22/03/2013

Avec l'appui de la Ville de Genève, des Yanomami se forment dans le domaine de la santé

Brasil, Brésil, Amazonie, Amazônia, Amazonas,Yanomami,Secoya, Genève, E-Changer, DSEI-Y,Manaus, rio Marauiá, Bicho-Açu, Sylvie Petter, Judith Schnyder, SUS, Sodis, PET, helminthiases, ascaris, oxyure, oxiure, lixo,saúde indígena, Conferência Nacional de Saúde IndígenaEntre le 13 et le 20 décembre 2012, une vingtaine d'Agents Indigènes de Santé - AIS, de leaders et de professeurs, actifs dans les villages Yanomami du rio Marauiá, étaient réunis à Bicho-Açu* pour une formation en matière de santé. Le cours a été dispensé par les animateurs du "Service et Coopération avec le peuple Yanomami – SECOYAde Manaus. Le cours a porté sur deux thèmes centraux : le "contrôle social" et l'éducation en santé.

Le terme de "contrôle social" est utilisé au Brésil pour désigner la démocratie participative. Il s'agit de la participation de représentants des populations concernées dans les instances prévues pour la mise en oeuvre de telle ou telle politique publique, l'éducation, l'emploi, la santé, etc.

En guise d'introduction, les participants ont eu à s'exprimer sur le concept de santé en présentant des éléments symboliques, souvent des végétaux, trouvés dans la nature qui, selon chacun, illustrent le fait d'être en bonne santé. Au terme de ce travail, les animateurs ont présenté les objectifs et le programme du cours.

L'étude de la thématique de contrôle social a commencé dans des groupes de travail par une réflexion – au moyen de dessins - sur le Système Unique de Santé – SUS national. En plénière, la vision de chaque groupe a été illustrée par des exemples concrets du fonctionnement du SUS, tant au niveau des centres urbains que dans les villages. À partir de cette réalité, les animateurs ont présenté un historique de l'organisation du service de santé brésilien replacé dans un contexte international. Deux jours ont été consacrés au SUS et au Sous - système de santé indigène, les principes fondamentaux sur lesquels il base son action : universalité (le droit à la santé pour tous); intégralité (la santé doit prendre l'être humain comme un tout); l'équité (respectant les personnes et leur mode de vie) et leur application. Le cours a également traité de la législation relative à la santé et les institutions chargées de sa mise en œuvre. Il a aussi été question de la préparation de la Ve Conférence nationale de santé indigène, prévue à Brasilia en novembre. Celle-ci doit être préparée par des rencontres locales et régionales prévues au cours du premier semestre 2013.

La formation en santé a occupé trois journées. Ont été traités des aspects théoriques comme le concept de santé/maladie : le fait d'être en en bonne santé ne se limite pas à l'absence de maladie. Le concept et les actions de prévention, par exemple la propreté des villages, l'alimentation, l'hygiène personnelle. L'hygiène environnementale dans le contexte de la vie villageoise, par exemple les eaux stagnantes, la présence de nombreux cafards, la contamination de l'eau par les matières fécales, etc. a fait l'objet d'une étude spécifique.

Les formateurs ont également abordé le cas des principales helminthiases, ces maladies dues à l'infestation des intestins par des vers : les ascaris, les oxyures, leurs cycles de transmission, les symptômes, les complications, la prévention et les traitements.

Une journée entière avait pour sujet les traitements de l'eau et des ordures. Les différentes manières de purifier l'eau ont été abordées et discutées, y compris la méthode Sodis qui permet une purification de l'eau contenue dans des bouteilles de PET en les exposant aux rayons du soleil. En ce qui concerne les ordures, une partie du cours a été ouverte aux habitants de Bicho-Açu. L'évacuation des déchets vers les centres urbains n'est pas toujours possible. Il est alors nécessaire de les brûler sur place. Les participants ont demandé que les visiteurs repartent des villages en emportant leurs détritus.

L'évaluation réalisée le dernier jour a porté sur la compréhension, par les participants, des contenus étudiés. Cela a donné l'occasion de remercier l'équipe de cuisine, les habitants et les leaders de Bicho-Açu pour la qualité de leur hospitalité.

La Secoya a remarqué la très forte motivation des participants à acquérir de nouvelles connaissances. La présence de leaders a pour résultat la décision de ces derniers de susciter une réunion avec d'autres pour améliorer la participation dans les instances de contrôle social.

