10/12/2016

En Amazonie brésilienne, la déforestation et les incendies font des ravages

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Desmatamento, déforestation, INPE, ISA, garimpeiros, orpailleurs, madeireiros, exploitants forestiers,, Terras Indígenas, Terres Indigènes, Almir Suruí, Paiter Suruí, Sete de Setembro, Rondônia, Acre, Araribóia, Awá Guajá, Amapá, Pará, Roraima, Mato Grosso, Maranhão, TocantinsLe 28 septembre dernier, l'Institut National d'Enquêtes Spatiales – INPE a publié le résultat de ses observations sur la déforestation en Amazonie légale* pour la période d'août 2014 à juillet 2015. Ce sont 6'207 km2 de forêt qui ont été détruits. Au cours des 12 mois précédents, 5'012 km2 avaient disparus, soit une augmentation de l'ordre de 24 %. L'Institut estime que pour la même période 2015 – 2016, la déforestation atteindra 7'989 km2. On est heureusement loin du record de 2004 où la déforestation avait été de 27'772 km2, mais c'est le chiffre le plus élevé de ces dernières années (4'571 km2 en 2011).

Le Ministère de l'environnement espère un ralentissement du rythme de déforestation. L'Institut socioambiental – ISA s'inquiète de la déforestation dans les Terres Indigènes – TI et autres aires protégées, en particulier dans l'État du Pará, près du complexe hydroélectrique de Belo Monte ou dans celui de Rondônia. Dans cet État, l'augmentation a passé de 684 km2 en 2014 à 1'030 km2 en 2015, soit une progression de 51%. Une situation qui a incité Almir Suruí, leader du Peuple Paiter Surui de la TI Sete de Setembro à lancer un appel à l'aide au niveau international. Des médias ont annoncé, le 9 novembre, que la Police fédérale de Rondônia avait commencé une opération pour protéger des garimpeiros (orpailleurs) et madeireiros (exploitants forestiers) illégaux plusieurs Peuples et TI de la région.

Des incendies ont également dévasté la forêt amazonienne en différents points. Au début du mois d'août déjà, l'INPE a annoncé que, depuis le début 2016, il avait enregistré plus de 53'000 foyers et incendies de forêts sur le territoire national. Une augmentation de 65 % par rapport à la même période de 2015. Il relève que l'État d'Acre présente une des situations les plus graves avec 844 feux, soit trois fois plus qu'en 2015. Dans l'État d'Amazonas, il a été relevé 3'022 incendies, soit une croissance de 284 % par rapport à la même période de 2015. Du point de vue de l'Institut, la sécheresse prolongée, provoquée par El Niño a facilité la propagation des incendies, mais 90% de ceux-ci sont dû à l'action humaine. Il y a aussi des incendies criminels dans des zones de conflit où les forêts sont transformées en pâturages. Un programme de prévention a été développé cette année touchant plus de 7'000 personnes. Près de 700 kilomètres de pare-feu ont été installés.

Plusieurs TI ont été touchées par des incendies comme la TI Araribóia où vivent les Awá-Guajá. Un peuple qui vit en isolement volontaire. Celui-ci a déjà été mis en danger en 2015 par un incendie qui a dévasté près de 50% de la TI**.

Le feu représente un risque permanent pour la faune et la flore brésiliennes, sans oublier les dommages sur la santé humaine et pour la planète en augmentant le réchauffement global.

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* L'Amazonie légale a une superficie de 5'217'423 km2. Elle comprend les États d'Acre, Amapá, Amazonas, Pará, Rondônia, Roraima et une partie des États du Mato Grosso, du Maranhão et du Tocantins.

** Voir sur ce blog la note du 11 novembre 2015.

Graphique : Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 113, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

12/01/2016

Avant les Jeux Olympiques, les Premiers Jeux mondiaux des Peuples indigènes

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Palmas, Tocantins, Jeux mondiaux des peuples indigènes, jogos mundiais dos povos indígenas, JMPI, Dilma Rousseff, PEC 215, Comité Intertribal Mémoire et Science Indigène, Comitê Intertribal Memória e Ciência Indígena, ITC, Câmara dos Deputados, Chambre des Députés, Marcos Terena, RokrãAvant les Jeux Olympiques qui auront lieu à de Rio de Janeiro en août prochain, le Brésil a accueilli, pendant une dizaine de jours, les premiers Jeux Mondiaux des Peuples Indigènes – JMPI. La manifestation a eu lieu du 21 au 31 octobre, dans la ville de Palmas (État brésilien du Tocantins).

