01/03/2017

Pollution de l'Amazonie péruvienne : accord entre les organisations indigènes et le gouvernement

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, autochtones, indígenas, povos, Saramurillo, Norteperuano, Loreto, Lima, rio Corrientes, rio Pastaza, rio Tigre, rio Marañon, Comisión Multisectorial,FeconatLe 15 décembre 2016, des accords – appelés "Accords de Saramurillo" - ont été signés entre les leaders de communautés indigènes et le gouvernement péruvien au sujet de la contamination causée par la dizaine de fuites de pétrole de l'oléoduc Norteperuano de l'entreprise d'État Petroperú en 2016. Un conduit qui relie les champs pétroliers de l'Amazonie à la côte Pacifique. Ces fuites ont causé de graves pollutions des sols et des cours d'eau dans la région de Loreto. De telles catastrophes environnementales ont déjà eu lieu dans le passé. Elles concernaient les rios Corrientes, Pastaza et Tigre*.

Les communautés indigènes se sont mobilisées pendant plus de trois mois, organisant diverses manifestations, notamment en empêchant la navigation sur le rio Marañon, un affluent important de l'Amazone. Leur protestation a été très médiatisée. Elles ont dressé une liste de revendications qu'une forte délégation est allée défendre pendant plusieurs jours à Lima, la capitale de l'État.

Les accords concernent la surveillance de l'oléoduc, les compensations à servir aux communautés, les réparations des dommages causés pour lesquelles un fonds de 15 millions de dollars a été créé.

Une "Commission Multisectorielle" va suivre la mise en œuvre des accords qui a commencé ce mois de janvier 2017. Ils concernent cinquante mille personnes.

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* Voir sur ce Blog, les notes des 10 mai 2013, 25 juin et 20 janvier 2012.

Photo © Feconat : Le 21 novembre 2016, sur le tarmac de l'aéroport de Lima, les Ministres de la culture et de la défense accompagnent la délégation indigène qui retourne en Amazonie après avoir discuté les conditions de la négociation de l'accord de Saramurillo.

Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

PS 1 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

PS 2 : Note rédigée avec le précieux concours d'Aurélien Stoll, Secrétaire du Mouvement pour la Coopération Internationale - MCI / Genève.

Cette note a été publiée dans « AYA Info » No 114, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

24/04/2015

"Partage de savoirs" entre autochtones de plusieurs pays d'Amérique du sud

 Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, MCI, Mouvement pour la Coopération Internationale, Genève, Fédération Genevoise de Coopération, FGC, FECONAT, Argentine, Chili, Colombie, Pérou, Consejo Asesor Indígena, CAI, Mapuche, Wampi, rio Pastaza, rio Tigre, rio Corrientes, rio Marañón, Loreto, Iquitos, rio Santiago, PluspetrolÀ Iquitos (Pérou), entre le 20 janvier et le 16 février, le Mouvement pour la Coopération Internationale – MCI (Genève)* a organisé un séminaire de "Partage des savoirs" destiné à des représentants de différents peuples indigènes avec lesquels il est en contact depuis plusieurs années. Certains participants s'étaient déjà rencontrés, à Genève en octobre 2012, à l'occasion du séminaire organisé dans le cadre du 50e anniversaire du MCI. Le lieu de la rencontre ne doit rien au hasard : Iquitos abrite le siège de la Fédération  des Communautés Natives du Haut Tigre – FECONAT, qui est un des partenaires du MCI. Les participants venaient d'Argentine, du Chili, de Colombie et, bien sûr, du Pérou. En Argentine, le Consejo Asesor Indígena – CAI est engagé dans un processus de récupération de terres des Mapuche. La cartographie des terres revendiquées ou déjà récupérées est utile. Il existe également des projets de prospection et d'exploitation minière qu'il est utile de localiser. Toujours sur les terres des Mapuche, mais au Chili, il y a des projets d'ouvrages hydroélectriques, aussi des projets d'exploitations minières et des entreprises pratiquant la monoculture forestière. En Colombie, les organisations indigènes sont confrontées à la violence armée et à l'exploitation minière.

Outre l'échange sur les pratiques des uns et des autres face aux réalités propres à chaque pays, une partie de la rencontre a été consacrée à un apprentissage plus technique. Les organisations péruviennes ont partagé leur savoir en matière de surveillance territoriale. Depuis plusieurs années, des indigènes ont été formés pour contrôler les installations pétrolières, notamment dans la région du rio Tigre. Ils ont révélé, aux autorités et à l'opinion publique, l'existence de dizaines de sites pollués suite à des fuites ou des ruptures d'oléoducs. Equipés de smartphones avec GPS et appareils de photos, des "observateurs" alimentent des bases de données qui permettent de préparer des dénonciations et exiger le nettoyage des terres et des rivières polluées.

