20/03/2017

L’Amazonie, de Genève à Montréal

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, autochtones, indígenas, povos, Amérindiens, Chamane, Genève, Montréal, Suisse, Canada, Musée, ethnographie, forêt,Filmar en America Latina, Sônia Bone Guajajara, APIB, Victoria Tauli-Corpuz, ONU, droits des peuples autochtones, MCI, Terre des Hommes, AYA, Pointe-à-Caillère, Canada"Amazonie. Le Chamane et la pensée de la forêt", l'exposition organisée par le Musée d'Ethnographie de Genève – MEG entre le 20 mai 2016 et le 8 janvier 2017 a connu un franc succès : près de 83'000 visites sur la durée totale de la manifestation. Le public a pu participer à de nombreux événements liés au thème de l'exposition, tels des rencontres avec des leaders indigènes, la projection de films, dont plusieurs en partenariat avec le Festival "Filmar en América Latina".

Le 22 septembre, l'exposition a reçu la visite de Sônia Bone Guajajara, la coordinatrice de l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB. Sônia est l'une des femmes qui, depuis quelques années, animent le mouvement indigène brésilien. Elle était à Genève à l'occasion de la présentation, devant le Conseil des droits de l'homme, du rapport rédigé par Mme Victoria Tauli-Corpuz, la rapporteuse spéciale de l'ONU sur les droits des peuples indigènes. Un document consacré à la situation vécue par ces peuples au Brésil*.

Dans le cadre d'un "Grand Bazar", le 6 novembre 2016, lors d'un "Rallye des familles", une activité participative, les associations genevoises Aquaverde et le Mouvement pour la Coopération Internationale – MCI, ont eu l'opportunité de présenter leur activité en Amazonie. Une occasion de sensibiliser le public aux préoccupations actuelles des Amérindiens. C'était aussi le moment de rappeler que plusieurs collectivités publiques, dont la Ville de Genève, apportent leur appui à des organisations indigènes de l'Amazonie. Cela par l'intermédiaire de plusieurs ONG de coopération : Terre des Hommes Genève, Le MCI et l'Association d'appui aux Yanomami d'Amazonie – AYA.

L'exposition du Musée d'Ethnographie sera présentée au Musée de Pointe-à-Caillère de Montréal (Canada) du 17 avril au 22 octobre 2017.

* Voir sur ce blog, la note du 23 septembre 2016

                                                                           ***

Photo © B. Comoli : Sônia Guajajara, leader indigène de l’APIB lors de sa visite de l’exposition, le 22 septembre 2016. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note a été publiée dans le dernier "AYA Info" No 115, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

07/03/2017

"Trading Paradise", un film de Daniel Schweizer

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, autochtones, indígenas, povos, Daniel Schweizer, Trading paradise, Dirty Paradise, Dirty Gold War, Swissaid, Grand-Saconnex, Scala, FIFDH, Genève, Festival du Film Vert, FFV, Salle Communale des Délices, SuisseOn sait que la Suisse est l'une des principales places mondiales du commerce des matières premières. Une activité qui s'exerce généralement en toute discrétion. Le cinéaste Daniel Schweizer veut aller à contre-courant de cette discrétion. Son dernier film sur le sujet, "Trading Paradise", sort sur les écrans romands ce mois de mars. Il s'agit d'un documentaire par lequel le producteur veut poursuivre son travail portant sur la responsabilité de la Suisse dont certaines entreprises, parmi les plus puissantes au monde, ont des comportements à risque à l'étranger. Il a voulu combler un vide sur la problématique du commerce et des entreprises extractives.

Ce film, avec "Dirty Paradise " de 2010* et "Dirty Gold War" de 2015**, clôt une forme de trilogie sur l'impact de l'exploitation minière sur les communautés proches des sites.

Questionné sur la capacité des films documentaires à changer le monde, Daniel Schweizer est d'avis que : "Des films qui défendent un parti pris fort, dévoilant des réalités peu connues et travaillant en immersion avec leurs protagonistes peuvent permettre de changer la perception de ce qui se joue dans le monde. En préparant sur de longues périodes des films documentaires, en filmant de l’intérieur et en empathie, en accompagnant ses personnages, recueillant leurs confidences, en étant proche d’eux, plutôt que d’adopter une posture de voyeur ou d’observateur indifférent, je suis persuadé que le cinéma documentaire a une force et une raison d’être. Le documentaire indépendant doit s’éloigner du reportage afin de poser un autre regard sur le monde et sa complexité."

À Genève, "Trading Paradise" sera présenté par l'ONG Swissaid dans le cadre du Festival du Film Vert - FFV, ce jeudi 9 mars, à la Salle Communale des Délices du Grand-Saconnex et le 16 mars en ville de Genève, au cinéma Scala, en collaboration avec le Festival du Film et Forum International sur les Droits Humains – FIFDH 2017.

