28/09/2017

Compesières, Commune réunie, Commune démembrée.

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L'ancienne commune de Compesières, actuellement Bardonnex** et Plan-les-Ouates, est bien l'une de ces communes savoyardes réunie au nouveau Canton de Genève en 1816. Elle l'a été non sans avoir été démembrée, puisqu'elle a perdu le village de Lathoy et les terres environnantes, situées sur la rive gauche de l'Arande, un ruisseau devenu frontière internationale sur une partie de son parcours. Ce village a été rattaché à Saint-Julien-en-Genevois à qui on a enlevé Perly-Certoux, remis - probablement en compensation - à Compesières. Une union qui n'a pas duré, ces deux villages "divorcent" de Compesières et créent leur propre commune en 1821.

Pour les habitants des anciennes communes sardes particulièrement, ce 22 septembre 1792 marque le début d'une période pour le moins mouvementée : ils passent sous domination française. Six ans plus tard, en 1798, Genève est envahie à son tour par la France et devient capitale du Département du Léman dont ils sont ressortissants. Après les défaites de Napoléon, ils redeviennent provisoirement Savoyards avant d'intégrer le nouveau Canton de Genève. Tout cela en moins d'un quart de siècle !

Le sous-titre du premier volume de l'atlas, déjà publié en 2014, annonce un ouvrage de portée plus générale: "Des Celtes au Grand Genève". Un travail élaboré pour commémorer le 200e anniversaire de deux Traités – celui de Paris de novembre 1815, et celui de Turin de mars 1816 – qui ont donné les frontières actuelles du Canton de Genève. Celui-ci est déjà entré dans la Confédération helvétique le 19 mai 1815 alors que ses limites n'étaient pas encore définitivement fixées… En effet, les communes françaises du Pays de Gex et les communes savoyardes, appelées "Communes réunies" ne sont effectivement rattachées à Genève que le 9 octobre pour les premières, et les 24 et 25 octobre 1816 pour les secondes. Peut-être déjà une "Genferei" ?

C'est surtout côté Savoie que les diplomates ont démembré des communes pour créer un "Petit Genève" où les protestants seraient encore majoritaires. Les partisans de cette solution l'ont emporté contre l'avis de Pictet de Rochemont favorable, lui, à un territoire beaucoup plus étendu. Il avait la vision d'une ville-centre dotée d'un arrière-pays plus important. Pour compenser cette taille minimale, les autorités genevoises lui ont demandé de négocier la création de deux zones franches, l'une en France, l'autre en Savoie pour assurer un approvisionnement minimum de la ville. Zones franches dont la superficie est de plus du double de celle du nouveau canton ! Aucun autre canton suisse n'est doté de tels "territoires extérieurs". Paradoxalement, les "minimalistes" de l'époque ont inscrit la "région voisine" dans l'acte de naissance du nouveau canton.

À Compesières, Claude Barbier a incité son auditoire à regarder, avec ce recul historique, ce que l'on appelle maintenant le Grand Genève : "Pour un historien, deux cents ans d'histoire ce n'est pas long !" dit-il.

Les auteurs de l'atlas concluent leur ouvrage sur cette réflexion : "Les ruptures des années 1815 et 1816 nécessitaient bien une compensation : c'est le but de la construction régionale que de tenter de remettre aujourd'hui sur le tapis ce que les plus éclairés de nos prédécesseurs (Pictet de Rochemont) imaginaient déjà comme peu tenable, une ville séparée de son arrière-pays par une frontière internationale. La coopération transfrontalière, encore plus récente, a donc une histoire longue derrière elle…"

Le plus récent événement pour le Grand Genève a eu lieu ce lundi 25 septembre à la Maison Internationale des Associations de Genève : le "Forum d'agglomération", qui regroupe les représentants de plus de septante entités de ce bassin de vie transfrontalier, était réuni pour faire le bilan de sa première mandature (2013 – 2017) et élire la présidence collégiale qui dirigera ses travaux pour les quatre prochaines années. Une réunion tenue en présence du Président du Conseil d'Etat genevois, François Longchamp. L'histoire suit son cours…

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* "Atlas historique du pays de Genève – Volume 2 – Communes réunies, communes démembrées" - Claude Barbier et Pierre-François Schwarz. Editions La Salévienne - 2017-180 pages – Saint-Julien-en-Genevois – ISBN 978-2-905922-39-7 – Site Internet : la-salevienne.org

** En 1851, les villages géographiquement situés dans le bas de la commune de Compesières créent la commune de Plan-les-Ouates. La partie du haut devient Bardonnex.

- Gravure : Première de couverture du 2e volume de l'ouvrage. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

- Voir sur ce blog, les notes des 15 mars, 14 juin et 28 octobre 2016.

- A lire également, un autre ouvrage : '"Atlas du Grand Genève – Etat des lieux pour un progrès durable" - Charles Hüssy – Editions Slatkine - Genève -174 pages – ISBN 978-2-8321-0772-0 - En coédition avec La Salévienne – ISBN 978-02-905922-37-3 – voir adresse ci-dessus.

- De nombreux renseignements relatifs à l'Espace transfrontalier genevois sont également disponibles sur le site de l'Observatoire Statistique Transfrontalier - OST

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à d'autres sites permettant d'en "savoir plus".

 

14/06/2016

Traité de Turin de 1816 : Les bornes-frontière ont leurs limites !

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L'objet de la réunion – commencée dix jours auparavant - est de fixer l'emplacement des bornes qui marqueront précisément la frontière entre Genève et la Savoie. Celles-ci resteront en place quand, en 1860, les Savoyards ont décidé de rejoindre le Second Empire de Napoléon III. Dès lors, Genève n'a plus eu que la France pour voisine.

Les bornes sont bien la limite matérielle entre deux États, deux nations de culture politique, d'institutions, de législations, de monnaies différentes. Et, surtout depuis la guerre de 1939-1945, les deux territoires ont connu une évolution économique différenciée, ce qui a eu pour conséquence d'accentuer l'effet-frontière.

Le Traité de Turin a divisé un bassin de vie. Mais pas tout à fait quand même : dans son article trois, il prévoit la création d'une zone franche (le pendant à la zone franche gessienne créée par le Traité de Paris de 1815). Une première manière de réduire les répercussions économiques des nouvelles limites du nouveau canton de Genève et d'inscrire dans son ADN le caractère transfrontalier de la région dans laquelle il se situe.

Il y a d'autres accords qui passent "par dessus" les bornes. Par exemple, celui de 1973 qui a institué les "Fonds frontaliers" et le Comité Régional Franco-Genevois. Plus récemment, la création du "Grand Genève", une institution transfrontalière pour faciliter le mieux vivre ensemble qui touche de nombreux domaines dans cette agglomération franco-valdo-genevoise, est aussi une réduction de l'effet-frontière.

Les bornes elles-mêmes, donnent une leçon de choses. L'exercice consistant à approcher la trentaine de celles qui jalonnent la frontière* de la commune de Bardonnex - l'une des "Communes réunies" qui célèbre, en plusieurs fois, le bicentenaire de son rattachement à Genève - est révélateur de leur caractère relatif.

Premier constat : elles ne sont pas inamovibles. Une partie des bornes posées en 1816 ont été enlevées en raison de deux modifications du tracé de la frontière. Une première fois pour aménager les abords de la route départementale D1206 à la frontière avec Archamps, Collonges-sous-Salève et Bossey. Une deuxième fois pour la construction de la plateforme autoroutière de la douane de Bardonnex à la frontière avec Saint-Julien-en-Genevois. Elles ont été remplacées par d'autres, dont la plus récente porte la date de 2015. Elles sont donc de générations différentes.

En raison de cette deuxième rectification de frontière, la numérotation des bornes a sauté quelques chiffres : la borne No 65 est suivie de la borne No 70. Il n'y a pas de borne 66, 67, 68 et 69. Une anomalie qu'apparente, la frontière ayant été réduite à cet endroit.

Les bornes devenues inutiles ont été mises "à la retraite" dans différents lieux : à l'entrée de la cour de l'école, du château et de l'église de Compesières. Mais aussi dans le parc de la Sous-préfecture de Saint-Julien, au Centre de formation horticole de Lullier et dans le hall d'entrée du siège principal de la Banque Cantonale de Genève en l'Ile, en ville de Genève. Leur retraite les fait vivre autrement.

Les bornes sont de formes et de tailles différentes. Les unes sont en calcaire du Jura, d'autres sont en granit, une pierre pas vraiment locale. Les chevilles No 62 et 63 qui remplacent deux bornes sur la plateforme douanière sont en laiton. Un alliage de cuivre et de zinc apprécié en raison de sa résistance à la corrosion et sa facilité d'entretien, une matière d'origine étrangère…

Par deux fois, pour marquer la frontière, les bornes laissent ce rôle à des cours d'eau, l'Arande, le ruisseau d'Archamps et à la Drize. Ces cours d'eau sont générateurs de biodiversité.

Selon leur emplacement, il est parfois plus facile de les joindre par la France, parfois par la Suisse. Certaines sont à l'intérieur de propriétés privées. D'autres sont difficiles d'accès. Ainsi, il vaut mieux être prudent pour approcher celles qui sont sur la plateforme douanière. Quelques unes sont entourées de broussailles, voire protégées par les épines des ronces qui en interdisent l'approche. Cela rappelle quelques-uns des épineux problèmes transfrontaliers à résoudre.

À leur sommet, les bornes ont un trou de quelques millimètres qui symbolise la borne elle-même d'où partent deux traits qui indiquent la direction du tracé de la frontière, comme les aiguilles indiquent l'heure sur le cadran d'une horloge. Sur un de leur côté, un numéro propre à chacune d'elles, et, pas toujours, une date. D'ailleurs, deux d'entre elles portent deux dates, signe d'un remplacement.

Sur deux côtés opposés un "G" pour Genève et un "S" pour Savoie pour les anciennes bornes. Et un "F" pour le côté français et un "S" pour le côté suisse pour les bornes récentes. Le même "S", utilisé pour "Savoie" et plus tard pour "Suisse" est, bien sûr, une pure coïncidence alphabétique. Marquées des initiales de deux nations, les bornes ont, de fait, une double nationalité, un statut parfois contesté pour les humains.

Les bornes sont aussi les témoins d'une réalité évidemment des plus banales, mais significative : sur leur tête tombe la même pluie, brille le même soleil. Que cela soit de leur côté "F" ou "S", il y souffle le même air. On y respire la même atmosphère !

Quand il s'agit de donner un avenir à ce bassin de vie transfrontalier, de par ce qu'elles sont, de l'histoire qu'elles représentent, de leur approche plus ou moins facile, les bornes-frontière donnent une "leçon de choses" à ceux qui veulent en être les artisans.

Les bornes, qui sont la marque d'une "frontière-coupure", sont également autant de points de "frontière-couture" pour reprendre des notions utilisées par des géographes. Elles sont "couture" quand la frontière suscite des accords transfrontaliers pour régler des problèmes de voisinage. Ce double rôle leur enlève leur caractère absolu. Elles y trouvent là leurs limites !

* Voir la carte ci-dessous.

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Photos : © Bernard Comoli. À gauche en haut, la borne-frontière 62A sur la plateforme douanière de Bardonnex. Ci-dessus, les quatre bornes "à la retraite" à Compesières. Cliquer sur les photos pour agrandir l'image.

Carte : Bernard Comoli à partir du Système d'information du territoire de Genève - SITG