AYA tient à remercier la Ville de Genève qui a accordé une subvention pour ce programme de santé de la SECOYA placé sous la responsabilité de Sylvie Petter , une volontaire de l'organisation E-Changer dont le siège est à Fribourg / CH. Sylvie est l'auteure du rapport qui a permis la rédaction de cette note.

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* Un village situé dans l'État brésilien d'Amazonas et sur la Terre Indigène Yanomami

Photo © Secoya : Le tri des ordures avec les habitants de Bicho-Açu à l'occasion du cours.

PS : L'activation des liens hypertextes renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Elles sont souvent en portugais, sauf quand il s'agit d'anciens "AYA Info".

Une version réduite de cette note a été publiée dans le dernier "AYA Info" (No 80), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

11/05/2012

Les dysfonctionnements du service de santé auprès des Yanomami

Le 3 avril dernier, le Ministère Public Fédéral - MPF de l'État de Roraima a demandé à l'Union - L'État fédéral brésilien - d'agir pour rétablir immédiatement la fourniture des médicaments pour les deux Districts Sanitaires Spéciaux Indigènes - DSEI de cet État. Il s'agit du "DSEI Leste" qui couvre les communautés indigènes de la partie orientale de l'État et le "DSEI Yanomami" qui couvre les communautés Yanomami de l'État de Roraima et d'Amazonas.

Mais ce n'est là qu'une des demandes formulées en conclusion d'un rapport de 62 pages qui décrit - photos à l'appui - le non-respect de la législation relative au service de santé que doit assurer maintenant le Secrétariat Spécial de Santé Indigène - SESAI qui a remplacé la Fondation Nationale de la Santé - FUNASA.

Le MPF demande également :

- Le recrutement du personnel nécessaire pour assurer le service.

- La mise en œuvre d'un programme de réparation, de reconstruction et/ou d'aménagement adéquats des locaux, infirmeries et centres de santé.

- L'achat, l'entretien du matériel médical...

 

Pour l'heure, rien ne semble avoir changé sur le terrain. Le MPF peine à faire respecter ses exigences.

Le service de santé indigène brésilien

Pour mieux comprendre le sens de l'intervention du MPF, il est utile de savoir comment est organisé le service de santé indigène.

Le SESAI en est l'organe faîtier. Son siège est à Brasilia. Il dépend du Ministère de la  Santé. Il a été créé par Lula en octobre 2010 pour répondre à la demande des organisations indigènes. Précédemment, ce service avait été confié à la Fondation Nationale de la Santé - FUNASA. Cette dernière a connu de nombreux dysfonctionnements et affaires de corruption. Le délai pour le passage de témoin entre la FUNASA et le  SESAI devait avoir lieu au plus tard en décembre 2011.

Le SESAI comporte deux départements : l'un chargé de la gestion matérielle du service, l'autre est responsable des programmes de santé, de la formation du personnel, etc.

Pour répondre aux besoins des différents peuples indigènes du Brésil, le Service chapeaute les 34 DSEIs*, créés en 1999, répartis sur l'ensemble du territoire national. De chaque DSEI**, dépendent un certain nombre de "Pôles de Base"  - il y en a 351 dans le pays - qui sont des centres référents des Agents Indigènes de Santé - AIS, travaillant dans les "Postes de santé" construits à proximité des communautés indigènes. Dans l'organigramme, les "Pôles de Base" sont prévus pour accueillir une équipe multidisciplinaire comprenant notamment médecin, dentiste, infirmier ou infirmière. Des "Maisons de Santé de l'indien", généralement proches des centres urbains, accueillent les patients souffrant de pathologies particulières, complètent le dispositif.

Dans plusieurs domaines, le Brésil a développé un système de gestion participative appelé "Contrôle social". Pour répondre à cette préoccupation, dans chaque DSEI, il est prévu un "Conseil de District de Santé Indigène - CONDISI". Les membres du Conseil sont, pour moitié, des représentants des usagers (les indigènes) élus par les communautés. Un quart des membres sont des représentants élus des travailleuses et travailleurs du service de santé du District. Un dernier quart regroupe les représentants des collectivités publiques et prestataires de services agissant en relation avec le  District concerné.

