La lettre d'AYA - Page 2

  • Le Brésil conduit une politique indigéniste à laquelle s’opposent les principaux intéressés

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    En ce début d’année, par deux fois déjà, la Fondation Nationale de l’Indien* - FUNAI a édicté des dispositions concernant les peuples indigènes sans procéder à la consultation « libre, préalable et informée » de ces derniers. Une consultation en application de la Constitution et des traités internationaux signés par le Brésil, en particulier la Convention 169 de l’Organisation Internationale du Travail - OIT. Les principaux intéressés sont opposés à ces nouvelles prescriptions.

    Au sujet de l’identité indigène

    Le 22 janvier, la Fondation a adopté des « Critères complémentaires » pour standardiser et donner une sécurité juridique à l’autodéclaration indigène : Une résolution  publiée au Journal officiel de l’Union. La Fondation dit vouloir protéger l’identité indigène et éviter les fraudes dans l’obtention d’avantages sociaux destinés à cette partie de la population brésilienne. Elle définit quatre critères : 1) Lien historique et traditionnel d’occupation ou d’habitation entre l’ethnie et le territoire brésilien ; 2) Conscience intime déclarée sur le fait d’être indien ; 3) Origine et ascendance pré-colombiennes ; 4) Identification de la personne par un groupe ethnique existant et avec des caractéristiques culturelles distinctes de celles présentes dans la société non-indienne.

    Pour l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil** – APIB, ce texte signifie que désormais, la FUNAI a le droit de dire qui est, ou qui n’est pas indigène. Un droit qui, jusque-là appartient aux indigènes eux-mêmes et cela en vertu des textes évoqués ci-dessus. L’APIB « exprime sa profonde indignation et son refus total des tentatives de ce gouvernement de régresser dans le temps, voulant le retour de l’autoritarisme colonial et dictatorial pour mettre les peuples indigènes sous tutelle. Nous ne pouvons admettre la violence, la discrimination et le racisme institutionnel contre nous par des moyens inconstitutionnels. Nous exigeons l’immédiate annulation de cette résolution de la FUNAI et nous demandons que le gouvernement fédéral respecte la Constitution et le droit des peuples. » Le Conseil juridique de l’Articulation a adressé une note technique au Ministère Public Fédéral demandant que cette résolution soit suspendue et déclarée nulle. Celui-ci, dans une Note publique du 4 février se dit fermement opposé au texte de la FUNAI. Il en demande la révocation.

    La libéralisation de l’activité économique dans les Terres Indigènes

    Le 22 février, les présidents de la FUNAI et de l’Institut Brésilien de l’Environnement et des ressources renouvelables - IBAMA ont signé une « Instruction normative » réglementant l’octroi d’autorisations environnementales concernant les activités économiques développées sur les Terres Indigènes (TI)  par le biais d’organisations indigènes ou – c’est la nouveauté -  de composition mixte, indigènes et non indigènes. Cette libéralisation va à l’encontre de la Constitution (art 231 §2) stipulant que les indigènes sont les usufruitiers exclusifs des richesses du sol, des rivières et des lacs dans les TI qu’ils occupent.

    Sur son site, par deux fois, la FUNAI a signalé avoir reçu l’appui de leaders indigènes. Tout d’abord une lettre du 25 février signée de Felisberto Cupudunepá, porte-parole du « Groupe d’agriculteurs et producteurs indigènes » qui soutient cette « Instruction » souhaitée par son groupe. La FUNAI indique que cette entité est formée par des représentants de 70 peuples de toutes les régions du pays. Cette lettre exprime également son opposition à la note publiée par le Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI*** qui a fait connaître son hostilité à ce texte. Ensuite, le 1er mars, la Fondation publie une vidéo sur Youtube dans laquelle, outre Felisberto, deux autres leaders s’expriment en faveur de cette Instruction.

    L’APIB a publié une note **(non reproduite par la FUNAI !) à destination de ses organisations membres. Elle rappelle que la décision gouvernementale a été prise sans avoir consulté les peuples indigènes.

    Le 8 mars, au parlement fédéral, les membres du Front Parlementaire Mixte de Défense des Droits des Peuples Indigènes**** (FPMDDPI) ont déposé dix Projets de Décrets Législatifs – PDLs, dont quatre contre la « Résolution » No 4 du 22 janvier et six contre l’« Instruction Normative » du 22 février. À voir comment ces propositions seront traitées par le parlement ?

    Pour rappel

    En mai 2020, la FUNAI a publié une note affirmant qu’avec l’élection du Président de la République, Jair Messias Bolsonaro, le peuple brésilien avait choisi une nouvelle politique indigéniste : « …dans le respect de ce choix, nous devons donner un vote de confiance aux nouvelles idées et projets pour l’ethno-développement des indigènes brésiliens… » Quand elles se concrétisent par les exemples ci-dessus, ces « nouvelles idées » de la FUNAI, vont à l’encontre de la mission qui lui a été définie dans la législation brésilienne encore en vigueur !

                                                                               ****

    *Administration brésilienne chargée (en principe) de la protection des peuples indigènes.

    **L’APIB est la faîtière des organisations indigènes du Brésil.

    ***Le CIMI est une institution rattachée à la Conférence Nationale des Évêques du Brésil – CNBB, chargée des questions indigènes.

    ****Composé de Députés et de Sénateurs. La Coordinatrice du Front est Joênia Wapichana, députée de l’État de Roraima, première femme indigène de l’histoire du Brésil à être élue parlementaire.

    ***

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 137, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève

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  • « Mise au Point » : la Covid-19, son impact à Manaus et sur les peuples indigènes

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    Dimanche soir 7 février, dans son émission « Mise au Point », la Radio Télévision Suisse – RTS a diffusé une séquence consacrée à l’impact de la Covid-19 à Manaus et sur les communautés indigènes vivant dans la capitale de l’État d’Amazonas et bien au-delà. Les journalistes ont bénéficié des services de Silvio Cavuscens, un manauense* qui a passé une grande partie de sa jeunesse à Genève où il a gardé de nombreux liens. Silvio est co-fondateur et actuel coordinateur général de l’ONG brésilienne « Service et Coopération avec le peuple Yanomami » – SECOYA qui a des liens de solidarité anciens et réguliers avec les Yanomami du rio Marauiá.

    L’émission montre bien la solidarité animant les communautés indigènes entre elles et leur volonté de lutter contre la pandémie. Mais pour les téléspectateurs romands, en particulier les contribuables genevois et vaudois, il importe de savoir - cela n’est pas mentionné dans l’émission - que par l’intermédiaire des fédérations vaudoise et genevoise de coopération ils participent à cette solidarité avec le peuple Yanomami. A Genève, deux ONG, « Appui au peuple Yanomami d’Amazonie » – AYA et le Mouvement pour la Coopération Internationale –  MCI soutiennent les projets que la SECOYA a définis avec les Yanomami et leur association Kurikama.** Et le programme « Santé » de la SECOYA est sous la responsabilité de la Fribourgeoise Sylvie Petter, membre de l’ONG « E-Changer » dont le siège est à Lausanne. Cette solidarité internationale, même si elle reste modeste a le mérite d’exister.

    Les lecteurs de cette note qui le souhaitent peuvent apporter leur appui à l’une ou l’autre de ces ONGs (Voir ci-dessous)

                                                                                 ***

    *Un « manauense » est un habitant de Manaus.

    **Kurikama, association fondée en octobre 2013. Voir sur ce blog, les notes du 10 décembre 2013 et du 20 janvier 2016

                                                                                ***

    Pour apporter un appui :

    -Appui au peuple Yanomami d’Amazonie – AYA / CCP 17-55066-2

    -Mouvement pour la Coopération Internationale – MCI / CCP 12-16911-9 / Mention SECOYA

    -E-Changer : CCP 14-331743-0 / Mention SECOYA

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 136, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève

  • Vaccination Covid : seule une partie des indigènes brésiliens est prioritaires / Bolsonaro est dénoncé à la CPI