                                                                      ***

* Voir sur ce blog la note du 4 mai 2010. **Voir la note du 5 mars 2015

Le dossier de presse du film peut être consulté à cette adresse :

https://www.swissaid.ch/sites/default/files/TP_Presskit_FR-3.pdf

Illustration : l'affiche du film. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

La bande de lancement du film :

 PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 115, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

14/06/2016

Traité de Turin de 1816 : Les bornes-frontière ont leurs limites !

Traité de Turin, Traité de Paris, 1816, 1815, Louis Provona de Collegno, Charles Pictet de Rochemont, Roi de Sardaigne, Duché de Savoie, Genève, Canton, zone franche, Savoie, Savoyards, Confédération, Suisse, Second Empire, Napoléon III, Fonds frontaliers, Comité Régional Franco-Genevois, CRFG, Grand Genève, Bardonnex, Communes réunies, Compesières, Archamps, Collonges-sous-Salève, Bossey, Saint-Julien-en-Genevois, Lullier, Banque Cantonale, calcaire, granit, laiton, cuivre, zinc, l'Arande, Ruisseau d'Archamps, Ruisseau des Fins, La Drize, frontière-coupure, frontière-coutureVoilà deux siècles, le 15 juin 1816, à Lancy, Louis Provona de Collegno, Conseiller de Sa Majesté le Roi de Sardaigne, Commissaire Général des confins de ses États, pour le Duché de Savoie; et le Conseiller d'État Charles Pictet de Rochemont pour la Confédération Suisse et le Canton de Genève, ont signé le "Procès verbal de limites" entre le Duché de Savoie et la Canton de Genève. Cela en exécution du Traité de Turin signé trois mois plus tôt, le 16 mars.

L'objet de la réunion – commencée dix jours auparavant - est de fixer l'emplacement des bornes qui marqueront précisément la frontière entre Genève et la Savoie. Celles-ci resteront en place quand, en 1860, les Savoyards ont décidé de rejoindre le Second Empire de Napoléon III. Dès lors, Genève n'a plus eu que la France pour voisine.

Les bornes sont bien la limite matérielle entre deux États, deux nations de culture politique, d'institutions, de législations, de monnaies différentes. Et, surtout depuis la guerre de 1939-1945, les deux territoires ont connu une évolution économique différenciée, ce qui a eu pour conséquence d'accentuer l'effet-frontière.

Le Traité de Turin a divisé un bassin de vie. Mais pas tout à fait quand même : dans son article trois, il prévoit la création d'une zone franche (le pendant à la zone franche gessienne créée par le Traité de Paris de 1815). Une première manière de réduire les répercussions économiques des nouvelles limites du nouveau canton de Genève et d'inscrire dans son ADN le caractère transfrontalier de la région dans laquelle il se situe.

Il y a d'autres accords qui passent "par dessus" les bornes. Par exemple, celui de 1973 qui a institué les "Fonds frontaliers" et le Comité Régional Franco-Genevois. Plus récemment, la création du "Grand Genève", une institution transfrontalière pour faciliter le mieux vivre ensemble qui touche de nombreux domaines dans cette agglomération franco-valdo-genevoise, est aussi une réduction de l'effet-frontière.

Les bornes elles-mêmes, donnent une leçon de choses. L'exercice consistant à approcher la trentaine de celles qui jalonnent la frontière* de la commune de Bardonnex - l'une des "Communes réunies" qui célèbre, en plusieurs fois, le bicentenaire de son rattachement à Genève - est révélateur de leur caractère relatif.

Premier constat : elles ne sont pas inamovibles. Une partie des bornes posées en 1816 ont été enlevées en raison de deux modifications du tracé de la frontière. Une première fois pour aménager les abords de la route départementale D1206 à la frontière avec Archamps, Collonges-sous-Salève et Bossey. Une deuxième fois pour la construction de la plateforme autoroutière de la douane de Bardonnex à la frontière avec Saint-Julien-en-Genevois. Elles ont été remplacées par d'autres, dont la plus récente porte la date de 2015. Elles sont donc de générations différentes.

En raison de cette deuxième rectification de frontière, la numérotation des bornes a sauté quelques chiffres : la borne No 65 est suivie de la borne No 70. Il n'y a pas de borne 66, 67, 68 et 69. Une anomalie qu'apparente, la frontière ayant été réduite à cet endroit.

Les bornes devenues inutiles ont été mises "à la retraite" dans différents lieux : à l'entrée de la cour de l'école, du château et de l'église de Compesières. Mais aussi dans le parc de la Sous-préfecture de Saint-Julien, au Centre de formation horticole de Lullier et dans le hall d'entrée du siège principal de la Banque Cantonale de Genève en l'Ile, en ville de Genève. Leur retraite les fait vivre autrement.

