28/06/2017

Sylvie Petter : "La solidarité avec les Yanomami est essentielle"

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, autochtones, indígenas, Yanomami, Rio Marauiá, malaria, paludisme, Sergio Ferrarri, DSEI, Amazonas, Sylvie Petter, E-Changer, Novo Movimento, ethnocentrisme, coopération, Le Jour se LèveDepuis plus de six ans, Sylvie Petter, infirmière (Suisse) de son état, responsable du programme d'éducation à la santé de SECOYA* à Manaus, passe de nombreux mois dans les communautés Yanomami du Rio Marauiá. Dans un entretien qu'elle a accordé à Sergio Ferrari**, elle parle de son travail et du contexte dans lequel elle agit. Elle rappelle la difficulté d'atteindre – par bateau et pirogue – la quinzaine de communautés Yanomami de cette région de l'État d'Amazonas. La situation économico-politique dans laquelle se trouve le Brésil est à l'origine d'une détérioration de l'état de santé des communautés indigènes, notamment une augmentation de la malaria. Les programmes de prévention développés dans les communautés doivent être complétés par le renforcement de la capacité de celles-ci à défendre leurs droits à la santé, à l'accès à l'eau potable entre autres.

Après avoir évoqué le contexte culturel, notamment la conception du temps dans la culture yanomami où seul le présent existe, Sylvie est questionnée sur le rôle, les priorités de la coopération et de la solidarité. Sa réponse mérite attention : "La solidarité est essentielle, surtout dans ce moment politiquement si difficile. Dans le monde de la coopération, la tendance actuelle est d’exiger des partenaires au Sud des objectifs très clairs et la mesure des résultats, les impacts quantifiables, etc. Dans le travail avec les communautés indigènes, nous ne pouvons pas toujours répondre à ces exigences de mesure de l’impact. Raison pour laquelle on doit développer un paradigme de coopération réellement solidaire et compréhensive. Comprendre que notre rôle consiste à accompagner le chemin des Yanomami, selon leur rythme. Y compris accepter que les communautés puissent parfois prendre des décisions qui peuvent nous étonner et avec lesquelles nous ne sommes pas d’accord. Nous devons accepter leur droit à faire des erreurs, leur droit à se chercher. Nous sommes avec eux en les accompagnant et nous devons leur répondre lorsqu’ils sollicitent de notre part une opinion ou une orientation. Mais il n’est pas acceptable d’imposer nos vues qui sont culturellement différentes. Il ne faut pas non plus élaborer des projets résultant de nos analyses. Pour être solidaires, nous devons nous approprier et vivre à fond la véritable essence de l’interculturalité. Et respecter profondément les différences conceptuelles dans la notion de temps…"

La réflexion de Sylvie interpelle sur la nature même de la solidarité que le "Nord" pratique avec le "Sud". Notre pratique de la coopération n'est-elle pas fortement influencée par un ethnocentrisme probablement inconscient ?

                                                                           ***

* SECOYA : "Service et Coopération avec le peuple Yanomami"

** Sergio Ferrari est journaliste. Il collabore notamment avec les associations E-Changer et Novo Movimento.

 

Image : Capture d'écran du documentaire sur les 25 ans d'activité de Secoya réalisé par la Compagnie parisienne "Le Jour se Lève" montrant Sylvie se rendant dans les communautés Yanomami du Rio Marauiá. Cliquer sur la vignette pour agrandir la photo.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 117, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

21/06/2017

Vous (F)êtes Onex et les Yanomami

Ce jeudi 22 juin à 19h 30 , dans le cadre de la manifestation "Vous (f)êtes Onex"*, l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie - AYA présentera un documentaire (23 mn) sur l'activité du "Service et Coopération avec le peuple Yanomami" – SECOYA, son partenaire de Manaus qui célèbre ses 25 ans d'activité. Le film a été réalisé par la Compagnie parisienne "Un jour se lève"

Par l'intermédiaire d'AYA, la Commune d'Onex a déjà aidé par deux fois le programme "Santé" de SECOYA. Le coordinateur du Service est un helvético-brésilien, Silvio Cavuscens présent en Amazonie depuis une quarantaine d'années. Le programme "Santé" de l'organisation est placé sous la responsabilité de Sylvie Petter, une infirmière helvétique qui a déjà plus de six ans d'expérience sur le terrain.

Ce documentaire donne la possibilité de connaître un aspect peu connu de la coopération avec un peuple dont le contact avec la société occidentale est récent.

