• L’indigène brésilienne Sônia Guajajara, l’une des 100 personnes les plus influentes du monde

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    Brésil, Brasil, Sônia Guajajara, Volodymyr Zelensky, Xi Jinping, Joe Biden, Vladimir Poutine, Articulation des Peuples Indigènes du Brésil, APIB, Articulação dos Povos Indígenas do Brasil, 16e COP, Cancún, Mexique, Mexico, COP 26, Glasgow, Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne, COIAB, Coordenação das Organizações Indígenas da Amazônia Brasileira, Brasil, Mouvement pour la Coopération Internationale, MCI, Genève, Conseil des droits de l’homme, Acampamento Terra Livre, ATL, Guilherme Boulos, PSOL, Brasilia, Câmara dos Deputados, Senado, São Paulo, Maranhão, Txai Suruí, Raoni, Davi Kopenawa, Joênia Wapichana, MEG, Musée d’EthnographieChaque année, la revue américaine TIME publie une liste des 100 personnalités les plus influentes du monde. Dans son édition du 23 mai dernier, Volodymyr Zelensky, Xi Jinping, Joe Biden, Vladimir Poutine sont évidemment cités parmi les « Leaders ».

    Moins attendue, dans la catégorie « Pionniers », figure Sônia Bone Guajajara, la coordinatrice de l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB connue pour son engagement au sein des organisations indigènes. L’une des premières fois où son nom est apparu dans la presse ce fût lors de la 16e COP qui s’est tenue à Cancún, au Mexique, en 2010. Elle y représentait la Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne – COIAB. Elle avait tenté de remettre une « tronçonneuse d’or » à Katia Abreu, Sénatrice brésilienne et présidente de la Confédération Nationale de l’Agriculture – CNA favorable à une moindre protection des forêts brésiliennes (1). Sônia était à Genève en 2012 où elle a représenté la COIAB au 50ème anniversaire du Mouvement pour la Coopération Internationale – MCI qui a soutenu cette Coordination pendant 17 ans, de 1989 à 2006. Á diverses reprises, elle est revenue au siège européen des Nations Unies pour participer à des rencontres du Conseil des droits de l’homme. En 2018, elle a été candidate à la Vice-présidence de la République du Brésil accompagnant Guilherme Boulos, candidat à la Présidence, et cela sous l’étiquette du Parti Socialisme et Liberté – PSOL. Lors du « Campement Terre Libre » qui s’est tenu à Brasilia en avril dernier (2), en vue des élections législatives et exécutives qui auront lieu en octobre prochain, plusieurs femmes ont annoncé leur intention de se porter candidates pour des sièges à la Chambre des Députés ou dans les Assemblées législatives des États. Sônia y a fait part de sa pré-candidature pour représenter l’État de São Paulo à la Chambre des Députés.

    Interviewée par G1 Maranhão au sujet de sa nomination par le Time, Sônia affirme qu’elle se sent heureuse au nom de la communauté qu’elle représente et pour la cause qu’elle défend. « Une valorisation bien significative pour notre lutte des peuples indigènes et ceci est le résultat de plusieurs actions collectives que nous avons organisées au long des années pour la défense de nos droits, des territoires. Je me sens très heureuse, non pour le mérite, mais pour être le porte-parole de cette collectivité…. Nous sommes dans un moment dangereux de notre histoire. Nous avons besoin d’être ensemble avec d’autres segments de la société pour le renforcement de la démocratie et la souveraineté nationale. Ceci va seulement arriver quand nos droits et mode de vie seront respectés par l’État brésilien… »

    S’agissant des leaders des populations indigènes, ce sont souvent les hommes qui sont cités (3). Le fait qu’une dirigeante soit distinguée est significatif d’une évolution positive : les femmes sont maintenant nombreuses à s’engager dans le mouvement indigène et à en être des porte-parole. Et Sônia n’est pas seule ! En 2018, pour la première fois dans l’histoire du Brésil, une indigène, Joênia Wapichana a été élue députée fédérale (elle a l’intention de se présenter à nouveau en octobre). Et la jeune génération répond déjà présente : lors de la cérémonie d’ouverture de la COP26, à Glasgow en novembre 2021, un bref temps de parole a été donné à Txai Suruí - jeune indigène brésilienne de 24 ans (4) - pour exprimer le point de vue des peuples indigènes sur le changement climatique…

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    (1) Voir sur ce blog, la note du 23 décembre 2010

    (2)Voir sur ce blog, la note du 16 avril 2022

    (3) Parmi les plus connus, Raoni ou Davi Kopenawa

    (4) Voir sur ce blog, la note du 17 novembre 2021

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    Photo © Bernard Comoli – Sônia en 2016 devant l’entrée du Musée d’Ethnographie de Genève quand elle a visité l’exposition «Amazonie. Le chamane et la pensée de la forêt » > Cliquer sur l’image pour en agrandir la taille.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 141, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève –CCP 15-728614-8 / IBAN : CH 26 0900 0000 1572 8614 8

  • Amazonie : un projet de construction d’une ligne électrique met les Waimri-Atroari sous pression