Les bornes sont de formes et de tailles différentes. Les unes sont en calcaire du Jura, d'autres sont en granit, une pierre pas vraiment locale. Les chevilles No 62 et 63 qui remplacent deux bornes sur la plateforme douanière sont en laiton. Un alliage de cuivre et de zinc apprécié en raison de sa résistance à la corrosion et sa facilité d'entretien, une matière d'origine étrangère…

Par deux fois, pour marquer la frontière, les bornes laissent ce rôle à des cours d'eau, l'Arande, le ruisseau d'Archamps et à la Drize. Ces cours d'eau sont générateurs de biodiversité.

Selon leur emplacement, il est parfois plus facile de les joindre par la France, parfois par la Suisse. Certaines sont à l'intérieur de propriétés privées. D'autres sont difficiles d'accès. Ainsi, il vaut mieux être prudent pour approcher celles qui sont sur la plateforme douanière. Quelques unes sont entourées de broussailles, voire protégées par les épines des ronces qui en interdisent l'approche. Cela rappelle quelques-uns des épineux problèmes transfrontaliers à résoudre.

À leur sommet, les bornes ont un trou de quelques millimètres qui symbolise la borne elle-même d'où partent deux traits qui indiquent la direction du tracé de la frontière, comme les aiguilles indiquent l'heure sur le cadran d'une horloge. Sur un de leur côté, un numéro propre à chacune d'elles, et, pas toujours, une date. D'ailleurs, deux d'entre elles portent deux dates, signe d'un remplacement.

Sur deux côtés opposés un "G" pour Genève et un "S" pour Savoie pour les anciennes bornes. Et un "F" pour le côté français et un "S" pour le côté suisse pour les bornes récentes. Le même "S", utilisé pour "Savoie" et plus tard pour "Suisse" est, bien sûr, une pure coïncidence alphabétique. Marquées des initiales de deux nations, les bornes ont, de fait, une double nationalité, un statut parfois contesté pour les humains.

Les bornes sont aussi les témoins d'une réalité évidemment des plus banales, mais significative : sur leur tête tombe la même pluie, brille le même soleil. Que cela soit de leur côté "F" ou "S", il y souffle le même air. On y respire la même atmosphère !

Quand il s'agit de donner un avenir à ce bassin de vie transfrontalier, de par ce qu'elles sont, de l'histoire qu'elles représentent, de leur approche plus ou moins facile, les bornes-frontière donnent une "leçon de choses" à ceux qui veulent en être les artisans.

Les bornes, qui sont la marque d'une "frontière-coupure", sont également autant de points de "frontière-couture" pour reprendre des notions utilisées par des géographes. Elles sont "couture" quand la frontière suscite des accords transfrontaliers pour régler des problèmes de voisinage. Ce double rôle leur enlève leur caractère absolu. Elles y trouvent là leurs limites !

* Voir la carte ci-dessous.

                                                                        ***

traité de turin,traité de paris,1816,1815,louis provona de collegno,charles pictet de rochemont,roi de sardaigne,duché de savoie,genève,canton,zone franche,savoie,savoyards,confédération,suisse,second empire,napoléon iii,fonds frontaliers,comité régional franco-genevois,crfg,grand genève,bardonnex,communes réunies,compesières,archamps,collonges-sous-salève,bossey,saint-julien-en-genevois,lullier,banque cantonale,calcaire,granit,laiton,cuivre,zinc,l'arande,ruisseau d'archamps,ruisseau des fins,la drize,frontière-coupure,frontière-couture

                                                                          

Traité de Turin, Traité de Paris, 1816, 1815, Louis Provona de Collegno, Charles Pictet de Rochemont, Roi de Sardaigne, Duché de Savoie, Genève, Canton, zone franche, Savoie, Savoyards, Confédération, Suisse, Second Empire, Napoléon III, Fonds frontaliers, Comité Régional Franco-Genevois, CRFG, Grand Genève, Bardonnex, Communes réunies, Compesières, Archamps, Collonges-sous-Salève, Bossey, Saint-Julien-en-Genevois, Lullier, Banque Cantonale, calcaire, granit, laiton, cuivre, zinc, l'Arande, Ruisseau d'Archamps, Ruisseau des Fins, La Drize, frontière-coupure, frontière-couture

 

Photos : © Bernard Comoli. À gauche en haut, la borne-frontière 62A sur la plateforme douanière de Bardonnex. Ci-dessus, les quatre bornes "à la retraite" à Compesières. Cliquer sur les photos pour agrandir l'image.

Carte : Bernard Comoli à partir du Système d'information du territoire de Genève - SITG

19/02/2016

Après la catastrophe écologique, Samarco et Vale sous la pression des Indiens

Les médias ont largement diffusé l'information. Dans l'après-midi du 5 novembre 2015, un gigantesque torrent de boue a submergé la petite localité de Bento Rodrigues, située dans la municipalité de Mariana dans l'État brésilien du Minas Gerais (MG), provoquant la mort de 17 personnes et de graves dégâts à l'environnement. Un barrage retenant des millions de tonnes de déchets de minerai de fer d'une mine de la compagnie Samarco, filiale de BHP Biliton et de Vale, avait cédé. La boue s'est écoulée par le Rio Doce jusqu'à l'Atlantique dans l'État de Espírito Santo (ES). Le fleuve est considéré comme mort sur plus de 600 km. Vient maintenant l'heure du bilan chiffré, des responsabilités et du coût des réparations de ce qui est considéré comme la pire des catastrophes écologiques du pays.

Près d'une trentaine de localités ont été affectées par la catastrophe. Parmi les riverains touchés, les Indiens de la Terre Indigène Krenak sur les rives du rio Doce. Le 13 novembre, ils ont occupé, près de Resplendor, la voie ferrée de la compagnie "Estrada de Ferro Vitória a Minas - EFVM" qui appartient à Vale. Depuis le 5 novembre ils demandaient, en vain, de l'aide à la Compagnie, notamment la fourniture de nourriture et d'eau potable. Il a fallu l'intervention de la FUNAI pour que Vale apporte une aide d'urgence à 126 familles. Les Krenak ont levé leur occupation le 16 novembre.

Plus récemment, le 13 janvier, ce sont les Tupinikim et Guarani de Aracruz de l'État du Espírito Santo qui ont occupé la voie ferrée du EFVM à Comboios. Eux aussi demandent des mesures pour faire face aux dégâts causés par les rejets de minerai. Ils ont cessé leur occupation deux jours plus tard après une médiation du Ministère Public Fédéral. Dans la même région, près de la localité d'Aracruz, le 4 février, les indigènes ont établi des barrages filtrants sur deux routes du même État pour obliger Vale à apporter une compensation aux graves impacts qu'ils ont à subir du fait de la catastrophe. Là encore, c'est après une intervention des responsables locaux de la FUNAI que les Indiens ont levé leurs barrages le lendemain 5 février.

En Suisse, la catastrophe a eu un écho jusqu'au Grand Conseil vaudois. Le 8 décembre 2015, une résolution – non contraignante - du député Raphaël Mahaim est acceptée par 67 oui, 66 non et 3 abstentions. Après avoir exprimé son soutien aux victimes, le parlement cantonal souhaite "que les amendes et dédommagements payés par le groupe Vale dans le cadre de la réparation des préjudices environnementaux causés par la catastrophe ne soient d'aucune manière, par quelque montage que ce soit, déductibles fiscalement en terre vaudoise par l'intermédiaire de Vale International à Saint-Prex."

Ailleurs au Brésil, dans l'État du Pará, Vale est en conflit avec les Indiens Xikrin et Kayapó qui lui reprochent de polluer le rio Cateté sur le site minier de Onça Puma. Le 7 décembre 2015, ils ont manifesté à Ourilândia do Norte pour demander la suspension de l'exploitation minière jusqu'à ce que des mesures soient appliquées pour protéger la rivière. Cette pollution a de graves effets sur la santé de ces Indiens. Une situation dénoncée depuis des années par le Dr João Paulo Botelho Vieira Filho > Voir sur ce blog les notes des 11 septembre 2015 et du 23 décembre 2014.

                                                                             ***

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans le dernier "AYA Info" No 108, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

05/06/2015

Trafic d'or dans la TI Yanomami : un réseau démantelé

Le matin  du 7 mai, la Police fédérale et l'Institut Brésilien du Milieu Ambiant – IBAMA ont réalisé une importante opération appelée "Warari Koxi" (esprit de porc en yanomami) pour mettre un terme aux agissements d'une organisation criminelle d'extraction illégale d'or et de diamants sur la Terre Indigène Yanomami (TI-Y) avec, à la clé, du blanchiment d'argent.

Outre les dégâts considérables causés à l'environnement, notamment par l'usage de mercure et autres métaux lourds, les préjudices sont estimés à 17 millions de réais par mois (environ 5,4 millions de US$) pour un total portant sur un milliard de réais (environ 316,5 millions de US$) pendant ces deux dernières années 2013 et 2014.

L'opération a été conduite par près de 150 policiers fédéraux agissant simultanément dans plusieurs États du pays : Roraima, Amazonas, Rondônia, Pará et São Paulo.