Pour visionner le "Teaser" des premiers repérages pour le documentaire cliquer > ICI <

* Voir indications pratiques sur document ci dessous :

                                                            

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PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Une première version de cette note a été publiée dans le dernier "AYA Info" No 116, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

22/02/2017

Plan-les-Ouates : La solidarité dans tous ses états

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, autochtones, indígenas, povos, Plan-les-Ouates, Forum, Solidarité, Espace Vélodrome, AYA, Yanomami, Secoya, FGC« La solidarité dans tous ses états! Soutenir là-bas - Accueillir ici » Les 24 et 25 février, la commune de Plan-les-Ouates organise pour la troisième fois une manifestation * pour rendre compte à ses habitants, et au public en général, de l’usage qui est fait des crédits qu’elle consacre à la solidarité. Au programme : une exposition, des débats, un film et diverses animations. Les associations bénéficiaires des subventions communales – près d'une trentaine - seront présentes.

À deux reprises, cette municipalité a marqué son soutien au peuple Yanomami** par l'intermédiaire de l'association genevoise "Appui aux indiens Yanomami d'AmazonieAYA" et son partenaire brésilien, l'ONG "Service et Coopération avec le peuple YanomamiSECOYA" de Manaus. AYA tiendra un stand lors de ce rendez-vous et, samedi après-midi, participera au rallye organisé à l'intention des familles. Les projets soutenus par Plan-les-Ouates concernent la promotion de la santé, en particulier celle des enfants Yanomami trop souvent atteints de dénutrition.

Aucune loi n'oblige les communes genevoises à consacrer une part de leur budget à la coopération internationale. Et pourtant toutes le font, comme le montre la récente publication éditée par la Fédération Genevoise de Coopération – FGC. Plan-les-Ouates depuis 1979. Ce geste librement consenti, cette solidarité collective fait consensus. Cette manière de procéder, permet aux associations de coopération comme AYA, d'avoir accès à des financements sans devoir organiser de chronophages et coûteuses opérations de collectes de dons. Frais annexes qui ne vont pas aux réalisations sur le terrain. Les personnes qui, dans les ONG s'engagent, souvent bénévolement, à mettre en forme et à suivre les projets peuvent ainsi mieux se consacrer à cette tâche.

Au nom des jeunes - et moins jeunes - bénéficiaires amazoniens de ces soutiens, AYA tient à exprimer sa vive gratitude aux autorités et aux habitants de Plan-les-Ouates pour leur geste de solidarité.

                                                                     ***

* Cliquer sur le lien hypertexte pour accéder au programme complet. Il est possible de suivre la préparation du Forum sur Facebook. La manifestation aura lieu à "l'Espace Vélodrome", 60 Ch. de la Mère Voie, 1228 Plan-les-Ouates, dès 17h vendredi 24 février. Elle se terminera samedi 25 février à 16h.

** Voir sur ce blog, les notes du 18 novembre 2016 et du 28 août 2015.

Illustration : Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera reprise sous un autre forme dans le prochain « AYA Info » No 115, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

22/12/2016

Des Yanomami isolés mis en danger par des orpailleurs illégaux

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Yanomami, garimpeiros, Funai, Frente de Proteção Etnoambiental,Ye'Kuana, FPEYY, rio Uraricuera, rio Mucajai, rio Catrimani, rio Mucajaí, rio Apiaú, Moxihatëtëa, Yawaripë, Perimetral Norte, BR 210, Amazônia RealAu début décembre, la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI a manifesté son inquiétude en raison d'activités illicites d'orpaillage observées à proximité d'un groupe d'indiens - les Moxihatëtëa - vivant en isolement volontaire. Ils vivent dans la partie de la Terre Indigène Yanomami – TIY située dans l'État de Roraima. Selon la Fondation, le danger pour ce groupe est aussi à mettre en lien avec des invasions de la TIY résultant de l'expansion de la frontière agricole dans cet État.

Le Front de Protection Ethno-environnemental Yanomami et Ye'Kuana – FPEYY de la Fondation suit ce groupe via satellite et par le survol depuis 2011. En septembre dernier, lors du survol de leur maloca (maison collective), les observateurs du FPEYY ont décelé plusieurs indices selon lesquels ces indiens sont en bonne condition physique et manifestent leur volonté de rester isolés. Ils cultivent des bananes. Le nombre de familles semble stable.

Cependant, au cours de leur contrôle, les agents du Front ont constaté la présence de plusieurs pistes d'atterrissage et de barges pour l'extraction de l'or.

La dernière opération de lutte contre l'orpaillage illégal sur les rios Uraricuera et Mucajaí a été réalisée en octobre dernier. Dix-huit barges, huit moteurs, six générateurs et quatre compresseurs ont été détruits, 123 grammes d'or ont été saisis et un non-indigène arrêté.

