21/10/2018

Elections brésiliennes : des femmes indigènes marquent des points

Sônia Guajajara, a été la première indigène de l’histoire du Brésil à briguer le poste de Vice-présidente de la République*. Elle s’est présentée aux cotés de Guilherme Boulos, candidat, lui, à la Présidence de la République sous l’étiquette du Parti Socialisme et Liberté – PSOL. Ils n’ont obtenu « que » 617'115 voix (0,58% des suffrages) lors du premier tour des élections le 7 octobre dernier. Cependant, sur sa page Facebook, Sônia tire un bilan positif de son engagement, notamment pour avoir brisé une barrière historique qui faisait croire aux indigènes qu’ils ne pouvaient participer à une telle campagne. Selon elle, un moment qui a permis de créer des alliances, de mettre sur le devant de la scène les thèmes propres aux indigènes et à l’environnement : « Comment ne pas considérer cela comme une victoire ! » Elle est consciente de la période critique que traverse le Brésil : « Le moment exige de nous trois attitudes fondamentales : courage, résistance et réaction ! Allons-nous garantir un futur de liberté pour les prochaines générations ?» Sônia remercie spécialement Midia Ninja, un média qui a couvert sa campagne. Elle félicite deux autres femmes indigènes : Chirley Maria Pankará qui a été élue à l’Assemblée Législative de l’État de São Paulo (ALESP) et Joênia Wapichana élue à la Chambre des Députés.

La particularité de Chirley Maria Pankará, est de faire partie, sous l’étiquette du PSOL, d’une « Bancada Ativista » un groupe comprenant huit autres personnes qui a obtenu 149'844 voix. La tête de liste est une journaliste, Mônica Seixas. C’est seulement le nom de celle-ci qui apparaissait aux électeurs. La « Bancada » a gagné un mandat collectif, mais elle n’a droit qu’à un seul siège, une seule voix lors des votes de l’ALESP. C’est la première fois qu’une telle candidature collective est élue à São Paulo. Chirley est pédagogue. Elle a un engagement dans le cadre des Centres d’Éducation et Culture Indigène – CECI de l’État de São Paulo. Une organisation qui accueille des enfants des communautés indigènes pour leur donner une éducation différenciée respectant leur culture.

Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, eleições, Tribunal Superior Eleitoral, TSE, indígenas, indigènes, Presidente, Vice-Présidente, candidato, candidata, deputado, deputada, senador, senadora, Senado, Câmara dos deputados, Acampamento Terra Livre, Roraima, Amazonas, Conselho Indigenista Missionário, CIMI, Rede Sustentabilidade, REDE, Partido dos Trabalhadores, PT, PCdoB, Joênia Wapichana, Raposa Serra do Sol, Ordem dos Advogados do Brasil, OAB, Marina Silva, Lula, Sônia Bone Guajajara, COIAB, APIB, Guilherme Boulos, PSOL, Hamilton Mourão, Jair Bolsonaro, Mário Juruna, 5 de outubro, 1988, Chirley Maria Pankará, Bancada Ativista, ALESP, Assembleia Legislativa do Estado de São Paulo, FUNAI, Fundação Nacional do Indio

Une première historique a été réalisée par Joênia Wapichana*. Cette avocate a été élue avec 8'491 voix pour représenter l’État de Roraima à la Chambre des Députés. Un État globalement pas acquis à la cause indigène. C’est la première fois, depuis la création de la Chambre en 1824, qu’une femme indigène y occupe un siège. Dans le passé, entre 1983 et 1987, Mário Juruna a été le seul indigène à y occuper une place. Interviewée par « Agência Brasil » Joênia dit que ce qui lui arrive est le résultat d’une lutte menée pendant des années par les communautés autochtones de la Terre Indigène Raposa Serra do Sol d’abord pour en obtenir la démarcation en 2005 et, ensuite, la gestion. La Fondation Nationale de l’Indien - FUNAI lui a demandé quelles sont ses principales propositions : « La défense des droits collectifs indigènes est un point prioritaire. Défendre la conclusion de la régularisation des terres, leur apporter une protection. Combattre les propositions anti-indigènes. Obtenir l’application de la consultation des peuples indigènes sur les projets de loi présentés à la Chambre les concernant… » Sa tâche sera ardue.

À part ces deux élues, les autres candidates et candidats indigènes – ils étaient près de 130 - ont échoué dans leur tentative…

Le nouveau parlement entrera en fonction en février 2019. La Chambre des Députés comptera une trentaine de partis contre 25 dans la législature qui se termine. Joênia y retrouvera 76 autres femmes, elles étaient 51 ces quatre dernières années. Les groupes de pression qui se constitueront vont traduire des rapports de forces plus ou moins favorables aux indigènes. Le rôle du nouveau Président de la République ne sera pas négligeable non plus ! Le deuxième tour de l’élection présidentielle aura lieu le 28 octobre. Le favori des sondages, Jair Bolsonaro, inquiète par ses propositions… Voir les médias !

                                                                     ***

*Voir dans ce blog la note du 4 octobre 2018.

