qu'il existe encore des zones où la forêt a été préservée. Mais elle relève aussi que le front de colonisation agricole se rapproche des limites de la TI-Y. Il a été décidé de donner une formation à une cinquantaine d'indigènes pour qu'ils soient en mesure de surveiller cette partie du territoire Yanomami.

Pour Davi Kopenawa Yanomami, présent pour ce bilan : "Cette terre est démarquée par le gouvernement fédéral, mais même ainsi, les fazendeiros n'en sont jamais sortis. Ils sont ici parce qu'ils sont protégés par le gouvernement de (l'État) de Roraima. Mais notre heure va arriver pour qu'ils sortent. Nous avons de la patience".

Encore une opération contre l'orpaillage illégal**

Par ailleurs, le 14 novembre dernier, des agents de la FUNAI, accompagnés de six Yanomami, ont arrêté 52 garimpeiros (orpailleurs) qui pratiquaient illégalement l'orpaillage dans la région du rio Apiaú, une zone difficile d'accès. En infériorité numérique, les agents de la FUNAI, n'ont pas pu empêcher la fuite de 27 orpailleurs. Seulement 25 d'entre eux ont pu être conduits au siège de la Police Fédérale de Boa Vista – la capitale de l'Etat - pour y être entendus et enregistrés. L'orpaillage étant considéré comme un délit mineur, ils ont été remis en liberté… Selon João Batista Catalano, coordinateur du front de protection ethno-environnemental Yanomami /Yekuna, il y aurait 1'200 garimpeiros dans la TI-Y.

En guise de rappel : en 2011, peu après la diffusion, sur le réseau de télévision Globo, le 9 octobre, d'un reportage sur l'orpaillage illégal dans la TI Yanomami. Et une audience publique, sur le même sujet, à la Chambre des Députés le 27 octobre suivant, une opération de police avait permis la destruction de plusieurs points d'orpaillage et l'inculpation de près d'une trentaine de garimpeiros.

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* Voir sur ce blog, la note du 09/11/2012

** Voir sur ce blog, les notes des 18/11/2011, 21/10/2011 et  07/10/2011

Carte : Instituto Socioambiental (ISA) – La frontière Est de la Terre Indigène Yanomami.

PS : L'activation des liens hypertextes renvoie aux sources utilisées pour la rédaction de cette note. Elles sont souvent en portugais, sauf quand il s'agit d'anciens "AYA Info".

Une version réduite de cette note a été publiée dans "AYA Info" No 77, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

01/06/2012

La Terre Indigène des Yanomami est démarquée depuis 20 ans

TI Y map_20072005 - copie.jpgLe Décret présidentiel d'homologation de la Terre Indigène Yanomami - TI-Y, signé par Fernando Collor le 25 mai 1992, compte trois articles. Le premier déclare cette Terre d'occupation indigène traditionnelle et permanente. Il mentionne les municipalités des États d'Amazonas et de Roraima sur lesquelles elle s'étend. Il en précise la superficie (96'649,80 km2) et le périmètre (3'370 km). Le deuxième est une longue suite de coordonnées géographiques qui donne le contour exact de ce territoire d'un seul tenant. Le troisième en annonce l'entrée en vigueur dès la publication, le 26 mai 1992, au Journal Officiel de l'Union.

Mais pour en arriver là que d'années de luttes, que de souffrances ! La Terre des Yanomami est sur la ligne de partage des bassins de l'Orénoque et de l'Amazone qui marque la frontière, d'abord entre les possessions espagnoles et portugaises, puis entre le Venezuela et le Brésil. Les "blancs" ont eu des contacts épisodiques avec les Yanomami par les expéditions de reconnaissance des frontières. Puis, dès la fin des années 1930, il a y eu des contacts plus permanents avec la progression des différents fronts "extrativistes" (les exploitants des ressources forestières, caoutchouc, etc.), les orpailleurs, les missions religieuses, le Service de Protection des Indiens - SPI et les militaires.

Ces contacts ont été ponctués d'actes de violences. Le "choc microbien" a provoqué de nombreuses maladies. Les premiers projets d'aire préservée pour les Yanomami datent de la fin des années 60. Il y a eu un projet formulé par les missionnaires de la Consolata (de l'Eglise catholique); d'autres par la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI en 1977 et 1978.

Une organisation indigéniste, la Commission pour la Création d'un Parc Yanomami - CCPY, créée en 1978, va jouer un rôle décisif pour la démarcation de la TI-Y. Son projet est combattu par un important lobby anti-indigènes qui propose une démarcation "en îles". Il s'agit de protéger les environs immédiats des villages tout en laissant libre accès aux zones d'orpaillage. La décision de F. Collor suscite l'opposition des militaires pour lesquels les TI aux frontières de l'État constituent une menace pour la souveraineté du pays. Le contexte international a aussi facilité le geste du président : le Brésil allait accueillir la première Conférence des Nation Unies sur le développement durable : RIO 92.

La démarcation ne signifie pas pour autant que ce territoire est protégé. Cette absence de protection a maintes fois été rappelée sur ce blog. L'opération "Agata 4", conduite par l'armée en ce début mai, a montré, après d'autres actions similaires, que la surveillance du territoire doit être constante.

Pour célébrer le 20e anniversaire de la démarcation de leur Terre, l'Hutukara Associação Yanomami - HAY, à l'invitation de son président Davi a organisé, fin avril, une deuxième rencontre de chamans dont quelques reflets peuvent être visualisés sur YouTube . Une autre rencontre de leaders a eu lieu du 22 au 25 mai pour parler des politiques publiques qui devraient être développées dans les différentes communautés. D'autres événements devraient marquer cet anniversaire.

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PS : en activant les liens hypertexte vous avez accès aux documents ou sites Internet qui vous permettront d'en "savoir plus". Ces sources sont en portugais.

Deux ouvrages, édités en 2010, permettent de mieux connaître les Yanomami :

- "Les Yanomami du Brésil - Géographie d'un territoire amérindien" de François - Michel Le Tourneau. Collection "Mappemonde", Editions Belin (Paris) / ISSN 1275-2975 / ISBN 978-2-7011-5316-2 / 480 pages.

- "La chute du Ciel - Paroles d'un chaman yanomami" . Auteurs : Davi Kopenawa et Bruce Albert. Collection  "Terre Humaine". Éditions Plon (Paris). 825 p. ISBN Plon : 978-2-259-21068-3 - ISSN : 0492-7915

Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 72, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2