Les Moxihatëtëa appartiennent à un sous-groupe Yanomami, les Yawaripë contactés dans les années 1950 et 1960. Ils ont été les plus impactés par la construction de la route* "Perimetral Norte" dans les années 1970 provoquant la mort de 40% des indigènes qui vivaient dans la région, conséquence des maladies contagieuses apportées par les blancs. Dans les années 1990, les Moxihatëtëa circulaient occasionnellement dans les régions des rios Catrimani, Mucajaí et Apiaú. Le bruit a couru qu'ils étaient l'objet d'attaques de garimpeiros et que, peut-être, ils avaient disparus. C'est seulement en 2011 que leur existence a été prouvée.

Selon l'agence Amazônia Real, comme d'autres Fronts, l'existence du FPEYY serait mise en cause par les restrictions budgétaires décidées par le Gouvernement.

Voilà à nouveau ce groupe d'indiens isolés en danger.

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* La "Perimetral Norte", ou BR 210, devrait relier le Nordeste du Brésil (l'État d'Amapá) à la Colombie par le nord du pays. De nombreux tronçons n'ont pas été ouverts ou ne sont pas goudronnés.

Photo : Collection Funai /FPEYY. Une maloca d'un groupe isolé. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 113, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

29/09/2016

Bientôt de l'écotourisme Yanomami au Pico da Neblina

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, FUNAI, Pico da Neblina, São Gabriel da Cachoeira, écotourisme, ecoturismo, Yaripo, Yanomami, Venezuela, Rio Cauburis, AYRCA, Maturacá, Kumirayõma, Instituto Socioambiental, ISA, Pajé, ICMBio, Ministério Público Federal, PNGATIPartie le 13 juillet, une expédition de trente-deux personnes a parcouru, pendant dix jours, les 36 kilomètres qui séparent São Gabriel da Cachoeira du sommet du Pico da Neblina (le Pic du Brouillard), culminant à 2'995 mètres. C'est le point le plus élevé du Brésil. La montagne, appelée "Yaripo" (montagne du vent, de la tempête) par les Yanomami, est un lieu sacré. Elle se trouve dans la Terre Indigène (TI) Yanomami, au nord-est de l'État d'Amazonas, à la frontière avec le Venezuela. Elle est également à l'intérieur du Parc National da Neblina, créé en 1979 dont l'accès est interdit depuis 2003.

L'expédition avait pour objectif d'évaluer les possibilités de développer un projet appelé "Ecotourisme Yaripo", susceptible d'impliquer directement quatre-vingts Yanomami et de bénéficier à plus de huit cents membres des diverses communautés. L'idée de créer une telle activité - possible alternative à l'orpaillage illégal pratiqué par des habitants de ces villages - a été discutée et retenue lors de la 14e assemblée de l'Association Yanomami du Rio Cauburis et Affluents – AYRCA, tenue à Maturacá en juillet 2015.

L'expédition était composée de membres de diverses entités. Les plus nombreux, dix-huit Yanomami, de l'AYRCA et de l'Association des femmes Yanomami Kumirayõma représentée par Floriza et Maria. Cette dernière, à cette occasion, est la première femme indigène à atteindre le sommet du Pic. Sa compagne, Floriza, a dû interrompre l'ascension. En effet, un jour avant d'arriver au sommet, elle a eu ses règles. Un état qui, dans la tradition Yanomami, déplaît fortement aux esprits occupant ce lieu. Elle n'a pas continué pour ne pas mettre en péril sa vie et celle de ceux qui l'accompagnent. Parmi les Yanomami, le Pajé* Carlos qui a vécu depuis son enfance près de cette montagne. Son rôle était de protéger spirituellement les membres de l'expédition des esprits dangereux qui, toujours selon la tradition, occupent ce territoire. Le groupe comptait aussi des représentants de l'Institut Socio-environnemental – ISA, de l'Institut Chico Mendes de Conservation de la Biodiversité – ICMBio, de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI, du Ministère Public Fédéral et de l'Armée. Le projet ne devrait pas voir le jour avant 2018. Pour sa mise en œuvre, les deux entités, ISA et AYRCA, cherchent des appuis.

Créer une telle activité n'est pas sans conséquences pour les communautés et les territoires concernés. La règle générale veut que l'entrée dans une TI soit interdite aux "étrangers". Cependant, la Funai en autorise l'accès sous certaines conditions définies dans une "Instruction normative": par exemple ne pas introduire de boissons alcooliques, ne pas porter d'armes à feu… De son côté, l'ICMBio est responsable d'appliquer le Décret de 2012 relatif à la Politique Nationale de Gestion Territoriale et Environnementale des Terres Indigènes – PNGATI. Un texte qui définit également les conditions dans lesquelles peuvent s'exercer ce type d'activité. Compte tenu des restrictions budgétaires qu'elles connaissent, les deux entités publiques en charge de la protection des TI et des Parcs nationaux, la Funai et l'ICMBio, auront-elles les moyens d'accompagner ce nouveau tourisme ?

