• Brasilia : six mille indigènes pour défendre leurs droits

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    Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, STF, Marco Temporal, Supremo Tribunal Federal, povos indígenas, Nossa história não começa em 1988, Constituição federal, APIB, Articulação dos Povos Indígenas do Brasil, Câmara dos Deputados, Advogado Geral da União, Procurador Geral da República, Advocacia-Geral da União, Xokleng, TI Ibirama-La Klano, Santa Catarina, Brasilia, Primavera indígenaL’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB - a lancé un appel à ses organisations régionales pour participer – du 22 au 28 août à Brasilia - à un campement intitulé « Lutte pour la vie ». Il s’agit de protester contre les attaques venant du Congrès, de l’Exécutif et de certains États visant surtout à réduire les droits territoriaux. Cet appel a été entendu : environ 6’000 indigènes représentant plus de 170 peuples de tout le pays ont fait le déplacement. Selon les observateurs, il s’agit de la plus importante manifestation indigène depuis l’adoption de la Constitution en 1988.

    Plusieurs sujets ont été mis à l’ordre du jour : une analyse de conjoncture, le système de santé, les modes de vie et de production des peuples indigènes ; les prochaines élections législatives et présidentielles de 2022 ; les alliances avec les organisations indigénistes et mouvements sociaux, etc.

    Autre sujet important de mobilisation : le Tribunal Suprême Fédéral – STF avait fixé au 25 août un jugement concernant la démarcation des Terres Indigènes – TI. Concrètement, il s’agit de trancher un différend opposant le Peuple Xokleng* qui a fait recours contre un avis de l’Avocat Général de l’Union  - AGU émis en juillet 2017 ordonnant aux services publics concernés de ne procéder à la démarcation (la protection) d’une Terre Indigène – TI que si elle était occupée par tel ou tel peuple au moment de l’adoption de la Constitution, soit le 5 octobre 1988. C’est essentiellement contre cette condition, dite de la « Marque temporelle » qu’a fait recours le peuple Xokleng pour obtenir la démarcation définitive de la TI Ibirama-La Klãnõ (370 km2) qu’il occupe. Une TI située dans l’État de Santa Catarina – SC. Cette démarcation a été contestée par des agriculteurs en avril 2019.

    Le STF avait déjà décidé que ce jugement aurait une portée générale, c’est à dire que si le critère de la « Marque temporelle » était validé, il s’appliquerait à tous les processus de démarcation de TI en cours (il y en a plusieurs centaines). Il serait même susceptible d’entraîner la révision des TI déjà démarquées. L’enjeu est capital pour les peuples indigènes. Le jugement, déjà remis plusieurs fois, n’a commencé que le 26 août et doit se poursuivre à partir du 1er septembre.

    Le 27 août, au terme du Campement, sur l’Esplanade des Ministères, dans un acte symbolique dénonçant l’agenda anti-indigène du Gouvernement fédéral et du Congrès, les indigènes ont brûlé un grand cercueil symbolisant les différents projets de loi menaçant leurs droits déjà déposés au Congrès.

    Le même jour, les organisateurs ont publié un document « Printemps indigène : mobilisation pour la vie et la démocratie » portant cette conclusion : « Notre histoire ne commence pas en 1988. Nos luttes sont séculaires. Elles existent depuis que les Portugais et envahisseurs européens sont venus sur ces terres pour s’approprier nos territoires et leurs richesses. Pour cela nous continuerons à résister, à revendiquer le respect pour notre mode de voir, d’être, de penser, sentir et agir dans le monde. Sous l’égide du texte Constitutionnel, nous comptons que la Cour Suprême consacre notre droit originaire à la terre qui est indépendant d’une date spécifique prouvant son occupation. Par le moyen de la thèse de la « marque temporelle » les actuels colonisateurs veulent ignorer que nous étions déjà ici quand leurs ascendants ont décimé beaucoup de nos ancêtres, érigeant sur leurs cadavres l’actuel État national. »

    Une majorité de participant-e-s a quitté Brasilia le 28 août, mais environ un millier est resté sur place pour suivre les délibérations du STF.

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    *Prononcer « Chokleng »

    Voir sur ce Blog la Note du 29 août 2017

    PS 1/ Illustration : Cliquer sur la vignette pour en agrandir la taille.

    PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 138, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève – Attention : le No de CCP de AYA a changé, le nouveau no est le 15-728614-8 et l’IBAN : CH 26 0900 0000 1572 8614 8

  • Guyane : L’orpaillage illégal, un fléau ancien, difficilement éradicable !

