28/01/2018

Versoix : Les peuples autochtones d'Amazonie brésilienne

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Les quelques 11'000 Kayapó, répartis en plusieurs groupes, vivent essentiellement dans neuf Terres Indigènes l'État du Pará. Emilie Barrucand évoque leur culture, leur vie sociale et leur activité économique. C'est surtout leur leader, Raoni Metuktire qui est connu au niveau international pour son engagement pour la défense de la forêt amazonienne et son opposition à la construction du barrage de Belo Monte sur le Xingu (2), inauguré en 2016 par l'ex-présidente Dilma Rousseff. Raoni est venu plusieurs fois à Genève (3) pour plaider la cause de son peuple devant les instances onusiennes, le Conseil des droits de l'homme en particulier.

L'exposition de Versoix n'est pas sans rappeler celle présentée par Flux Laboratory à Carouge, en mars 2014 (4). Elle était consacrée à un groupe Kayapó, les Xikrin (5) du rio Cateté, que l'ethnologue genevois, René Fuerst, a visité en 1963 et que le vidéaste Aurélien Fontanet est retourné voir cinquante ans après, en 2013.

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(1) Le "Boléro" 8, Chemin Jean-Baptiste Vandelle, 1290 Versoix/Genève (à proximité de la gare CFF) – Tél.: +41 (0)22 950 84 00 / https://www.loisirs.ch/loisirs/20963/bolero-versoix

Entrée libre du mardi au dimanche de 15h à 18h.

(2) Prononcer "Chingou" / (3) Voir sur ce blog, la note du 14 décembre 2012 / (4) Voir sur ce blog, la note du 12 mars 2014 / (5) Prononcer "Chikrine"

Image extraite de l'invitation au vernissage de l'exposition. Cliquer sur la vignette pour l'agrandir.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 121, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

23/12/2014

Un médecin demande à la multinationale Vale SA d'éviter la pollution du Rio Cateté

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En 2014 comme en 2013, le médecin a réalisé un relevé démographique des trois villages de la TI, Djudjê – Kô, Kateté et Oodjã où le nombre total d'habitants est quasiment resté stable, soit 1'313 en 2014 et 1'320 en 2013. Il faut rappeler que dans les années 60, les Xikrin du Cateté étaient un peu moins d'une centaine. Cette "renaissance" reste fragile. Les menaces qui pèsent actuellement sur les trois communautés sont bien réelles.

Elles tiennent d'abord à la proximité de l'exploitation minière de la multinationale Vale*** qui a un impact sur les communautés. Un décret présidentiel de F.H. Cardoso de 1997 impose à cette compagnie de fournir une assistance aux habitants de la TI. Une assistance sous diverses formes : indemnité versée aux associations indigènes, transports des malades vers les hôpitaux, etc. Le médecin attire l'attention de Vale sur la pollution du rio Cateté causée par ses activités minières. La santé des habitants de la TI dépend de la qualité de l'eau de la rivière. Si le rio devait rester pollué par des déchets de minerai, des matières toxiques ou des métaux lourds, les indiens seront exposés à des cancers. Les poissons seront impropres à la consommation. Il demande la construction d'ouvrages pour empêcher cette pollution.

Le rapport aborde également d'autres problèmes concernant les pouvoirs publics brésiliens : période de vaccination contre la grippe trop tardive, dépistages du cancer du col de l'utérus trop rares, manque de dentiste, nécessité d'un poste de santé dans le village de Kateté, comportements autoritaires des non indiens vis à vis des Xikrin. Compte tenu du nombre de diabétiques, le médecin rappelle l'importance de l'éducation alimentaire et la nécessité d'adapter le "Cesta basica" (le panier de base) remis à la population et les "Merendas escolares", les repas servis aux enfants des écoles des villages indigènes : ils sont trop riches en sucre. En raison de leur  patrimoine génétique, les populations indigènes sont celles qui, dans le monde, ont une plus grande prévalence et incidence du diabète.

L'appel du médecin sera-t-il entendu ?

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* Prononcer "Chikrine"

** Voir sur ce blog la note du 12 mars 2014

*** Vale International SA a son siège en Suisse, à Saint-Prex, dans le canton de Vaud

Photo © Aurélien Fontanet : Le docteur João Paulo Botelho Vieira Filho avec l'une de ses patientes Xikrin / Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

Ci-dessous : une carte (Instituto Socioambiental) pour situer la TI Xikrin - Cliquer sur le vignette pour agrandir l'image.