 

Le CONDISI est responsable d'élaborer la "Plan de santé indigène" du District, d'en accompagner et d'en évaluer la réalisation. Il est aussi responsable d'émettre un avis sur les comptes des institutions et organes chargés du service de santé dans le District. Au niveau national, le "Forum des présidents de Condisi" est un organe consultatif et de suivi de la politique nationale santé indigène.

En guise de conclusion

L'intervention du MPF met en évidence le non-respect du droit à la santé dû aux peuples indigènes de cette région du Brésil. Et ils souffrent de nombreuses pathologies. Pour permettre aux Yanomami de l'État d'Amazonas d'avoir accès à des services de santé efficaces, l'association "Service et Coopération avec le peuples Yanomami - SECOYA", dont le siège est à Manaus, a mis en place un "Programme de santé". Il organise des cours de formation destinés aux leaders indigènes pour qu'ils connaissent leurs droits et la manière dont l'État brésilien a conçu le service de santé indigène. La formation s'adresse également aux délégués des communautés indigènes appelés à siéger au CONDISI du DSEI Yanomami.

De son côté, l'association genevoise "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie - AYA, s'est engagée dans un partenariat avec la SECOYA. Ceux de nos lecteurs qui veulent appuyer l'action de la SECOYA peuvent verser une contribution à AYA CCP 17-55066-2 qui transmettra. Merci d'avance

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* La localisation des 34 DSEI :

Les 2 DSEI -MPF.jpg

** L'organisation de chaque DSEI  :

Organização_dsei_2012.jpg

 

Pour en savoir plus, en français :

- "AYA Info" No 55 (novembre 2010) et No 62 (juin 2011)

Pour en savoir plus (en portugais) :

- L'information publiée par le MPF :

http://noticias.pgr.mpf.gov.br/noticias/noticias-do-site/...

- Le rapport du MPF (18.6 Mo) : http://www.prrr.mpf.gov.br/acp_-saude_indigena-_emsi_-_se...

- Le résumé qu'en a fait SECOYA :

http://www.secoya.org.br/index.php?option=com_content&...

- Sur le SESAI, les DSEI, les "Polo Base", etc. :

http://portal.saude.gov.br/portal/saude/Gestor/area.cfm?i...

Une version réduite de cette note a été publiée dans "AYA Info" No 71, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

23/03/2012

Les graves carences du Service santé indigène dans la Vallée du Javari

"En moins de dix ans, nous avons perdu un tiers de la population". C'est ce qu'écrit fin janvier, Clóvis Marubo, dans un manifeste publié au nom des peuples indigènes de la Vallée du Javari : "Dans le contexte actuel, nous devons vivre avec un nombre significatif de notre population contaminée par la malaria, la tuberculose, la filariose, les divers types d'hépatite et de dénutrition qui viennent faucher la vie de nos enfants, de nos femmes, de nos jeunes, de nos vieux"... "Nous demandons au Ministère de la Santé de mettre en œuvre des mesures urgentes, suivies de plus permanentes, qui retournent de manière radicale l'actuelle situation qui peut être évitée par le biais de politiques participatives de santé indigène, intégrées et efficientes". Ce n'est pas la première fois que les peuples indigènes de la Vallée du Javari alertent les autorités sur la situation alarmante de l'état de santé des peuples indigènes de cette région du Brésil*.

À la fin octobre 2011, le Centre de Travail Indigène - CTI et l'Institut Socio - environnemental - ISA ont publié un diagnostic sur la situation de la santé des peuples indigènes de cette région du Brésil. Ce rapport a été remis à Antônio Alves, le responsable du Secrétariat Spécial de Santé Indigène - SESAI au niveau fédéral.

De son côté, aussi en octobre 2011, le Conseil Indigéniste Missionnaire - CIMI, l'organe de la Conférence Nationale des Evêques du Brésil - CNBB pour les questions indigènes a lancé une pétition à envoyer à la présidente de la république. Il a produit un documentaire intitulé "Javari", dont il annonce qu'il sera projeté ce 23 mars, à l'occasion d'un débat organisé à l'Université Fédérale d'Amazonas de Manaus. Cette rencontre permettra à plusieurs leaders indigènes du Javari de sensibiliser la communauté universitaire à cette réalité.

L'appel de Clóvis trouvera-t-il enfin un écho ?