Une telle activité est susceptible d'avoir des conséquences sur la cohésion au sein, et entre les communautés si les gains générés ne sont pas répartis équitablement. Trop souvent, il a été constaté que l'arrivée de ressources importantes a divisé des communautés et des associations. Les initiateurs du projet sont certainement conscients de ce problème.

* Un Pajé est une sorte de chamane.

Illustration : Carte du Brésil et photo IMCBio > Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

                                                                      ***

PS 1 : Ce vendredi 30 septembre, à 12h 30 au Musée d'Ethnographie de Genève (65 - 67 Boulevard Carl Vogt), Pierrette Birraux interviendra dans le cadre des "Rencontres du xabono" pour partager son expérience avec les Yanomami du Brésil et les Innus du Québec. Cela dans le cadre de l'exposition "Amazonie. Le Chamane et la pensée de la forêt" qui est ouverte jusqu'au 8 janvier 2017.

PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans le dernier "AYA Info" No 111, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

08/04/2016

Des Yanomami contaminés au mercure

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Yanomami, Ye'kuna, garimpagem, garimpeiros, orpaillage, ISA, Instituto Socioambiental, Fiocruz, Fundação Oswaldo Cruz, Mucajaí, Uraricoera, Roraima, Aracaçá, Waikás, OMS, Organisation Mondiale de la Santé, IBAMA, FUNAI, SESAI, Rapporteuse Spéciale sur les Droits des Peuples autochtones, ONU, Victoria Tauli-Corpuz, Ministério Público Federal, Davi KopenwaEn utilisant du mercure (Hg), l'orpaillage illégal* pratiqué dans les cours d'eau de la Terre Indigène Yanomami (TI-Y) contamine les populations riveraines. C'est ce que montre une récente étude conduite par la Fondation Oswaldo Cruz (Fiocruz) et l'Instituto Socioambiental (ISA).

Demandée par l'Hutukara Associação Yanomami - HAY, l'enquête a porté sur les populations Yanomami et Ye'kuna vivant dans des communautés riveraines des rios Mucajaí et Uraricoera (voir la carte ci-dessous). Sur ces deux rivières de l'État de Roraima, l'orpaillage illégal y est pratiqué régulièrement et depuis longtemps.

En novembre 2014, une équipe de chercheurs a visité 19 villages. Elle a collecté 239 échantillons de cheveux issus des groupes les plus vulnérables à la contamination : enfants, jeunes femmes, mais aussi des adultes ayant eu un contact direct avec l'activité d'orpaillage. Elle a également collecté 35 échantillons sur des poissons – surtout carnivores de grande taille - faisant partie de l'alimentation habituelle de cette population.

Le cas le plus alarmant a été observé dans la communauté Yanomami de Aracaçá, dans la région de Waikás. Dans ce village, 92% des échantillons présentent un taux élevé de contamination. Il est de plus de deux fois au dessus de celui duquel l'Organisation Mondiale de la Santé considère qu'il peut avoir de sérieuses conséquences pour la santé.

Ce mois de mars, une délégation de leaders indigènes, de la Fiocruz et de ISA est allée à Brasilia pour présenter les résultats de l'enquête aux responsables de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI, de l'Institut Brésilien de l'Environnement – IBAMA, du Secrétariat Spécial de Santé Indigène – SESAI, du Ministère Public Fédéral et encore à la Rapporteuse Spéciale sur les Droits des Peuples autochtones de l'ONU en visite au Brésil.

Les leaders indigènes ont demandé le retrait immédiat des garimpeiros (les orpailleurs) de la TI-Y et un service de santé particulier pour les personnes contaminées.

Cette note est l'occasion de rappeler que la Suisse importe de l'or du Brésil**. Y a-t-il une part d'or "sale" dans ces importations ? Quand donc un système de traçabilité sera-t-il mis en place pour assainir ce marché ?

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* Voir sur ce blog la note du 5 juin 2015

** En 2015, la Suisse a importé 22'283 kg pour un montant de 651'750'692 CHF, et 2'637 kg pour les mois de janvier et février 2016, pour un montant de 75'129'741 CHF. Ces chiffres sont encore provisoires.

