Le blog de Bernard Comoli

  • Brésil, l’élection de Lula ouvre de nouvelles perspectives pour les indigènes

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    « L’amour a vaincu la haine. Vive la démocratie ! » C’est par ces quelques mots que Joênia Wapichana, la première femme indigène de l’histoire du Brésil à être élue à la Chambre des Députés (1), a manifesté sa satisfaction à l’annonce de la victoire de Lula à l’élection présidentielle de ce 30 octobre. « L’espérance a gagné ! Lula président ! Nous allons reconstruire le Brésil ! » a noté sur son compte Facebook Sônia Bone Guajajara, élue – le 2 octobre dernier - à la Chambre des Députés (2). Les organisations indigènes qui avaient appelé à voter en faveur de Lula lui ont également adressé leurs félicitations, tel le Conseil Indigène de Roraima – CIR : « Félicitations au nouveau Président du Brésil, Luiz Inaácio Lula da Silva. Nous espérons en des jours meilleurs, mais toujours nous resterons fermes et forts dans la lutte. »

    Lula a gagné de peu son élection avec 60’345’999 voix (50,9 %) (3) devançant de 2'139'645 voix le président sortant Jair Bolsonaro qui a obtenu 58'206'354 suffrages (49,10%). Il a été relevé 32'200'558 abstentions (20,58 %). Le score de Lula est plus net dans les trois communes de l’État d’Amazonas qui comptent de nombreuses communautés indigènes. À Barcelos, Lula arrive en tête avec 4'616 voix (65,02 %), Bolsonaro obtient 2’483 voix (34’98 %); il y a été décompté 4'292 abstentions (36,36 %). À Santa Isabel do Rio Negro, Lula a recueilli 3’703 voix (73,94 %), Bolsonaro 1'305 (26,06 %); les abstentions y sont très nombreuses 3.631 (40,72 %). À São Gabriel da Cachoeira, Lula a eu 17’090 partisans (80,64 %), Bolsonaro 4’103 (19,36 %); il y a eu aussi  beaucoup d’abstentions : l 10’089 (31,54 %).(4).

    Le 27 octobre, Lula a publié une « Lettre pour le Brésil de demain » dans laquelle il décrit - en treize points - son programme de gouvernement. La troisième partie est consacrée au développement soutenable et à la transition écologique : « Notre engagement stratégique est de chercher la déforestation zéro en Amazonie et le zéro en émission de gaz à effet de serre… Nous allons créer un Ministère des Peuples Originaires et révoquer les mesures contraires aux populations indigènes et peuples originaires. Nous allons reconstruire les organes de surveillance et de contrôle de la déforestation. Nous allons mettre un terme à l’orpaillage illégal dans les Terres indigènes. »

    Un « Cabinet de Transition Gouvernemental » a été institué par un Arrêté du 8 novembre. Il a pour objectif de préparer les actes (Décrets, etc…) qui seront signés par Lula immédiatement après sa prise de fonctions le 1er janvier 2023. Cette instance comprend trente-et-un groupes techniques. L’un d’entre eux est chargé de traiter des « Peuples Originaires ». Celui-ci est composé de dix membres dont Joênia Wapichana, Sônia Bone Guajajara et Davi Kopenawa Yanomami. Le programme de travail du futur gouvernement brésilien sera chargé, notamment en ce qui concerne l’écologie, de la protection des peuples indigènes et de la forêt.

    Le premier déplacement de Lula à l’étranger a été, après un arrêt à Lisbonne, de se rendre (5) à la conférence sur le climat (COP 27) qui se tient à Charm el-Cheikh en Égypte. Lula a proposé que la COP 30 (prévue en 2025) se tienne en Amazonie.

    Il dispose de peu de temps si, dans trois ans, il veut y présenter des résultats satisfaisants, en particulier pour les organisations et communautés indigènes locales qui lui ont apporté leur soutien !

    ***

    (1) Elle a échoué dans sa tentative de réélection le 2 octobre.

    (2) Voir sur ce blog, la note du 12 octobre 2022.

    (3) Lors de sa première élection en 2002 Lula avait été élu avec 61,27 % des voix et, en 2006, pour son deuxième mandat 60,83%. Voir Wikipedia.

    (4) Voir sur ce blog la note du 29 octobre 2022

    (5) Il a fait le voyage en jet privé, un moyen de transport particulièrement polluant… Ce qui a engendré une polémique.

    ***

    PS 1 : Les chiffres sont ceux publiés par l’agence g1.globo

    PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 142, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève –CCP 15-728614-8 / IBAN : CH 26 0900 0000 1572 8614 8

     

  • Les élections au Brésil : pas toujours facile de participer !