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    L’orpaillage illégal, un fléau ancien, difficilement éradicable ! C’est ainsi que commence le rapport d’une Commission d’enquête de l’Assemblée Nationale (française) sur la lutte contre l’orpaillage illégal en Guyane. Une Commission créée en janvier 2021 à l’initiative de Gabriel Serville, alors député de la 1ère circonscription de Guyane qui en a été le rapporteur. Une trentaine de personnes ont été auditionnées. Une délégation de la Commission s’est rendue en Guyane du 5 au 10 juillet où elle a rencontré différents acteurs locaux concernés par l’orpaillage illégal. Le rapport ne consacre que quelques lignes aux ONG contactées à cette occasion. La voix des autochtones aurait mérité un meilleur écho. Daté du 21 juillet. Le rapport de 124 pages comporte deux parties : la première est un état des lieux du phénomène et décrit la réponse actuelle de l’État. La deuxième est un ensemble de propositions visant à contenir le phénomène à court terme et à l’éradiquer à plus long terme.

    Première partie

    L’état des lieux d’abord. L’orpaillage illégal est le fait d’environ 8'600 chercheurs d’or à 95% d’origine brésilienne. Ces garimpeiros utilisent des techniques éprouvées sur environ 500 sites, dont 150 au cœur du Parc national amazonien de Guyane. Une activité renforcée ces dernières années par l’appréciation du cours de l’or et la crise économique. La Guyane (83'846 km2) est un territoire immense aux frontières poreuses - en grande partie fluviales - avec le Brésil (730 km) et le Suriname (510 km). Selon différentes estimations, le préjudice annuel de l’extraction illégale de 10 à 12 tonnes d’or se situerait entre 500 et 750 millions d’euros. Fléau encore en raison de la destruction environnementale (déforestation, pollution de l’eau), de l’empoisonnement des populations locales par l’usage du mercure. Mais aussi en rendant impossible développement d’un tourisme écoresponsable en raison de l’insécurité générée par cette activité.

    Le rapport traite évidemment de la réponse déjà donnée par l’État : « Des moyens conséquents mais partiellement inadaptés ». Il s’agit d’abord de réprimer. Sont rappelées les différentes actions réalisées par la gendarmerie dès le début des années 2000, renforcée par l’armée en 2008 : nombre de patrouilles, de chantiers détruits, de saisies d’or, de mercure, de carburant, de personnes placées en garde à vue et celles condamnées. Cette répression a son lot de violence : neuf militaires y ont laissé leur vie… Un second volet de la réponse : la volonté de préserver la forêt par la création, en 2007, du Parc amazonien de Guyane qui s’étend sur 34'000 km2. Le pilotage de la lutte contre l’orpaillage illégal a été confié à la présidence de la république. Il est devenu interministériel en 2019. En guise de conclusion : « Néanmoins, le niveau des activités d’orpaillage illégal reste très haut et le nombre de personnes condamnées faible ».

    Deuxième partie

    La seconde partie du rapport énumère les domaines dans lesquels l’État doit agir. Tout d’abord, améliorer le pilotage de l’action et mieux associer les populations. Au cas par cas, développer la filière légale d’orpaillage (une fausse bonne idée ?). Relancer la coopération internationale pour casser les flux logistiques. Approfondir les travaux sur la traçabilité de l’or. Ensuite, adapter la réponse répressive en complétant le dispositif existant et l’arsenal juridique. Enfin, développer la réponse sanitaire et sociale. Pour ces différents domaines le rapporteur a formulé 44 propositions qui ont été retenues par la Commission lors de l’adoption du rapport. De l’aveu même du rapporteur se pose la question de leur prise en considération par le gouvernement : « Mon inquiétude porte donc sur notre capacité à convaincre le Gouvernement de la nécessité de mettre en œuvre assez vite les mesures que nous proposons… Le calendrier ne joue pas en notre faveur puisque les élections présidentielles et législatives se tiendront l’année prochaine. »

    Le 27 juin, Gabriel Serville a été élu, pour un mandat d’un peu plus de six ans, président de la Collectivité Territoriale de Guyane - CTG. Suite à cette élection, il a quitté son siège de député. Cependant, avec ce nouvel engagement, et l’appui de la nouvelle majorité à la CTG, il reste bien placé pour obtenir des résultats…

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    Pour rappel : au début de 2020, une Commission du Sénat (français) a déjà évoqué la lutte contre l’orpaillage illégal dans un Rapport proposant une « Grande loi Guyane ». Ce n’est donc pas la connaissance du problème qui est en cause !

    Pour rappel encore, en 2009 déjà, le film Dirty Paradise (Sale Paradis), réalisé par le cinéaste Daniel Schweizer a contribué à faire connaître au grand public la gravité des conséquences de l’orpaillage sur la santé des autochtones Wayana de Guyane. Le film a reçu le grand prix de l’État de Genève quand il a été présenté au Festival du Film et Forum International sur les Droits Humains - FIFDH en mars 2010. Voir sur ce blog la note du 4 mai 2010.

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    PS 1 : Voir sur ce blog la note du 11 février 2018

    PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 138, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève,

    ATTENTION : le CCP de AYA a changé : Le nouveau No est le 15-728614-8. L’IBAN a également changé, le nouveau no est : CH26 0900 0000 157286148