Image : « Félicitations Joêna Wapichana – Élue - Première femme indigène députée fédérale ». Cliquer sur l’image pour en agrandir la taille.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 123, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

04/10/2018

Élections brésiliennes : les candidats indigènes plus nombreux !

Au 30 septembre, date de la dernière actualisation des statistiques électorales du Tribunal Supérieur Électoral – TSE, 131 candidats s’étaient déclarés comme « indigènes » aux prochaines élections brésiliennes des 7 et 28 octobre. Cela représente une augmentation d’environ 54 % par rapport aux élections de 2014 (85 candidats).* Mais ils ne représentent que 0,48% du total des postulants.

Les électeurs brésiliens (plus de 147 millions) sont convoqués pour élire les parlementaires et gouverneurs des États, les membres de la Chambre des Députés, une partie – cette année les deux tiers - du Sénat, le Président et le Vice-président de la République.

L’augmentation des candidatures indigènes à ces différents niveaux avait été souhaitée par les indigènes eux-mêmes lors du « Campement Terre Libre » qui avait réuni plus de 3'000 d’entre eux, à Brasilia, en avril dernier. Au moment du rassemblement, 21 pré-candidats avaient annoncé leur intention de se présenter. C’est dans les États amazoniens de Roraima et d’Amazonas qu’il y a le plus grand nombre de candidats indigènes, respectivement 20 et 17. Dans un relevé des données publiées par le TSE au début du mois d’août, le Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI note que parmi les candidatures indigènes, 75 le sont pour occuper un poste de député « estadual » (membre du parlement d’un État), 39 pour un poste à la Chambre des Députés, 7 pour être suppléant d’un Sénateur, 2 pour être Sénateur, 1 pour être vice-gouverneur, et, enfin, 2 pour être Vice-président de la République.

En matière de choix politique, 26 se présentent sous l’étiquette du Parti Socialisme et Liberté – PSOL, 14 ont choisi le Parti des Travailleurs – PT, 9 le parti Rede Sustentabilidade – REDE (Réseau de « soutenabilité »), 9 le Parti Communiste du Brésil – PCdoB. Les autres se répartissent sur les listes de 28 partis différents.

Parmi ces candidatures, il faut relever celles de deux femmes.

Joênia Wapichana est candidate à la députation fédérale de l’État de Roraima. Elle est la première indigène du Brésil à exercer la profession d’avocate. Elle s’est engagée au sein du département juridique du Conseil Indigène de Roraima – CIR. Elle a milité pour la démarcation de la Terre Indigène Raposa Serra do Sol. Elle a été la première présidente de la Commission des Droits des peuples indigènes au sein de l’Ordre des Avocats du Brésil – OAB. Elle se présente sous l’étiquette du REDE dont la leader est Marina Silva (qui avait démissionné du Gouvernement de Lula en 2008).

Sônia Bone Guajajara, est de l’État du Maranhão, plus exactement de la Terre Indigène Araribóia. Elle est infirmière. À l’Université de l’État du Maranhão elle a reçu une formation en éducation spécialisée. Son engagement dans le mouvement indigène est déjà ancien. Elle a été responsable de la Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne – COIAB avant d’avoir une responsabilité au sein de l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB. Elle est la première indigène à briguer le poste de Vice-présidente de la République** au côté de Guilherme Boulos, candidat, lui, à la Présidence de la République pour le PSOL.

L’autre candidat indigène à la Vice-présidence de la République est Hamilton Mourão, un général en retraite. Lors d’un meeting électoral, tenu au début du mois d’août à Caxias do Sul, il a déclaré que le « Brésil avait hérité de l’indolence des indigènes et du comportement de malandrins des africains ». Discours qui a suscité de nombreuses réactions. Au-delà de ces propos, sa candidature accompagne celle du pour le moins controversé Jair Bolsonaro, candidat, lui, à la Présidence de la République. Celui-ci est connu de longue date pour ses positions anti-noirs et anti-indigènes. En 2017 déjà, il avait annoncé que, s’il était élu en 2018, il en finirait avec les réserves indigènes !

Les médias relatent abondamment l’évolution de cette campagne électorale qui marque le retour d’une extrême droite incarnée par ce candidat.

Dans l’histoire brésilienne, un seul indigène, Mário Juruna, a occupé un siège à la Chambre des Députés entre 1er février 1983 et le 31 janvier 1987. Actuellement, au sein du Congrès (Chambre des Députés et Sénat),

Les lobbys anti-indigènes sont puissants. Le CIMI vient de publier un document recensant les parlementaires (40 Députés et 10 Sénateurs) qui agissent le plus contre les droits indigènes.

Il y a tout juste trente ans, le 5 octobre 1988, le Brésil qui sortait de la dictature militaire, adoptait une Constitution reconnaissant aux indigènes des droits culturels et territoriaux. Droits malheureusement mal appliqués et maintenant contestés. Comment les électeurs brésiliens de 2018 vont - ils célébrer cet anniversaire. ?

