17/10/2016

Brésil : la minorité indigène et les élections municipales

Le 2 octobre, les 144 millions de citoyens brésiliens ont été appelés à désigner les maires et les membres des conseils municipaux des 5'568 communes du pays. Un second tour est prévu le 30 octobre dans les municipalités de plus de 200'000 électeurs quand aucune des listes n'a atteint les 50 % des votes valides au 1er tour. Ce sera le cas dans une cinquantaine de villes.

Les médias ont largement fait état du scrutin dans les principales agglomérations du pays, les premières élections après la mise à l'écart de Dilma Rousseff. Ils ont peu ont abordé le vote de la minorité indigène (les indiens sont environ 900'000). Ils ne représentant qu'environ 0,5 % des 206,5 millions d'habitants du pays.

Au Brésil, le Tribunal Supérieur Électoral – TSE supervise le scrutin. Il publie les statistiques des candidats et des élus sur la base de la déclaration des postulants qui se rangent eux-mêmes dans l'une des cinq catégories utilisées par l'Institut Brésilien de Géographie et de Statistique - IBGE : jaune, blanc, indigène, mulâtre et noir.

Ainsi, selon le TSE sur les 496'898 candidats aptes à participer aux élections municipales, seulement 1'715 soit 0,35 % sont des indigènes. Parmi ceux-ci, 30 sont candidats à la fonction de maire, 62 à celle de maire-adjoint et 1'623 à celle de conseiller municipal.

Les résultats, toujours selon le TSE, sont les suivants : 6 indigènes ont été élus maires sous la bannière de cinq partis différents et 167 ont été élus conseillers municipaux sur les listes de vingt-quatre partis. Le Parti des travailleurs – PT a placé 19 des siens, et le Parti du Mouvement Démocratique Brésilien – PMDB occupe 17 sièges.

A relever quelques informations particulières puisées à diverses sources. Dans la municipalité de Barra do Garças, dans l'État du Mato Grosso, le Ministère Public Fédéral et la Fondation Nationale de l'Indien (Funai) ont édité une brochure bilingue portugais – xavante relative aux attributions des maires et des conseillers municipaux. Elle est également une mise en garde contre d'éventuelles irrégularités électorales. Ce document, tiré à 150 exemplaires, a été diffusé dans la Terre Indigène São Marcos habitée par près de 3'000 Xavante (prononcer "Chavante").

Dans l'État amazonien d'Acre, pour la première fois dans l'histoire de la municipalité de Marechal Thaumaturgo*, les citoyens ont choisi un maire indigène, Isaac Piyãko, professeur de l'enseignement fondamental, de l'ethnie Ashaninka. Il s'est présenté sur une liste du PMDB. Il affirme que dans les premiers jours de son mandat, en janvier 2017, il va appeler les leaders indigènes des autres communautés pour définir des objectifs spécifiques… "Je veux une bonne équipe pour obtenir de bons résultats… je veux casser les préjugés qui disent qu'un indien n'est pas capable… Ma plus grande préoccupation concerne l'éducation et la santé aussi bien pour le peuple blanc que pour les indigènes."

Dans le Mato Grosso do Sul où la violence à l'endroit des indigènes est très forte, l'élection de quatre Terena dans trois communes a été une surprise pour la population. C'est un fait inédit dans cet État. L'un d'entre eux, Otacir Terena souhaite que les indigènes élus conseillers municipaux s'unissent pour désigner un représentant indigène au niveau de l'État et au niveau fédéral.

Les élus indigènes minoritaires et partagés entre divers courants politiques auront de nombreux défis à relever en raison de la crise politique, économique et même éthique qui sévit au Brésil…

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* Commune créée en 1992. Sa superficie est de 8'191 km2, avec une population estimée à 16'895 (IBGE 2015). Corps électoral : 9'458 personnes (TSE) dont 2'561 analphabètes. C'est une commune frontalière avec le Pérou à laquelle on accède par voie fluviale (rio Juruá).

