21/01/2017

Carnaval de Rio : une samba pour la forêt

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Imperatriz Leopoldinense, Belo Monte, Xingu, Carnaval, Pará, ABCZ, CONFAEAB, Ronaldo Caiado, Senado, Luiz Pacheco Drumond« Beau monstre [Belo Monte] vole les terres de ses fils, dévore les forêts et sèche les rivières. Tant de richesse que l’avidité a détruite. Je suis le fils oublié du monde ». Il s’agit-là d’un extrait de la chanson que l’école de samba carioca « Imperatriz Leopoldinense » a choisi d’interpréter lors du prochain Carnaval. En effet, elle a saisi l’opportunité de son défilé sur le Sambodrome de Rio de Janeiro pour donner un écho aux graves conséquences humaines et écologiques causées par la construction du complexe hydroélectrique de Belo Monte, sur le rio Xingu*, dans l’État du Pará.

Ce choix a déplu à l’Association des éleveurs de zébus - ABCZ. Dans une note de protestation, après avoir rappelé l’apport de ses membres à l’économie brésilienne, elle estime « Inacceptable que la plus grande fête populaire brésilienne soit l’occasion d’un show de sensationnalisme et d’attaques infondées par l’école Imperatriz Leopoldinense. Le secteur productif et la société ne peuvent rester silencieux devant cette injustice.… ». La Confédération des ingénieurs agronomes du Brésil - CONFAEAB a également manifesté sa réprobation. Les médias ont annoncé, qu’en réponse à ce qu’il considère comme une attaque à ce secteur économique qu’il soutient, le Sénateur Ronaldo Caiado, a l’intention de proposer une Session thématique plénière du Sénat pour discuter, débattre et rechercher les motifs conduisent l’école de samba à dénigrer l’agrobusiness. Une session qu’il souhaite voir inscrite à l’ordre du jour du Sénat avant le Carnaval.

Sur le site de l’école, son président, Luiz Pacheco Drumond, a tenu à préciser : « Nous allons parler de la riche contribution des peuples indigènes du Xingu à la culture brésilienne et en même temps construire un message de préservation et de respect à l’égard de la nature et à la biodiversité… À aucun moment nous n’attaquons le secteur de l’agrobusiness et ses travailleurs. Le texte de notre chant peut être consulté par le public sur nos canaux officiels de communication… Notre message est [fait] de respect, de tolérance et de paix. Tous ceux qui croient en ces valeurs sont invités à [les] célébrer avec nous ».

L’invitation du président de l’école mérite d’être entendue.

                                                                                ***

* Prononcer « Chingu »

Illustration : cliquer sur la vignette pour agrandir l’image

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 114 le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

10/12/2016

En Amazonie brésilienne, la déforestation et les incendies font des ravages

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Desmatamento, déforestation, INPE, ISA, garimpeiros, orpailleurs, madeireiros, exploitants forestiers,, Terras Indígenas, Terres Indigènes, Almir Suruí, Paiter Suruí, Sete de Setembro, Rondônia, Acre, Araribóia, Awá Guajá, Amapá, Pará, Roraima, Mato Grosso, Maranhão, TocantinsLe 28 septembre dernier, l'Institut National d'Enquêtes Spatiales – INPE a publié le résultat de ses observations sur la déforestation en Amazonie légale* pour la période d'août 2014 à juillet 2015. Ce sont 6'207 km2 de forêt qui ont été détruits. Au cours des 12 mois précédents, 5'012 km2 avaient disparus, soit une augmentation de l'ordre de 24 %. L'Institut estime que pour la même période 2015 – 2016, la déforestation atteindra 7'989 km2. On est heureusement loin du record de 2004 où la déforestation avait été de 27'772 km2, mais c'est le chiffre le plus élevé de ces dernières années (4'571 km2 en 2011).

Le Ministère de l'environnement espère un ralentissement du rythme de déforestation. L'Institut socioambiental – ISA s'inquiète de la déforestation dans les Terres Indigènes – TI et autres aires protégées, en particulier dans l'État du Pará, près du complexe hydroélectrique de Belo Monte ou dans celui de Rondônia. Dans cet État, l'augmentation a passé de 684 km2 en 2014 à 1'030 km2 en 2015, soit une progression de 51%. Une situation qui a incité Almir Suruí, leader du Peuple Paiter Surui de la TI Sete de Setembro à lancer un appel à l'aide au niveau international. Des médias ont annoncé, le 9 novembre, que la Police fédérale de Rondônia avait commencé une opération pour protéger des garimpeiros (orpailleurs) et madeireiros (exploitants forestiers) illégaux plusieurs Peuples et TI de la région.

Des incendies ont également dévasté la forêt amazonienne en différents points. Au début du mois d'août déjà, l'INPE a annoncé que, depuis le début 2016, il avait enregistré plus de 53'000 foyers et incendies de forêts sur le territoire national. Une augmentation de 65 % par rapport à la même période de 2015. Il relève que l'État d'Acre présente une des situations les plus graves avec 844 feux, soit trois fois plus qu'en 2015. Dans l'État d'Amazonas, il a été relevé 3'022 incendies, soit une croissance de 284 % par rapport à la même période de 2015. Du point de vue de l'Institut, la sécheresse prolongée, provoquée par El Niño a facilité la propagation des incendies, mais 90% de ceux-ci sont dû à l'action humaine. Il y a aussi des incendies criminels dans des zones de conflit où les forêts sont transformées en pâturages. Un programme de prévention a été développé cette année touchant plus de 7'000 personnes. Près de 700 kilomètres de pare-feu ont été installés.