***

*Voir sur ce blog la note du 1er octobre 2014 / ** Voir la note du 31 mai 2018

 ****

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 123, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

10/02/2017

Brésil : la démarcation des Terres Indigènes plus compliquée

Le 14 janvier, le Ministre de la Justice et de la Citoyenneté, Alexandre de Moraes a publié un arrêté qui modifie le processus de démarcation des Terres Indigènes – TI établi par le Décret 1775/96*qui confie ce travail à la seule Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI. Le nouveau texte crée un "Groupe Technique Spécialisé" – GTE chargé de fournir un rapport circonstancié permettant au Ministre de s'assurer que les quatre conditions prévues par la Constitution de 1988 pour la démarcation d'une TI, traditionnellement habitée par les Indiens sont bien remplies. À savoir que cette TI est habitée de manière permanente; qu'elle est utilisée pour leurs activités productives; qu'elle est indispensable à la préservation des ressources environnementales nécessaires à leur bien-être; qu'elle est nécessaire à leur reproduction physique et culturelle, selon leurs usages, coutumes et traditions. L'article 4 de l'arrêté précise les vérifications auxquelles le GTE doit procéder, y compris la concordance avec la jurisprudence du Tribunal Supérieur Fédéral - STF. Ce dernier point fait controverse : il fait allusion à la date à laquelle l'occupation de la TI doit être constatée. En 2009, le STF a reconnu la validité de la démarcation de la TI Raposa Serra do Sol dans l'État de Roraima. Mais l'un des considérants du jugement porte sur le fait que cette TI était occupée par les Indiens à la date de l'adoption de la Constitution, le 5 octobre 1988. Cette condition liée au temps est susceptible d'être utilisée contre une démarcation, même si tel ou tel peuple a été forcé de quitter sa terre ancestrale avant 1988.

La publication de cet arrêté a suscité des réactions de spécialistes du droit des indigènes, du Ministère Public Fédéral qui le considère illégal et contraire à la Constitution. Et bien sûr du mouvement indigène. L'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB en a demandé la révocation : … une fois de plus, le gouvernement ne respecte pas la législation qui garantit la participation des peuples indigènes dans la prise de décisions qui les affectent… ils s'opposent au contenu de cet arrêté…

Le 19 janvier, le Journal Officiel de l'Union a publié un nouvel arrêté du Ministre de la Justice qui annule celui du 14 janvier. Il conserve la création du Groupe Technique Spécialisé dans lequel est bien représentée la FUNAI, mais avec d'autres entités. Une dizaine d'organisations dont l'APIB ont exprimé leur opposition à ce second arrêté. Elles ont protesté contre l'absence de dialogue avec le Conseil National de Politique Indigéniste – CNPI et le manque de respect du droit à la consultation libre, préalable et informée… "Toutes ces mesures ont pour objectif de retarder ou empêcher la conclusion des processus de démarcation… les organisations signataires exigent la révocation de cet arrêté".

                                                                      ***

* Ce décret présidentiel, signé en janvier 1996 par Fernando Henrique Cardoso, ouvre déjà la possibilité aux opposants à une démarcation d'être entendus et, le cas échéant, à faire valoir leurs droits.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

Cette note a été publiée dans le dernier « AYA Info » No 114 le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

10/12/2016

En Amazonie brésilienne, la déforestation et les incendies font des ravages

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Desmatamento, déforestation, INPE, ISA, garimpeiros, orpailleurs, madeireiros, exploitants forestiers,, Terras Indígenas, Terres Indigènes, Almir Suruí, Paiter Suruí, Sete de Setembro, Rondônia, Acre, Araribóia, Awá Guajá, Amapá, Pará, Roraima, Mato Grosso, Maranhão, TocantinsLe 28 septembre dernier, l'Institut National d'Enquêtes Spatiales – INPE a publié le résultat de ses observations sur la déforestation en Amazonie légale* pour la période d'août 2014 à juillet 2015. Ce sont 6'207 km2 de forêt qui ont été détruits. Au cours des 12 mois précédents, 5'012 km2 avaient disparus, soit une augmentation de l'ordre de 24 %. L'Institut estime que pour la même période 2015 – 2016, la déforestation atteindra 7'989 km2. On est heureusement loin du record de 2004 où la déforestation avait été de 27'772 km2, mais c'est le chiffre le plus élevé de ces dernières années (4'571 km2 en 2011).

Le Ministère de l'environnement espère un ralentissement du rythme de déforestation. L'Institut socioambiental – ISA s'inquiète de la déforestation dans les Terres Indigènes – TI et autres aires protégées, en particulier dans l'État du Pará, près du complexe hydroélectrique de Belo Monte ou dans celui de Rondônia. Dans cet État, l'augmentation a passé de 684 km2 en 2014 à 1'030 km2 en 2015, soit une progression de 51%. Une situation qui a incité Almir Suruí, leader du Peuple Paiter Surui de la TI Sete de Setembro à lancer un appel à l'aide au niveau international. Des médias ont annoncé, le 9 novembre, que la Police fédérale de Rondônia avait commencé une opération pour protéger des garimpeiros (orpailleurs) et madeireiros (exploitants forestiers) illégaux plusieurs Peuples et TI de la région.