L'organisation était composée d'entrepreneurs, de fonctionnaires publics, d'une institution financière spécialisée dans la distribution de titres et valeurs mobilières, de propriétaires de "garimpos" (de lieux d'extraction d'or ou de diamants), de commerces de vente et d'achat d'or, de bijoutiers-joailliers et même de pilotes d'avions. Pour l'extraction de l'or, elle agissait dans la région de Boqueirão et Uraricoera, dans la TI-Y, à l'extrême nord de l'État de Roraima. La police estime que se sont environ 160 kg d'or qui, mensuellement, ont été retirés illégalement de ces zones.

L'enquête de la police porte sur plusieurs chefs d'accusation : association criminelle, extraction illégale de ressources naturelles, usage de mercure, usurpation du patrimoine de l'Union, recel de biens provenant de crimes, corruption massive, violation du secret de fonction, contrebande, blanchiment d'argent et opérations financières non autorisées par la Banque centrale.

Selon "Amazônia Real", au cours de la première semaine de l'intervention, une centaine de garimpeiros ont été évacués, 30 barges ont été saisies et 20 campements détruits qui, chacun pouvait accueillir une trentaine de garimpeiros. L'agence a questionné l'un des agents de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI mis en cause par la police. C'est un fonctionnaire connu pour son action contre l'orpaillage illégal dans la TI-Y. Il dit être victime d'une dénonciation par ceux auxquels il a causé un préjudice…

Depuis plusieurs années des opérations* de police sont réalisées pour mettre un terme à l'orpaillage illégal dans la TI-Y. Mais, à peine évacués, les "garimpeiros" retournaient sur les lieux d'orpaillage sans que les réseaux qui les engagent ne soient inquiétés. Maintes fois les Yanomami ont regretté cet état de fait. Le leader Yanomami, Davi Kopenawa, est menacé de mort pour son opposition à l'orpaillage illégal.

Il sera intéressant de suivre l'enquête et d'en connaître les conclusions. Jusqu'où l'or sale a-t-il été écoulé ? Rappelons ici que la Suisse achète de l'or au Brésil.

* Voir sur ce blog, les notes du 10 janvier 2015, 29 août et 28 mars 2014, et des 2 et 30 mars 2012.

***

PS 1 : La note du 28 mai dernier, publiée sur ce blog, signale que le film "Dirty Gold War" (La guerre de l'or sale) de Daniel Schweizer qui traite des impacts de l'extraction de l'or passe sur les écrans romands. Une séquence du film traite de l'orpaillage illégal chez les Yanomami.

PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- L'essentiel de cette note a été publiée dans "AYA Info" No 103, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

28/05/2015

Le film "Dirty Gold War" est présenté en salle

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Dirty Gold War, guerre de l'or sale, FIFDH, Scala, Peru, Pérou, Madre de Dios, Yanacocha, Suisse, Dirty Paradise, Guyane, Genève, Aldo Bearzatto, Daily Movies,Rita production, Lausanne, Vevey, La Chaux-de-Fonds, Neuchâtel, Fribourg, Sion"La guerre de l'or sale", c'est le titre que Daniel Schweizer a donné au film qu'il présentera le 3 juin prochain au cinéma "Scala"*. Il l'a déjà présenté, en première mondiale, le 7 mars dernier à Genève, à l'occasion du Festival du film et forum International sur les Droits Humains – FIFDH. Dans le dossier de presse du film, l'auteur explique ainsi les raisons pour lesquelles il a réalisé ce film : "Convoité et recherché, évoquant le glamour, la pureté et l’opulence, il [l'or] dissimule toutefois une part sombre où des dimensions humaines et écologiques sont dangereusement menacées. C’est ce scandale de l’or sale que je veux faire voir au travers de ce documentaire, car la majorité des gens semblent aujourd’hui l’ignorer. J’ai envie de rompre le silence et de faire mon travail de cinéaste, c’est-à-dire regarder là où l’on ne regarde pas, être présent là où on ne peut plus l’être et mettre sur le devant de la scène cette réalité peu médiatisées. En outre, le fait que je vive en Suisse, une des plaques tournantes du marché de l’or, a contribué d’autant plus à nourrir ma détermination à réaliser ce film.

Il signale des initiatives porteuses d'espoir : "En Amérique du Sud, au Brésil et au Pérou, les projets miniers menacent les populations locales. Le pire est en train de se passer à Madre De Dios ou à Yanacocha, tandis que dans d’autres régions des productions labellisées « green gold » ou « commerce équitable » tentent de se mettre en place. C’est au fond, là, une petite révolution qui est en marche, souvent modeste, mais qui révèle que d’autres pistes, viables, peuvent être empruntées. Un or « vert » ou « propre » serait donc généralisable pour demain ?"