Plusieurs TI ont été touchées par des incendies comme la TI Araribóia où vivent les Awá-Guajá. Un peuple qui vit en isolement volontaire. Celui-ci a déjà été mis en danger en 2015 par un incendie qui a dévasté près de 50% de la TI**.

Le feu représente un risque permanent pour la faune et la flore brésiliennes, sans oublier les dommages sur la santé humaine et pour la planète en augmentant le réchauffement global.

                                                                  ***

* L'Amazonie légale a une superficie de 5'217'423 km2. Elle comprend les États d'Acre, Amapá, Amazonas, Pará, Rondônia, Roraima et une partie des États du Mato Grosso, du Maranhão et du Tocantins.

** Voir sur ce blog la note du 11 novembre 2015.

Graphique : Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 113, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

09/09/2016

Vale SA met toujours en danger la santé des Xikrin*

Inlassablement**, le docteur João Paulo Botelho Vieira Filho attire l'attention sur l'état de santé du peuple Xikrin de la Terre Indigène Kateté. Son dernier rapport, publié en juillet, rappelle a quel point la pollution engendrée par l'usine de Onça Puma, exploitée par la multinationale Vale SA***, impacte le quotidien des 1'282 Xikrin habitant les trois villages Kateté, Djudjê-kô et Oodjã.

L'eau du Rio Cateté qu'ils boivent, dans laquelle ils se baignent, préparent les aliments qu'ils consomment, pêchent les poissons qui composent une bonne partie de leur nourriture est polluée. L'air qu'ils respirent est également pollué par les poussières toxiques relâchées dans l'atmosphère. Cette pollution atteint les animaux qu'ils chassent et l'ensemble de la végétation de la région. C'est bien tout l'environnement qui est atteint. Le médecin note quelques mesures déjà prises mais souligne que la pollution persiste. Il en appelle à Vale pour qu'elle y mette un terme. Récemment, à la demande des Xikrin, le vidéaste genevois Aurélien Fontanet a réalisé une vidéo de quelques minutes sur cette pollution. Elle a été mise en ligne sur Youtube au début de ce mois d'août (voir ci-dessous).

Le 9 août, les Xikrin, sous l'égide du Ministère Public Fédéral du Pará ont signé avec Vale un accord de compensation financière en vue d'atténuer les dommages causés aux communautés par l'exploitation minière de Onça Puma. Mais l'origine de la pollution, et les mesures à prendre pour y mettre un terme font encore l'objet d'une controverse.

Une autre préoccupation du docteur Botelho concerne le contenu des repas scolaires - en brésilien, le "Merenda escolar" servis aux enfants et étudiants Xikrin : il le juge inapproprié et préjudiciable à leur santé. Il a observé que les groupes indigènes qui ont abandonné la diète traditionnelle pour la diète industrielle ou "occidentale" présentent un taux élevé d'obésité et de diabète, sources de complications graves. Il recommande l'application de l'art. 12 du décret 6861/2009 qui précise que "L'alimentation scolaire destinée aux écoles indigènes doit respecter les habitudes alimentaires des communautés…" Plus concrètement, il demande que soient notamment bannis des repas scolaires les aliments contenant du sucre cristallisé. Il recommande aux collectivités publiques - municipalités et État du Pará - en charge de fournir les repas, de s'inspirer de pratiques en cours dans plusieurs Terres Indigènes de l'État de São Paulo qui utilisent des aliments issus de cultures traditionnelles des communautés indigènes. Pour le docteur, l'idéal serait que les indiens fournissent les aliments tirés de leurs propres cultures pour les repas scolaires. Produits achetés par les municipalités et gouvernements des États, ce qui aurait l'avantage de renforcer l'économie des villages et contribuerait à réduire la pauvreté.

                                                                     ***

* Prononcer "Chikrine".

** Voir sur ce blog, les notes du 23 décembre 2014 et 11 septembre 2015

*** Vale International SA a son siège en Suisse, à Saint-Prex, dans le canton de Vaud.

La vidéo ci-dessous (4'47") est en portugais:

 

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans le dernier "AYA Info" No 111, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

11/09/2015

Vale SA met en danger la vie des Xikrin : la justice intervient

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Xikrin, Cateté, Pará, João Paolo Botelho Vieira Filho, UFSP, UNIFESP, Vale, TRF 1, Onça Puma, Reuters,Saint-Prex, Ouro Preto, Minas GeraisCe n'est pas la première fois que le docteur João Paulo Botelho Vieira Filho tire la sonnette d'alarme* : le Rio Cateté est contaminé par des métaux lourds en provenance des déchets de minerai de nickel du site Onça Puma, une mine exploitée par la multinationale Vale dans l'État brésilien du Pará. Cette pollution provient des poussières provoquées par les machines de chantier, les explosions de la roche et surtout du ruissellement de la pluie sur les stériles amoncelés à proximité de la rivière.

Le rio Cateté est vital pour les populations indigènes riveraines, les Xikrin**. Elles y pêchent le poisson qui est une base de leur nourriture, s'y baignent. Elles en utilisent l'eau pour la préparation de leurs aliments.