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 112, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

21/10/2014

Élections brésiliennes : le deuxième tour ce 26 octobre

Les médias l'ont largement évoqué, comme en 2010, il y a un second tour pour l'élection présidentielle avec les deux candidats arrivés en tête le 5 octobre : Dilma Rousseff  (PT*) a recueilli plus de 43 millions de voix soit 41,59 % des suffrages et Aécio Neves (PSDB*) près de 35 millions, soit 33,55 %. Dans les premiers "viennent ensuite", on trouve : Marina Silva (PSB*) avec plus de 22 millions de voix, soit 21,32 %. Elle avait été deuxième dans les sondages pendant plusieurs semaines. Loin derrière Luciana Genro (PSOL*) avec 1,6 millions de votes, soit 1,55 %. Pour le deuxième tour, Marina Silva soutient Aécio Neves.

Pour ces élections, le Tribunal Supérieur Électoral a publié la liste des candidats selon leur origine ethnique, dont ceux qui se sont auto-déclarés "Indigènes". Dans l'État de Roraima**, la tentative de placer Mário Nicácio à l'Assemblée Législative de l'État et Aldenir Wapichana, à la Chambre des Députés a échoué. Le premier est arrivé en 40e position avec 2’064 voix. Le second arrive en 25e position avec 1’936 voix.

Deux des candidats auto-déclarés "Indigènes" ont été élus. José Carlos Nunes da Silva, candidat député à l'Assemblée législative de l'État du Espirito Santo a été élu avec 26'749 voix, sur une liste du PT. C'est un leader du syndicat des employés de commerce de la Centrale Unique des Travailleurs – CUT. Ses liens avec l'un ou l'autre des peuples indigènes ne sont pas mentionnés. Le deuxième élu est Paulo Guedes, candidat député à l'Assemblée Législative du Minas Gerais également sur une liste du PT. Il a été élu avec 164'831 voix. C'est un enseignant. Il va assumer un 3e mandat dans cette Assemblée. Il affirme avoir des liens avec le peuple Xakriabá*** qui occupe plusieurs Terres Indigènes dans cet État.

Globalement, la question de la représentation politique des peuples indigènes reste posée. Il n'y a toujours pas de représentant indigène à la Chambre des députés.

Avant le deuxième tour, l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil - APIB a publié une lettre ouverte aux deux candidats à la présidentielle : "Le mouvement indigène, par l'APIB, manifeste son indignation sur la manière avec laquelle les grands partis qui contrôlent le pouvoir dans le pays déconsidèrent les droits constitutionnels de nos peuples originaires. Fait qui se reflète dans la manière dont ce thème a été systématiquement ignoré dans la campagne électorale". L'APIB rappelle qu'est public et notoire le mépris manifesté envers les peuples indigènes par le premier gouvernement de la présidente Dilma Rousseff… "elle a permis que son ministre de la justice paralyse complétement les démarcations des terres dans le pays". Quant au candidat Aécio Neves, l'APIB lui reproche notamment son appui à la Proposition d'Amendement Constitutionnel 215 – PEC 215 (qui veut transférer au Congrès le droit à la démarcation des Terres Indigènes). Dans ces conditions, l'APIB adresse à nouveau aux deux candidats la lettre envoyée aux présidentiables avant le premier tour. L'Articulation rappelle que les revendications historiques des indigènes sont toujours négligées. "Nous annonçons que nos peuples indigènes de tout le pays continueront la lutte pour la démarcation de nos terres, la santé, l'éducation différenciée et la défense de l'environnement".

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* PT – Parti des Travailleurs; PSDB – Parti de la Sociale Démocratie Brésilienne; PSB – Parti Socialiste Brésilien; PSOL – Parti Socialisme et Liberté

** Voir sur ce blog, la note du 1er octobre 2014.

*** Prononcer Chakriabá

- PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera publiée dans "AYA Info"  No 97, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

01/10/2014

Élections 2014 : Les candidatures indigènes

Pour ces très prochaines élections brésiliennes* le Tribunal Supérieur Électoral – TSE a publié une statistique relative à la couleur et à la race des candidats, selon qu'ils se sont déclarés appartenir à l'une ou l'autre de cinq catégories : blancs, indigènes (amérindiens)**, jaunes (d'origine asiatique), de noirs et de "pardos" (métis descendants de parents noirs et blancs; de blancs et d'amérindiens, et de noirs et amérindiens).

Au 11 septembre, sur les 26'142 candidats, 86 (soit 0,33%) se déclarent indigènes. Parmi ceux-ci, les plus nombreux – 55 - sont candidats pour siéger comme Député "Estadual" (dans une Assemblée législative d'un État); 25 sont postulants à la Chambre des Députés à Brasilia; 3 le sont pour un poste de Sénateur; 2 comme Sénateurs-suppléants et un pour un poste de Vice-gouverneur. Le TSE a déclaré 5 candidatures "Indigènes" non valables. Parmi les candidatures indigènes 29 (34 %) sont des femmes. Du point de vue géographique, 34 candidatures émanent de huit des neuf États de l'Amazonie légale.

Les candidates et candidats indigènes se présentent au corps électoral sur les listes de 23 partis différents. Les plus nombreux : 37 (dont 16 pour le seul Parti des Travailleurs - PT) sont inscrits dans les partis de la coalition de Dilma Rousseff. Celle de Marina Silva en compte 17. Et celle d'Aécio Neves 9. Il y en 12 sur les listes du Parti Socialisme et Liberté – PSOL, et encore 11 dans divers partis. Il faut noter que les coalitions de partis sont variables selon les différentes instances, les États et les postes dont il s'agit.

Dans l'histoire récente du Brésil, il n'y a eu qu'un Indien ayant siégé à la Chambre des Députés : il s'agit de Mário Juruna, élu de Rio de Janeiro entre 1983 et 1987. Le système de désignation des 513 membres de la Chambre des Députés, où chaque État a droit à un certain nombre de représentants en fonction de son nombre d'habitants, rend difficile une représentation indigène.

Des organisations indigènes s'inquiètent de cette absence de représentation. Au mois de mars dernier déjà, le Conseil Indigène de Roraima - CIR, avait mis la question de la politique des partis et du vote "propre" à l'ordre du jour de sa 43e Assemblée générale. En mai, le Conseil des Tuxauas des neuf ethnies de Roraima a voulu que le vote des Indiens soit en faveur de candidats Indiens. Ils ont proposé que deux dirigeants du CIR soient candidats : Mário Nicácio comme Député "Estadual" et Aldenir Wapichana pour la Chambre des Députés. Dans cet État, près de 12% des 497'000 habitants sont des indigènes, une candidature indigène a un mince espoir d'aboutir.

Il faut rappeler que la représentation politique dans cet État est particulièrement anti-indigène. Par exemple, Paulo Cesar Quartiero, député fédéral dans la législature qui se termine, et maintenant candidat au poste de Vice-gouverneur de l'État, a été l'un des plus farouches opposants à la démarcation de la Terre Indigène Raposa Serra do Sol.

À la fin septembre – début octobre 2013, au moment de la mobilisation indigène pour célébrer le 25e anniversaire de la Constitution, deux députés du PT, Nilmário Miranda et Padre Ton, ont déposé une Proposition d'Amendement Constitutionnel – PEC (No 320/2013) créant quatre sièges pour des représentants indigènes à la Chambre des Députés. Selon les auteurs, la proposition "renforce la démocratie brésilienne qui passe non seulement par la reconnaissance de l'importance politique des peuples indigènes brésiliens, mais consolide un modèle démocratique voulant une véritable inclusion sociale et politique". La proposition est toujours en examen…

Ces élections s'inscrivent dans un moment où les droits des peuples indigènes sont remis en cause.

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* Voir sur ce blog, la note du 26 septembre.

** En 2010, la population auto-déclarée "Indigène" (818'000 personnes) représentait 0,44% des habitants du pays.

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- PS 1 : Plusieurs notes ont été publiées sur ce blog, en octobre, novembre et décembre 2010 à l'occasion des élections de 2010.

- PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans "AYA Info" (No 96), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2