Photo © ISA Marcos Wesley : Davi Kopenwa remet l'étude de la Fiocruz et de ISA à Mme Victoria Tauli-Corpuz, rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones

Carte : ISA

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 109, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

20/01/2016

Yanomami d'Amazonas : la Kurikama tient sa deuxième assemblée générale

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Yanomami, Kurikama, rio Marauiá, rio Preto, Terre des Hommes Suisse, UFAM, Secoya, Rios Profundos, DSY, Distrito Sanitário Especial Indígena Yanomami, PGTA, Plano de Gestão Territorial e Ambiental das Terras Indígenas, PEC 215, Sylvie Petter, Ecolágua, Ministério Público Federal, Santa Isabel do Rio NegroC'est dans le Xapono*(village) de Bicho Açu que s'est tenue, du 20 au 26 octobre, la IIe Assemblée générale de l'association Yanomami Kurikama. Elle a compté avec la participation de 150 leaders originaires de treize villages du rio Marauiá et un du rio Preto**. Une manifestation qui s'est déroulée dans un climat de fête, mais aussi chargée de préoccupations. L'objectif de cette assemblée était de traiter des menaces pesant sur l'intégrité du peuple Yanomami, d'évaluer le travail réalisé par l'association et d'élire une nouvelle coordination.

Pendant la réunion, deux représentantes des Services de l'éducation scolaire indigène ont participé à la remise du diplôme de "Professeur indigène" à 29 Yanomami qui ont terminé leur maîtrise, reconnue par l'État, en éducation bilingue (yanomami et portugais), interculturelle et différenciée. Ils ont suivi un cours organisé par la SECOYA qui s'est étendu sur douze ans. Un programme d'éducation réalisé avec l'appui de Terre des Hommes Suisse, de l'Université Fédérale d'Amazonas – UFAM et d'autres entités. La 12e et dernière session de 30 jours a eu lieu en septembre 2014 à Puraquequara (Rio Marauiá). Pour la Secoya, la conclusion de cette formation est une victoire. Cela en raison des difficultés rencontrées et du manque d'appui des institutions officielles d'éducation tout au long du processus. Ce travail est un pas fondamental pour la reconnaissance de l'école yanomami, construite avec ce peuple, à partir de ses propres besoins. Pour la première fois, l'État va engager les professeurs et garantir l'appui à 4 écoles en partenariat avec la Secoya et l'association Rios Profundos.

Lors de l'assemblée, la discussion relative à la santé a été importante. Elle a eu lieu en présence de représentants du District Sanitaire Spécial Yanomami – DSY. Les critiques ont été sévères à l'égard des graves lacunes du service santé de base. Plusieurs femmes ont exprimé leur mécontentement en raison des ravages de la malaria, de la dénutrition des enfants et du taux élevé de mortalité infantile. Elles reprochent au DSY de se limiter à une assistance d'urgence et de mauvaise qualité. Cette situation a motivé l'assemblée à adresser un document au Ministère Public Fédéral pour demander la création d'un Sous-District de santé qui puisse vraiment répondre à la réalité spécifique des Yanomami de l'État d'Amazonas.

Les participants ont encore traité des menaces qui pèsent sur les droits indigènes au niveau national : la PEC 215 et autres projets de loi en discussion devant le Congrès national. En particulier ceux qui visent à ouvrir les Terres Indigènes à la logique du marché et à la spoliation des ressources naturelles.

En réponse, l'assemblée a travaillé sur la définition d'un "Plan de gestion territorial et environnemental"- PGTA qui, dans la Terre Indigène Yanomami, est dans une phase initiale.

Les participants ont encore traité du prosélytisme religieux et de son impact sur la culture et la conception de l'Univers des Yanomami.

Avant de clore l'Assemblée, les délégués des villages ont élu les nouveaux responsables de l'association.

Le progrès du processus organisationnel de cette partie du peuple Yanomami, dont cette assemblée témoigne, marque aussi la volonté de ce peuple d'être le sujet de sa propre histoire. Cette avancée est aussi le résultat de l'appui apporté depuis de nombreuses années par la Secoya, le partenaire de AYA qui a reçu l'aide de plusieurs collectivités publiques genevoises pour les différents programmes de son partenaire brésilien.

Sylvie Petter, la responsable du programme "Santé" de Secoya, était présente à cette Assemblée, mais son séjour en aire Yanomami s'est prolongé jusqu'à mi-décembre. Un séjour au cours duquel elle a eu le plaisir de contribuer à la mise en place, dans deux "xapono" d'un système "Ecolágua". Il s'agit d'un purificateur d'eau***. Un dispositif essentiel dans la lutte contre la dénutrition des enfants.

***

* Prononcer "Chapono" / ** Ces villages sont situés dans la municipalité de Santa Isabel do Rio Negro (État brésilien d'Amazonas) / *** Voir sur ce blog, la note du 19 octobre 2015 et celle du 10 décembre 2013.

Photo © Secoya : Cérémonie d'accueil au début de l'assemblée. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 107, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

11/11/2015

Amazonie brésilienne : deux Peuples Indigènes isolés en danger

Dans l'État du Maranhão

Depuis le début septembre, jusqu'à ces derniers jours, l'État brésilien du Maranhão a connu des milliers d'incendies de forêts. La Terre Indigène - TI Araribóia a été particulièrement touchée. Le 23 octobre, l'IBAMA* a annoncé que 45 % de ses 4'130 Km2 ont été réduits en cendres. L'aire indigène est occupée par environ 10'000 indiens Guajá et Guajajara, mais aussi par un groupe en situation d'isolement volontaire, les Awá-Guajá. Des indices de leur présence ont été trouvés par les soldats du feu sur des lieux incendiés. La situation de ce groupe a inquiété. Le risque était grand qu'il soit victime des incendies, ou alors, qu'il soit en situation de contact obligé avec la société environnante sans la protection sanitaire nécessaire. L'expérience montre que, sans mesures adéquates, ce contact peut se révéler dangereux, voire fatal. À la fin octobre, l'IBAMA annonce que les brigadistes engagés pour lutter contre l'incendie ont heureusement pu empêcher l'avance des feux dans la direction des ces groupes isolés. Début novembre, ces brigadistes étaient parvenus à éteindre la majorité des incendies et à mettre sous contrôle tous les autres. Il semble bien qu'il n'y a pas de victimes humaines à déplorer. La lutte contre ces feux a nécessité la mise en œuvre d'importants moyens.

Le 5 octobre déjà, Sônia Guajajara, membre de l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB est en contact avec le président de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI pour traiter des mesures à prendre pour venir à bout de l'incendie. La Fondation a débloqué un crédit pour financer une partie des opérations de lutte contre l'incendie. Un groupe d'indiens Guajajara était à Brasilia le 9 octobre pour demander une meilleure organisation de la part des entités qui luttent contre l'incendie.

Le 16 octobre une équipe de surveillance de l'IBAMA a été attaquée par des voleurs de bois présents dans la TI Araribóia. L'agent qui coordonnait l'opération a été blessé au bras droit par un tir de fusil. L'équipe survolait par hélicoptère l'aire indigène quand elle a vu trois camions et un tracteur utilisés pour l'extraction illégale de bois. Poursuivis par les contrôleurs, les employés des "madeireiros" (commerçants de bois, ici illégaux) ont abandonné les véhicules pour se cacher dans la forêt. Les agents de l'IBAMA ont posé leur hélicoptère pour s'approcher des lieux quand ils ont été attaqués. Il y a eu un échange de tirs. La police fédérale a ouvert une enquête. Les madeireiros sont suspectés d'avoir bouté le feu à la forêt en représailles à une surveillance plus intense.

Ce 6 novembre, la FUNAI a annoncé une série de mesures pour les communautés qui ont perdu leurs cultures, leurs maisons, mais aussi pour améliorer la surveillance du territoire.

Le peuple Awá-Guajá est l'un des derniers peuples chasseurs-cueilleurs. Survival International a fait campagne en leur faveur. Un film réalisé par Laurent Richard – Le dernier combat des Indiens d'Amazonie – mis en ligne en janvier 2014 sur YouTube montre le quotidien de ce peuple et comment son existence est mise en cause par les madeireiros.

Dans l'État de Roraima

Un autre peuple isolé est potentiellement en danger : les Yanomami Moxi Hatëtëa, un groupe qui vit à l'intérieur de la Terre Indigène Yanomami – TI-Y. Le 25 septembre, l'Hutukara Associação Yanomami – HAY a dénoncé, au Ministère Public Fédéral et à la régionale de la FUNAI de Roraima, la présence de garimpeiros (orpailleurs illégaux) qui ont occupé le poste de surveillance de la FUNAI dans la Serra da Estrutura. Un poste abandonné depuis mars dernier. La FUNAI en a retiré ses agents alléguant le manque de moyens. Selon l'HAY, les garimpeiros utilisent le matériel laissé sur place. Ils ont réaménagé la piste d'atterrissage. Leur présence est une menace pour l'existence même de ce groupe d'isolés.

Cette dénonciation a reçu l'appui du Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI et du diocèse de Roraima. Le 8 octobre, les deux entités ont exprimé leur préoccupation devant l'invasion par les garimpeiros de cette partie de la TI-Y. Elles rappellent le "Massacre de Haximu" perpétré par des garimpeiros en 1993 qui avait fait 16 morts dans cette communauté yanomami. Elles demandent le retrait immédiat des garimpeiros et la réactivation de la base de protection de la FUNAI.

À mi-octobre, le Ministère Public Fédéral de Roraima a adressé une recommandation à la FUNAI pour que, dans les deux mois, soient prises les mesures nécessaires au fonctionnement adéquat des bases de protection.

Des opérations de lutte contre l'orpaillage illégal dans la TI-Y sont lancées régulièrement – la dernière en mai dernier - sans que les autorités parviennent à y mettre un terme définitif.**

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* Institut Brésilien de l'Environnement et des ressources naturelles renouvelables - IBAMA

** Voir sur ce blog les notes des 5 juin et 10 janvier 2015, 29 août et 28 mars 2014 et des 2 et 30 mars 2012.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note est une mise à jour de la "brève" publiée dans "AYA Info" No 106, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

19/10/2015

"Ecolágua", un purificateur d'eau pour les communautés Yanomami

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Yanomami, Manaus, INPA, Secoya, Ecolágua, Roland Vetter, Eschericha coli, choléra, ultraviolets, Povo Deni, Walter Sass, COMIN, Morada Nova, Marauiá, pollution, bactériologique, Sylvie Petter, Silvio CavuscensIl y a une année, le 12 octobre 2014, à l'occasion de la "Semaine Nationale de la Science et de la Technologie", l'Institut National de Recherche de l'Amazonie – INPA de Manaus a présenté une technologie  maintenant commercialisée, appelée "Ecolágua". Elle permet de lutter contre la pollution bactériologique de l'eau et de la rendre potable. Elle n'a pas la capacité d'éliminer la présence de métaux lourds. Elle a été mise au point par Roland Vetter, un chercheur de cet Institut.

Le cœur du système pèse moins de 15 kilos. Il fonctionne intégralement à l'énergie solaire. L'eau d'une rivière, d'un étang, d'un lac ou d'un puits est pompée dans un réservoir surélevé d'où, par gravitation, elle passe dans un cylindre métallique équipé d'une lampe à rayons ultraviolets. Cette dernière détruit les germes à 99,99 %. Ceux-ci sont à l'origine de maladies la dénutritions, causées par des bactéries comme, par exemple, celles du groupe "Escherichia coli". Ces affections ont un tableau clinique ressemblant à celui du choléra, sans en avoir la gravité. Les enfants y sont particulièrement sensibles.

Le procédé peut purifier jusqu'à 400 litres d'eau par heure. La lampe a une durée de vie de 10'000 heures. La batterie proposée a une durée de vie de cinq ans. Cet équipement est plus efficace que la méthode "Sodis" qui nécessite l'utilisation de bouteilles en PET ou en verre, éventuellement des pochettes, exposées pendant environ 6 heures en plein soleil.

Roland Vetter a commencé sa recherche pour répondre à une demande des Indiens Deni, un peuple de l'État d'Amazonas qui, en 2005, a vu mourir onze des siens, victimes de ce type de maladies. En 2008, le premier ensemble a été installé dans le village Morada Nova avec l'aide de Walter Sass, pasteur réformé qui, à l'époque, travaillait pour le Conseil de Mission parmi les Indiens – COMIN de l'Église luthérienne.

Aux yeux de son inventeur, ce système est encore trop peu utilisé. Mais il a retenu l'attention des responsables de la SECOYA – Service et Coopération avec le Peuple Yanomami, le partenaire de AYA. Son utilisation est susceptible de réduire sensiblement la dénutrition qui compromet la croissance des enfants dans les communautés Yanomami. L'intention de SECOYA est de mettre en place, à titre d'essai, un tel système dans deux villages du Rio Marauiá. L'usage de ce matériel entre dans le cadre plus général de son programme "Santé".

Le coût d'un modèle d'Ecolágua est d'environ 3'700 CHF, auquel il faut ajouter les frais de transport, d'installation, d'entretien et de formation des utilisateurs. Ceux de nos lecteurs qui voudraient participer financièrement à ce projet de promotion de la santé peuvent verser leur contribution au CCP de AYA No 17-55066-2, mention "Ecolágua". Merci d'avance.

La vidéo ci-dessous (de 4 min en portugais) publiée en juin 2015, sur YouTube par TV A Crítca (Manaus) décrit le système : S'y expriment notamment : le pasteur Walter Sass, le chercheur Roland Vetter et Sylvie Petter, responsable du "Programme Santé" de la Secoya.

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Photo © INPA : Deux membres de Secoya, Sylvie Petter, responsable du programme "Santé", et Silvio Cavuscens, coordinateur général écoutent les explications de Roland Vetter (de dos), le chercheur de l'INPA. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 106, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

09/10/2015

Mondial 2014 : une troisième "mi-temps" en différé du match Suisse - Honduras

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Yanomami, Manaus, Embaixada, Suiça, Brasilia, Manaus, ASF, Association Suisse de Football, Nati, Secoya, André Regli, Mundial, Mondial, Copa 2014, Coupe 2014, Marauiá, Demini, Xherdan Shaqiri, Salvador, Os rios profundos, SESAIOn se le rappelle, la "Nati" – l'équipe suisse de football - a participé au Mondial de 2014. À cette occasion l'Association Suisse de Football – ASF a tenu à manifester sa solidarité à l'égard du peuple brésilien en soutenant un projet social dans chacune des villes du Brésil où elle a disputé un match du premier tour : Brasilia, Salvador et Manaus*. L'ASF a chargé l'ambassade de Suisse à Brasilia de suivre ces projets.

À Manaus, la représentation helvétique a proposé de soutenir le programme de promotion de la santé chez les Yanomami de l'État d'Amazonas mis en œuvre par le "Service et Coopération avec le peuple Yanomami"- Secoya , le partenaire de l'ONG genevoise AYA.

Trois cours ont été organisés dans le cadre de ce projet. Un module "santé" a été proposé dans un cours destiné à des enseignants Yanomami. Cours qui a eu lieu du 22 au 26 septembre 2014. Il réunissait 27 professeurs originaires de neuf xapono** des rios Marauiá et Demini. Deux autres cours destinés aux Agents Indigènes de Santé – AIS de la même région ont eu lieu du 2 au 12 décembre 2014 et du 19 avril au 7 mai 2015.

Seize AIS ont participé à ce dernier cours. Ils venaient de sept villages différents. Trois thématiques étaient au programme : les signes vitaux, la dénutrition infantile et les mathématiques appliquées.

La thématique "Signes vitaux" a été l'occasion de revoir ce qui concerne la température, la fréquence respiratoire, les pulsations cardiaques, la pression artérielle. Pour chacun de ces signes vitaux, les intervenants ont abordé les aspects théoriques et les apprenants ont eu l'occasion de pratiquer les mesures. Les stagiaires ont également revu ou appris la manière de remplir une fiche individuelle de consultation. Les AIS sont également appelés à transmettre par radio l'état de santé d'un patient. Certains ont de la difficulté à expliquer ces signes vitaux en portugais, d'où la nécessité pour les intervenants de rédiger un glossaire portugais – yanomami.

Quatre jours ont été consacrés au thème de la dénutrition infantile, notamment les connaissances nécessaires pour réaliser une courbe de poids des enfants et être en mesure de déceler les cas à risque, la recherche des causes de la dénutrition et les mesures à prendre pour améliorer la situation.

Chez les Yanomami, le système de numération est élémentaire : un, deux et beaucoup. Les heures sont déterminées par la position du soleil et de la lune, par les ombres sur le terrain. Mais le travail des AIS, lui, fait appel à des notions mathématiques du système décimal et un mélange complexe de plusieurs autres systèmes (duodécimal, sexagésimal…) notamment pour la mesure du temps. Cela représente une difficulté pour nombre d'agents quand ils doivent calculer l'âge des enfants ou des patients, la durée des traitements, mesurer les pulsations cardiaques par minute, la tension artérielle, etc. Pendant plusieurs jours, les participants ont bénéficié d'un cours de mathématiques appliquées avec de nombreux exercices pratiques.

Ces cours ont été réalisés par la SECOYA en collaboration avec l'association "Os Rios Profundos" et le Secrétariat Spécial de Santé Indigène – SESAI. Les cours ont été appréciés des participants. La mise en pratique des notions apprises doit contribuer à améliorer l'état de santé des communautés villageoises.

Le match joué le 25 juin 2014 à Manaus a porté chance à la Nati. Elle a gagné 3 à 0 contre le Honduras (trois buts marqués par Xherdan Shaqiri). Cela lui a permis d'aller en 8e de finale du Mondial. Son passage à Manaus a encore des effets bénéfiques, loin de cette ville, dans une zone reculée d'Amazonie, au profit du peuple Yanomami. Une heureuse et singulière troisième "mi-temps" en différé du match !

AYA tient à remercier vivement l'ASF pour son geste de solidarité en faveur de la promotion de la santé dans ces communautés indigènes souvent négligées.

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* Voir sur ce Blog, la note du 23 juin 2014 / ** Prononcer "Chapono" (village)

Photo © Secoya : quelques participants au cours d'agents indigènes de santé. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 105, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2