Depuis plusieurs années le médecin a eu l'occasion de constater les effets de la pollution de la rivière sur la santé des Xikrin. En avril 2015, il a adressé un rapport au Ministère public fédéral pour dénoncer "La mort possible du rio Cateté, de la vie aquatique et sylvestre et les conséquences de la présence de métaux lourds toxiques pour les indiens Xikrin". Dans un rapport complémentaire de juin dernier, il détaille les dommages causés par le fer, le cuivre, le chrome et le nickel sur la santé de cette population : "Depuis 2013, et sans être entendu, j'ai demandé avec insistance à la compagnie Vale de prendre des mesures préventives pour la protection du rio Cateté et des indiens Xikrin. Nous arrivons à la triste situation que l'eau du rio Cateté est impropre à la consommation en raison de la présence de métaux lourds."

La section du Ministère public en charge de la défense des populations indigènes s'est saisie du problème. Le 6 août, le Tribunal Régional Fédéral (TRF1) a rendu une ordonnance demandant à Vale d'interrompre l'exploitation du site d'Onça Puma jusqu'à l'application de mesures visant à empêcher la pollution de la rivière. Décision contre laquelle Vale a fait recours. Le 2 septembre déjà, l'agence Reuters – Brésil a annoncé que Vale avait obtenu une suspension de la décision.

Vale International SA, dont le siège international est à Saint-Prex (Suisse), est une multinationale active sur les cinq continents. Les 13, 14 et 15 août, à Ouro Preto, une localité l'État brésilien du Minas Gerais, a eu lieu la 5e rencontre internationale d'organisations représentant des communautés atteintes par les activités de l'entreprise. Les participants, originaires du Brésil et de six pays ont eu l'occasion de parcourir plusieurs régions du Brésil où l'entreprise est active. De ces visites, il ressort qu'en d'autres endroits Vale est responsables de la contamination de l'air et de l'eau. En avril déjà, une manifestation a eu lieu devant le siège de la multinationale à Saint-Prex.

***

* Voir sur ce blog, la note du 23 décembre 2014 (Une carte y est jointe)  

** Prononcer "Chikrin"

Photos © Dr J.P Botelho Vieira Filho,

En haut : le Rio Cateté pollué par des métaux lourds rejetés par d'usine Onça Puma de Vale SA (Municipalité de Parauapebas - État du Pará)

Ci-dessous : Les indigènes construisent un barrage végétal sur le rio Seco, un affluent du rio Cateté pour empêcher les poissons d'accéder aux eaux polluées du rio Cateté.

 

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PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 105, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

05/06/2015

Trafic d'or dans la TI Yanomami : un réseau démantelé

Le matin  du 7 mai, la Police fédérale et l'Institut Brésilien du Milieu Ambiant – IBAMA ont réalisé une importante opération appelée "Warari Koxi" (esprit de porc en yanomami) pour mettre un terme aux agissements d'une organisation criminelle d'extraction illégale d'or et de diamants sur la Terre Indigène Yanomami (TI-Y) avec, à la clé, du blanchiment d'argent.

Outre les dégâts considérables causés à l'environnement, notamment par l'usage de mercure et autres métaux lourds, les préjudices sont estimés à 17 millions de réais par mois (environ 5,4 millions de US$) pour un total portant sur un milliard de réais (environ 316,5 millions de US$) pendant ces deux dernières années 2013 et 2014.

L'opération a été conduite par près de 150 policiers fédéraux agissant simultanément dans plusieurs États du pays : Roraima, Amazonas, Rondônia, Pará et São Paulo.

L'organisation était composée d'entrepreneurs, de fonctionnaires publics, d'une institution financière spécialisée dans la distribution de titres et valeurs mobilières, de propriétaires de "garimpos" (de lieux d'extraction d'or ou de diamants), de commerces de vente et d'achat d'or, de bijoutiers-joailliers et même de pilotes d'avions. Pour l'extraction de l'or, elle agissait dans la région de Boqueirão et Uraricoera, dans la TI-Y, à l'extrême nord de l'État de Roraima. La police estime que se sont environ 160 kg d'or qui, mensuellement, ont été retirés illégalement de ces zones.

L'enquête de la police porte sur plusieurs chefs d'accusation : association criminelle, extraction illégale de ressources naturelles, usage de mercure, usurpation du patrimoine de l'Union, recel de biens provenant de crimes, corruption massive, violation du secret de fonction, contrebande, blanchiment d'argent et opérations financières non autorisées par la Banque centrale.

Selon "Amazônia Real", au cours de la première semaine de l'intervention, une centaine de garimpeiros ont été évacués, 30 barges ont été saisies et 20 campements détruits qui, chacun pouvait accueillir une trentaine de garimpeiros. L'agence a questionné l'un des agents de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI mis en cause par la police. C'est un fonctionnaire connu pour son action contre l'orpaillage illégal dans la TI-Y. Il dit être victime d'une dénonciation par ceux auxquels il a causé un préjudice…

Depuis plusieurs années des opérations* de police sont réalisées pour mettre un terme à l'orpaillage illégal dans la TI-Y. Mais, à peine évacués, les "garimpeiros" retournaient sur les lieux d'orpaillage sans que les réseaux qui les engagent ne soient inquiétés. Maintes fois les Yanomami ont regretté cet état de fait. Le leader Yanomami, Davi Kopenawa, est menacé de mort pour son opposition à l'orpaillage illégal.

Il sera intéressant de suivre l'enquête et d'en connaître les conclusions. Jusqu'où l'or sale a-t-il été écoulé ? Rappelons ici que la Suisse achète de l'or au Brésil.

* Voir sur ce blog, les notes du 10 janvier 2015, 29 août et 28 mars 2014, et des 2 et 30 mars 2012.

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PS 1 : La note du 28 mai dernier, publiée sur ce blog, signale que le film "Dirty Gold War" (La guerre de l'or sale) de Daniel Schweizer qui traite des impacts de l'extraction de l'or passe sur les écrans romands. Une séquence du film traite de l'orpaillage illégal chez les Yanomami.

PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- L'essentiel de cette note a été publiée dans "AYA Info" No 103, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

13/02/2015

Les langues indigènes sont menacées de disparition

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, línguas indígenas, José Carlos Levino, Museu do Indio, Rio de Janeiro, José Ribamar Bessa Freire, Universidade federal do Rio de Janeiro, URFJ, Bonfim, Estado de Roraima, Macuxi, Wapichana, Serra da Lua, Insikiran, OPIRR, UFRR, São Gabriel da Cachoeira, Nheengatu, Tukano, Baniwa, Tacuru, Guarani, talian, Rio Grande do Sul, Santa Catarina, Asurini, Tocantins, Pará, Espírito Santo, Argentinne, Paraguay, Bolivie, INDL, IPHAN, Foz d'Iguaçu, CEEI, SEDUC, Depp, Secoya, Terre des Hommes Suisse, Terre des Hommes Luxembourg, rio Tacutu, Guyana, Boa Vista,Convention 169, OITAu Brésil, les langues indigènes sont en danger. Selon José Carlos Levino , le directeur du Musée de l'Indien de Rio de Janeiro, dans les 15 ans à venir, le pays court le risque de perdre jusqu'à 60 langues indigènes sur les 150 à 200 parlées actuellement. À l'occasion de la rencontre de Foz d'Iguaçu dont il est question ci-dessous, José Ribamar Bessa Freire, professeur à l'Université fédérale de l'État de Rio de Janeiro, a publié un article dans lequel il rappelle qu'en cinq siècles, soit depuis le début de la colonisation, plus de 1'100 langues indigènes ont disparu de la carte du Brésil… Des initiatives sont prises pour tenter de limiter la perte culturelle que constitue la mort de ces langues. En voici quelques exemples.

Le 2 décembre 2014, le Conseil municipal de Bonfim * (dans l'État de Roraima) a approuvé une loi municipale (No 21/2014) qui reconnaît les langues Macuxi et Wapichana comme langues co-officielles de la municipalité au même titre que le portugais. La proposition de loi avait été discutée entre leaders et professeurs de langues indigènes de la région de Serra da Lua depuis 2012. Elle a été présentée au Conseil municipal en février 2013 par les élèves de l'Institut Insikiran et des représentants de l'Organisation des Professeurs Indigènes de Roraima – OPIRR. Tous les conseillers ont appuyé le projet. Le processus a été suivi par les membres de cet Institut de formation supérieure indigène rattaché à l'Université Fédérale de Roraima - UFRR. Celui-ci développe un programme de revitalisation et de valorisation des langues Wapichana et Macuxi. La municipalité a maintenant cinq ans pour mettre en œuvre la loi, engager des traducteurs et interprètes indigènes pour traduire des documents, les panneaux de signalisation et financer la publication de livres pour l'enseignement.

Dans l'État d'Amazonas, en 2002 déjà, la municipalité de São Gabriel da Cachoeira a officialisé trois langues indigènes indigènes : le Nheengatu, le Tukano et Baniwa. En 2010, dans le Mato Grosso do Sul, la municipalité de Tacuru a reconnu le Guarani comme seconde langue officielle.

En septembre 2014, trois langues ont reçu le titre de "Référence culturelle brésilienne": le Talian parlé par les descendants d'émigrés italiens dans le sud du Brésil, surtout dans les États du Rio Grande do Sul et de Santa Catarina; l'Asurini do Trocará ou Asurini du Tocantins, langue parlée par le peuple indigène Asurini qui vit sur les rives du rio Tocantins, dans la municipalité de Tucuruí (État du Pará) et le Guarani Mbya qui est une des trois variétés de la langue Guarani. Ce Guarani est parlé dans une bande du littoral qui va de l'État de l'Espírito Santo au Rio Grande do Sul, et au-delà de la frontière, en Argentine, au Paraguay et en Bolivie. Ces langues sont les premières à être inscrites à l'Inventaire National de la Diversité Linguistique - INDL par l'Institut du Patrimoine Historique et Artistique National – IPHAN. Cet "Inventaire" a été  créé par décret présidentiel (No 7.387) du 10 décembre 2010. La cérémonie officielle de certification a eu lieu lors du Séminaire Ibéro-Américain de Linguistique qui s'est tenu à Foz d'Iguaçu en novembre 2014.

La reconnaissance officielle des langues indigènes est capitale pour leur sauvegarde. L'enseignement de ces langues, notamment dans les écoles indigènes du pays est un instrument essentiel pour leur préservation. Cela suppose la mise en œuvre de politiques publiques en faveur du développement et de la consolidation de l'éducation scolaire indigène différenciée bilingue. Une différenciation prenant en compte, notamment, la culture, l'organisation sociale, l'histoire, la philosophie, les croyances, les connaissances traditionnelles de chaque peuple dont la langue est porteuse. Quand cela n'a pas été fait, la consolidation demande le passage de la langue orale à la langue écrite. C'est un travail conséquent, généralement réalisé avec le concours de linguistes. La participation des représentants des peuples concernés est indispensable.