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    Brésil, Brasil, Amazonie, Amazônia, Yanomami, Ye’kwana, Secrétariat Spécial de Santé Indigène, SESAI, Secretaria Especial de Saúde Indígena, SESAI, Covid-19, Manaus, ANVISA, Agência Nacional de Vigilância Sanitária, Ministério da Saúde, vaccination, vacinação, aldeados, Terras Indígenas, demarcação, Terres Indigènes, démarcation, TI Yanomami, Amazonas, Roraima, Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne, COIAB, Coordenação das Organizações Indígenas da Amazônia Brasileira, Articulação dos Povos Indígenas do Brasil, Articulation des Peuples indigènes du Brésil, APIB, Distritos Sanitários Especiais Indígenas, DSEI, Tribunal suprême Fédéral, STF, Supremo Tribunal Federal, Câmara dos Deputados, Raoni, Cour pénale internationale, William Bourdon, Fatou BensoudaLes médias ont largement fait écho à l’apparition d’une souche amazonienne de la Covid-19. Et aussi à l’état sanitaire catastrophique dans lequel se trouve Manaus, la capitale de l’État d’Amazonas. Il y est particulièrement question des conséquences de la pénurie d’oxygène pour le traitement des malades. Le 17 janvier, l’Agence Nationale de Vigilance Sanitaire – ANVISA, a autorisé l’usage temporaire de deux vaccins. Très vite, les médias et réseaux sociaux ont publié les photos des premières personnes vaccinées.

    En décembre 2020, le gouvernent brésilien a publié un plan opérationnel de vaccination contre la Covid-19. La grande vulnérabilité des peuples indigènes et les difficultés de mise en œuvre des mesures de protection, notamment en raison des distances pour atteindre les communautés sont reconnus. Mais le plan classe prioritaires les seuls indigènes de plus de 18 ans « aldeados », c’est-à-dire habitant les villages situés à l’intérieur des Terres Indigènes (TI) démarquées. Les plans de vaccination des États d’Amazonas et de Roraima (sur lesquels s’étend la TI Yanomami) reprennent la même disposition.

    L’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil - APIB, a réagi à cette restriction. Elle rappelle que de nombreuses TI n’ont pas été démarquées*. En conséquence cela exclut de la campagne de vaccination un peu plus de 40 % des 900'000 indigènes du pays. Dans un manifeste, elle rappelle la position du Tribunal Suprême Fédéral et du Parlement fédéral qui ont demandé, en août 2020 déjà, la mise en œuvre d’un plan non restrictif de protection des peuples indigènes. Parallèlement, elle lance une campagne pour obtenir cette vaccination pour tous les indigènes et inciter ceux-ci à se faire vacciner.

    La situation au 21 janvier

    Les statistiques publiées par différents organismes sont généralement considérées par les spécialistes comme étant inférieures à la réalité. De plus, leurs modes de calcul ne sont pas identiques. Leur comparabilité a peu de sens. Pour l’ensemble du Brésil, au 21 janvier dernier, le Ministère de la santé annonçait 8'697’368 cas confirmés depuis le début du comptage (à fin février 2020) et 214'147 décès depuis la même période. En ce qui concerne les peuples indigènes, à la même date, le Secrétariat Spécial de Santé Indigène – SESAI (qui ne compte que les indigènes résidant dans les trente-quatre Districts Sanitaires Spéciaux Indigènes) annonçait 40'611 cas confirmés et 531 décès, dont respectivement 1'218 cas et 10 décès dans le District Yanomami. Toujours au 21 janvier, le réseau d’organisations qui composent l’APIB annonce 46'508 cas confirmés et 929 décès au sein de 161 peuples indigènes. La Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne – COIAB annonce 33’202 cas confirmés et 749 décès au sein de 141 peuples dans cette partie du pays. Enfin, au 31 décembre 2020, le Réseau Pro-Yanomami et Ye’kwana qui ne concerne que ces deux peuples, annonce 1'607 cas confirmés et 14 décès depuis le début de ses relevés à fin mai 2020**.

    Raoni dénonce Bolsonaro devant la Cour pénale internationale

    Le 21 décembre 2020, au nom de l’APIB, des leaders Raoni Metuktire et Almir Suruí, l’avocat français William Bourdon a déposé une nouvelle demande d’investigation préliminaire contre le président brésilien Jair Bolsonaro devant la Cour Pénale Internationale – CPI de La Haye. La Cour est chargée de juger les individus responsables de génocides, de crime de guerre, de crime contre l’humanité et d’agression. La procureure de la CPI, Fatou Bensouda, va étudier la recevabilité de la plainte. À suivre…

                                                                                    ***

    *Le président Bolsonaro s’est déclaré hostile à toute nouvelle démarcation.