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    Brasil, Brésil, Roraima, Boa Vista, Manaus, Amazonas, Terra indígena, Waimiri Atroari, BR-174, Eletronrte, Balbina, rio Uatumã, Transnorte Energia, Senado, Câmara dos Deputados, Decreto N° 11.059, Bolsonaro, PLP 275/2019L’État de Roraima, dans le nord du Brésil, est le seul du pays à ne pas être relié au réseau national d’électricité. Le courant est fourni localement par plusieurs centrales à gaz ou diesel. Un projet de construction d’une ligne à haute tension, reliant Manaus à Boa-Vista date de plusieurs années. Une liaison de 715 km qui permettrait le désenclavement du Roraima et d’éviter de fréquentes pannes de courant. Mais la ligne devrait traverser la Terre Indigène (TI) Waimiri-Atroari (WA) sur environ 120 kilomètres. Une TI de 25’860 Km2 homologuée depuis 1989 et cela le long de la route BR-174. La construction de cette route par l’armée – entre 1969 et 1977 – a été l’un des épisodes du contact mortifère des Waimiri-Atroari avec la société brésilienne. Estimés à plusieurs milliers au début du XXe siècle, on n’en comptait plus que 374 en 1988. Heureusement la situation a changé : en 2021, selon Eletronorte les 46 villages WA comptent au total 2’391 habitants. Les WA ont encore subi la réduction de la superficie de leur TI en raison de la construction de l’usine hydroélectrique Balbina sur le rio Uatumã et l’installation d’une entreprise minière. Ce passé difficile ne laisse pas les WA indifférents quand il s’agit maintenant de construire la ligne électrique. Cela nécessite leur accord et suppose l’adoption d’une législation particulière. Ils souhaitent obtenir des compensations pour les dommages environnementaux causés par la construction et la présence de la ligne. Pour cela ils négocient avec Transnorte Energia SA, l’entreprise en charge des travaux. Mais ils craignent l’interférence des pouvoirs publics. Ils sont en effet sous la pression des pouvoirs législatifs et exécutifs. Le 3 mai, le président Bolsonaro a signé un décret autorisant le financement de travaux en Amazonie, dont la construction de cette liaison. De leur côté, le Sénat et la Chambre des Députés discutent un projet de loi autorisant la construction de lignes électriques dans les Terres Indigènes. Á suivre…

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    Carte : Instituto Socioambiental – ISA. Cliquer sur l’image pour en agrandir la taille

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 141, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève –CCP 15-728614-8 / IBAN : CH 26 0900 0000 1572 8614 8

  • Brésil : L’annonce du viol et de l’assassinat d’une Yanomami de 12 ans par des garimpeiros suscite de nombreuses réactions

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    Le 25 avril, Júnior Hekurari Yanomami, président du Conseil du District de Santé Indigène Yanomami et Ye’kuana (Condisi YY) a annoncé avoir reçu une information de la communauté d’Arakaçá, dans la région de Waikás, dans la partie de l’État de Roraima de la Terre Indigène Yanomami (TIY) : celle-ci fait état du viol et de l’assassinat d’une jeune Yanomami de 12 ans par des orpailleurs illégaux. Des membres de la Police Fédérale, du Ministère Public Fédéral - MPF, de la Fondation Nationale de l’Indien - FUNAI et du Secrétariat Spécial de Santé Indigène – SESAI se sont rendus sur les lieux les 27 et 28 avril. Ils affirment ne pas avoir trouvé d’indices de pratiques de crimes d’homicide et de viol ou de décès par noyade. Interviewé le 29 avril par l’agence Amazônia Real, Júnior Hekurari dit être allé sur place avec son équipe. Les villageois auraient respecté le rite funèbre des Yanomami en incinérant le corps de la jeune fille, puis ils auraient bouté le feu à leur maison avant d’aller vers un autre lieu de résidence. Quelques habitants revenus rencontrer l’équipe de Júnior ont dit que les garimpeiros leur ont donné de l’or en échange de leur silence…

    Cet événement a suscité des réactions. D’abord au sein des organisations indigènes, mais aussi à la Chambre des Députés et au Tribunal Suprême Fédéral- STF. Dans un communiqué de presse du 27 avril, l‘Hutukara Associação Yanomami de Boa Vista (RR), rappelle que « s’il est confirmé, cet acte n’est pas un cas isolé. Malheureusement des épisodes de violence sexuelle contre les enfants, adolescentes et femmes Yanomami pratiqués par des garimpeiros ont déjà été constatés dans d’autres régions ». Le Conseil Indigène de Roraima – CIR demande le retrait immédiat de ces envahisseurs. La Coordination des Organisation Indigènes de l’Amazonie Brésilienne – COIAB s‘est adressée au Ministère Public Fédéral pour que celui-ci ouvre une enquête sur ce cas et, plus généralement, sur l’application de mesures de protection des Yanomami. Le 5 mai, l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB s’est adressée à Luís Barroso, juge au STF lui demandant une série de mesures visant l’évacuation des garimpeiros et l’application d’un plan pour empêcher leur retour.

    Lors de la session plénière du STF du 28 avril, La juge Cármen Lúcia, a sollicité l’ouverture d’une enquête rigoureuse sur la mort de la petite Yanomami. Le 5 mai, sur proposition d’Erika Kokay et de Joênia Wapichana, la Chambre des Députés a décidé de créer une Commission pour étudier la violation des droits des Yanomami.

    Le Conseil Indigéniste Missionnaire Nord1 - un organe rattaché à la Conférence Nationale des Evêques du Brésil – CNBB - demande, lui aussi, l’adoption de mesures de protection du peuple Yanomami et de son territoire.

    Ce 6 mai, face à l’ampleur de la réaction, la Police Fédérale a tenu une Conférence de presse à Boa Vista, la capitale de l’État de Roraima (RR) : elle a fait état de l’évolution de son enquête et de son activité (la destruction de 17'000 litres de combustible). Les recherches continuent, mais sans avoir apporté, jusqu’à maintenant, des indices en rapport avec les crimes dénoncés. Le même jour, la FUNAI a également publié une note rappelant son activité dans cette région.

    Pour l’heure, les orpailleurs illégaux sont toujours présents dans la Terre Indigène Yanomami comme ils le sont depuis de nombreuses années !

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