Cette documentation est également utilisée pour informer les communautés sur les risques encourus. Par l'intermédiaire des réseaux sociaux, elle pourra être aussi échangée entre les organisations indigènes. Plus récemment, l'organisation indigène des Wampis a utilisé ces techniques pour dénoncer l'orpaillage illégal sur le rio Santiago. Lors de la rencontre, un des leaders de cette communauté a présenté une brève vidéo (mise en ligne sur YouTube) enregistrée lors d'une manifestation contre la présence des orpailleurs. Le recours à ces techniques a grandement facilité la mise en place de politiques publiques pour l'ensemble de l'Amazonie péruvienne.

Au début de ce mois de mars, le gouvernement péruvien a signé un accord – dit accord de Lima -  avec les organisations indigènes des bassins des rios Pastaza, Tigre, Corrientes et Marañón de la région de Loreto. Les autorités ont créé un fonds de 45 millions de "Nuevo Soles" (environ 16,3 millions de US$ ou 15,6 millions de CHF) pour réduire les problèmes environnementaux. Cet accord, qualifié d'historique, est le résultat des pressions exercées par les organisations indigènes depuis des années pour la préservation de leur cadre de vie.

Pour rappel, en 2006, les indigènes avaient occupé les installations pétrolières de la compagnie Pluspetrol. Depuis il y a eu d'autres mobilisations comme en  2009 et 2012. En 2013, le gouvernement a dû déclarer l'état d'urgence environnemental dans la région de Loreto**. Une commission officielle intersectorielle alors mise en place a abouti à l'accord du 10 mars dernier.

Le patient travail de documentation et de dénonciation entrepris par les organisations indigènes a fini par "payer". Reste encore à veiller à l'application du récent accord.

Il est souhaitable que toutes les organisations indigènes présentes au séminaire d'Iquitos obtiennent, elles aussi, des résultats conformes à leurs vœux.

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Photo © MCI – De gauche à droite : Aurélien Stoll, Secrétaire du MCI et animateur de la rencontre en compagnie de deux participants et d'une participante / Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

* Le MCI est membre de la Fédération Genevoise de Coopération – FGC qui a financé ce projet.

** Voir sur ce blog, les notes des 20 janvier et 25 juin 2012, et celle du 10 mai 2013

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans  "AYA Info" No 101, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

08/09/2014

Pérou : Une nouvelle loi menace l’environnement

Amazônia, Amazônia peruana, Pérou, Perú, Luis Miguel Castilla, Ollanta Humala, Ley No 30230, MINAM, OFEA, Pacto de Unidade Perú, Loreto, rio Pastaza, rio Tigre, FECONAT, Lima, COP 20, Petroperú, Cuninico, Iquitos, manto negro, derrame, vazamentoLe 3 juillet dernier, la Commission permanente du Congrès péruvien a donné son feu vert au projet de loi No 3627, annoncé en urgence par le Ministre de l’Economie Louis Castilla pour favoriser les investissements privés et relancer la croissance économique. Ce texte a été adopté par le congrès et signé par le président de la république le 11 juillet.

Sous prétexte de promouvoir les investissements, cette loi affaiblit considérablement les compétences du Ministère de l’Environnement péruvien (MINAM). C’est notamment le cas dans le domaine de la surveillance des activités extractives (minerais, pétrole) qui sont particulièrement étendues au Pérou. À titre d’exemple, cette loi affecte les compétences de l’Organisme (du MINAM) d’Évaluation et de Surveillance Environnemental - OEFA, en matière de sanction des délits environnementaux. Elle prévoit que durant trois ans les activités de l’OEFA soient orientées vers la prévention et la correction des infractions laissant les sanctions seulement pour des cas exceptionnels. De la même manière, elle réduit les compétences du MINAM dans l’approbation de zones de réserves naturelles en proposant que les décisions dans ce domaine ne soient plus uniquement du ressort du MINAM mais soient prises par décret suprême avec un vote du Conseil des Ministres. Cette modification augmente la bureaucratisation des procédures et donne un caractère politique à ces prises de décisions.

Près de cent organisations internationales ont écrit au Président Ollanta Humala pour exprimer leur grande préoccupation quant à l’approbation de cette loi. Le Pacte d'Unité des Organisations Indigènes du Pérou avait également exprimé son rejet de la décision du Congrès et demandé au Président de ne pas promulguer la loi.