    **Voir sur ce blog la note du 4 décembre 2020 le document du Forum des leaders de la TI Yanomami.

                                                                                    ***

    Illustration : le logo de la campagne de l’APIB. Cliquer sur la vignette pour en agrandir la taille.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 136, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

     

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  • Brésil / Barcelone : La plateforme indigène « Mídia Índia » reçoit un prix

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    Brésil, Brasil, Amazonie, Amazônia, Erisvan Bone Guajajara de Sousa Silva, Joan Alsina, Mídia Índia, Casa Amèrica Catalunya, Barcelona, Barcelone, Covid-19, Articulation des Peuples et Organisations Indigènes de l’État de l’Amapá et du Nord Pará, APOIANP, Articulação dos Povos e Organizações Indigenas do Estado do Amapá e Norte do Pará, Fondation Nationale de l’Indien, FUNAI, Fundação Nacional do Índio, Convention 169, Convenção 169, Organização Internacional do Trabalho, Organisation Internationale du Travail, Declaração da ONU sobre os Direitos dos Povos Indígenas, Esprit solidaire, Léman BleuFondée en 2017 par Erisvan Bone Guajajara, la plateforme indigène brésilienne « Mídia Índia » a reçu, le 17 décembre dernier, le Prix Joan Alsina (1) des Droits humains attribué chaque année par la Fondation Casa Amèrica Catalunya de Barcelone (2). La Fondation a voulu récompenser la plateforme pour sa précieuse contribution à la diffusion et à la connaissance des réalités des peuples originaires de l’Amazonie brésilienne. Cela au moment où leur survie est gravement menacée par la pandémie du Covid-19, le changement climatique, les incendies, l’exploitation, souvent violente et incontrôlée des ressources naturelles. Mais aussi par le déclin de la protection de leurs droits. Sur son site Facebook, au 7 janvier, Mídia Índia déclare compter 60'236 abonnés.

    À titre d’exemple, l’une des dernières informations qu’elle y a relayé le 5 janvier concerne la protestation que l’Articulation des Peuples et Organisations Indigènes de l’Amapá et du Nord Pará – APOIANP – a adressée au Gouvernement brésilien suite à la désignation d’un militaire comme Coordinateur régional de la Fondation Nationale de l’Indien – FUNAI. Elle demande la révocation de l’arrêté de nomination du titulaire de ce poste ; le respect des traités internationaux signés par le Brésil (la Convention 169 de l’OIT, la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones) et que soient prises en compte leurs propositions pour l’occupation de tels postes. Le 4 janvier dernier, sur YouTube, l’entité a publié une rétrospective de son activité.

    Si la simple radiophonie est encore utile pour les communications entre communautés, les nouveaux outils et réseaux de communication sont largement utilisés par les indigènes et leurs organisations depuis plusieurs années. Cela leur permet de diffuser à moindre coût l’information qu’ils produisent eux-mêmes, à destination de leurs propres communautés ou du grand public. Le cas échéant, elle sert à documenter des revendications particulières adressées aux autorités. Une pratique qui n’est pas propre aux organisations brésiliennes. Une précédente note a été consacrée à l’action des organisations indigènes péruviennes luttant contre les atteintes à l’environnement causées par les compagnies pétrolières. Un sujet repris actuellement dans l’émission « Esprit solidaire » de « Léman Bleu », la télévision locale genevoise.

    En distinguant « Midia India », la Fondation catalane a mis le projecteur sur l’effort des organisations indigènes pour faire entendre leur voix.

                                                                                       ***

    (1) Joan Alsina (1942 – 1973) est un prêtre catalan fusillé au Chili le 19 septembre 1973 lors du coup d’État militaire.

    (2) Entité rattachée aux autorités municipales de Barcelone.

    Illustration : Logo de la plateforme. Cliquer sur la vignette pour en agrandir la taille.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 136, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Brésil : les Indigènes sont plus nombreux dans les conseils municipaux

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    Dans la très grande majorité des 5'568 communes du Brésil, les citoyens ont eu connaissance de la composition de leurs autorités municipales au soir du 15 novembre. Il y a eu un second tour le 29 novembre dans 57 des 95 communes de plus de 200'000 habitants.

    À propos des résultats, une première remarque s’impose : les chiffres sont indicatifs, ils varient selon les sources et la date d’actualisation, y compris ceux - officiels - du Tribunal Supérieur Électoral – TSE. Ainsi, dans la ventilation selon le critère « Couleur ou Race » (1), celui-ci est « Sans information » pour 626 élus.