Dans l'État d'Amazonas, le Conseil de l'Éducation Scolaire Indigène – CEEI rattaché au Secrétariat de l'Éducation – SEDUC travaille dans ce sens. En août 2014, sous l'égide du Département de politiques et programmes éducationnels - Deppe , il a publié un "Modèle de référence" pour les écoles de l'enseignement fondamental et moyen. Notre partenaire, le Service de Coopération avec le peuple Yanomami – SECOYA a participé à la démarche du CEEI. Au sein de son secteur "éducation", la SECOYA a développé un programme de formation de professeurs indigènes Yanomami soutenu par Terre des Hommes Suisse** et Luxembourg.

Ces diverses initiatives seront-elles suffisantes pour enrayer la constante disparition des langues indigènes ? Sont-elles suffisantes en regard de l'application de l'article 28 de la Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail – OIT qui prévoit que "Des dispositions doivent être prises pour sauvegarder les langues indigènes des peuples intéressés et en promouvoir le développement et la pratique" ? Cette Convention a force de loi au Brésil.

***

Illustration : Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image. Il s'agit de la première page du bulletin bilingue "Wanowano" (No 32 mars 2014) édité par des Yanomami de l'État d'Amazonas. La colonne de gauche est en portugais et celle de droite est en langue yanomami. À remarquer les trémas et les i barrés. "Wano wano", ce sont les nouvelles qui se transmettent – souvent oralement - de villages en villages.

* La municipalité de Bonfim, d'une superficie de 8'000 km2, compte environ 11'600 habitants dont 44 % sont des indigènes. Elle est située au nord est de l'État de Roraima à la frontière avec la Guyana dont elle est séparée par le Rio Tacutu. La localité de Bonfim est à 125 km de Boa Vista, la capitale de l'État.

** Voir sur ce blog, les notes des 24 février 2014, 20 septembre 2013 et 10 août 2012

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera publiée dans  le prochain "AYA Info" No 100, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

30/01/2015

Le trafic illégal de bois d'Amazonie : la Suisse concernée


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Cependant, l'enquête conduite par Greenpeace permet de connaître les pays importateurs de bois brésilien et les firmes qui achètent ces produits. La Suisse est présente parmi ceux-ci. L'entreprise Gétaz–Miauton, de Saint-Légier dans le canton de Vaud, est citée comme importatrice. Les animateurs de l'émission sont allés interviewer un responsable de la firme pour lui demander sa réaction face aux documents fournis par Greenpeace. Il a présenté le certificat – un "bon de sortie" - remis par les douanes helvétiques attestant que toutes les pièces prouvant une importation égale avaient été fournies. Gétaz-Miauton reconnaît qu'il lui est impossible de connaître de quelle forêt provient le bois, sa vérification s'arrête à la scierie. L'entreprise s'engage à être plus vigilante à l'avenir.

Les animateurs ont également questionné une responsable de l'Office Fédéral de l'Environnement – OFEV à Berne : la Suisse, n'a pas de réglementation – comme dans l'Union Européenne - interdisant l'importation de bois illégal. Depuis 2010, une déclaration de l'espèce et de l'origine du bois est cependant obligatoire pour tous les bois et les produits du bois, en tant qu'information aux consommateurs. L'Office souhaite voir l'interdiction du bois illégal être traitée dans le cadre de la révision de la loi sur la Protection de l'Environnement – LPE. Révision qui est un contre-projet indirect à l'initiative populaire lancée par les Verts "Pour une économie durable fondée sur une gestion efficiente des ressources (économie verte)" déposée en septembre 2012. En février 2014, le Conseil fédéral a adressé un message aux Chambres fédérales recommandant le rejet de l'initiative, mais en proposant une révision de la LPE qui donnerait une base légale pour la lutte contre ce commerce. Le débat parlementaire a commencé au Conseil des États fin novembre qui a adopté la loi fédérale. Il devrait se poursuivre au Conseil National dans les mois qui viennent.

En novembre 2014, Greenpeace a organisé une opération coup de poing en mer du Nord pour dénoncer l'arrivage de bois "suspect" en provenance de l'Amazonie brésilienne en Europe. À la suite de cette opération l'ONG a annoncé que diverses entreprises européennes ont suspendu leurs achats d'Ipé auprès de Rainbow Trading, cette entreprise de Santarém plusieurs fois sanctionnée pour avoir commercialisé du bois extrait sans autorisation. Ce 19 janvier, l'organisation regrette que la Belgique ait libéré un chargement de bois sans qu'il y ait une preuve fiable quant à l'origine légale de la marchandise en provenance de cette scierie.

Ce trafic illégal de bois amazonien a déjà été dénoncé par Survival International**, notamment pour la sauvegarde du peuple Awá-Guajá de l'État du Maranhão dont la Terre a été dévastée par des "madeireiros" (exploitants forestiers). Dans le film "Indiens d'Amazonie, le dernier combat" Survival a montré comment ce bois, coupé illégalement, est commercialisé en France.

La bataille contre la déforestation et le commerce illégal de bois n'est pas encore gagnée.