En mars, lors de la présentation du film destinée au public de collégiens et d'apprentis, ces derniers ont particulièrement questionné Daniel Schweizer sur les possibilités d'action en Suisse : Que pouvons nous faire ? Le cinéaste a rappelé comment, pour beaucoup d'autres produits, les consommateurs demandent aux distributeurs de les informer sur la provenance et le mode de production des biens mis en vente. Mais c'est, selon lui, une question trop rarement posée à ceux qui sont actifs dans le commerce de l'or. Revendiquer et appliquer la traçabilité permettraient aux consommateurs de pouvoir choisir un produit propre.

Notre pays doit s'interroger sur l'origine de ses importations d'or et prendre des mesures pour éviter que le métal précieux, stocké sous forme de lingots, ou commercialisé sous forme de montres et de bijoux, ne soit pas d'origine douteuse. Ce serait-là notre contribution et notre soutien aux organisations indigènes, indigénistes et écologistes qui refusent de baisser les bras devant les réseaux souvent puissants et illégaux.

Ce n'est pas la première fois que Daniel Schweizer aborde le problème de l'or sale. Son film** "Dirty Paradise" dont le cadre se situe en Guyane française abordait le même sujet. Ce documentaire avait également été présenté au FIFDH en 2010. Il avait reçu le Grand Prix de l'État de Genève.

***

* Cinéma Scala, 23 rue des Eaux-Vives, 1207 Genève, le 3 juin à 20h. Lors de la présentation, outre le réalisateur, il est prévu une intervention de Jean-Luc Pittet, Secrétaire général de Terre des Hommes Suisse/Genève, une ONG qui soutient des projets au en Amazonie péruvienne et brésilienne. Le film produit par "RITA Production" devrait rester à l'affiche deux semaines.

** Voir sur ce blog la note du 4 mai 2010

Pour visionner la bande annonce de "Dirty Gold War", cliquer > ICI  / Voir également l'interview du réalisateur par Aldo Bearzatto, publiée en mars 2015 sur le site de "Daily Movies" .

En Suisse romande, les séances spéciales de présentation auront lieu selon le programme suivant :

Lausanne – Pathé Les Galeries – jeudi 4 juin 2015 à 19h00

Vevey – Cinéma Rex 4 ou Astor – vendredi 5 juin 2015 à 18h45

La Chaux-de-Fonds – Cinéma Scala – samedi 6 juin 2015 à 18h00

Neuchâtel – Cinéma Bio – samedi 6 juin 2015 à 20h00

Fribourg – Cinéma Rex – dimanche 7 juin 2015 à 11h00

Sion – Cinéma – lundi 8 juin 2015 à 18h00

***

PS 1 : En lien avec le sujet, voir sur ce blog, les notes des 5 mars 2015, 17 décembre 2014, 28 mars 2014 et 30 décembre 2013

PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- L'essentiel de cette note a été publiée dans "AYA Info" No 101, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

30/01/2015

Le trafic illégal de bois d'Amazonie : la Suisse concernée


brasil,brésil,amazônia,amazonie,amazonas,autochtones,indigènes,povos indígenas,awá – guajá,lula,survival international,alto turiaçu,ka'apor,kaaportarupi,laurent richard,france 5,indiens d'amazonie,le dernier combat,pará,santarém,greenpeace,manaus,ipé,ebène verte,sema,saint-légier,mise au point,gétaz–miauton,vaud,suisse,rts,loi de la jungle,ofev,office fédéral de l'environnement,lpe,loi sur la protection de l'environnement,conseil fédéral,maranhão,conseil national,chambres fédérales,les verts,rainbow trading,madeireirosLe 21 décembre dernier, la chaîne romande de la Radio Télévision Suisse – RTS, dans "Mise au Point", l'une de ses émissions d'actualité, a publié un reportage - "La loi de la jungle" - sur le commerce illégal de bois entre le Brésil et la Suisse. Cette séquence, de près de 13 minutes, a été réalisée en collaboration avec Greenpeace – Brésil. Le reportage commence à Manaus, au siège de l'ONG, se poursuit dans l'État du Pará, en forêt même, et à Santarém la ville–port d'où le bois, notamment l'Ipé*, est exporté. La partie dangereuse de l'action des militants est certainement quand ils placent des balises sur les camions qui transportent le bois des zones illégales d'abatage vers les scieries. Ils travaillent avec les agents du Secrétariat de l'État pour l'Environnement - SEMA de l'État du Pará que l'on voit équipés de gilets pare-balles. L'identification de l'origine du bois étant difficile après le découpage des troncs en planches ou en feuilles, les agents doivent intervenir lors du transport des grumes. Ils le font par des contrôles routiers. Mais le SEMA manque de moyens, il ne dispose que d'un inspecteur pour 500 km2 de forêt. Il intervient essentiellement pendant la journée. Il admet qu'il est impossible de faire respecter la loi. Le sachant, les trafiquants effectuent leurs déplacements la nuit. Ainsi les ¾ du bois illégal passent entre les mailles du filet. Sur le port de Santarém, un transporteur explique comment tout le bois quittant le port est "légal".