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    En Suisse, nous sommes appelés aux urnes plusieurs fois dans l’année. Le vote par correspondance et la proximité des locaux de vote facilitent l’expression des citoyen-es. Reste que malgré ces dispositions, les taux d’abstention sont élevés. Au Brésil, les électrices et électeurs sont appelés aux urnes tous les quatre ans pour les élections municipales (la dernière fois en 2020). Et aussi tous les quatre ans – c’est le cas cette année – pour l’élection des membres de la Chambre des Députés, d’une partie du Sénat, des Gouverneurs et des Assemblées législatives des vingt-sept États de l’Union et la Présidence de la République. C’est le deuxième tour qui a lieu ce 30 octobre. Il s’agit d’un vote au moyen d’urnes électroniques ce qui accélère le dépouillement. Mais du point de vue géographique, le Brésil n’est pas la Suisse. Il y a, certes, de grandes agglomérations (São Paulo, Rio de Janeiro…), mais aussi de grandes zones rurales à très faible densité démographique où, pour les citoyen-es, se déplacer pour aller voter prend du temps et peut réserver des surprises comme cela est arrivé récemment.

    Le 18 octobre, l’Association Conseil aux peuples de la Forêt – Aflora* de Manaus s’est adressée au Ministère Public Fédéral pour lui signaler qu’environ 400 Yanomami originaires du Haut Rio Demini étaient restés bloqués à Barcelos**(État d’Amazonas), chef-lieu de leur commune, où ils étaient « descendus » pour voter le 2 octobre. Il n’y avait pas de local de vote à proximité de leurs « xapono »*** (villages). Ils comptaient sur l’appui de la municipalité pour rentrer chez eux. Leurs villages les plus proches sont à environ 14 heures de pirogue du chef-lieu. Á Barcelos, le taux d’abstention a été de 35,97%. Un même taux d’abstention a été observé dans les deux communes un peu plus à l’ouest qui comptent, elles aussi, de nombreuses communautés indigènes : à Santa Isabel do Rio Negro, il a été de 37,5%  et à São Gabriel da Cachoeira 32,47%. Au niveau national il a été de 20,95 %.

    Ailleurs au Brésil, d’autres communautés indigènes ont eu des problèmes de participation. Le 21 octobre, l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil - APIB a demandé au Tribunal Supérieur Électoral (TSE)  que des mesures soient prises pour garantir – sur tout le territoire national – le transport et la sécurité de la population indigène permettant à celle-ci d’exercer son droit de vote lors du 2ème tour ce 30 octobre. Dans son courrier, l’Articulation rapporte des cas d’absence de moyens de transport et des cas d’intimidations à l’origine d’un taux élevé d’abstention (27,8% dans une commune de l’État de Bahia).

    Le 19 octobre, le Tribunal Suprême Fédéral – STF a autorisé les administrations communales à fournir des transports publics gratuits le jour des élections sans que cela constitue un crime électoral. Qu’en est-il pour les communautés indigènes éloignées des locaux de votes quand le déplacement s’étend au-delà du jour des élections ?

    ***

    *Aflora est un partenaire de la Secoya – Service et Coopération avec le peuple Yanomami dont l’action est soutenue par AYA.

    **Avec ses 122’476 km2, (soit quasiment trois fois la Suisse) la Commune de Barcelos est immense. Le préfet (le maire) Edson de Paula Rodrigues Mendes, est affilié au Mouvement Démocratique Brésilien (MDB), Selon un relevé de l’APIB, au Congrès national, ce parti a soutenu 91 % des projets du gouvernement.

    ***Prononcer « Chapono »

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    PS 1 : Pour le premier tour, voir sur ce blog la note du 12 octobre 2022 et du 22 septembre 2022

    PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 141, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève –CCP 15-728614-8 / IBAN : CH 26 0900 0000 1572 8614 8

  • Brésil, Bolsonaro réduit les fonctions de la Fondation Nationale de l’Indien

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    Le 7 octobre, Jair Bolsonaro, le président brésilien, a signé un décret donnant un nouveau Statut à la Fondation Nationale de l’Indien – FUNAI, l’organe officiel censé protéger les peuples indigènes du pays. Ce texte devant entrer en vigueur le 27 de ce mois. Ce décret réaménage plusieurs services de la Fondation. Il révoque plusieurs Décrets précédents dont celui du 23 mars 2017 signé par Michel Temer qui prévoit que la Fondation est créée pour une durée indéterminée (Art. I). Il supprime des instances de consultation et de contrôle. Pour le service de communication de la Fondation*, ce nouveau texte renforce et préserve la structure de l’organe indigéniste. Ce n’est pas l’avis de l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB qui, dans une note du 11 octobre, rejette ce nouveau Statut. Elle en a publié une analyse juridique rappelant notamment que le Président de la République n’a pas respecté les termes de la Convention 169 de l’Organisation Internationale du Travail – OIT concernant la consultation préalable et le consentement libre et informé des peuples indigènes. Elle termine sa note en exprimant son intention de recourir aux instances légales compétentes en vue de réprimer ces violations des droits des communautés indigènes. Le Conseil Indigéniste Missionnaire - CIMI** a également fait connaître son opposition à ce texte. Il a aussi publié une analyse juridique du Décret. Á la Chambre des Députés, le 10 octobre, Joênia Wapichana a déposé un Projet de Décret Législatif – PDL pour suspendre le décret présidentiel. Pour la députée*** «… il est important de relever que ce Décret s’ajoute  aux violations institutionnelles à l’égard des peuples indigènes les laissant dans une situation de grande vulnérabilité sociale. ». Á titre d’exemple, Jair Bolsonaro, comme il l’avait annoncé avant même son entrée en fonction, n’a procédé à aucune démarcation de Terres Indigènes alors qu’il s’agit d’une obligation constitutionnelle. En 1988, lors de l’adoption de la Constitution, les Constituants avaient donné un délai de cinq ans pour protéger tous les territoires indigènes. Et l’ouvrage est loin d’être terminé ! Á suivre…

