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  • Discrimination et politiques anti-indigènes : des artistes expriment leur ras le bol

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    Pour sa part, la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI a lancé la campagne "Avril Indigène 2014" le 7 avril au Mémorial des Peuples indigènes de Brasilia sur le thème : "Les indiens sont la richesse du Brésil / Le Brésil de l'Urucum* – La différence est notre richesse". Une vidéo visible sur Youtube présente la campagne qui veut contribuer à la lutte contre la discrimination à l'égard des Indiens.

    Le slogan affirmant que les indiens sont la richesse du Brésil est loin de faire l'unanimité. En novembre et décembre 2013, deux députés fédéraux, Alceu Moreira et Luis Carlos Heinze ont publiquement manifesté leur hostilité à l'égard des indiens. Le premier a incité les producteurs ruraux à engager des sociétés privées de sécurité pour lutter contre les invasions de terres revendiquées par les peuples indigènes. Le second s'en est pris aux indiens, quilombolas, lesbiennes et gays les qualifiant de "tudo o que não presta", qui se traduit poliment en français par : "tout ce qui ne vaut rien". Une dizaine d'organisations ont demandé au Procureur général de la république d'enquêter afin de déterminer si ces propos constituent une infraction. Le 21 mars dernier, Journée internationale pour l'élimination de la discrimination, Survival International a décerné le prix du "Raciste de l'année" à Luis Carlos Heinze.

    Le 14 avril, Ministère public fédéral a présenté, en avant-première, un documentaire de Rodrigo Siqueira au titre évocateur : "Indien Citoyen ?" Le film retrace la situation des indigènes et leur mobilisation à la fin des années 80 au moment de l'adoption de la Constitution (1988) et la situation actuelle. L'auteur du film questionne : Combien de temps encore ce pays va nier son identité indigène ? La Sous-procureur général de la République, Deborah Duprat affirme que "le moment actuel est la période la plus dramatique de l'histoire indigène". Pour l'heure, seule la bande-annonce du film a été mis en ligne. Plusieurs leaders indigènes se sont exprimés à l'occasion de cette présentation.

    Le 22 avril, pour marquer le 514e anniversaire de l'arrivée de Cabral sur les côtes brésiliennes, une vingtaine d'artistes brésiliens ont lancé la campagne "Tamuaté-Aki"** dont l'objectif est de demander aux politiciens et aux autorités plus de respect pour les droits acquis par les peuples les plus anciens du pays. Dans la vidéo (voir ci-dessous) de lancement, l'actrice Leticia Sabatella pose la question : Pour vous, le Brésil a-t-il été découvert ou a-t-il été envahi ? Toni Garrido : Comment un indien répondrait-il à cette question ?

    Les artistes seront-ils entendus ?

    ***

    * L'Urucum est un arbre dont la graine est utilisée pour les peintures corporelles de couleur rouge.

    ** Néologisme dont l'origine est l'expression "Estamos até aqui" dont la traduction approchée en français signifie : "Nous en avons assez… ça suffit !"

    Traduction de l'affichette (cliquer sur la vignette pour l'agrandir):

    L'indien ne produit pas de richesse pour le Brésil / Les indiens sont la richesse du Brésil / Le Brésil de l'Urucum  -  La différence est notre richesse.

    Au Brésil, aujourd'hui vivent plus de 890'000 indigènes. Quasi un million de Brésiliens appartiennent à 305 ethnies différentes, parlant plus de 270 langues. Des Brésiliens comme moi, comme toi. Dans le pays il existe approximativement 70 peuples indigènes qui vivent en isolement volontaire, sans aucun contact avec les non indiens. Les peuples indigènes luttent pour maintenir leur mode de vie traditionnel. Ils luttent pour reproduire leurs cultures. Ils luttent pour le droit de préserver leurs traditions. Respecter les différences, c'est vivre profondément un Brésil de diversité et de richesse.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    - Une version réduite de cette note a été publiée dans AYA Info No 92, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Convention 169 de l'OIT, le gouvernement brésilien organise un séminaire

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    Les organisations indigènes, quilombolas* ont maintes fois reproché au gouvernement brésilien de ne pas respecter la Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail. Le cas de Belo Monte dont il a souvent été question sur ce blog, montre que le reproche est justifié. En septembre 2011, James Anaya, le rapporteur spécial des Nations Unies pour les droits des peuples autochtones avait participé à un séminaire organisé par la FUNAI sur le processus de consultation préalable, libre et informé voulu par la convention.

    Probablement pour donner une suite à ce séminaire, la présidence de la république a initié un processus pour donner corps à ses obligations découlant de la ratification de ladite convention et autres instruments internationaux auxquels il a souscrit.

    Le 27 janvier 2012, un Arrêté cosigné par le Secrétariat général de la présidence de la république et le Ministère des relations extérieures, a créé un groupe de travail composé des différents ministères et organes gouvernementaux concernés pour étudier, évaluer et présenter des propositions de réglementation de ce processus.

    Les 8 et 9 mars, le Secrétariat et le Ministère des affaires étrangères ont organisé un séminaire "Convention 169 de l'OIT, expériences et perspectives" auquel ont participé environ 160 dirigeants indigènes, quilombolas et de communautés traditionnelles.