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PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans "AYA Info" (No 98), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

12/03/2014

Chez les Xikrin* du Cateté, cinquante ans après

À Carouge /Genève une exposition(1) est consacrée à ce peuple de l'État brésilien du Pará qui a failli disparaître. En 1967, les Xikrin do Cateté étaient moins d'une centaine, 98 exactement. En 2010, la Fondation Nationale de la Santé – FUNASA en a dénombré 1'818, dont  plus de 1'056 sont dans la Terre Indigène Xikrin do Cateté. Une "renaissance" qui ne doit rien au hasard. Elle est due à la résistance des indigènes eux-mêmes et à l'appui de quelques personnes qui ont épousé leur cause.

L'ethnologue René Fuerst a connu ces Xikrin en 1963. Il leur a consacré un ouvrage(2). Et, en 2013, le photographe et vidéaste Aurélien Fontanet a passé quelques semaines dans leurs communautés. Il a remis aux Xikrin le livre de leur ancien visiteur. Il a évidemment rapporté de son séjour amazonien des photos et un court métrage. Les images prises à cinquante ans de distance illustrent les changements, mais aussi la continuité de la culture de ce peuple.

Le 5 mars, lors du vernissage de l'exposition, le cinéaste Daniel Schweizer connu pour son engagement, notamment en faveur des peuples indigènes, a présenté le contexte dans lequel vit ce peuple. Les intervenants ont rappelé le rôle joué dans les années soixante par le Père Raymond Caron, un dominicain français qui a apporté son soutien aux Xikrin décimés par les maladies contractées au contact des "blancs". À son retour en France, avant son décès en 1975 au Couvent des Dominicains de Toulouse, le religieux a relaté son vécu brésilien dans un ouvrage "Curé d'Indiens", publié en 1971(3). Dans la recension qu'il fait de ce livre, l'anthropologue et ethnologue Pierre Clastres, commence ainsi son commentaire : "Le livre ne répond en rien au titre. "Curé d'Indiens" ne décrit pas, comme on pourrait le craindre, l'expérience d'un missionnaire cherchant à christianiser des Sauvages. C'est tout le contraire, puisque l'auteur, le Père Caron, narre au jour le jour les années (1966 – 1970) passées à tenter le sauvetage d'une petite tribu Kayapó du Brésil central, les Xikrin, menacés de disparition. "C'est cette lutte pour la vie, ce combat pour la justice, que j'ai raconté dans ce journal [dit-il]." Les termes ne sont pas excessifs, car il a fallu au P. Caron des ressources inépuisables de générosité et d'obstination pour parvenir à imposer son action.  On s'indigne au fil des pages, du cynisme et de la bassesse que l'auteur a dû affronter…"

Rappel a aussi été fait d'une autre personnalité qui apporte son assistance aux Xikrin depuis plus de quarante ans. Il s'agit du docteur João Paulo Botelho Vieira Filho, professeur adjoint de l'École  de médecine de l'Université fédérale de São Paulo. Encore récemment, dans un rapport de juillet 2013, il affirme que "Les Indiens doivent être informés des très grands risques qui doivent être évités pour leur survie physique, psychique et culturelle : le diabète, l'alcoolisme, la contamination par le virus HIV. Un risque majeur, toujours présent, est la perte des terres traditionnelles qui conduit à la mort, par le manque de volonté de vivre en raison des mauvaises conditions de vie. Un risque qui peut être évité dès que le gouvernement collabore."

Au même lieu, Daniel Schweizer présente également le portrait d'une douzaine de personnalités – dont le Yanomami Davi Kopenawa et le Kayapó Raoni - engagées dans la défense des droits humains en lien avec l'industrie extractive; un secteur qui opère souvent dans des contextes déjà fragilisés. Il a également présenté un court métrage "Yanomami en sursis".

L'événement, en fait une double exposition, a lieu alors qu'à Genève se tient la 25e Session du Conseil des Droits de l'Homme - CDH et que se déroule le Festival du Film et Forum International sur les Droits Humains – FIFDH. Parmi les partenaires officiels du festival on trouve l'Organisation Mondiale de lutte Contre la Torture – OMCT. Une ONG qui a un programme de défense des défenseurs des droits de l'homme. Flux Laboratory est également partenaire du Festival. L'exposition participe à ce temps fort de l'action pour le respect des droits humains.

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* Prononcer "Chikrine"

(1) L'exposition a lieu dans les locaux de Flux Laboratory, 10 rue Jacques-Dalphin, 1227 Carouge / Genève. Elle est ouverte jusqu'au 20 mars 2014, du lundi au vendredi de 10h à 17h, ou sur rendez-vous. Entrée libre.

(2) "Xikrin – Hommes oiseaux d'Amazonie" – Publié en 2006  - 5 Continents Editions -  ISBN 978-88-7439-317-6

(3) "Curé d'Indiens", publié à l'Union générale d'Éditions en 1971 dans la collection 10/18

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Une version réduite de cette note sera publiée dans le prochain AYA Info (No 91), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2