La Terre Indigène Vale do Javari a été démarquée en 2001. Elle couvre 85'444 km2 - deux fois la superficie de la Suisse - sur six municipalités de l'État d'Amazonas. Elle est peu peuplée, environ 4'500 indiens de plusieurs ethnies : Kanamari, Korubo, Kulina, Marubo, Matis, Matsé, Tsohom Djapa et plusieurs groupes isolés. Voir la carte ci-dessous.

Pour en savoir plus,

En français :

- *La note de ce blog du 18/02/2011

En portugais :

- Le manifeste de Clóvis Marubo : http://www.socioambiental.org/nsa/detalhe?id=3496

- Le diagnostic du CTI et de ISA : http://www.socioambiental.org/nsa/detalhe?id=3441

- La pétition du CIMI : http://www.cimi.org.br/site/pt-br/?system=news&conteu...

- L'annonce du débat de ce 23 mars : http://www.cimi.org.br/site/pt-br/?system=news&conteu...

Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 69, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

TI Vale do Javari:3.jpg

 

 

23/12/2011

La IIe Assemblée Yanomami : un succès !

Secoya:assemblia Yano2.pngLa IIe Assemblée* des Yanomami de l'État d'Amazonas a eu lieu du 22 au 28 novembre au xapono** (un village circulaire) de Bicho-Açu, situé dans la partie inférieure du rio Marauiá, dans la commune de Santa Isabel do Rio Negro Elle a réuni plus d'une centaine de leaders représentant vingt-quatre communautés proches, ou riveraines des rios Cauaburis, Demini, Marauiá, Maya et Padauiri sur les trois communes de Barcelos, São Gabriel da Cachoeira et Santa Isabel do Rio Negro.

Étaient également présents : Davi Kopenawa, président de l'Hutukara Associação Yanomami - HAY, des représentants de l'Association Yanomami du rio Cauaburis - AYRKA, de la Fédération des Organisations Indigènes du Rio Negro - FOIRN. Les principales entités et services publics qui agissent dans cette partie de la Terre Indigène Yanomami (TI-Y) avaient aussi envoyé des délégués.

Tous ces visiteurs ont été accueillis selon les traditionnels rituels de bienvenue. Les débats ont porté sur cinq thèmes qui reflètent les principales préoccupations des leaders : le service de santé, l'éducation différenciée, l'environnement, la surveillance du territoire par la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI, et la présence des forces armées.

La santé est certainement le plus important des thèmes abordés par l'Assemblée. Les dirigeants ont souligné les graves déficiences du service de santé dans les communautés. Cela a pour conséquence une péjoration marquée de l'état de santé de la population. Ils ont formulé une dizaine de propositions visant à répondre aux besoins des communautés.

L'Assemblée a également proposé une demi-douzaine de mesures en faveur de l'éducation différenciée devant être mise en œuvre par les institutions chargées de l'éducation dans les villages.

Les leaders ont relevé l'état d'abandon dans lequel la FUNAI laisse les communautés. Ils ont souligné l'augmentation de l'insécurité due à l'invasion de pêcheurs et marchands de bois en particulier. Ils ont formulé six revendications à l'adresse de la Fondation, notamment de garantir la surveillance du territoire. En matière d'environnement, les leaders ont demandé le gel du processus de constitution du comité de gestion de la "Forêt nationale de l'Amazonas"*** qui se superpose avec la TI-Y. Cela en attendant que soit résolue l'incompatibilité des statuts réglementant les "Terres indigènes" et les "Forêts nationales".

En raison de l'impact culturel causé par de la présence de militaires dans les communautés, ils refusent l'implantation de nouveaux pelotons de surveillance de la frontière. Ils demandent le déplacement de ceux qui existent vers des zones non habitées.

Les délégués ont encore désigné les représentants des communautés dans les différentes instances de gestion participative.

Cette Assemblée a été un succès à plus d'un titre, mais surtout en raison du fait que des leaders, souvent isolés, ont pu prendre conscience des mêmes problèmes qu'ils affrontent au quotidien.

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* La première a eu lieu en 2007

** En français, prononcer "chapono"

*** Voir "AYA Info" Nos 63 & 64

Photo © Secoya : une vue de l'Assemblée

Pour en savoir plus (en portugais) : http://www.secoya.org.br/ > II Assembléia Yanomami do Amazonas...

Cette note sera publiée  dans le prochain "AYA Info" No 67, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

07:42 Publié dans La lettre d'AYA | Tags : yanomami, flona amazonas, secoya, funai, saúde indígena, assembleia yanomami, xapono | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |