04/11/2016

Brésil : toujours la violence contre les peuples indigènes

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Dom Roque Paloschi, CNBB, Nordeste, Mato Grosso do Sul, assassinatos, Sergipe, Amapá, Piauí, Rio Grande do Norte, Povos isolados, Pataxo Hã-Hã-Hã, Palais des Nations, Conseil des droits de l'homme, violência,violence"Dans la vision du monde des indigènes, ce sont eux qui appartiennent à la Terre et non le contraire. La Terre est mère et vie. Appartenir à la Terre est l'inverse d'en être le propriétaire". Une phrase que l'on peut lire dans la présentation que fait Dom Roque Paloschi, le président du Conseil Indigéniste Missionnaire - CIMI* du "Rapport sur la Violence contre les Peuples Indigènes au Brésil" - Données 2015. Sa question est "Jusqu'à quand ?" Le rapport** a été présenté le 15 septembre à Brasilia, au siège de la Conférence Nationale des Évêques du Brésil – CNBB. Plusieurs articles précèdent la liste des violences. Par exemple la difficulté d'accès à la justice, la nécessité d'avancer dans la transparence concernant les dépenses inscrites chaque année au budget de l'État pour la défense et la mise en œuvre des droits des Peuples indigènes, ou encore la menace dévastatrice de l'exploitation minière.

Une exception, sur les 27 Unités Fédérales (26 États et le District fédéral) qui composent le Brésil, seul le Sergipe ne figure pas sur la liste des États où le CIMI a noté des actes de violence contre les Peuples indigènes en 2015. Il y en avait trois autres en 2014 : l'Amapá, le Piauí et le Rio Grande do Norte. Ce sont des États du Nordeste. Il est commun de noter que la violence est particulièrement forte dans l'État du Mato Grosso do Sul où 172 cas ont été relevés (113 en 2014).

Comme à l'ordinaire, le rapport décline trois types de violence : celle contre le patrimoine indigène, celle contre la personne et celle que constitue ce que le CIMI appelle l'omission du pouvoir public, soit ce que les autorités et organes publics auraient dû faire et qu'il n'ont pas fait.

Ainsi, en ce qui concerne la violence contre le patrimoine, plus exactement les omissions, lenteurs et retards dans la régularisation des Terres Indigènes – TI; les conflits relatifs aux droits territoriaux, les invasions de TI et l'exploitation illégale de ressources, il a été relevé 725 cas dans 25 États (221 cas dans 17 États en 2014).

Dans la catégorie violence contre la personne, c'est à dire les assassinats et tentatives d'assassinat, les menaces de mort, les lésions corporelles, les abus de pouvoir, le racisme et la violence sexuelle, il a été noté 182 cas dans 21 États (248 cas dans 20 États en 2014).

Dans le domaine de la violence par omission du pouvoir public, soit les carences des services de santé et d'éducation scolaire, la dissémination des boisons alcooliques et de drogue, les enquêteurs ont compté 137 cas dans 19 États (206 cas dans 21 États en 2014). Au total 1'044 cas de violence en 2015 contre 675 en 2014.

Le rapport contient également deux chapitres, l'un consacré aux Peuples isolés et de peu de contact et l'autre au déplacement forcé du Peuple Pataxo Hã-Hã-Hã de l'État de la Bahia.

Au terme de leur introduction, les auteurs du rapport posent la question de savoir si il y a une guerre contre les peuples indigènes au Brésil ? Selon eux, le contenu du document peut laisser entendre que non, "mais [disent-ils] il s'agit-là d'une erreur sociologique. Pour qui a des yeux et des oreilles attentives à l'univers indigène, cette réalité est criante."

Les représentants du CIMI étaient à Genève le 21 septembre dernier. Ils ont diffusé ce rapport lors de "l'événement parallèle" qui a eu lieu au Palais des Nations, à Genève, à l'occasion de la 33e session du Conseil des droits de l'homme***.

                                                                    ***

* Le CIMI est l'organe de la Conférence Nationale des Evêques du Brésil – CNBB en charge des Peuples indigènes.