    ***

    *En ce qui concerne la FUNAI, voir sur ce blog, les notes du 30 janvier 2019, 18 juin 2019, 06 août 2019

    **Organe rattaché à la Conférence Nationale des Évêques du Brésil - CNBB

    ***Joênia Wapichana est, dans toute l’histoire du Brésil, la première femme indigène à être élue à la Chambre des Députés. Elle n’a pas été réélue lors des élections du 2 octobre dernier.

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    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 142, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève –CCP 15-728614-8 / IBAN : CH 26 0900 0000 1572 8614 8

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  • Brésil, 1er tour des élections : deux femmes Indigènes à la Chambre des Députés

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    Brasil, Brésil, Amazonie, Amazônia, eleições, élections, 2022, Lula, Bolsonaro, Genève, Zurich, Câmara dos Deputados, Partido dos Trabalhadores, PT, Partido Liberal, PL, Assembleia Legislativa, São Paulo, Bancada do Cocar, APIB, Articulação dos Povos Indígenas do Brasil, Articulation des Peuples Indigènes du Brésil, Sônia Guajajara, PSOL, São Paulo, Célia Xakriaba, Minas Gerais, Paulo Guedes, Joênia Wapichana, Roraima, Silvia Waiãpi, Amapá, Juliana CardosoLes élections brésiliennes du 2 octobre, en particulier le scrutin concernant la présidence du pays, ont abondamment été commentées dans les médias. Pour rappel, Lula a obtenu 57'258'115 voix (48,43 %), Bolsonaro 51’071'277 voix, (43,20 %). Un deuxième tour aura lieu le 30 octobre. Á relever qu’à Genève, la police a dû intervenir pour éviter un affrontement physique entre les supporters de Lula et ceux de Bolsonaro. Selon Swissinfo, dans la cité du bout du lac, Lula a obtenu 1'981 voix et Bolsonaro 1'930. Á Zurich, Lula a obtenu 47 % des voix et Bolsonaro 39,4 %.

    Moins connus sont les résultats concernant les indigènes. Pour porter la défense des droits des indigènes à la Chambre des Députés (qui compte 513 membres) ou dans les Assemblées Législatives des États de l’Union, l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB a constitué une « Bancada Indígena », dite aussi « Bancada do Cocar *», un groupe de pression d’une trentaine de membres désignés par ses associations de base. Douze candidat-es, de douze États différents, visant un siège à la Chambre des Députés, et dix-huit candidat-es pour siéger dans les Assemblées Législatives de seize des vingt-sept États de l’Union. Au total, les membres de cette « Bancada do Cocar » ont recueilli 446'885 voix (352'473 pour les candidat-es à la Chambre des Députés et 94'412 pour les candidat-es aux Assemblées Législatives). La « Bancada » n’a pas obtenu de siège dans ces dernières. Il en va autrement pour la Chambre des Députés. En effet, Sônia Guajajara (avec 156'966 voix) a été élue pour y représenter l’État de São Paulo et Célia Xakriaba** (avec 101'154 voix) le Minas Gerais. Malheureusement, l‘avocate Joênia Wapichana, qui avait été élue en 2018 avec 8’491 voix pour représenter l’État de Roraima a subi un échec. Malgré un score nettement supérieur – elle a recueilli 11'221 voix (+ 32,15 %) - le système de péréquation a joué en sa défaveur. Elle reste la première femme indigène de l’histoire du Brésil à avoir été élue à la Chambre des Députés.

    Hors « Bancada do Cocar», trois autres indigènes ont été élu-es à la Chambre des Députés. Paulo Guedes du Parti des Travailleurs – PT, était déjà député durant la législature qui se termine où il représentait l’État du Minas Gerais. Il s’était alors déclaré de race « Parda » (Métisse). Mais, pour le scrutin du 2 octobre, toujours sous l’étiquette du PT, il s’est déclaré « Indigène ». Il a été réélu avec 134'494 voix (en 12e position) pour représenter l’État de São Paulo. Toujours pour cet État, Juliana Cardoso, aussi du PT, a recueilli 125'517 voix (en 45e position). Ainsi, cet État compte trois indigènes parmi ses 70 députés. Les électeurs de l’Amapá – un État du Nord-Est - ont également élu une indigène parmi leurs huit représentants à la Chambre : Il s’agit de Silvia Waiãpi du Parti Libéral – PL, une militaire et « bolsonariste » affirmée. Sera-t-elle la voix discordante au sein de la minorité indigène ? Avec 99 représentants, le PL est le parti le plus important de la Chambre.  Selon l’APIB, le Parti Libéral est l’un de ceux qui – au Congrès National - a le plus voté (à 90%) en faveur des projets anti-indigènes du gouvernement !