Des incendies ont également dévasté la forêt amazonienne en différents points. Au début du mois d'août déjà, l'INPE a annoncé que, depuis le début 2016, il avait enregistré plus de 53'000 foyers et incendies de forêts sur le territoire national. Une augmentation de 65 % par rapport à la même période de 2015. Il relève que l'État d'Acre présente une des situations les plus graves avec 844 feux, soit trois fois plus qu'en 2015. Dans l'État d'Amazonas, il a été relevé 3'022 incendies, soit une croissance de 284 % par rapport à la même période de 2015. Du point de vue de l'Institut, la sécheresse prolongée, provoquée par El Niño a facilité la propagation des incendies, mais 90% de ceux-ci sont dû à l'action humaine. Il y a aussi des incendies criminels dans des zones de conflit où les forêts sont transformées en pâturages. Un programme de prévention a été développé cette année touchant plus de 7'000 personnes. Près de 700 kilomètres de pare-feu ont été installés.

Plusieurs TI ont été touchées par des incendies comme la TI Araribóia où vivent les Awá-Guajá. Un peuple qui vit en isolement volontaire. Celui-ci a déjà été mis en danger en 2015 par un incendie qui a dévasté près de 50% de la TI**.

Le feu représente un risque permanent pour la faune et la flore brésiliennes, sans oublier les dommages sur la santé humaine et pour la planète en augmentant le réchauffement global.

                                                                  ***

* L'Amazonie légale a une superficie de 5'217'423 km2. Elle comprend les États d'Acre, Amapá, Amazonas, Pará, Rondônia, Roraima et une partie des États du Mato Grosso, du Maranhão et du Tocantins.

** Voir sur ce blog la note du 11 novembre 2015.

Graphique : Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 113, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

08/04/2016

Des Yanomami contaminés au mercure

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Yanomami, Ye'kuna, garimpagem, garimpeiros, orpaillage, ISA, Instituto Socioambiental, Fiocruz, Fundação Oswaldo Cruz, Mucajaí, Uraricoera, Roraima, Aracaçá, Waikás, OMS, Organisation Mondiale de la Santé, IBAMA, FUNAI, SESAI, Rapporteuse Spéciale sur les Droits des Peuples autochtones, ONU, Victoria Tauli-Corpuz, Ministério Público Federal, Davi KopenwaEn utilisant du mercure (Hg), l'orpaillage illégal* pratiqué dans les cours d'eau de la Terre Indigène Yanomami (TI-Y) contamine les populations riveraines. C'est ce que montre une récente étude conduite par la Fondation Oswaldo Cruz (Fiocruz) et l'Instituto Socioambiental (ISA).

Demandée par l'Hutukara Associação Yanomami - HAY, l'enquête a porté sur les populations Yanomami et Ye'kuna vivant dans des communautés riveraines des rios Mucajaí et Uraricoera (voir la carte ci-dessous). Sur ces deux rivières de l'État de Roraima, l'orpaillage illégal y est pratiqué régulièrement et depuis longtemps.

En novembre 2014, une équipe de chercheurs a visité 19 villages. Elle a collecté 239 échantillons de cheveux issus des groupes les plus vulnérables à la contamination : enfants, jeunes femmes, mais aussi des adultes ayant eu un contact direct avec l'activité d'orpaillage. Elle a également collecté 35 échantillons sur des poissons – surtout carnivores de grande taille - faisant partie de l'alimentation habituelle de cette population.

Le cas le plus alarmant a été observé dans la communauté Yanomami de Aracaçá, dans la région de Waikás. Dans ce village, 92% des échantillons présentent un taux élevé de contamination. Il est de plus de deux fois au dessus de celui duquel l'Organisation Mondiale de la Santé considère qu'il peut avoir de sérieuses conséquences pour la santé.

Ce mois de mars, une délégation de leaders indigènes, de la Fiocruz et de ISA est allée à Brasilia pour présenter les résultats de l'enquête aux responsables de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI, de l'Institut Brésilien de l'Environnement – IBAMA, du Secrétariat Spécial de Santé Indigène – SESAI, du Ministère Public Fédéral et encore à la Rapporteuse Spéciale sur les Droits des Peuples autochtones de l'ONU en visite au Brésil.

Les leaders indigènes ont demandé le retrait immédiat des garimpeiros (les orpailleurs) de la TI-Y et un service de santé particulier pour les personnes contaminées.

Cette note est l'occasion de rappeler que la Suisse importe de l'or du Brésil**. Y a-t-il une part d'or "sale" dans ces importations ? Quand donc un système de traçabilité sera-t-il mis en place pour assainir ce marché ?

                                                                 ***

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Yanomami, Ye'kuna, garimpagem, garimpeiros, orpaillage, ISA, Instituto Socioambiental, Fiocruz, Fundação Oswaldo Cruz, Mucajaí, Uraricoera, Roraima, Aracaçá, Waikás, OMS, Organisation Mondiale de la Santé, IBAMA, FUNAI, SESAI, Rapporteuse Spéciale sur les Droits des Peuples autochtones, ONU, Victoria Tauli-Corpuz, Ministério Público Federal, Davi Kopenwa

* Voir sur ce blog la note du 5 juin 2015

** En 2015, la Suisse a importé 22'283 kg pour un montant de 651'750'692 CHF, et 2'637 kg pour les mois de janvier et février 2016, pour un montant de 75'129'741 CHF. Ces chiffres sont encore provisoires.

