22/12/2016

Des Yanomami isolés mis en danger par des orpailleurs illégaux

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Yanomami, garimpeiros, Funai, Frente de Proteção Etnoambiental,Ye'Kuana, FPEYY, rio Uraricuera, rio Mucajai, rio Catrimani, rio Mucajaí, rio Apiaú, Moxihatëtëa, Yawaripë, Perimetral Norte, BR 210, Amazônia RealAu début décembre, la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI a manifesté son inquiétude en raison d'activités illicites d'orpaillage observées à proximité d'un groupe d'indiens - les Moxihatëtëa - vivant en isolement volontaire. Ils vivent dans la partie de la Terre Indigène Yanomami – TIY située dans l'État de Roraima. Selon la Fondation, le danger pour ce groupe est aussi à mettre en lien avec des invasions de la TIY résultant de l'expansion de la frontière agricole dans cet État.

Le Front de Protection Ethno-environnemental Yanomami et Ye'Kuana – FPEYY de la Fondation suit ce groupe via satellite et par le survol depuis 2011. En septembre dernier, lors du survol de leur maloca (maison collective), les observateurs du FPEYY ont décelé plusieurs indices selon lesquels ces indiens sont en bonne condition physique et manifestent leur volonté de rester isolés. Ils cultivent des bananes. Le nombre de familles semble stable.

Cependant, au cours de leur contrôle, les agents du Front ont constaté la présence de plusieurs pistes d'atterrissage et de barges pour l'extraction de l'or.

La dernière opération de lutte contre l'orpaillage illégal sur les rios Uraricuera et Mucajaí a été réalisée en octobre dernier. Dix-huit barges, huit moteurs, six générateurs et quatre compresseurs ont été détruits, 123 grammes d'or ont été saisis et un non-indigène arrêté.

Les Moxihatëtëa appartiennent à un sous-groupe Yanomami, les Yawaripë contactés dans les années 1950 et 1960. Ils ont été les plus impactés par la construction de la route* "Perimetral Norte" dans les années 1970 provoquant la mort de 40% des indigènes qui vivaient dans la région, conséquence des maladies contagieuses apportées par les blancs. Dans les années 1990, les Moxihatëtëa circulaient occasionnellement dans les régions des rios Catrimani, Mucajaí et Apiaú. Le bruit a couru qu'ils étaient l'objet d'attaques de garimpeiros et que, peut-être, ils avaient disparus. C'est seulement en 2011 que leur existence a été prouvée.

Selon l'agence Amazônia Real, comme d'autres Fronts, l'existence du FPEYY serait mise en cause par les restrictions budgétaires décidées par le Gouvernement.

Voilà à nouveau ce groupe d'indiens isolés en danger.

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* La "Perimetral Norte", ou BR 210, devrait relier le Nordeste du Brésil (l'État d'Amapá) à la Colombie par le nord du pays. De nombreux tronçons n'ont pas été ouverts ou ne sont pas goudronnés.

Photo : Collection Funai /FPEYY. Une maloca d'un groupe isolé. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 113, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

28/03/2014

Baselworld et l'orpaillage illégal en Amazonie, une liaison cachée ?

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Pérou, Perú, FUNAI, Hutukara Associação Yanomami, Roraima, rio Uraricuera, rio Branco, rio Tacutu, rio Santiago, OMS, Instituto brasileiro de mineração, Mouvement pour la Coopération Internationale, No Dirty Gold, Baselworld, Société pour les Peuples Menacés, Hurleurs de Guyane, WWF France Le rendez-vous bâlois est l'occasion de rappeler les conditions et les conséquences d'une partie de la production de l'or, en particulier l'orpaillage illégal pratiqué loin des regards, dans des zones difficiles d'accès, mais dont le produit final est accessible à tout un chacun dans les commerces de luxe de la plupart des villes. Un sujet préoccupant, en notamment pour les populations indigènes…

Le 7 février, dans le nord du Brésil, la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI, en collaboration avec les polices militaire et fédérale, a organisé une opération – une de plus* - contre les garimpeiros (orpailleurs) qui agissent illégalement dans la Terre Indigène Yanomami. Est particulièrement visée la région du rio Uraricuera, un affluent du rio Branco, dans l'État de Roraima. C'est une région difficile d'accès, mais riche en or. Des Yanomami apportent leur aide comme guides ou pilotes de pirogues. Selon les informations diffusées à mi-mars par G1-Globo, l'opération a permis le retrait de 60 garimpeiros, la destruction d'une piste d'atterrissage et d'une trentaine de "balsas", ces radeaux sur lesquels est installé le matériel utilisé pour l'extraction de l'or.