Cette annonce intervient alors que l’environnement péruvien est déjà considérablement affecté par la pollution occasionnée par l’industrie extractive. Par exemple, en juin dernier, la rupture d'un oléoduc dans la région amazonienne du Loreto, a occasionné une fuite (voir ci-dessous) de pétrole dans l’environnement, de plus de 400 barils, affectant la faune, la flore et la santé de près de 550 personnes.

Dans un contexte de crise climatique globale où il paraît urgent de prendre des mesures concrètes, cette loi représente un grave retour en arrière pour le Pérou dans le domaine de l’environnement. Elle constitue aussi un très mauvais signal à la veille de la prochaine conférence des Nations Unies sur les changements climatiques, la COP 20 qui aura lieu à Lima en décembre prochain.

Photo© Feconaco : un moniteur indigène chargé de la surveillance territoriale constate la pollution

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La vidéo (en espagnol) de 19 mn ci-dessous a été diffusée le 20 juillet 2014. Il s'agit d'un reportage relatif à la pollution, suite à une fuite de pétrole, survenue dans la dernière semaine de juin, près de la localité de Cuninico, au cœur de la forêt de Loreto au Pérou.

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- Voir sur ce blog les notes des 20 janvier et 25 juin 2012, et 10 mai 2013

- Cette note a été rédigée par Aurélien Stoll, Secrétaire de l'ONG genevoise, le Mouvement pour la Coopération Internationale – MCI, également chargé du suivi d'un projet de surveillance territoriale mis en œuvre par des organisations et communautés indigènes en Amazonie péruvienne.

- PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, mais ici en espagnol, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans "AYA Info" (No 95), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

10/05/2013

Amazonie péruvienne : le gouvernement décrète l'état d'urgence environnemental

Pérou,Peru,rio Pastaza,rio Tigre,Quechua, Manuel Pulgar-Vidal,Juan Jiménez Mayor, FEDIQUEP, FECONAT,Emergencia Ambiental,cuenca del río Pastaza,Andoas,rio Marañón,rio Corrientes,departamento de Loreto,état d'urgenceUne belle victoire pour les organisations indigènes ! Le 26 avril, le Ministre péruvien de l'environnement, Manuel Pulgar-Vidal, a décrété l'état d'urgence environnemental dans une partie de l'Amazonie péruvienne, dans le bassin du rio Pastaza. Durant plus de 40 ans, les compagnies pétrolières ont pollué le sol et les eaux.

L’État, quasiment absent de cette région isolée et difficile d’accès, ne reconnaissait pas l’existence de cette pollution. Mais à l’heure d’Internet et du tout digital, il est désormais possible pour les populations locales de documenter et de dénoncer publiquement l’existence de cette pollution. Face aux preuves fournies par les surveillants de la Fédération des Indigènes Quechua du Pastaza - FEDIQUEP, le gouvernement a chargé une Commission d’évaluer les sites pollués. Le rapport de cette Commission a montré la gravité du phénomène et le gouvernement a enfin déclaré l’état d’urgence environnemental dans ce bassin. Cela concerne près de trente communautés, soit environ 4'000 personnes.

Un travail identique de surveillance* a été entrepris par la Fédération des Communautés Natives du Haut Tigre – FECONAT, une organisation indigène appuyée par l'ONG genevoise, le Mouvement pour la Coopération Internationale – MCI. Prochainement, une Commission se rendra dans le bassin du rio Tigre pour évaluer les sites pollués identifiés par cette Fédération. Tout laisse à penser que les résultats de cette visite devraient amener le gouvernement à déclarer le même état d’urgence dans cette autre région.

L'État péruvien a récemment adopté des standards de qualité environnementale concernant les niveaux de concentration en polluants admis dans les sols. À terme, c’est la reconnaissance et le financement, par l'État, des programmes indépendants de surveillance environnementale que les fédérations autochtones recherchent.

Le 8 mai à Lima, à l'occasion d'une rencontre avec les organisations indigènes, le Premier ministre péruvien, Juan Jiménez Mayor, a présenté les excuses du Gouvernement pour les 40 années pendant lesquelles il a laissé les compagnies pétrolières sans contrôle. Une prochaine réunion est prévue avec les organisations indigènes en vue d'une intervention dans les bassins des rios Pastaza, Corrientes, Tigre et Marañón.

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Carte  : Partie de l'Amazonie péruvienne concernée.

*Voir aussi "AYA Info" Nos 67 et 72 et sur ce blog les notes des 20 janvier et 25 juin 2012

PS : L'activation des liens hypertextes renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note rédigée en collaboration avec Aurélien Stoll.

Une version réduite de cette note a été publiée dans le dernier AYA Info (No 82), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2