Photo © ISA Marcos Wesley : Davi Kopenwa remet l'étude de la Fiocruz et de ISA à Mme Victoria Tauli-Corpuz, rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones

Carte : ISA

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 109, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

24/11/2015

CIMI : le nouveau président et les violences contre les indigènes au Mato Grosso do Sul

Lors de sa dernière Assemblée générale, réunie à mi-septembre à Luziânia, dans l'État de Goias, le Conseil Indigéniste Missionnaire  - CIMI * s'est donné un nouveau président : Dom Roque Paloschi, alors évêque de Roraima où il avait été nommé en mai 2005. Il va quitter ce diocèse pour occuper le siège de l'Archidiocèse de Porto Velho, la capitale de l'État de Rondônia. Dom Roque a accompagné de près la démarcation, par Lula en avril 2005, de la Terre Indigène Raposa Serra do Sol. Nombreux ont été les conflits engendrés par cette reconnaissance des droits territoriaux des Indiens Ingarikó, Macuxi, Patamona, Taurepang et Wapichana qui occupent cette aire indigène.

Cette nomination a été saluée par le Conseil Indigène de Roraima – CIR qui,  "avec ses 465 communautés indigènes, totalisant approximativement soixante mille indiens, réaffirme son partenariat et son engagement avec cette entité indigéniste qui agit depuis plus de 40 ans au service des peuples indigènes du Brésil".

Dom Roque succède à Dom Erwin Kräutler. Ce dernier a présidé le CIMI pendant quatre mandats de quatre ans, de 1983 à 1991, de 2007 à 2015. Actuellement il est évêque d'Altamira, la localité proche du barrage de Belo Monte. Il est connu, et menacé, pour ses prises de positions en faveur les populations riveraines, notamment les communautés indigènes, touchées par la construction de l'ouvrage hydroélectrique.

Dans l'introduction de son dernier rapport en tant que président, le prélat relève "[les] Tensions et préoccupations, les angoisses, la peine, et par dessus tout, l'indignation et la révolte, devant la négligence et, souvent l'omission ouverte des pouvoirs constitués qui caractérisent les années 2014 et 2015. Les défis sont journaliers et sans trêve; mais nous pouvons affirmer qu'avec la grâce de Dieu, nous étions et nous sommes aux côtés des peuples indigènes qui affrontent les attaques à leurs droits, les plus violentes dans l'histoire récente du pays."

Le Mato Grosso do Sul (MS) est connu pour être le théâtre de nombreux conflits violents** entre les indigènes et les fazendeiros. Le CIMI y a compté l'assassinat de 390 indigènes au cours des 12 dernières années. Dans cet État, il est l'objet d'une Commission d'Enquête Parlementaire – CPI créée au sein de l'Assemblée législative – AL. Le 28 août dernier, deux députés de l'AL ont reçu plusieurs fazendeiros qui ont demandé leur appui pour résoudre les conflits pour la terre. Ils accusent le CIMI de financer les actions des indiens qui luttent pour récupérer leur territoire ancestral. C'est la députée Mara Caseiro qui a proposé la création de cette CPI à l'Assemblée, une proposition acceptée le 29 septembre. L'Assemblée a même désigné cette députée pour présider la Commission.

Le 7 octobre, à l'AL même, s'est tenue une cérémonie œcuménique organisée par diverses entités qui appuient la cause indigène. Dom Roque Paloschi s'est exprimé à cette occasion : "Nous n'avons rien à cacher. Au contraire, c'est une chance de montrer les souffrances de ces peuples… Nous voulons qu'elle [la Commission] ouvre la voie pour une investigation relative aux morts indigènes. Il est facile de criminaliser un peuple opprimé par une société oppressive."

Comme en réponse à la création de cette CPI, d'autres députés ont proposé la création d'une autre Commission d'enquête parlementaire au sein de l'AL, mais celle-ci est chargée d'enquêter sur les violences commises à l'endroit des indigènes dans cet État (les 390 assassinats). Cette Commission, très vite été appelée "CPI du Génocide", a été officialisée le 14 octobre. Elle a déjà commencé ses travaux.

À suivre…

* Le CIMI est l'organe la Conférence Nationale des Evêques du Brésil – CNBB chargé de la question des Peuples indigènes.

** Voir sur ce Blog, la note du 28 septembre 2015.

 

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note est une mise à jour de la "brève" publiée dans "AYA Info" No 106, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

 

  

11/11/2015

Amazonie brésilienne : deux Peuples Indigènes isolés en danger

Dans l'État du Maranhão

Depuis le début septembre, jusqu'à ces derniers jours, l'État brésilien du Maranhão a connu des milliers d'incendies de forêts. La Terre Indigène - TI Araribóia a été particulièrement touchée. Le 23 octobre, l'IBAMA* a annoncé que 45 % de ses 4'130 Km2 ont été réduits en cendres. L'aire indigène est occupée par environ 10'000 indiens Guajá et Guajajara, mais aussi par un groupe en situation d'isolement volontaire, les Awá-Guajá. Des indices de leur présence ont été trouvés par les soldats du feu sur des lieux incendiés. La situation de ce groupe a inquiété. Le risque était grand qu'il soit victime des incendies, ou alors, qu'il soit en situation de contact obligé avec la société environnante sans la protection sanitaire nécessaire. L'expérience montre que, sans mesures adéquates, ce contact peut se révéler dangereux, voire fatal. À la fin octobre, l'IBAMA annonce que les brigadistes engagés pour lutter contre l'incendie ont heureusement pu empêcher l'avance des feux dans la direction des ces groupes isolés. Début novembre, ces brigadistes étaient parvenus à éteindre la majorité des incendies et à mettre sous contrôle tous les autres. Il semble bien qu'il n'y a pas de victimes humaines à déplorer. La lutte contre ces feux a nécessité la mise en œuvre d'importants moyens.