    Les élus indigènes

    Cette année, pour l’ensemble du Brésil, le Tribunal avait reçu 2'216 candidatures indigènes (2). 190 d’entre eux ont été élu-e-s, dont 8 dans la fonction de maires, 10 comme maires-adjoints et 172 comme conseillers municipaux.

    Pour rappel, en 2016 (3), le TSE avait reçu 1'715 candidatures indigènes, 184 avaient été élus, dont 6 comme maires, 10 maires-adjoints. Il y a vingt ans, aux élections municipales de l’an 2000 (4), environ 350 indigènes avaient été candidats. 83 avaient été élus, dont 1 comme maire, 6 comme maires-adjoints et 76 à la fonction de conseillers municipaux.

    Pour les élections de cette année l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB, dans un relevé partiel du 23 novembre, annonce avoir pointé 236 élu-e-s indigènes originaires de 71 peuples dont 214 conseillers municipaux, 10 comme maires et 12 maires-adjoints. La différence avec les chiffres du TSE est particulièrement marquée. Mais d’élections en élections, le nombre de candidats et d’élus indigènes a toujours progressé.

    En Amazonie

    Dans les neuf États de l’Amazonie légale (5), selon le TSE, nonante-trois indigènes ont été élus, dont 4 comme maires, sept comme maires-adjoints et quatre-vingt-deux comme conseillers municipaux. Ces élus se sont présentés sur des listes de 21 partis différents (6).

    Toujours pour cette partie du Brésil, daté du 20 novembre et à partir de diverses sources, la Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne – COIAB a réalisé un pointage provisoire des élu(e)s indigènes. Elle en a compté 116 (dont 21 femmes) Et cela dans 55 des 808 communes de cette partie du pays. Ils, ou elles, représentent 45 peuples. Quatre ont été élus maires, neuf maires-adjoints, 103 conseiller-ère-s municipaux.

    Ces élu-e-s sont affiliés à une vingtaine de partis politiques différents, Seize sont inscrits au Mouvement Démocratique Brésilien – MDB, et autant au Parti Social Démocratique – PSD. Aucun élu n’est affilié au Parti Socialisme et Liberté – PSOL, étiquette sous laquelle Sônia Bone Guajajara s’est présentée à l’élection présidentielle de 2018. Dans l’État de Roraima, trois indigènes ont porté les couleurs du parti Rede Sustentabilidade – REDE (Réseau soutenable) sous lesquelles Joênia Wapichana a gagné son siège à la Chambre des Députés en 2018. Parmi eux, Mário Nicácio, membre de la Coordination Exécutive de la COIAB, a été élu maire-adjoint dans la commune de Bonfim.

    Dans la commune de São Gabriel da Cachoeira (État d’Amazonas) considérée comme la plus indigène du Brésil, 12 des 15 élus sont des indigènes. Clóvis Curubão a été réélu maire, et Eliane Falcão a été élue maire-adjointe. Déjà aux élections d’octobre 2008, un indigène avait été élu maire.

    Souvent minoritaires dans les exécutifs et législatifs communaux les élus indigènes ont un important défi à relever : celui de faire valoir les droits des peuples qu’ils représentent. Et maintenant dans un contexte plutôt hostile.

                                                                         ***

    (1)Il s’agit d’une auto-déclaration obligatoire - mais pas systématiquement contrôlée - des candidats qui se rangent dans l’une ou l’autre catégorie : Blanc, Métisse, Noir, Jaune, Indigène, ou ne donnent aucune indication et sont classés « Sans Information ».

    (2)Voir sur ce blog, la note du 2 novembre 2020

    (3)Voir sur ce blog, la note du 17 octobre 2016

    (4)«Povos Indígenas no Brasil 1996/2000» p. 215 / Instituto Socioambiental / ISA (São Paulo) / ISBN 85-994-09-6

    (5)L’Amazonie légale est composée de neuf États : Acre, Amazonas, Amapá, Mato Grosso, Pará, Rondônia, Roraima, Tocantins et une partie du Maranhão.

    (6)33 partis politiques sont enregistrés auprès du TSE au niveau national.

                                                                        ***

    PS 1 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 135, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

    PS 2 - Aux lecteurs de ce blog : un grand merci de votre intérêt pour la cause des peuples autochtones. AYA et l’auteur de ces notes souhaitent que chacune et chacun d’entre vous vive ces prochaines fêtes et la nouvelle année au plus près de ses vœux.