    ***

    *Voir sur ce blog, la note du 22 septembre 2022

    **Prononcer «Chakriaba »

    Illustration : les deux nouvelles élues à la Chambre des Députés coiffées d’un « cocar ». Cliquer sur l’image pour en agrandir la taille.

    PS 1 : Les chiffres sont tirés du dépouillement réalisé par le quotidien « O Estado de São Paulo » / Estadão et le Tribunal Supérieur Électoral / TSE

    PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 142, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève –CCP 15-728614-8 / IBAN : CH 26 0900 0000 1572 8614 8

  • Brésil, les élections et les peuples indigènes

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    Le 2 octobre prochain les citoyens brésiliens sont appelés à élire le Président et le Vice-président de la République, les membres de la Chambre des Députés (513 sièges), un tiers du Sénat (27 sièges à pourvoir), les Gouverneurs et les membres des Assemblées législatives des 26 États de l’Union et du District Fédéral (Brasilia). Un deuxième tour est prévu le 30 octobre. Les médias nationaux et internationaux s’intéressent principalement à l’élection présidentielle. Jair Bolsonaro* est candidat à sa propre succession. Mais pour l’heure, Luiz Inácio Lula da Silva, l’ancien président (entre 2003 et 2011) arrive en tête des sondages…

    Au 6 septembre, le Tribunal Supérieur Électoral – TSE avait reçu un total de 29'097 candidatures. Depuis 2014, il demande à chaque candidat de s’auto-déclarer appartenir à l’une ou l’autre de cinq « Couleur ou Race ». Pour ces prochaines élections, le tableau est le suivant : 14'061 se sont déclarés être de race Blanche; 10'496 Brune (Parda) ; 4'091 Noire; 185 Indigène (soit 0,63% des candidatures)**; 115 Jaune. Et 149 n’ont pas donné de réponse.

    Pour ces élections, l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB a fait connaître ses intentions dans un manifeste publié en février déjà : « Jamais dans l’histoire démocratique de ces 34 dernières années, les droits de nos peuples furent autant vilipendés comme cela l’a été fait par l’actuel gouvernement de Jair Bolsonaro… Nous allons additionner nos forces par des candidatures en lien avec nos bases et aux luttes du mouvement indigène… ». Pour la première fois, elle a lancé une représentation indigène  coordonnée de trente candidatures, dont seize féminines et quatorze masculines. Douze visent un siège à la Chambre des Députés et dix-huit postulent pour siéger dans les Assemblées législatives des États.

    Aux dernières élections de 2018 deux candidatures féminines s’étaient distinguées. Joênia Wapichana a été, dans l’histoire du Brésil, la première femme indigène élue à la Chambre des Députés. Elle est à nouveau candidate pour y représenter l’État de Roraima. Et Sônia Guajajara, avait été candidate à la Vice-présidence du pays. Elle n’avait recueilli « que » 617'115 voix, soit 0,58% des suffrages. Cette année elle se présente à nouveau, mais comme députée de l’État de São Paulo à la Chambre des Députés. En mai dernier elle a été classée parmi les 100 personnalités les plus influentes du monde par la revue américaine Time.***

    Ces élections se déroulent dans un climat de crises économique et environnementale notamment. La violence à l’égard des peuples indigènes est aussi une réalité !

    ***

    *Bruno Meyerfeld, le correspondant au Brésil du quotidien français « Le Monde » vient du publier aux Éditions Grasset/Paris un ouvrage intitulé « Cauchemar brésilien » consacré à Jair Bolsonaro. ISBN 978-2-246-82871-6

    **En 2018,131 candidats s’étaient déclarés « Indigène ». Voir sur ce blog la note du 4 octobre 2018

    ***Voir sur ce blog, la note du 31 mai 2022

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    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 141, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève –CCP 15-728614-8 / IBAN : CH 26 0900 0000 1572 8614 8

  • Brésil : en 2021 la violence contre les peuples indigènes a augmenté

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    Brésil, Brasil, Amazônia, Amazonie, CNBB, Conferência Nacional dos Bispos do Brasil, CIMI, Conselho Indigenista Missionário, Conseil Indigéniste Missionnaire, Terre Indigène, Yanomami, Terra Indígena, Système d’Information sur la Mortalité, SIM, Sistema de Informação sobre Mortalidae, Secrétariat Spécial de Santé Indigène, SESAI, Secretaria Especial de Saúde Indígena, Districts Sanitaires Spéciaux Indigènes, Distrito Sanitário Especial Indígena, Coronavirus-19, Antônio Eduardo Cerqueira de Oliveira, Acampamento Terra Livre, Campement Terre Libre, Antônio Eduardo Cerqueira de Oliveira, Marcha das Mulheres Indígenas, ANMIGA, Marche des Femmes IndigènesLe 17 août, le Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI* a publié son rapport relatif aux violences commises au Brésil contre les peuples indigènes en 2021**. Il a recensé 2’762 situations classées en trois chapitres principaux : I.- Violence contre le patrimoine : 1’294 / II.- Violence contre les personnes : 355 (dont 176 assassinats) / III.- Violence par omission des pouvoirs publics : 221. Il ajoute à cela la mortalité infantile : 744 cas). Et les suicides : 148. En 2020, il avait recensé un total de 2’558 cas et 2’621 en 2019.

    L’année dernière, les cas d’invasion de Terres Indigènes, d’exploitation illégale des ressources naturelles et les dommages divers au patrimoine ont encore augmenté : 305 qui ont touché 226 Terres Indigènes dans 22 États. Une progression sensible remarquée déjà ces dernières années : 263 en 2020, 256 en 2019. Cela sous la présidence de Jair Bolsonaro. Mais seulement 96 en 2017 et 109 en 2018 sous la présidence de Michel Temer. Le CIMI rappelle l’estimation selon laquelle il y aurait plus de 20’000 garimpeiros (chercheurs d’or illégaux) dans la TI Yanomami, le climat de violence qu’ils y créent et comment leur présence est vectrice de maladies, de pollution des eaux notamment.

    Une annexe de trois pages du rapport est consacrée à la pandémie de la Covid-19 parmi les peuples indigènes en 2021. Le CIMI a eu recours à deux sources. La première concerne les chiffres du Système d’Information sur la Mortalité (SIM) qui prend en compte la totalité de la population indigène du pays au sein de laquelle il a été dénombré 847 décès (972 en 2020). La deuxième est le Secrétariat Spécial de Santé Indigène – SESAI qui ne prend en compte que la population indigène prise en charge par les 34 Districts Sanitaires Spéciaux Indigènes : il y a été dénombré 315 décès dus à la Coronavirus-19 en 2021 (564 en 2020).

    Dans une première introduction du rapport, le secrétaire exécutif du CIMI, Antônio Eduardo Cerqueira de Oliveira, rappelle que malgré la progression de la crise qui touche le Brésil, et particulièrement les peuples indigènes, ceux-ci ont donné des signes d’espoir, par exemple en se mobilisant comme cela s’est fait à Brasilia lors de la 18ème édition du « Campement Terre Libre » qui a réuni - en avril 2021- près de huit mille participants venus de tout le Brésil. Et la Deuxième Marche des femmes indigènes qui a eu lieu également à Brasilia, en septembre 2021, où elles étaient plusieurs milliers à manifester contre les violences faites aux femmes. Et de conclure : « Les peuples indigènes sont résilients. Ils ont des exemples de courage et d’incitation à la lutte pour que toute la société brésilienne se lève pour défendre ses droits et la démocratie. »

    ***

    *Organisme de la Conférence Nationale des Évêques du Brésil – CNBB en charge des questions indigènes.

    **Une synthèse a été publiée en français

    Illustration, 1ère de couverture du rapport : photo Giulianne Martins prise lors du Campement Terre Libre / Brasilia/ Avril 2022. Cliquer sur l’image pour en agrandir la taille.

    PS 1 : Pour les années précédentes, voir sur ce blog les notes du 29 novembre 2021, 9 octobre 2020, 17 octobre 2019, 17 novembre 2018, 16 novembre 2017, 4 novembre 2016, 28 septembre 2015, 17 septembre 2014, 2 septembre 2013, 14 septembre 2012, 9 septembre 2011 et 3 août 2010

    PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 141, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève –CCP 15-728614-8 / IBAN : CH 26 0900 0000 1572 8614 8

  • Amazonie brésilienne : l’assassinat de deux défenseurs des peuples indigènes.

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    Brasil, Brésil, Amazonie, Amazonas, Dom Phillips, Bruno Araújo Pereira, The Guardian, Atalaia do Norte, Union des organisations Indigènes de la Vallée du Javari, União dos povos indigenas Vale do Javari, UNIVAJA, Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne, Coordenação das Organizações Indígenas da Amazônia Brasileira, COIAB, Articulation des Peuples Indigènes du Brésil, APIB, Articulação dos Povos Indígenas do Brasil, Observatoire des Droits Humains des Peuples Indigènes Isolés et de Récent Contact, Observatório dos Direitos Humanos dos Povos Indígenas Isolados e de Recente Contato, OPI, Police Fédérale, Polícia Federal, Président de la République, Presidente da República, Jair Bolsonaro, Fundação Nacional do Índio, FUNAI, Instituto de Estudos Socioeconômicos, INESC, Indigenistas Associados, Vale do Javari, Fernando Henrique Cardoso, Terre des Hommes Suisse/Genève, Silvio Cavuscens, Service et Coopération avec le peuple Yanomami, Serviço et Cooperação com o Povo Yanomami, SECOYADom Phillips, un britannique collaborateur de plusieurs journaux anglophones notamment The Guardian et Bruno Araújo Pereira, un indigéniste brésilien, ont été vus vivants pour la dernière fois le matin du dimanche 5 juin à proximité de la cité d’Atalaia do Norte, dans le nord-ouest de l’État d’Amazonas. C’est l’Union des organisations Indigènes de la Vallée du Javari – UNIVAJA qui a signalé leur disparition, donné l’alerte, commencé leur recherche et demandé - par voie de justice - l’intervention rapide des services officiels. Une démarche soutenue par la Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne – COIAB, l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB et l’Observatoire des Droits Humains des Peuples Indigènes Isolés et de Récent Contact - OPI

    Ce 18 juin, la Police Fédérale a annoncé que les restes humains retrouvés sur le terrain et analysés à Brasilia appartiennent bien à Dom Phillips et à Bruno Pereira. Les deux hommes sont décédés après avoir essuyé des tirs de fusils de chasse. Ce sont les aveux de deux frères auteurs du double homicide qui ont indiqué aux enquêteurs le lieu où les corps avaient été dissimulés. L’enquête se poursuit…

    La notoriété et l’engagement des deux victimes est certainement à l’origine de la vague d’indignation observée au Brésil et à l’étranger par ce double assassinat. Ce grave incident a aussi suscité la polémique au Brésil. Le Président de la République a reproché aux deux hommes d’avoir entrepris une aventure non recommandable. Á diverses reprises, la Fondation Nationale de l’Indien – FUNAI a défendu son action face aux reproches concernant l’insuffisance sa présence dans la région. Récemment, Dom et Bruno ont signé conjointement un dossier « Fondation Anti-indigène - Un portrait de la Funai sous le gouvernement Bolsnaro » publié par l’Institut d’Études Socio-économiques – INESC et l’association Indigénistes Associés – INA (Association des fonctionnaires de la Funai). Le document – qui constitue un testament - se veut aussi un appel aux candidats aux élections d’octobre prochain.

    La Vallée du Javari est une immense région isolée où sévissent pêcheurs et chasseurs illégaux. Et, plus récemment, elle est devenue un lieu de passage des trafiquants de cocaïne en provenance du Pérou ou de Colombie. Les actes de violence y sont courants*.

    La municipalité d’Atalaia do Norte est occupée à plus de 75% par la Terre Indigène (TI) de la Vallée du Javari d’une superficie 85'444 km2. Elle est habitée par 26 peuples dont 19 en situation d’isolement volontaire. C’est le président Fernando Henrique Cardoso qui en a signé le Décret de démarcation le 30 avril 2001. Cette protection a été obtenue après une vingtaine d’années de pressions, déjà ponctuées de moments de fortes tensions. Dans les années 80, Terre des Hommes Suisse/Genève a soutenu la campagne de démarcation de cette TI dans laquelle était engagé Silvio Cavuscens, l’actuel coordinateur de l’association « Service et Coopération avec le peuple Yanomami – SECOYA, le partenaire de AYA.

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    *Voir sur ce blog, la note du 17 septembre 2019

    Illustration : la carte date de 2012. Elle permet de situer la TI Vallée du Javari. Cliquer sur l’image pour en agrandir la taille.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 141, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève –CCP 15-728614-8 / IBAN : CH 26 0900 0000 1572 8614 8

     

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  • L’indigène brésilienne Sônia Guajajara, l’une des 100 personnes les plus influentes du monde

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    Brésil, Brasil, Sônia Guajajara, Volodymyr Zelensky, Xi Jinping, Joe Biden, Vladimir Poutine, Articulation des Peuples Indigènes du Brésil, APIB, Articulação dos Povos Indígenas do Brasil, 16e COP, Cancún, Mexique, Mexico, COP 26, Glasgow, Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne, COIAB, Coordenação das Organizações Indígenas da Amazônia Brasileira, Brasil, Mouvement pour la Coopération Internationale, MCI, Genève, Conseil des droits de l’homme, Acampamento Terra Livre, ATL, Guilherme Boulos, PSOL, Brasilia, Câmara dos Deputados, Senado, São Paulo, Maranhão, Txai Suruí, Raoni, Davi Kopenawa, Joênia Wapichana, MEG, Musée d’EthnographieChaque année, la revue américaine TIME publie une liste des 100 personnalités les plus influentes du monde. Dans son édition du 23 mai dernier, Volodymyr Zelensky, Xi Jinping, Joe Biden, Vladimir Poutine sont évidemment cités parmi les « Leaders ».