Le 5 octobre déjà, Sônia Guajajara, membre de l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB est en contact avec le président de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI pour traiter des mesures à prendre pour venir à bout de l'incendie. La Fondation a débloqué un crédit pour financer une partie des opérations de lutte contre l'incendie. Un groupe d'indiens Guajajara était à Brasilia le 9 octobre pour demander une meilleure organisation de la part des entités qui luttent contre l'incendie.

Le 16 octobre une équipe de surveillance de l'IBAMA a été attaquée par des voleurs de bois présents dans la TI Araribóia. L'agent qui coordonnait l'opération a été blessé au bras droit par un tir de fusil. L'équipe survolait par hélicoptère l'aire indigène quand elle a vu trois camions et un tracteur utilisés pour l'extraction illégale de bois. Poursuivis par les contrôleurs, les employés des "madeireiros" (commerçants de bois, ici illégaux) ont abandonné les véhicules pour se cacher dans la forêt. Les agents de l'IBAMA ont posé leur hélicoptère pour s'approcher des lieux quand ils ont été attaqués. Il y a eu un échange de tirs. La police fédérale a ouvert une enquête. Les madeireiros sont suspectés d'avoir bouté le feu à la forêt en représailles à une surveillance plus intense.

Ce 6 novembre, la FUNAI a annoncé une série de mesures pour les communautés qui ont perdu leurs cultures, leurs maisons, mais aussi pour améliorer la surveillance du territoire.

Le peuple Awá-Guajá est l'un des derniers peuples chasseurs-cueilleurs. Survival International a fait campagne en leur faveur. Un film réalisé par Laurent Richard – Le dernier combat des Indiens d'Amazonie – mis en ligne en janvier 2014 sur YouTube montre le quotidien de ce peuple et comment son existence est mise en cause par les madeireiros.

Dans l'État de Roraima

Un autre peuple isolé est potentiellement en danger : les Yanomami Moxi Hatëtëa, un groupe qui vit à l'intérieur de la Terre Indigène Yanomami – TI-Y. Le 25 septembre, l'Hutukara Associação Yanomami – HAY a dénoncé, au Ministère Public Fédéral et à la régionale de la FUNAI de Roraima, la présence de garimpeiros (orpailleurs illégaux) qui ont occupé le poste de surveillance de la FUNAI dans la Serra da Estrutura. Un poste abandonné depuis mars dernier. La FUNAI en a retiré ses agents alléguant le manque de moyens. Selon l'HAY, les garimpeiros utilisent le matériel laissé sur place. Ils ont réaménagé la piste d'atterrissage. Leur présence est une menace pour l'existence même de ce groupe d'isolés.

Cette dénonciation a reçu l'appui du Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI et du diocèse de Roraima. Le 8 octobre, les deux entités ont exprimé leur préoccupation devant l'invasion par les garimpeiros de cette partie de la TI-Y. Elles rappellent le "Massacre de Haximu" perpétré par des garimpeiros en 1993 qui avait fait 16 morts dans cette communauté yanomami. Elles demandent le retrait immédiat des garimpeiros et la réactivation de la base de protection de la FUNAI.

À mi-octobre, le Ministère Public Fédéral de Roraima a adressé une recommandation à la FUNAI pour que, dans les deux mois, soient prises les mesures nécessaires au fonctionnement adéquat des bases de protection.

Des opérations de lutte contre l'orpaillage illégal dans la TI-Y sont lancées régulièrement – la dernière en mai dernier - sans que les autorités parviennent à y mettre un terme définitif.**

***

* Institut Brésilien de l'Environnement et des ressources naturelles renouvelables - IBAMA

** Voir sur ce blog les notes des 5 juin et 10 janvier 2015, 29 août et 28 mars 2014 et des 2 et 30 mars 2012.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note est une mise à jour de la "brève" publiée dans "AYA Info" No 106, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

05/06/2015

Trafic d'or dans la TI Yanomami : un réseau démantelé

Le matin  du 7 mai, la Police fédérale et l'Institut Brésilien du Milieu Ambiant – IBAMA ont réalisé une importante opération appelée "Warari Koxi" (esprit de porc en yanomami) pour mettre un terme aux agissements d'une organisation criminelle d'extraction illégale d'or et de diamants sur la Terre Indigène Yanomami (TI-Y) avec, à la clé, du blanchiment d'argent.

Outre les dégâts considérables causés à l'environnement, notamment par l'usage de mercure et autres métaux lourds, les préjudices sont estimés à 17 millions de réais par mois (environ 5,4 millions de US$) pour un total portant sur un milliard de réais (environ 316,5 millions de US$) pendant ces deux dernières années 2013 et 2014.

L'opération a été conduite par près de 150 policiers fédéraux agissant simultanément dans plusieurs États du pays : Roraima, Amazonas, Rondônia, Pará et São Paulo.

L'organisation était composée d'entrepreneurs, de fonctionnaires publics, d'une institution financière spécialisée dans la distribution de titres et valeurs mobilières, de propriétaires de "garimpos" (de lieux d'extraction d'or ou de diamants), de commerces de vente et d'achat d'or, de bijoutiers-joailliers et même de pilotes d'avions. Pour l'extraction de l'or, elle agissait dans la région de Boqueirão et Uraricoera, dans la TI-Y, à l'extrême nord de l'État de Roraima. La police estime que se sont environ 160 kg d'or qui, mensuellement, ont été retirés illégalement de ces zones.

L'enquête de la police porte sur plusieurs chefs d'accusation : association criminelle, extraction illégale de ressources naturelles, usage de mercure, usurpation du patrimoine de l'Union, recel de biens provenant de crimes, corruption massive, violation du secret de fonction, contrebande, blanchiment d'argent et opérations financières non autorisées par la Banque centrale.

Selon "Amazônia Real", au cours de la première semaine de l'intervention, une centaine de garimpeiros ont été évacués, 30 barges ont été saisies et 20 campements détruits qui, chacun pouvait accueillir une trentaine de garimpeiros. L'agence a questionné l'un des agents de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI mis en cause par la police. C'est un fonctionnaire connu pour son action contre l'orpaillage illégal dans la TI-Y. Il dit être victime d'une dénonciation par ceux auxquels il a causé un préjudice…

Depuis plusieurs années des opérations* de police sont réalisées pour mettre un terme à l'orpaillage illégal dans la TI-Y. Mais, à peine évacués, les "garimpeiros" retournaient sur les lieux d'orpaillage sans que les réseaux qui les engagent ne soient inquiétés. Maintes fois les Yanomami ont regretté cet état de fait. Le leader Yanomami, Davi Kopenawa, est menacé de mort pour son opposition à l'orpaillage illégal.

Il sera intéressant de suivre l'enquête et d'en connaître les conclusions. Jusqu'où l'or sale a-t-il été écoulé ? Rappelons ici que la Suisse achète de l'or au Brésil.

* Voir sur ce blog, les notes du 10 janvier 2015, 29 août et 28 mars 2014, et des 2 et 30 mars 2012.

***

PS 1 : La note du 28 mai dernier, publiée sur ce blog, signale que le film "Dirty Gold War" (La guerre de l'or sale) de Daniel Schweizer qui traite des impacts de l'extraction de l'or passe sur les écrans romands. Une séquence du film traite de l'orpaillage illégal chez les Yanomami.

PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- L'essentiel de cette note a été publiée dans "AYA Info" No 103, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

16/03/2015

Service de santé : des Yanomami manifestent leur mécontentement

Le 19 janvier, une cinquantaine d'Indiens Yanomami, Xirixana et Xiriana ont occupé l'immeuble du Secrétariat spécial de santé indigène – SESAI dans le centre de Boa Vista, la capitale de l'Etat de Roraima. Les Indiens se plaignent du manque de médicaments et plus généralement des lacunes du service de santé dans la Terre Indigène Yanomami. Ils demandent le départ de Maria de Nascimento, la coordinatrice du District Sanitaire Yanomami – DSEI-Y. Selon le leader Júnior Yanomami, "… l'état de santé dans l'aire Yanomami a empiré ces quatre dernières années. Nous sommes ici pour revendiquer des améliorations pour nos enfants". Le 27 janvier, les premiers manifestants ont été rejoints par d'autres Yanomami. Ils ont quitté les lieux onze jours plus tard sans avoir obtenu satisfaction.

Selon Davi Kopenawa, le président de l'Hutukara Associação Yanomami, cette occupation n'a pas fait l'objet d'une concertation préalable avec les leaders des autres régions couvertes par le DSEI-Y : "Nous sommes en faveur du maintien de Maria Nascimento parce qu'elle n'a pas terminé son travail". Davi reproche aux leaders qui ont initié la protestation d'avoir agi pour des motifs personnels. Selon la "Folha de Boa Vista", l'association Kurikama qui rassemble les Yanomami de l'État d'Amazonas, elle aussi, n'est pas favorable au départ de la responsable. Elle regrette également de ne pas avoir été consultée au sujet de cette opération. Pour ces organisations indigènes, le problème de la santé dans les communautés indigènes est davantage lié au manque de moyens mis à disposition qu'à la personnalité des responsables du service de santé.

Les déficiences du service de santé ont maintes fois été dénoncées. La "Folha de Boa Vista" a eu connaissance d'un rapport interne au Sesai faisant état, pour les huit derniers mois de 2014, de la mort de 117 Yanomami dans les unités de soins coordonnées par le Dsei-Y.