** Pour 2014, voir sur ce blog la note du 28 septembre 2015.

*** Voir sur ce blog, la note du 23 septembre dernier.

Illustration : Couverture du rapport. Photo Ruy Sposati - CIMI. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans le dernier "AYA Info" No 112, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

02/09/2013

Brésil : la violence contre les peuples indigènes a augmenté en 2012

Brasil,Brésil,Amazonia,Amazonie,Autochtones,indigènes,indígenas,CIMI,CNBB,Mato Grosso do Sul,Fernando Henrique Cardoso,Lula, Dilma Rousseff,Lucia Helena Rangel,Roberto Antonio Liegbott,violência,povos indígenas,violence,peuples indigènesEn 2012, par rapport à 2011, dans les trois catégories de violences traitées par le document publié le 27 juin par le Conseil Indigéniste Missionnaire* - CIMI, il y a  eu une augmentation du nombre de cas et de victimes. Les cas de "violence contre le patrimoine" passent de 99 à 125. La "violence par négligence des pouvoirs publics" touchent 106'801 personnes contre 61'801 en 2011. C'est dans la catégorie de "violence contre la personne" qui comprend les menaces de mort, les homicides, tentatives d'assassinats, racisme, lésions corporelles et violence sexuelle que l'augmentation est la plus marquée : 1'276 victimes (378 en 2011). Il y a eu 60 assassinats (51 en 2011).

Ces assassinats ont des causes diverses, quelques-uns pour des conflits de la terre, d'autres pour des disputes interpersonnelles où la consommation ou l'abus d'alcool a été un élément facilitateur. En 2012, 37 d'entre eux l'ont été dans l'État du Mato Grosso do Sul. Une situation malheureusement habituelle. En effet, depuis 2003, soit ces dix dernières années, sur les 563 assassinats dénombrés dans le pays, 317 (55%) l'ont été dans cet État.

À parcourir les différents rapports du CIMI, l'évolution est inquiétante : sous la présidence de Fernando Henrique Cardoso, de 1995 à 2002, le Cimi a compté un total de 165 assassinats, soit une moyenne annuelle de l'ordre de 20,6. Sous la présidence de Lula, de 2003 à 2010, il en a dénombré 452, soit une moyenne annuelle de 56,5. Pour les deux premières années de la présidence de Dilma Rousseff, il y en a eu 111, soit une moyenne annuelle de 55,5.

Pour les auteurs du rapport**, cette violence trouve son origine dans plusieurs causes :

1.- Les conflits de la terre, accrus par l'indifférence du gouvernement vis-à-vis de ces conflits et sa position qui consiste à ne pas démarquer les terres indigènes, contribuant ainsi à l'augmentation des invasions et autres formes de violation des droits humains.

2.- Au confinement de peuples indigènes dans de petites réserves – notamment dans le Mato Grosso do Sul - qui sont de véritables camps de concentration.

3.- Aux campements sur les bords des routes où des dizaines de communautés indigènes sont abandonnées et exposées à d'innombrables dangers.

4.- La dégradation environnementale des Terres démarquées engendrée par l'exploitation du bois, des minerais, de l'énergie électrique.

5.- À la politique de développement du gouvernement qui transforme les droits indigènes en "obstacle au développement économique".

6.- À l'absence d'une politique indigéniste articulée avec les autres politiques [de l'État], ce qui fragilise les actions et services destinés aux communautés indigènes : santé, éducation, etc.

On retrouve là, les thèmes qui ont fait descendre de nombreux Brésiliens dans les rues ces dernières semaines.

***

* Le CIMI est l'organisme de la Conférence nationale des évêques du Brésil  - CNBB chargé des questions indigènes.

** Lucia Helena Rangel, anthropologue à l'Université Pontificale Catholique – PUC de São Paulo et Roberto Antonio Liegbott, missionnaire laïc rattaché au CIMI Régional Sud.

- Voir sur ce blog, sur le même sujet, les notes des 14/09/2012, 09/09/11 et du 03/08/10 ou "AYA Info" No 74 pour le précédent rapport.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans le dernier AYA Info (No 85) le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2