Cependant, l'enquête conduite par Greenpeace permet de connaître les pays importateurs de bois brésilien et les firmes qui achètent ces produits. La Suisse est présente parmi ceux-ci. L'entreprise Gétaz–Miauton, de Saint-Légier dans le canton de Vaud, est citée comme importatrice. Les animateurs de l'émission sont allés interviewer un responsable de la firme pour lui demander sa réaction face aux documents fournis par Greenpeace. Il a présenté le certificat – un "bon de sortie" - remis par les douanes helvétiques attestant que toutes les pièces prouvant une importation égale avaient été fournies. Gétaz-Miauton reconnaît qu'il lui est impossible de connaître de quelle forêt provient le bois, sa vérification s'arrête à la scierie. L'entreprise s'engage à être plus vigilante à l'avenir.

Les animateurs ont également questionné une responsable de l'Office Fédéral de l'Environnement – OFEV à Berne : la Suisse, n'a pas de réglementation – comme dans l'Union Européenne - interdisant l'importation de bois illégal. Depuis 2010, une déclaration de l'espèce et de l'origine du bois est cependant obligatoire pour tous les bois et les produits du bois, en tant qu'information aux consommateurs. L'Office souhaite voir l'interdiction du bois illégal être traitée dans le cadre de la révision de la loi sur la Protection de l'Environnement – LPE. Révision qui est un contre-projet indirect à l'initiative populaire lancée par les Verts "Pour une économie durable fondée sur une gestion efficiente des ressources (économie verte)" déposée en septembre 2012. En février 2014, le Conseil fédéral a adressé un message aux Chambres fédérales recommandant le rejet de l'initiative, mais en proposant une révision de la LPE qui donnerait une base légale pour la lutte contre ce commerce. Le débat parlementaire a commencé au Conseil des États fin novembre qui a adopté la loi fédérale. Il devrait se poursuivre au Conseil National dans les mois qui viennent.

En novembre 2014, Greenpeace a organisé une opération coup de poing en mer du Nord pour dénoncer l'arrivage de bois "suspect" en provenance de l'Amazonie brésilienne en Europe. À la suite de cette opération l'ONG a annoncé que diverses entreprises européennes ont suspendu leurs achats d'Ipé auprès de Rainbow Trading, cette entreprise de Santarém plusieurs fois sanctionnée pour avoir commercialisé du bois extrait sans autorisation. Ce 19 janvier, l'organisation regrette que la Belgique ait libéré un chargement de bois sans qu'il y ait une preuve fiable quant à l'origine légale de la marchandise en provenance de cette scierie.

Ce trafic illégal de bois amazonien a déjà été dénoncé par Survival International**, notamment pour la sauvegarde du peuple Awá-Guajá de l'État du Maranhão dont la Terre a été dévastée par des "madeireiros" (exploitants forestiers). Dans le film "Indiens d'Amazonie, le dernier combat" Survival a montré comment ce bois, coupé illégalement, est commercialisé en France.

La bataille contre la déforestation et le commerce illégal de bois n'est pas encore gagnée.

***

* L'Ipé, parfois appelé "Ebène verte" est un bois dur, particulièrement recherché pour la construction de terrasses et escaliers extérieurs, bardages, mobilier de jardin, mais aussi pour divers aménagements intérieurs comme les parquets.

**Voir sur ce blog, la note du 30 janvier 2014.

Photo : © Bas Beentjes / Greenpeace. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans le dernier AYA Info (No 99), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

09/05/2014

"Dom Tomás Balduino a fait sa Pâque"

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, índios, ditadura, dictature, Dom Tomás Balduino, Dominicains, Dominicanos, Conceição do Araguaia, Pará, Xikrin, CIMI, Conselho Indigenista Missionário, Comissão Pastoral da Terra, CPT, CNBB, Comissão Nacional da Verdade, Multiwatch, COTMEC, FUNAI, Genève, Suisse, Goiás, Goiânia, Gercília Krahô, Antônio ApinajéC'est ainsi que la Commission Pastorale de la Terre – CPT* a annoncé le décès de son fondateur survenu dans la ville brésilienne de Goiânia au soir du 2 mai. Dom Tomás Balduino, souvent appelé l'évêque des Indiens et des Sans-terre était âgé de 91 ans. Il appartenait à l'Ordre des Dominicains. Il avait a été ordonné prêtre en 1948 et consacré évêque en 1967. Il a été à la tête du diocèse brésilien de Goiás pendant 31 ans jusqu'à sa retraite en 1999. Ayant fait une partie de ses études en France, il s'exprimait aisément en français.