En décembre 2013*, une manifestation organisée par les associations indigènes avait eu lieu pour demander le départ de Claudete Schuertz, qui était la titulaire du poste. Les manifestants avaient obtenu gain de cause en janvier 2014.

***

* Voir sur ce blog, la note du 24 février 2014

 - PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note est une version mise à jour de la brève a été publiée dans  "AYA Info" No 100, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

10/01/2015

Une nouvelle opération contre l'orpaillage illégal en Terre Yanomami*

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, FUNAI, Hutukara Associação Yanomami, Roraima, rio Auaris, garimpo, Amajari, garimpeiro, Korekorema, Ye'kuana, Polícia Federal, João Catalano, Front de protection Yanomami et Ye'kuana, Frente de proteção Yanomami e Ye'kuna, Boa Vista, Praça do Centro Cívico, Moxihatetea, Suiça, Ouro, or, No Dirty Gold, Société pour les Peuples MenacésElle a pour nom "Korekorema II" la récente opération contre l'orpaillage illégal en Terre Indigène Yanomami conduite par la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI et la police militaire. Elle a été menée fin novembre - début décembre dans les régions du rio Auaris, sur la municipalité de Amajari, dans le nord ouest de l'État de Roraima (la phase précédente de l'opération avait été réalisée en févier 2014)**. Ce sont 260 garimpeiros qui ont été retirés de l'aire indigène; près d'une centaine ont été présentées à la police fédérale. Ce sont 38 radeaux et autres équipements qui ont été détruits.

Au cours de l'opération, le 29 novembre, un sergent a été blessé par balle. Le lendemain, il a été transporté par avion à l'hôpital de Boa Vista où il a reçu des soins. Son état est jugé sans gravité.

Une controverse est née à propos du monument érigé sur le Place du Centre Civique de Boa Vista. Il s'agit d'une statue représentant un garimpeiro au travail. Le 9 décembre, João Catalano, le coordinateur général du "Front de protection ethno-environnemental Yanomami et Ye'kuana" de la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI, a critiqué cette statue qui est l'un des symboles de l'État de Roraima : "Nous ne pouvons pas accepter qu'un symbole qui fait l'apologie d'un crime représente un peuple. Le garimpeiro est l'auteur d'infractions à plusieurs lois, principalement environnementales… Des centaines de garimpeiros criminels usurpent l'or du peuple brésilien, détruisent l'environnement, polluent les rivières et coupent la forêt, ce qui met en danger la vie de tous". Le 11 décembre, l'Assemblée législative de l'État de Roraima a adopté une motion dénonçant la FUNAI et le Coordinateur pour les déclarations faites à la presse concernant le monument : "Les actes de l'Institution et du représentant cité, sont un affront à la mémoire, à l'histoire et à l'identité du peuple de Roraima". En réponse, le coordinateur a précisé sa pensée. Il affirme n'avoir pas parlé au nom de la Funai, mais en tant qu'historien et indigéniste. Pour lui, sa proposition de démolition de la statue, qui ne fait de mal à personne, relève du champ idéologique. Il maintient sa position à l'égard de l'orpaillage illégal : "Je sais le mal que fait l'orpaillage à cette terre. Il est nécessaire de débattre de la dégradation environnementale et le manque de respect à l'égard des peuples indigènes. Nous devons penser en termes d'alternatives économiques et non défendre l'orpaillage illégal et ses criminels."

Fin décembre, la presse a fait état de l'inquiétude de la FUNAI au sujet de la communauté Moxihatetea, un groupe isolé de la TI Yanomami. Pour la seconde fois en un mois, lors d'un survol, elle n'a observé aucun signe de vie dans le village. Pour João Catalano, il y a la possibilité que les indiens se soient enfuis, mais il se peut également qu'ils aient été décimés par l'action des garimpeiros. Une expédition sur le terrain est envisagée pour en savoir davantage.

Les informations concernant le commerce de l'or brésilien pour 2012 ne sont guères différentes des chiffres de 2011: le Brésil reste le treizième producteur d'or. La production estimée pour 2012 est de l'ordre de 70 tonnes, dont 12 % sont issues des "garimpos", de sites d'orpaillage. La Suisse est le deuxième pays importateur d'or brésilien après la Grande-Bretagne. De janvier à novembre 2014, elle a importé 22'382 kg d'or du Brésil pour un montant de 683'670'426 CHF. La part de l'orpaillage illégal dans ce commerce reste inconnue faute d'un véritable contrôle de la production. La mise en place d'un système de traçabilité des produits est également nécessaire.

***

* Alors qu'à juste titre, chacun est touché par les événements qui ont endeuillé Paris et sa proche région, était-ce bien le moment de publier une information concernant un peuple menacé de mort lente, perdu dans sa forêt primaire, à des milliers de kilomètres de la Suisse et de la France ? Le respect dû aux droits humains - objets d'une déclaration universelle – n'est pas à géométrie variable. Il n'a pas de priorité dans le temps. Alors oui, cette actualité doit aussi être connue ! La diffuser est une manière de rendre hommage à toutes les victimes des violences meurtrières.

** Voir sur ce blog la note du 28 mars 2013

Photo Wikipedia : La statue objet de la controverse. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" (No 99), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2