Ce sont environ 2'000 athlètes, femmes et hommes, originaires de plus de vingt pays des cinq continents qui se sont confrontés dans diverses disciplines : canoë, tir à la corde, tir à l'arc, natation, course à pied, course de rondins, lutte et, Brésil oblige, football masculin et féminin, etc.

Le public, plus de 100'000 visiteurs, a aussi eu l'occasion d'assister à des démonstrations de sports spécifiquement pratiqués par certaines ethnies : football de tête, boule de feu, pelote maya, rokrã*.

La manifestation n'a pas été seulement sportive. Les peuples ont pu présenter leur artisanat et leur agriculture. Un espace était consacré à l'informatique. Un autre était réservé pour des débats.

La situation des peuples indigènes du Brésil a été évoquée de différentes manières…

Lors de la cérémonie d'ouverture, la présidente de la république, Dilma Rousseff n'a pas été qu'applaudie. Certaines épreuves ont été interrompues par des indigènes protestant contre l'adoption, par une Commission spéciale de la Chambre des députés, de la proposition d'amendement constitutionnel No 215/2000. Par cet amendement, le pouvoir ultime de la démarcation des Terres Indigènes passerait du Gouvernement au parlement. Pendant l'événement, le Secrétariat de la Présidence de la République et le Ministère de la Justice ont publié une note dans laquelle ils affirment que cette modification ne respecte pas la séparation des pouvoirs et qu'elle n'est pas conforme aux droits reconnus dans la Constitution. Dans une rétrospective de l'année 2015, l'Agência Brasil estime que cet événement aidé à unir les ethnies brésiliennes contre cet amendement constitutionnel.

L'organisateur des Jeux, le Comité Intertribal Mémoire et Science Indigène, présidé par Marcos Terena, a annoncé que la prochaine édition des JMPI devrait avoir lieu au Canada en 2017.

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* Le Rokrã – voir la photo de Marcelo Camargo/Agência Brasil - est un jeu collectif traditionnel pratiqué par le peuple Kayapó de l'État brésilien du Pará. Deux équipes de dix, ou plus, d'athlètes se positionnent de part et d'autre d'un terrain de terre battue, d'une taille semblable à celle d'un terrain de football. Avec un bâton, les joueurs doivent frapper une petite balle faite de feuilles de cocotier et la faire dépasser la ligne marquant la limite du camps adverse pour marquer un point. Ce sport, qui ressemble au hockey sur gazon, est pratiqué sans protection particulière. Il tend à être abandonné en raison des fréquentes contusions qu'il provoque chez les compétiteurs. 

>>> Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 107, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

13/02/2015

Les langues indigènes sont menacées de disparition

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, línguas indígenas, José Carlos Levino, Museu do Indio, Rio de Janeiro, José Ribamar Bessa Freire, Universidade federal do Rio de Janeiro, URFJ, Bonfim, Estado de Roraima, Macuxi, Wapichana, Serra da Lua, Insikiran, OPIRR, UFRR, São Gabriel da Cachoeira, Nheengatu, Tukano, Baniwa, Tacuru, Guarani, talian, Rio Grande do Sul, Santa Catarina, Asurini, Tocantins, Pará, Espírito Santo, Argentinne, Paraguay, Bolivie, INDL, IPHAN, Foz d'Iguaçu, CEEI, SEDUC, Depp, Secoya, Terre des Hommes Suisse, Terre des Hommes Luxembourg, rio Tacutu, Guyana, Boa Vista,Convention 169, OITAu Brésil, les langues indigènes sont en danger. Selon José Carlos Levino , le directeur du Musée de l'Indien de Rio de Janeiro, dans les 15 ans à venir, le pays court le risque de perdre jusqu'à 60 langues indigènes sur les 150 à 200 parlées actuellement. À l'occasion de la rencontre de Foz d'Iguaçu dont il est question ci-dessous, José Ribamar Bessa Freire, professeur à l'Université fédérale de l'État de Rio de Janeiro, a publié un article dans lequel il rappelle qu'en cinq siècles, soit depuis le début de la colonisation, plus de 1'100 langues indigènes ont disparu de la carte du Brésil… Des initiatives sont prises pour tenter de limiter la perte culturelle que constitue la mort de ces langues. En voici quelques exemples.