Il a eu à connaître la difficile réalité vécue par les indigènes à partir de 1957 quand il a été nommé supérieur de la mission des Dominicains de la prélature de Conceição do Araguaia dans l'État du Pará. À cette époque, cette mission accompagnait sept groupes indigènes, parmi eux, les Xikrin dont il apprit la langue. Afin de mieux connaître les peuples indigènes, il a étudié l'anthropologie et linguistique. Pour faciliter la desserte de l'immense territoire dont il avait la charge, Dom Tomás a appris à piloter les avions.

En 1972, il était du groupe de religieux à l'origine de la création du Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI.* Il en a été le deuxième président entre 1980 et 1984. En 1975, il a également été l'un des fondateurs de la CPT dont il a été le président entre 1999 et 2005. Les deux entités ont vu le jour pendant la dictature militaire. Elles publient régulièrement des rapports sur la violence faite aux peuples indigènes et sur celle qui sévit dans la campagne brésilienne contre les petits agriculteurs.

Encore récemment, le 12 mars dernier, Dom Tomás été auditionné par la Commission Nationale de Vérité qui enquête sur les exactions commises par les militaires pendant la dictature :"Le Coup [d'État] a été fait par des stratèges. Ils n'étaient pas des bouffons. Ils ont attaqué des points névralgiques. En premier ils ont attaqué des travailleurs, mais aussi des leaders dans les Églises..." C'est certainement la dernière fois que l'évêque s'est exprimé publiquement au sujet de la dictature.

Dom Tomás était aussi connu à l'extérieur du Brésil. Il était venu en Suisse en octobre 2005 à l'invitation de Multiwatch, un collectif d'associations helvétiques qui s'intéressait alors à la politique de Nestlé en Colombie. En mai 2008, il était à Genève pour parler de la transposition du rio São Francisco. Une rencontre organisée par la Commission Tiers-Monde de l'Eglise Catholique – COTMEC.

Plusieurs entités ont rendu hommage à cet évêque hors du commun. Ainsi, la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI a rappelé que Dom Balduino "S'est engagé fidèlement dans la lutte en faveur des Peuples Indigènes. Il a consacré sa vie à la construction d'une société juste et démocratique, militant sur le terrain des grandes causes humaines et sociales. Il a agi inlassablement pour la défense des doits des populations exclues, des pauvres, des travailleurs sans terre et des indigènes"… "La trajectoire de Dom Tomás laisse au pays un vaste héritage d'enseignements. Que son exemple de générosité et de ténacité reste vif en nous. Qu'il soit capable de conquérir beaucoup d'esprits et de cœurs. Qu'il puisse rallumer chaque jour notre courage de lutter et d'agir pour une société juste, fraternelle et solidaire".

Une partie des célébrations funèbres ont eu lieu à Goiânia, la capitale de l'État brésilien de Goiás. La sépulture a eu lieu le 5 mai à 140 km de là, dans la cathédrale de la cité de Goiás. Ce sont des indiens qui ont alors porté le cercueil dans l'édifice. Une quarantaine d'entre eux, représentant une demi-douzaine d'ethnies ont réalisé un rituel conforme à leurs coutumes. Ils ont décoré le visage de Dom Tomás avec de l'urucum et placé une coiffe indigène à la tête du cercueil. Deux d'entre eux ont rendu hommage à Dom Tomás. Gercília Krahô a souligné son caractère : "Il aimait les personnes, il les respectait. Non seulement il nous défendait, mais il défendait aussi les paysans, les riverains, les quilombolas et les pêcheurs…" Et Antônio Apinajé a rappelé sa fidélité à la cause indigène : "Nous lui serons éternellement reconnaissants parce qu'il a toujours été avec nous dans nos luttes pour la défense de nos territoires. Il était avec nous dans la joie et dans la tristesse, dans la santé et dans la maladie, dans nos fêtes et dans nos luttes".

L'une des caractéristiques de l'engagement de Dom Tomás Balduino est d'avoir contribué à la mise en place d'institutions comme la CPT et le CIMI qui donnent une dimension collective et pérenne à ses convictions profondes. Cet héritage est particulièrement précieux en ce moment où les Peuples indigènes du Brésil vivent une période difficile de leur histoire. Leurs droits constitutionnels sont remis en cause.

***

* La CPT et le CIMI sont des entités liées à la Conférence Nationale des Evêques du Brésil – CNBB

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, índios, ditadura, dictature, Dom Tomás Balduino, Dominicains, Dominicanos, Conceição do Araguaia, Pará, Xikrin, CIMI, Conselho Indigenista Missionário, Comissão Pastoral da Terra, CPT, CNBB, Comissão Nacional da Verdade, Multiwatch, COTMEC, FUNAI, Genève, Suisse, Goiás, Goiânia, Gercília Krahô, Antônio Apinajé

Photos :CIMI et CPT

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera publiée dans le prochain AYA Info No 93, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2