    Moins attendue, dans la catégorie « Pionniers », figure Sônia Bone Guajajara, la coordinatrice de l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB connue pour son engagement au sein des organisations indigènes. L’une des premières fois où son nom est apparu dans la presse ce fût lors de la 16e COP qui s’est tenue à Cancún, au Mexique, en 2010. Elle y représentait la Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne – COIAB. Elle avait tenté de remettre une « tronçonneuse d’or » à Katia Abreu, Sénatrice brésilienne et présidente de la Confédération Nationale de l’Agriculture – CNA favorable à une moindre protection des forêts brésiliennes (1). Sônia était à Genève en 2012 où elle a représenté la COIAB au 50ème anniversaire du Mouvement pour la Coopération Internationale – MCI qui a soutenu cette Coordination pendant 17 ans, de 1989 à 2006. Á diverses reprises, elle est revenue au siège européen des Nations Unies pour participer à des rencontres du Conseil des droits de l’homme. En 2018, elle a été candidate à la Vice-présidence de la République du Brésil accompagnant Guilherme Boulos, candidat à la Présidence, et cela sous l’étiquette du Parti Socialisme et Liberté – PSOL. Lors du « Campement Terre Libre » qui s’est tenu à Brasilia en avril dernier (2), en vue des élections législatives et exécutives qui auront lieu en octobre prochain, plusieurs femmes ont annoncé leur intention de se porter candidates pour des sièges à la Chambre des Députés ou dans les Assemblées législatives des États. Sônia y a fait part de sa pré-candidature pour représenter l’État de São Paulo à la Chambre des Députés.

    Interviewée par G1 Maranhão au sujet de sa nomination par le Time, Sônia affirme qu’elle se sent heureuse au nom de la communauté qu’elle représente et pour la cause qu’elle défend. « Une valorisation bien significative pour notre lutte des peuples indigènes et ceci est le résultat de plusieurs actions collectives que nous avons organisées au long des années pour la défense de nos droits, des territoires. Je me sens très heureuse, non pour le mérite, mais pour être le porte-parole de cette collectivité…. Nous sommes dans un moment dangereux de notre histoire. Nous avons besoin d’être ensemble avec d’autres segments de la société pour le renforcement de la démocratie et la souveraineté nationale. Ceci va seulement arriver quand nos droits et mode de vie seront respectés par l’État brésilien… »

    S’agissant des leaders des populations indigènes, ce sont souvent les hommes qui sont cités (3). Le fait qu’une dirigeante soit distinguée est significatif d’une évolution positive : les femmes sont maintenant nombreuses à s’engager dans le mouvement indigène et à en être des porte-parole. Et Sônia n’est pas seule ! En 2018, pour la première fois dans l’histoire du Brésil, une indigène, Joênia Wapichana a été élue députée fédérale (elle a l’intention de se présenter à nouveau en octobre). Et la jeune génération répond déjà présente : lors de la cérémonie d’ouverture de la COP26, à Glasgow en novembre 2021, un bref temps de parole a été donné à Txai Suruí - jeune indigène brésilienne de 24 ans (4) - pour exprimer le point de vue des peuples indigènes sur le changement climatique…

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    (1) Voir sur ce blog, la note du 23 décembre 2010

    (2)Voir sur ce blog, la note du 16 avril 2022

    (3) Parmi les plus connus, Raoni ou Davi Kopenawa

    (4) Voir sur ce blog, la note du 17 novembre 2021

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    Photo © Bernard Comoli – Sônia en 2016 devant l’entrée du Musée d’Ethnographie de Genève quand elle a visité l’exposition «Amazonie. Le chamane et la pensée de la forêt » > Cliquer sur l’image pour en agrandir la taille.

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    Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 141, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève –CCP 15-728614-8 / IBAN : CH 26 0900 0000 1572 8614 8

  • Amazonie : un projet de construction d’une ligne électrique met les Waimri-Atroari sous pression

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    Brasil, Brésil, Roraima, Boa Vista, Manaus, Amazonas, Terra indígena, Waimiri Atroari, BR-174, Eletronrte, Balbina, rio Uatumã, Transnorte Energia, Senado, Câmara dos Deputados, Decreto N° 11.059, Bolsonaro, PLP 275/2019L’État de Roraima, dans le nord du Brésil, est le seul du pays à ne pas être relié au réseau national d’électricité. Le courant est fourni localement par plusieurs centrales à gaz ou diesel. Un projet de construction d’une ligne à haute tension, reliant Manaus à Boa-Vista date de plusieurs années. Une liaison de 715 km qui permettrait le désenclavement du Roraima et d’éviter de fréquentes pannes de courant. Mais la ligne devrait traverser la Terre Indigène (TI) Waimiri-Atroari (WA) sur environ 120 kilomètres. Une TI de 25’860 Km2 homologuée depuis 1989 et cela le long de la route BR-174. La construction de cette route par l’armée – entre 1969 et 1977 – a été l’un des épisodes du contact mortifère des Waimiri-Atroari avec la société brésilienne. Estimés à plusieurs milliers au début du XXe siècle, on n’en comptait plus que 374 en 1988. Heureusement la situation a changé : en 2021, selon Eletronorte les 46 villages WA comptent au total 2’391 habitants. Les WA ont encore subi la réduction de la superficie de leur TI en raison de la construction de l’usine hydroélectrique Balbina sur le rio Uatumã et l’installation d’une entreprise minière. Ce passé difficile ne laisse pas les WA indifférents quand il s’agit maintenant de construire la ligne électrique. Cela nécessite leur accord et suppose l’adoption d’une législation particulière. Ils souhaitent obtenir des compensations pour les dommages environnementaux causés par la construction et la présence de la ligne. Pour cela ils négocient avec Transnorte Energia SA, l’entreprise en charge des travaux. Mais ils craignent l’interférence des pouvoirs publics. Ils sont en effet sous la pression des pouvoirs législatifs et exécutifs. Le 3 mai, le président Bolsonaro a signé un décret autorisant le financement de travaux en Amazonie, dont la construction de cette liaison. De leur côté, le Sénat et la Chambre des Députés discutent un projet de loi autorisant la construction de lignes électriques dans les Terres Indigènes. Á suivre…