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* L'Ipé, parfois appelé "Ebène verte" est un bois dur, particulièrement recherché pour la construction de terrasses et escaliers extérieurs, bardages, mobilier de jardin, mais aussi pour divers aménagements intérieurs comme les parquets.

**Voir sur ce blog, la note du 30 janvier 2014.

Photo : © Bas Beentjes / Greenpeace. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans le dernier AYA Info (No 99), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

23/12/2014

Un médecin demande à la multinationale Vale SA d'éviter la pollution du Rio Cateté

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Xikrin, Cateté, Pará, Kayapó, Kakarekré, Porekrô, Baypran ,FUNASA, René Fuerst, Aurélien Fontanet, Daniel Schweizer, Père Caron, Dominicains, Toulouse, Curé d'Indiens, Pierre Clastres, João Paolo Botelho Vieira Filho, UFSP, UNIFESP, Fernando Collor, Carouge, Genève, Flux Laboratory, OMCT, Conseil des droits de l'homme, FIFDH, Djudjê – Kô, Kateté, Oodjã, F.H. Cardoso, Cesta básica, diabète, diabetes, uma visão da saúde dos xikrin, merenda escolar,Vale, Sesai, Funai, minstério públicoAu cours du mois de juillet dernier, le photographe et vidéaste genevois Aurélien Fontanet est retourné chez les Indiens Xikrin* du Cateté (dans l'Etat brésilien du Pará) qu'il avait déjà visité en 2013**. Il avait alors apporté l'ouvrage que leur a consacré l'ethnologue René Fuerst qui avait vécu avec ce peuple en 1963. Cette année, Aurélien a effectué son voyage en compagnie du docteur João Paulo Botelho Vieira Filho, professeur adjoint à l'Ecole de médecine de São Paulo – UNIFESP. Ce médecin apporte son aide aux Xikrin depuis 1967. Il est le consultant médical des associations indigènes Xikrin, Kakarekré, Porekrô et Baypran. En juillet, il a publié un rapport intitulé "Vision de la santé des Xikrin de la Terre Indigène - TI Kateté", avec un sous-titre évocateur : "L'insensibilité  des personnes envers les proches malades et nécessiteux devrait être cataloguée comme pathologie psychique". De son voyage, Aurélien a rapporté cet intéressant document.

En 2014 comme en 2013, le médecin a réalisé un relevé démographique des trois villages de la TI, Djudjê – Kô, Kateté et Oodjã où le nombre total d'habitants est quasiment resté stable, soit 1'313 en 2014 et 1'320 en 2013. Il faut rappeler que dans les années 60, les Xikrin du Cateté étaient un peu moins d'une centaine. Cette "renaissance" reste fragile. Les menaces qui pèsent actuellement sur les trois communautés sont bien réelles.

Elles tiennent d'abord à la proximité de l'exploitation minière de la multinationale Vale*** qui a un impact sur les communautés. Un décret présidentiel de F.H. Cardoso de 1997 impose à cette compagnie de fournir une assistance aux habitants de la TI. Une assistance sous diverses formes : indemnité versée aux associations indigènes, transports des malades vers les hôpitaux, etc. Le médecin attire l'attention de Vale sur la pollution du rio Cateté causée par ses activités minières. La santé des habitants de la TI dépend de la qualité de l'eau de la rivière. Si le rio devait rester pollué par des déchets de minerai, des matières toxiques ou des métaux lourds, les indiens seront exposés à des cancers. Les poissons seront impropres à la consommation. Il demande la construction d'ouvrages pour empêcher cette pollution.

Le rapport aborde également d'autres problèmes concernant les pouvoirs publics brésiliens : période de vaccination contre la grippe trop tardive, dépistages du cancer du col de l'utérus trop rares, manque de dentiste, nécessité d'un poste de santé dans le village de Kateté, comportements autoritaires des non indiens vis à vis des Xikrin. Compte tenu du nombre de diabétiques, le médecin rappelle l'importance de l'éducation alimentaire et la nécessité d'adapter le "Cesta basica" (le panier de base) remis à la population et les "Merendas escolares", les repas servis aux enfants des écoles des villages indigènes : ils sont trop riches en sucre. En raison de leur  patrimoine génétique, les populations indigènes sont celles qui, dans le monde, ont une plus grande prévalence et incidence du diabète.

L'appel du médecin sera-t-il entendu ?

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* Prononcer "Chikrine"

** Voir sur ce blog la note du 12 mars 2014

*** Vale International SA a son siège en Suisse, à Saint-Prex, dans le canton de Vaud

Photo © Aurélien Fontanet : Le docteur João Paulo Botelho Vieira Filho avec l'une de ses patientes Xikrin / Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

Ci-dessous : une carte (Instituto Socioambiental) pour situer la TI Xikrin - Cliquer sur le vignette pour agrandir l'image.