Le 2 décembre 2014, le Conseil municipal de Bonfim * (dans l'État de Roraima) a approuvé une loi municipale (No 21/2014) qui reconnaît les langues Macuxi et Wapichana comme langues co-officielles de la municipalité au même titre que le portugais. La proposition de loi avait été discutée entre leaders et professeurs de langues indigènes de la région de Serra da Lua depuis 2012. Elle a été présentée au Conseil municipal en février 2013 par les élèves de l'Institut Insikiran et des représentants de l'Organisation des Professeurs Indigènes de Roraima – OPIRR. Tous les conseillers ont appuyé le projet. Le processus a été suivi par les membres de cet Institut de formation supérieure indigène rattaché à l'Université Fédérale de Roraima - UFRR. Celui-ci développe un programme de revitalisation et de valorisation des langues Wapichana et Macuxi. La municipalité a maintenant cinq ans pour mettre en œuvre la loi, engager des traducteurs et interprètes indigènes pour traduire des documents, les panneaux de signalisation et financer la publication de livres pour l'enseignement.

Dans l'État d'Amazonas, en 2002 déjà, la municipalité de São Gabriel da Cachoeira a officialisé trois langues indigènes indigènes : le Nheengatu, le Tukano et Baniwa. En 2010, dans le Mato Grosso do Sul, la municipalité de Tacuru a reconnu le Guarani comme seconde langue officielle.

En septembre 2014, trois langues ont reçu le titre de "Référence culturelle brésilienne": le Talian parlé par les descendants d'émigrés italiens dans le sud du Brésil, surtout dans les États du Rio Grande do Sul et de Santa Catarina; l'Asurini do Trocará ou Asurini du Tocantins, langue parlée par le peuple indigène Asurini qui vit sur les rives du rio Tocantins, dans la municipalité de Tucuruí (État du Pará) et le Guarani Mbya qui est une des trois variétés de la langue Guarani. Ce Guarani est parlé dans une bande du littoral qui va de l'État de l'Espírito Santo au Rio Grande do Sul, et au-delà de la frontière, en Argentine, au Paraguay et en Bolivie. Ces langues sont les premières à être inscrites à l'Inventaire National de la Diversité Linguistique - INDL par l'Institut du Patrimoine Historique et Artistique National – IPHAN. Cet "Inventaire" a été  créé par décret présidentiel (No 7.387) du 10 décembre 2010. La cérémonie officielle de certification a eu lieu lors du Séminaire Ibéro-Américain de Linguistique qui s'est tenu à Foz d'Iguaçu en novembre 2014.

La reconnaissance officielle des langues indigènes est capitale pour leur sauvegarde. L'enseignement de ces langues, notamment dans les écoles indigènes du pays est un instrument essentiel pour leur préservation. Cela suppose la mise en œuvre de politiques publiques en faveur du développement et de la consolidation de l'éducation scolaire indigène différenciée bilingue. Une différenciation prenant en compte, notamment, la culture, l'organisation sociale, l'histoire, la philosophie, les croyances, les connaissances traditionnelles de chaque peuple dont la langue est porteuse. Quand cela n'a pas été fait, la consolidation demande le passage de la langue orale à la langue écrite. C'est un travail conséquent, généralement réalisé avec le concours de linguistes. La participation des représentants des peuples concernés est indispensable.

Dans l'État d'Amazonas, le Conseil de l'Éducation Scolaire Indigène – CEEI rattaché au Secrétariat de l'Éducation – SEDUC travaille dans ce sens. En août 2014, sous l'égide du Département de politiques et programmes éducationnels - Deppe , il a publié un "Modèle de référence" pour les écoles de l'enseignement fondamental et moyen. Notre partenaire, le Service de Coopération avec le peuple Yanomami – SECOYA a participé à la démarche du CEEI. Au sein de son secteur "éducation", la SECOYA a développé un programme de formation de professeurs indigènes Yanomami soutenu par Terre des Hommes Suisse** et Luxembourg.

Ces diverses initiatives seront-elles suffisantes pour enrayer la constante disparition des langues indigènes ? Sont-elles suffisantes en regard de l'application de l'article 28 de la Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail – OIT qui prévoit que "Des dispositions doivent être prises pour sauvegarder les langues indigènes des peuples intéressés et en promouvoir le développement et la pratique" ? Cette Convention a force de loi au Brésil.

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Illustration : Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image. Il s'agit de la première page du bulletin bilingue "Wanowano" (No 32 mars 2014) édité par des Yanomami de l'État d'Amazonas. La colonne de gauche est en portugais et celle de droite est en langue yanomami. À remarquer les trémas et les i barrés. "Wano wano", ce sont les nouvelles qui se transmettent – souvent oralement - de villages en villages.

* La municipalité de Bonfim, d'une superficie de 8'000 km2, compte environ 11'600 habitants dont 44 % sont des indigènes. Elle est située au nord est de l'État de Roraima à la frontière avec la Guyana dont elle est séparée par le Rio Tacutu. La localité de Bonfim est à 125 km de Boa Vista, la capitale de l'État.