    Un  "Atelier préparatoire" avait été  organisé par la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI, les 23, 24 et 25 février. Peu après cette réunion, l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil - APIB, a rédigé un texte qui exprime sa vision du processus de consultation, et d'une manière plus large, le cadre dans lequel elle souhaite voir se développer la relation des organisations indigènes avec le gouvernement. Le document porte sur cinq points : 1.- La participation de tous les organes publics concernés par la politique indigéniste. 2.- La constitution d'un groupe de travail indigène pour garantir l'autonomie et l'intervention qualifiée des peuples indigènes. 3.- L'organisation de rencontres d'information et de consultation régionales. 4.- L'approbation du projet de loi de mise en place du Conseil National de Politique Indigéniste, du Statut des peuples indigènes et la signature du décret qui institue la Politique nationale de gestion environnementale et territoriale dans les Terres indigènes. 5.- Les signataires du texte demandent à être reçus par la présidente Dilma Rousseff.

    Les conclusions du séminaire n'ont pas été publiées. Est-ce le début du règlement de l'un des contentieux qui affectent les relations du gouvernement avec les organisations indigènes du pays ?

    ***

    * Communauté composées de descendants d'esclaves fugitifs.

    Pour en savoir plus,

    En français :

    - La Convention 169 de l'OIT : http://www.ilo.org/ilolex/cgi-lex/convdf.pl?C169

    - Voir "AYA Info" Nos 64 et 65 pour les précédentes rencontres sur le sujet.

    En portugais :

    - L'arrêté interministériel du 27 janvier 2012 : http://www.in.gov.br/imprensa/visualiza/index.jsp?jornal=2&pagina=3&data=30/01/2012

    - Le document de l'APIB : http://crocodoc.com/Oh05yFE

    - L'information donnée le dernier jour du séminaire par le Secrétariat de la présidence de la république :  http://www.secretariageral.gov.br/noticias/ultimas_noticias/2012/03/09-03-2012-seminario-sobre-convencao-169-da-oit-termina-com-troca-de-experiencias

     

    Une version réduite de cette note a été publiée dans "AYA Info" No 70, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

     

  • Manifeste indigène contre la perversité et l'autoritarisme du gouvernement

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    Le 26 octobre, les quatre ministres brésiliens de la justice, de l'environnement, de la santé et de la culture ont signé un arrêté (No 419) visant à accélérer le processus par lequel l'Institut Brésilien de l'Environnement - IBAMA accorde son autorisation avant la mise en œuvre des grands projets économiques, usines hydroélectriques, barrages, ports et autres infrastructures.

    Ce texte fixe un délai impératif de trois mois aux organes fédéraux, notamment la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI et la Fondation Culturelle Palmares - FCP*, pour consulter les communautés et organisations indigènes ou quilombolas** quand les ouvrages sont susceptibles d'avoir un impact sur leur existence. Passé le délai, la procédure engagée par l'IBAMA poursuit son déroulement. L'arrêté fixe également, pour chaque type d'ouvrage, en Amazonie légale*** et dans les autres régions du pays, la distance, la zone, à l'intérieur de laquelle les consultations doivent avoir lieu.

    Les organisations indigènes contestent cet arrêté. Elles contestent le zonage et surtout le délai trop court imposé à la FUNAI et à la FCP pour consulter les communautés et les organisations potentiellement affectées par les ouvrages. Elles savent que ces entités n'ont pas suffisamment de personnel pour travailler dans les délais impartis par le nouvel arrêté. Le 9 novembre, près de 70 d'entre elles ont signé un manifeste reprochant au gouvernement de Dilma de faire preuve de perversité et d'autoritarisme. Elles accusent le gouvernement de vouloir réduire les droits territoriaux indigènes et quilombolas. Elles demandent la révocation de cet arrêté.

    Au terme de la première année du gouvernement Dilma, les relations de celui-ci avec les organisations et les peuples indigènes ne sont pas au mieux !

    ***

    Pour en savoir plus (en portugais)

    - L'arrêté interministériel publié au Journal Officiel de l'Union le 28 octobre :

    http://www.in.gov.br/visualiza/index.jsp?data=28/10/2011&jornal=1&pagina=81&totalArquivos=208

    - Le manifeste des organisations indigènes :

    http://blogapib.blogspot.com/2011/11/manifesto-publico-de-organizacoes.html

    * La "Fundação Cultural Palmares - FCP" a été créée en 1988. C'est une institution publique rattachée au Ministère de la Culture. Elle est chargée de promouvoir et préserver la culture afro-brésilienne. Site Internet : http://www.palmares.gov.br/

    ** Les Quilombolas est le nom donné aux esclaves noirs ayant fui les plantations, ou les entreprises de transformation de canne à sucre, qui se regroupaient dans des "quilombos", des lieux difficiles d'accès, éloignés des localités et des plantations, souvent en forêt ou en montagne. Il y a plusieurs milliers de communautés "quilombolas" au Brésil. Comme les peuples indigènes, ces communautés revendiquent le respect de leurs droits.

    *** L'Amazonie légale est constituée de neuf États : Acre, Amapá, Amazonas, Mato Grosso, Pará, Rondônia, Roraima, Tocantins et une partie du Maranhão,

     

    Une version plus réduite de cette note a été publiée dans "AYA Info" No 66, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2