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PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans "AYA Info" (No 98), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

30/10/2014

Élections brésiliennes, l'Amazonie et les peuples indigènes*

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, índios, terras indígenas, eleições, élections, Câmara dos Deputados, Senado, Presidente, Governador, Assembleia legislativa, Estados, 5 de otoubro, 26 de otoubro, Dilma Rousseff, Marina Silva, Aécio Neves, PT, Partido dos Trabalhadores, Partido Socialista Brasileiro, PSB, Partido da Social Democracia Brasileira, PSDB, APIB, Articulação dos Povos Indígenas do Brasil, demarcação, Acre, Amapá, Amazonas, Mato Grosso, Pará, Rondônia, Roraima, Tocantins, Maranhão, Nilmário Miranda, Padre Ton, Bancada ruralista, Frente Parlamentar da Agropecuária, Katia AbreuC'est maintenant connu, au deuxième tour le 26 octobre, sur l'ensemble du Brésil, Dilma Rousseff l'a emporté en obtenant plus 54,50 millions de voix, soit 51,64 % des votes exprimés. Elle dirigera le pays pour un deuxième mandat de quatre ans à partir du 1er janvier 2015. En 2010, elle avait été élue avec 54 % des voix. Son concurrent, Aécio Neves, a recueilli 51,04 millions de votes, soit 48,36 %. Une différence de 3,46 millions de voix.

En Amazonie légale**, au premier tour le 5 octobre, Dilma Rousseff est arrivée en tête dans cinq États de cette partie du Brésil : Amapá, Amazonas, Maranhão, Pará et Tocantins; elle a obtenu les voix de près de 6,86 millions d'électeurs. Aécio Neves est arrivé premier dans trois États : Mato Grosso, Rondônia et Roraima où il a recueilli un peu plus de 3,34 millions de suffrages. Marina Silva est arrivée en tête dans le seul État d'Acre d'où elle est originaire; elle a eu les faveurs de 2,27 millions d'électeurs.

Au deuxième tour, Dilma y a obtenu près de 7,6 millions de voix, étant arrivée en tête dans les mêmes cinq États qu'au 1er tour. Aécio Neves y a recueilli 4,9 millions de voix. Lui aussi a obtenu la majorité des suffrages dans les mêmes trois États que lors du 1er tour, plus l'État d'Acre. Marina Silva avait choisi de soutenir Aécio.

La Chambre des députés, où sont déposés de nombreux projets de lois concernant les peuples indigènes, se trouve modifiée par ces dernières élections. La coalition des neuf partis soutenant la candidature de Dilma Rousseff autour du Parti des Travailleurs - PT a placé 304 députés, soit 36 de moins que pendant la législature précédente. À lui seul, le PT a perdu 18 sièges, passant de 88 à 70 représentants. La coalition qui a appuyé la candidature d'Aécio Nevas autour du Parti de la Sociale Démocratie Brésilienne - PSDB sera forte de 130 députés. Le PSDB a gagné dix sièges passant de 44 à 54 représentants.

Les deux députés, Nilmário Miranda et Padre Ton, auteurs de la Proposition d'Amendement Constitutionnel – PEC No 320/2013, créant quatre places destinées à des représentants indigènes à la Chambre de députés ne sont plus membres de la Chambre. Nilmário, qui s'est présenté dans le Minas Gerais sur une liste du PT n'a pas été réélu. Padre Ton n'était pas candidat à la Chambre des députés, il a postulé pour le poste de Gouverneur de l'État de Rondônia sous l'étiquette du PT. Il n'est arrivé que quatrième. Les peuples indigènes ont perdu deux de leurs soutiens.

La "Bancada ruralista", aussi désignée sous le terme de "Frente Parlamentar da Agropecuária" (Front parlementaire de l'agro-élevage) de la Chambre des députés, est le groupe de pression représentant les intérêts de l'agrobusiness. Il lutte contre les droits des indigènes, notamment leurs droits territoriaux. Très vite, après le premier tour, il a publié un relevé préliminaire, selon lequel des 191 députés membres du front, 139 ont été réélus, et 124 nouveaux députés ont des liens avec ce secteur économique. Ainsi le Front pourrait regrouper 263 (51%) des 513 députés de la Chambre et disposer ainsi de la majorité absolue. Situation à vérifier après la mise en place de la nouvelle Chambre en janvier 2015.

Au Sénat, le fait à relever pour les membres de ce Front, c'est la réélection de Katia Abreu***, d'abord élue à la Chambre des députés en 2002, puis élue Sénatrice du Tocantins en 2006. Elle est la Présidente de la puissante Confédération de l'Agriculture et de l'Élevage du Brésil - CNA.

Globalement, au vu des résultats de ces élections, le cadre dans lequel sont traités les droits des peuples indigènes s'est plutôt dégradé. Entre les deux tours, l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil - APIB avait déjà annoncé que " nos peuples indigènes de tout le pays continueront la lutte pour la démarcation de nos terres, la santé, l'éducation différenciée et la défense de l'environnement".

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* Voir sur ce blog, les notes du 1er et du 21 octobre

** Soit les États d'Acre (AC), Amapá (AP), Amazonas (AM), Mato Grosso (MT), Pará (PA), Rondônia (RO), Roraima (RR), Tocantins (TO) et une partie du Maranhão (MA) (compté ici dans sa totalité). L'Amazonie légale, avec ses 5,2 millions km2 constitue 61 % du territoire national, mais l'électorat amazonien, de près de 17,5 millions de citoyens, ne représente que 12,2 % des 142,8 millions d'électeurs brésiliens. Elle abrite de nombreux peuples indigènes.