La pollution des eaux par le mercure n'affecte pas seulement les indiens : avec le rio Tacutu, le rio Uraricuera forme le rio Branco qui, avec ses affluents, fournit en eau une bonne partie de la population du Roraima. Selon la "Folha de Boa Vista" il n'y a pas d'étude sur les effets de la pollution par le mercure dans cette région. Mais, l'Organisation Mondiale de la Santé – OMS le rappelle : "L’utilisation du mercure pour extraire l’or de manière artisanale ou à petite échelle est particulièrement dangereuse et l’impact sanitaire sur les populations vulnérables est important."

En août 2013, l'Hutukara Associação Yanomami – HAY a publié un rapport selon lequel 80% des garimpeiros expulsés à l'occasion de l'une ou l'autre opération retournent sur les lieux d'orpaillage un mois après en avoir été chassés. Effectivement, des opérations d'expulsion des garimpeiros de l'aire indigène Yanomami sont organisées plus ou moins régulièrement, sans jamais arriver à mettre un terme à cette activité illégale. Les réseaux continuent d'exister…

Selon l'Institut Brésilien d'exploitation Minière – IBRAM, le Brésil est le treizième producteur mondial d'or avec une production de 66 tonnes en 2011, dont 12% (env. 8 t) sont issus des "garimpos". Cette année-là, il en a exporté 44,6 t dont 32 %, soit un peu plus de 14 t, vers la Suisse qui est le deuxième pays importateur d'or brésilien. La première place est occupée par le Royaume-Uni : 45 % des exportations, soit environ 20 t.

La Suisse commence seulement à publier la statistique détaillée du commerce de l'or.

Pour les deux premiers mois de 2014, la Confédération helvétique a acheté 4'103 kg d'or au Brésil pour un montant de près de 112 millions de CHF.

Elle en importe davantage du Pérou. Selon les mêmes sources fédérales, et pour la même période, notre pays en a acheté 13'897 kg pour un montant de 250 millions de CHF. Au Pérou, comme au Brésil, des chercheurs d'or illégaux polluent les rivières de l'Amazonie péruvienne, y compris dans les terres indigènes. Invité par une organisation indigène péruvienne, le secrétaire du Mouvement pour la Coopération Internationale – MCI (une ONG genevoise), a tout récemment pu constater l'action de nombreuses barges qui draguent et polluent le rio Santiago, mettant en danger la vie des populations riveraines et causant de graves dégâts à l'environnement. Les indigènes de la région ont décidé de lutter contre cette pratique. Dans le même temps, ils constatent l'opacité du commerce de l'or…

À l'autre extrémité de l'Amazonie, en Guyane française, l'orpaillage illégal fait également des ravages parmi les populations amérindiennes**. À l'occasion du Carnaval de Cayenne, les membres du collectif "Les Hurleurs de Guyane" ont exprimé leur hostilité à ce fléau. En février dernier, le WWF France a publié un dossier "Or illégal : le filon de la misère" consacré à l'or illégal en Guyane. Entre autres, l'organisation veut accompagner et promouvoir une meilleure traçabilité de l'or.

En Suisse, la "Société pour les peuples menacés" – SPM fait campagne pour que le commerce de l'or devienne propre.

Comment, à l'occasion de l'exposition bâloise, ne pas poser la question de la provenance de l'or utilisé pour la confection des montres et bijoux présentés par les 1'400 exposants ? Comment ne pas appeler clients et fabricants à se responsabiliser pour assainir le commerce de l'or ?

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*Voir "AYA Info" Nos 64, 65 et 66.

** Voir sur ce blog, la note du 30/12/2013

© Photo Aurélien Stoll – Cliquer sur l'image pour l'agrandir - Une barge d'orpaillage illégal sur le rio Santiago en Amazonie péruvienne / mars 2014.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Une version réduite de cette note a été publiée dans AYA Info (No 91), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2