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    Carte : Instituto Socioambiental – ISA. Cliquer sur l’image pour en agrandir la taille

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

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  • Brésil : L’annonce du viol et de l’assassinat d’une Yanomami de 12 ans par des garimpeiros suscite de nombreuses réactions

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    Le 25 avril, Júnior Hekurari Yanomami, président du Conseil du District de Santé Indigène Yanomami et Ye’kuana (Condisi YY) a annoncé avoir reçu une information de la communauté d’Arakaçá, dans la région de Waikás, dans la partie de l’État de Roraima de la Terre Indigène Yanomami (TIY) : celle-ci fait état du viol et de l’assassinat d’une jeune Yanomami de 12 ans par des orpailleurs illégaux. Des membres de la Police Fédérale, du Ministère Public Fédéral - MPF, de la Fondation Nationale de l’Indien - FUNAI et du Secrétariat Spécial de Santé Indigène – SESAI se sont rendus sur les lieux les 27 et 28 avril. Ils affirment ne pas avoir trouvé d’indices de pratiques de crimes d’homicide et de viol ou de décès par noyade. Interviewé le 29 avril par l’agence Amazônia Real, Júnior Hekurari dit être allé sur place avec son équipe. Les villageois auraient respecté le rite funèbre des Yanomami en incinérant le corps de la jeune fille, puis ils auraient bouté le feu à leur maison avant d’aller vers un autre lieu de résidence. Quelques habitants revenus rencontrer l’équipe de Júnior ont dit que les garimpeiros leur ont donné de l’or en échange de leur silence…

    Cet événement a suscité des réactions. D’abord au sein des organisations indigènes, mais aussi à la Chambre des Députés et au Tribunal Suprême Fédéral- STF. Dans un communiqué de presse du 27 avril, l‘Hutukara Associação Yanomami de Boa Vista (RR), rappelle que « s’il est confirmé, cet acte n’est pas un cas isolé. Malheureusement des épisodes de violence sexuelle contre les enfants, adolescentes et femmes Yanomami pratiqués par des garimpeiros ont déjà été constatés dans d’autres régions ». Le Conseil Indigène de Roraima – CIR demande le retrait immédiat de ces envahisseurs. La Coordination des Organisation Indigènes de l’Amazonie Brésilienne – COIAB s‘est adressée au Ministère Public Fédéral pour que celui-ci ouvre une enquête sur ce cas et, plus généralement, sur l’application de mesures de protection des Yanomami. Le 5 mai, l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB s’est adressée à Luís Barroso, juge au STF lui demandant une série de mesures visant l’évacuation des garimpeiros et l’application d’un plan pour empêcher leur retour.

    Lors de la session plénière du STF du 28 avril, La juge Cármen Lúcia, a sollicité l’ouverture d’une enquête rigoureuse sur la mort de la petite Yanomami. Le 5 mai, sur proposition d’Erika Kokay et de Joênia Wapichana, la Chambre des Députés a décidé de créer une Commission pour étudier la violation des droits des Yanomami.

    Le Conseil Indigéniste Missionnaire Nord1 - un organe rattaché à la Conférence Nationale des Evêques du Brésil – CNBB - demande, lui aussi, l’adoption de mesures de protection du peuple Yanomami et de son territoire.

    Ce 6 mai, face à l’ampleur de la réaction, la Police Fédérale a tenu une Conférence de presse à Boa Vista, la capitale de l’État de Roraima (RR) : elle a fait état de l’évolution de son enquête et de son activité (la destruction de 17'000 litres de combustible). Les recherches continuent, mais sans avoir apporté, jusqu’à maintenant, des indices en rapport avec les crimes dénoncés. Le même jour, la FUNAI a également publié une note rappelant son activité dans cette région.

    Pour l’heure, les orpailleurs illégaux sont toujours présents dans la Terre Indigène Yanomami comme ils le sont depuis de nombreuses années !

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