** Voir sur ce blog, les notes des 24 février 2014, 20 septembre 2013 et 10 août 2012

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera publiée dans  le prochain "AYA Info" No 100, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

30/10/2014

Élections brésiliennes, l'Amazonie et les peuples indigènes*

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, índios, terras indígenas, eleições, élections, Câmara dos Deputados, Senado, Presidente, Governador, Assembleia legislativa, Estados, 5 de otoubro, 26 de otoubro, Dilma Rousseff, Marina Silva, Aécio Neves, PT, Partido dos Trabalhadores, Partido Socialista Brasileiro, PSB, Partido da Social Democracia Brasileira, PSDB, APIB, Articulação dos Povos Indígenas do Brasil, demarcação, Acre, Amapá, Amazonas, Mato Grosso, Pará, Rondônia, Roraima, Tocantins, Maranhão, Nilmário Miranda, Padre Ton, Bancada ruralista, Frente Parlamentar da Agropecuária, Katia AbreuC'est maintenant connu, au deuxième tour le 26 octobre, sur l'ensemble du Brésil, Dilma Rousseff l'a emporté en obtenant plus 54,50 millions de voix, soit 51,64 % des votes exprimés. Elle dirigera le pays pour un deuxième mandat de quatre ans à partir du 1er janvier 2015. En 2010, elle avait été élue avec 54 % des voix. Son concurrent, Aécio Neves, a recueilli 51,04 millions de votes, soit 48,36 %. Une différence de 3,46 millions de voix.

En Amazonie légale**, au premier tour le 5 octobre, Dilma Rousseff est arrivée en tête dans cinq États de cette partie du Brésil : Amapá, Amazonas, Maranhão, Pará et Tocantins; elle a obtenu les voix de près de 6,86 millions d'électeurs. Aécio Neves est arrivé premier dans trois États : Mato Grosso, Rondônia et Roraima où il a recueilli un peu plus de 3,34 millions de suffrages. Marina Silva est arrivée en tête dans le seul État d'Acre d'où elle est originaire; elle a eu les faveurs de 2,27 millions d'électeurs.

Au deuxième tour, Dilma y a obtenu près de 7,6 millions de voix, étant arrivée en tête dans les mêmes cinq États qu'au 1er tour. Aécio Neves y a recueilli 4,9 millions de voix. Lui aussi a obtenu la majorité des suffrages dans les mêmes trois États que lors du 1er tour, plus l'État d'Acre. Marina Silva avait choisi de soutenir Aécio.

La Chambre des députés, où sont déposés de nombreux projets de lois concernant les peuples indigènes, se trouve modifiée par ces dernières élections. La coalition des neuf partis soutenant la candidature de Dilma Rousseff autour du Parti des Travailleurs - PT a placé 304 députés, soit 36 de moins que pendant la législature précédente. À lui seul, le PT a perdu 18 sièges, passant de 88 à 70 représentants. La coalition qui a appuyé la candidature d'Aécio Nevas autour du Parti de la Sociale Démocratie Brésilienne - PSDB sera forte de 130 députés. Le PSDB a gagné dix sièges passant de 44 à 54 représentants.

Les deux députés, Nilmário Miranda et Padre Ton, auteurs de la Proposition d'Amendement Constitutionnel – PEC No 320/2013, créant quatre places destinées à des représentants indigènes à la Chambre de députés ne sont plus membres de la Chambre. Nilmário, qui s'est présenté dans le Minas Gerais sur une liste du PT n'a pas été réélu. Padre Ton n'était pas candidat à la Chambre des députés, il a postulé pour le poste de Gouverneur de l'État de Rondônia sous l'étiquette du PT. Il n'est arrivé que quatrième. Les peuples indigènes ont perdu deux de leurs soutiens.

La "Bancada ruralista", aussi désignée sous le terme de "Frente Parlamentar da Agropecuária" (Front parlementaire de l'agro-élevage) de la Chambre des députés, est le groupe de pression représentant les intérêts de l'agrobusiness. Il lutte contre les droits des indigènes, notamment leurs droits territoriaux. Très vite, après le premier tour, il a publié un relevé préliminaire, selon lequel des 191 députés membres du front, 139 ont été réélus, et 124 nouveaux députés ont des liens avec ce secteur économique. Ainsi le Front pourrait regrouper 263 (51%) des 513 députés de la Chambre et disposer ainsi de la majorité absolue. Situation à vérifier après la mise en place de la nouvelle Chambre en janvier 2015.

Au Sénat, le fait à relever pour les membres de ce Front, c'est la réélection de Katia Abreu***, d'abord élue à la Chambre des députés en 2002, puis élue Sénatrice du Tocantins en 2006. Elle est la Présidente de la puissante Confédération de l'Agriculture et de l'Élevage du Brésil - CNA.