*** Voir sur ce blog, la note du 23 décembre 2010.

- Carte : Élection présidentielle 2014, le vote du 2e tour dans les États de la Fédération et en Amazonie légale. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image,

- PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera reprise dans le prochain "AYA Info" No 98, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

09/05/2014

"Dom Tomás Balduino a fait sa Pâque"

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, índios, ditadura, dictature, Dom Tomás Balduino, Dominicains, Dominicanos, Conceição do Araguaia, Pará, Xikrin, CIMI, Conselho Indigenista Missionário, Comissão Pastoral da Terra, CPT, CNBB, Comissão Nacional da Verdade, Multiwatch, COTMEC, FUNAI, Genève, Suisse, Goiás, Goiânia, Gercília Krahô, Antônio ApinajéC'est ainsi que la Commission Pastorale de la Terre – CPT* a annoncé le décès de son fondateur survenu dans la ville brésilienne de Goiânia au soir du 2 mai. Dom Tomás Balduino, souvent appelé l'évêque des Indiens et des Sans-terre était âgé de 91 ans. Il appartenait à l'Ordre des Dominicains. Il avait a été ordonné prêtre en 1948 et consacré évêque en 1967. Il a été à la tête du diocèse brésilien de Goiás pendant 31 ans jusqu'à sa retraite en 1999. Ayant fait une partie de ses études en France, il s'exprimait aisément en français.

Il a eu à connaître la difficile réalité vécue par les indigènes à partir de 1957 quand il a été nommé supérieur de la mission des Dominicains de la prélature de Conceição do Araguaia dans l'État du Pará. À cette époque, cette mission accompagnait sept groupes indigènes, parmi eux, les Xikrin dont il apprit la langue. Afin de mieux connaître les peuples indigènes, il a étudié l'anthropologie et linguistique. Pour faciliter la desserte de l'immense territoire dont il avait la charge, Dom Tomás a appris à piloter les avions.

En 1972, il était du groupe de religieux à l'origine de la création du Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI.* Il en a été le deuxième président entre 1980 et 1984. En 1975, il a également été l'un des fondateurs de la CPT dont il a été le président entre 1999 et 2005. Les deux entités ont vu le jour pendant la dictature militaire. Elles publient régulièrement des rapports sur la violence faite aux peuples indigènes et sur celle qui sévit dans la campagne brésilienne contre les petits agriculteurs.

Encore récemment, le 12 mars dernier, Dom Tomás été auditionné par la Commission Nationale de Vérité qui enquête sur les exactions commises par les militaires pendant la dictature :"Le Coup [d'État] a été fait par des stratèges. Ils n'étaient pas des bouffons. Ils ont attaqué des points névralgiques. En premier ils ont attaqué des travailleurs, mais aussi des leaders dans les Églises..." C'est certainement la dernière fois que l'évêque s'est exprimé publiquement au sujet de la dictature.

Dom Tomás était aussi connu à l'extérieur du Brésil. Il était venu en Suisse en octobre 2005 à l'invitation de Multiwatch, un collectif d'associations helvétiques qui s'intéressait alors à la politique de Nestlé en Colombie. En mai 2008, il était à Genève pour parler de la transposition du rio São Francisco. Une rencontre organisée par la Commission Tiers-Monde de l'Eglise Catholique – COTMEC.

Plusieurs entités ont rendu hommage à cet évêque hors du commun. Ainsi, la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI a rappelé que Dom Balduino "S'est engagé fidèlement dans la lutte en faveur des Peuples Indigènes. Il a consacré sa vie à la construction d'une société juste et démocratique, militant sur le terrain des grandes causes humaines et sociales. Il a agi inlassablement pour la défense des doits des populations exclues, des pauvres, des travailleurs sans terre et des indigènes"… "La trajectoire de Dom Tomás laisse au pays un vaste héritage d'enseignements. Que son exemple de générosité et de ténacité reste vif en nous. Qu'il soit capable de conquérir beaucoup d'esprits et de cœurs. Qu'il puisse rallumer chaque jour notre courage de lutter et d'agir pour une société juste, fraternelle et solidaire".

Une partie des célébrations funèbres ont eu lieu à Goiânia, la capitale de l'État brésilien de Goiás. La sépulture a eu lieu le 5 mai à 140 km de là, dans la cathédrale de la cité de Goiás. Ce sont des indiens qui ont alors porté le cercueil dans l'édifice. Une quarantaine d'entre eux, représentant une demi-douzaine d'ethnies ont réalisé un rituel conforme à leurs coutumes. Ils ont décoré le visage de Dom Tomás avec de l'urucum et placé une coiffe indigène à la tête du cercueil. Deux d'entre eux ont rendu hommage à Dom Tomás. Gercília Krahô a souligné son caractère : "Il aimait les personnes, il les respectait. Non seulement il nous défendait, mais il défendait aussi les paysans, les riverains, les quilombolas et les pêcheurs…" Et Antônio Apinajé a rappelé sa fidélité à la cause indigène : "Nous lui serons éternellement reconnaissants parce qu'il a toujours été avec nous dans nos luttes pour la défense de nos territoires. Il était avec nous dans la joie et dans la tristesse, dans la santé et dans la maladie, dans nos fêtes et dans nos luttes".

L'une des caractéristiques de l'engagement de Dom Tomás Balduino est d'avoir contribué à la mise en place d'institutions comme la CPT et le CIMI qui donnent une dimension collective et pérenne à ses convictions profondes. Cet héritage est particulièrement précieux en ce moment où les Peuples indigènes du Brésil vivent une période difficile de leur histoire. Leurs droits constitutionnels sont remis en cause.

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* La CPT et le CIMI sont des entités liées à la Conférence Nationale des Evêques du Brésil – CNBB

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Photos :CIMI et CPT

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera publiée dans le prochain AYA Info No 93, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2