22/01/2018

Le Pape François : Les peuples autochtones amazoniens n'ont jamais été aussi menacés

Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazonia, Pape François, Chili, Pérou, Peru, néo-extrativisme, Mapuche, Puerto Madonado, Laudato Si, autochtones, indigènes, orpaillage illégal, exploitation pétrolière, or, Principito, Petit Prince, Xavier Arbex, Apronia, jeunesse autochtone"Probablement, les peuples autochtones amazoniens n'ont jamais été aussi menacés sur leurs territoires qu'ils le sont présentement. L'Amazonie est une terre disputée sur plusieurs fronts : d'une part, le néo-extrativisme et la forte pression des grands intérêts économiques qui convoitent le pétrole, le gaz, le bois, l'or, les monocultures agro-industrielles. D'autre part, la menace visant ces territoires vient de la perversion de certaines politiques qui promeuvent la "conservation" de la nature sans tenir compte de l'être humain et concrètement, de vous, frères amazoniens qui y habitez…"

Après avoir visité le Chili où il est allé en terre Mapuche, une région également marquée par des conflits, le Pape François était au Pérou du 18 au 21 janvier. Le 19 janvier, il s'est rendu à Puerto Madonado, dans la partie amazonienne du pays où il a rencontré entre 3'500 et 4'000 représentants de nombreux peuples autochtones péruviens, mais aussi de pays voisins, notamment du Brésil.

Après avoir dénoncé les menaces qui pèsent sur l'Amazonie et ses peuples, le Pape François appelle à créer les instances institutionnelles de respect, de reconnaissance et de dialogue avec les peuples natifs, en assumant et en sauvegardant la culture, la langue, les traditions, les droits et la spiritualité qui leur sont propres. Il insiste sur la conservation de la culture indigène. "L'Amazonie, outre qu'elle constitue une réserve de biodiversité, est également une réserve culturelle que nous devons sauvegarder face aux nouveaux colonialismes… La seule manière pour les cultures de ne pas se perdre est d'être dynamiques, toujours en mouvement…" Il lance un appel particulier aux jeunes autochtones : "Je salue également tous ces jeunes des peuples autochtones qui s'emploient à élaborer une nouvelle anthropologie et œuvrent pour la relecture de l'histoire de vos peuples. Beaucoup ont parlé de vous. Il est bon qu'à présent vous vous définissiez vous-mêmes et nous montriez votre identité. Nous avons besoin de vous écouter."

L'attention du Pape François à la situation des peuples autochtones s'est déjà manifestée, en particulier dans l'encyclique "Laudato Si" relative à l'environnement publiée en 2015*. Il en a rappelé des passages dans son discours à Puerto Maldonado. Il a également évoqué la situation des Peuples en situation d'isolement volontaire : "Nous savons qu'ils sont les plus vulnérables parmi les vulnérables. Continuez à défendre ces frères."

Il n'a pas manqué de relever… "Qu'il existe des initiatives porteuses d'espérance qui surgissent de vos bases et organisations et permettent aux peuples autochtones eux-mêmes ainsi que les communautés soient les gardiens des forêts, et que des ressources produites par la sauvegarde de ces forêts reviennent comme bénéfice à leurs familles." Effectivement, au Pérou des organisations indigènes s'organisent pour lutter contre l'orpaillage illégal et les dégâts causés par l'exploitation pétrolière. Il en a été question plusieurs fois sur ce blog**.

À Puerto Maldonado, le Pape François s'est rendu au foyer "Principito" (Le Petit Prince) fondé par le Père Xavier Arbex, un prêtre genevois qui accueille une trentaine d'enfants "à risques" de la région. Le foyer est l'une des activités de l'association "Apronia" qui est présente en Suisse.*** À cette occasion, il s'est adressé aux jeunes originaires des communautés indigènes. Après avoir rappelé la destruction de l'environnement connu dans la région, il a repris l'appel déjà lancé quelques heures auparavant. Il encourage ces jeunes à se former : "Le monde a besoin de vous, jeunes des peuples autochtones... Nous avons besoin de vous comme moteur, qui impulse… Nous avons besoin de vous dans votre authenticité, en tant que jeunes fiers d'appartenir aux peuples amazoniens et qui apportent à l'humanité une alternative de vie vraie… Souvent nos sociétés ont besoin de corriger le cap, et vous, jeunes autochtones vous pouvez énormément aider dans ce défi, surtout en nous apprenant un style de vie basé sur la sauvegarde et non sur la destruction de tout ce qui s'oppose à notre cupidité." Visiblement cet appel ne se limite pas aux jeunes du foyer… Le pape a annoncé la tenue d'un synode amazonien en 2019.

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* Voir sur ce blog la note du 24 juin 2015.

** Voir la note du 1er mars 2017.

*** Le contact d'APRONIA Suisse : https://apronia.ch/index.php/fr/en-un-clin-doeil/

Photo / Capture d'écran : A Puerto Madonado, devant le Pape François, les indigènes dénoncent les atteintes à l'environnement qui mettent leur vie en danger. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 121, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

27/08/2013

JMJ: des jeunes indigènes du Tocantins remettent une lettre au pape François

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L'un d'entre eux, Adriano Karajá, a remis une lettre au pape lui demandant, au nom des peuples indigènes de tout le pays, d'intervenir auprès du gouvernement brésilien pour que celui-ci arrête toutes les attaques à l'encontre des peuples indigènes… "Nos territoires sont constamment menacés par les grands projets, routes, usines hydroélectriques lignes ferroviaires. Ces projets sont des projets de mort pour notre Mère Terre… Nous demandons à l'ami et défenseur des pauvres qu'il demande au gouvernement brésilien qu'il arrête avec tous ces projets génocidaires…" Et de citer les différents projets de loi qui portent atteinte aux droits reconnus par la Constitution de 1988 et la Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail. Le Pape s'est vu remettre, par un indien Pataxó, un "cocar" (une coiffure indigène) qu'il a porté quelques instants.

Ce jour-là, dans son discours à ceux qui ont une responsabilité dans une nation, le pape a souligné comment "Il est important de valoriser l'originalité dynamique qui caractérise la culture brésilienne avec son extraordinaire capacité à intégrer des éléments divers". Parlant de la responsabilité sociale : "Le futur exige de nous une vision humaniste de l'économie et une politique qui réalise chaque fois plus une meilleure participation des personnes évitant les élitismes et éradiquant la pauvreté". François est revenu à plusieurs reprises sur la nécessité du dialogue. Il en a quasiment fait la conclusion de son message : "Je tiens comme fondamental pour affronter le présent : le dialogue constructif. Entre indifférence et la protestation violente, il y a une option toujours possible : le dialogue…" "Quand des leaders me demandent un conseil, ma réponse est toujours la même : dialogue, dialogue, dialogue…"

Le pape François a manifestement contextualisé son discours.

La précédente visite papale au Brésil, celle de Benoît XVI en mai 2007, avait provoqué des réactions au sein de la communauté amérindienne. Cela en raison d'un discours dans lequel ce pape avait affirmé qu'à "aucun moment l'annonce de Jésus et de son Evangile n'a supposé une aliénation des cultures précolombiennes, ni l'imposition d'une culture étrangère". Le pape, maintenant en retraite, avait reconnu quelques jours plus tard que les colonisateurs avaient causé des souffrances et des injustices aux populations indigènes.

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Photo  © Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI : la rencontre au Théâtre municipal de Rio

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Une version réduite de cette note a été publiée dans le dernier AYA Info (No 85) le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2