Globalement, au vu des résultats de ces élections, le cadre dans lequel sont traités les droits des peuples indigènes s'est plutôt dégradé. Entre les deux tours, l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil - APIB avait déjà annoncé que " nos peuples indigènes de tout le pays continueront la lutte pour la démarcation de nos terres, la santé, l'éducation différenciée et la défense de l'environnement".

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* Voir sur ce blog, les notes du 1er et du 21 octobre

** Soit les États d'Acre (AC), Amapá (AP), Amazonas (AM), Mato Grosso (MT), Pará (PA), Rondônia (RO), Roraima (RR), Tocantins (TO) et une partie du Maranhão (MA) (compté ici dans sa totalité). L'Amazonie légale, avec ses 5,2 millions km2 constitue 61 % du territoire national, mais l'électorat amazonien, de près de 17,5 millions de citoyens, ne représente que 12,2 % des 142,8 millions d'électeurs brésiliens. Elle abrite de nombreux peuples indigènes.

*** Voir sur ce blog, la note du 23 décembre 2010.

- Carte : Élection présidentielle 2014, le vote du 2e tour dans les États de la Fédération et en Amazonie légale. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image,

- PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera reprise dans le prochain "AYA Info" No 98, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

27/08/2013

JMJ: des jeunes indigènes du Tocantins remettent une lettre au pape François

Brasil,Brésil,Amazonia,Amazonie,Autochtones,indigènes,indígenas,JMJ,Rio de Janeiro,Teatro municipal,jovens indígenas,Tocantins,Papa Francisco,Pape François,Benoît XVI,Bento XVI,Mère Terre,Mãe Terra,Karajá,Xerente,amérindiensPrésent au Brésil pour les Journées Mondiales de la Jeunesse - JMJ, le samedi 27 juillet, le pape François rencontrait, au Théâtre municipal de Rio de Janeiro, des membres de la classe politique, des diplomates, des personnalités du monde culturel, des grandes communautés religieuses et des représentants de la société civile. Parmi ces derniers, trois jeunes indigènes du Tocantins.

L'un d'entre eux, Adriano Karajá, a remis une lettre au pape lui demandant, au nom des peuples indigènes de tout le pays, d'intervenir auprès du gouvernement brésilien pour que celui-ci arrête toutes les attaques à l'encontre des peuples indigènes… "Nos territoires sont constamment menacés par les grands projets, routes, usines hydroélectriques lignes ferroviaires. Ces projets sont des projets de mort pour notre Mère Terre… Nous demandons à l'ami et défenseur des pauvres qu'il demande au gouvernement brésilien qu'il arrête avec tous ces projets génocidaires…" Et de citer les différents projets de loi qui portent atteinte aux droits reconnus par la Constitution de 1988 et la Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail. Le Pape s'est vu remettre, par un indien Pataxó, un "cocar" (une coiffure indigène) qu'il a porté quelques instants.

Ce jour-là, dans son discours à ceux qui ont une responsabilité dans une nation, le pape a souligné comment "Il est important de valoriser l'originalité dynamique qui caractérise la culture brésilienne avec son extraordinaire capacité à intégrer des éléments divers". Parlant de la responsabilité sociale : "Le futur exige de nous une vision humaniste de l'économie et une politique qui réalise chaque fois plus une meilleure participation des personnes évitant les élitismes et éradiquant la pauvreté". François est revenu à plusieurs reprises sur la nécessité du dialogue. Il en a quasiment fait la conclusion de son message : "Je tiens comme fondamental pour affronter le présent : le dialogue constructif. Entre indifférence et la protestation violente, il y a une option toujours possible : le dialogue…" "Quand des leaders me demandent un conseil, ma réponse est toujours la même : dialogue, dialogue, dialogue…"

Le pape François a manifestement contextualisé son discours.

La précédente visite papale au Brésil, celle de Benoît XVI en mai 2007, avait provoqué des réactions au sein de la communauté amérindienne. Cela en raison d'un discours dans lequel ce pape avait affirmé qu'à "aucun moment l'annonce de Jésus et de son Evangile n'a supposé une aliénation des cultures précolombiennes, ni l'imposition d'une culture étrangère". Le pape, maintenant en retraite, avait reconnu quelques jours plus tard que les colonisateurs avaient causé des souffrances et des injustices aux populations indigènes.

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Photo  © Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI : la rencontre au Théâtre municipal de Rio

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Une version réduite de cette note a été publiée dans le dernier AYA Info (No 85) le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2