  • L’impact de la pandémie de la Covid-19 chez les Yanomami

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    Le Réseau vient de publier un rapport intitulé « Pandémie, les traces de la Covid-19 dans la Terre Indigène Yanomami et l’omission de l’État ». L’introduction de ce document est signé par le « Forum des leaders de la Terre Indigène Yanomami – TI-Y». Cette entité créée en juin, mène une campagne pour l’évacuation des garimpeiros (orpailleurs illégaux), présents par milliers (on parle de 20'000 !) dans plusieurs zones de la TI, mais aussi pour l’application de mesures pour lutter efficacement contre la pandémie.

    Une première partie du document traite du cadre historique, géographique, politique, institutionnel et culturel dans lequel se développe la pandémie. Un tableau (p. 16) détaille la situation dans les 37 différentes régions de la TI-Y. Une trentaine de pages sont consacrées à la « Chronologie d’une tragédie annoncée ».

    Une deuxième partie décrit les stratégies de résistance face à la pandémie. Un exemple concerne la région du Rio Marauiáoù s’exerce l’activité de l’association indigène Kurikama qui a un lien historique avec le Service et Coopération avec le peuple Yanomami – SECOYA, le partenaire d’AYA et du Mouvement pour la Coopération Internationale - MCI. En 2018, on y compte 2'478 habitants répartis en 19 communautés. À cette fin octobre, le Réseau y dénombrait 76 cas confirmés de Covid-19, 1 décès confirmé et 4 décès suspects. De son côté, le SESAI annonçait y avoir réalisés 23 tests, dont 21 se sont révélés positifs. Le 26 avril, les responsables de la Kurikama ont demandé la sortie immédiate de tous les non indigènes de cette partie de la TI-Y. Avec l’arrivée de la pandémie, les communautés ont quitté leurs villages pour aller se réfugier en forêt, une pratique désignée sous le terme de « Wayumi ». Mais après quasiment deux mois d’isolement quelques groupes ont été forcés de retourner dans leur village en raison de l’augmentation des cas de malaria et le manque de médicaments. Ainsi, la pandémie de la Covid-19 se répand sur fond d’une grave épidémie de malaria.

    L’anthropologue Bruce Albert, qui travaille avec les Yanomami depuis de nombreuses années, met en doute les statistiques officielles, les tests utilisés et surtout les traitements administrés par le SESAI. Ces derniers, comme l’hydroxichloroquine, ont été jugés inutiles, voire toxiques par diverses enquêtes scientifiques internationales, notamment l’Organisation Mondiale de la Santé - OMS. D’ailleurs, ce 30 novembre, lors d’une conférence de presse, le directeur de cette Organisation a déclaré que le Brésil « devait prendre très, très au sérieux l’augmentation récente du nombre de cas de Covid-19 ».

    ***

    Illustration : Page de couverture du rapport. Cliquer sur la vignette pour en agrandir la taille.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 135, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

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  • Amazonie : Complicité dans la destruction, deux banques suisses sont citées

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    Brasil, Brésil, Amazonie, Amazônia brasileira, Articulation des Peuples Indigènes du Brésil, Articulação dos Povos Indígenas do Brasil, APIB, Amazon Watch, Cumplicidade, Destruição, complicité, destruction, Corporações, globales, globais, direitos, France, Japon, Angleterre, Espagne, Chine, Canada, Hollande, Norvège, Allemagne, Australie, Suisse, Zurich, Crédit Suisse, CS, Union de banques suisses, UBS, Vale, Saint-Prex, Genève, Minas Gerais, Fundão, Mariana, 5 novembre 2015, 5 de novembro de 2015, rio Ferro-Carvão, Brumadinho, Xikrin, rio Cateté, rio Itacaiúnas, MPF, Ministério Público FederalLe 27 octobre, l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB en partenariat avec l’ONG Amazon Watch, a publié une nouvelle édition du rapport « Complicité dans la destruction III ». En sous-titre : « Comment des corporations mondiales contribuent aux violations des droits des peuples indigènes en Amazonie brésilienne ». Le document montre comment les grandes banques internationales apportent leur appui à d’importantes entreprises brésiliennes, exportatrices de matières premières des secteurs minier et agricole, mais aussi productrices d’énergie. Activités déployées au détriment des droits territoriaux des peuples indigènes.

    Le rapport souligne la part prépondérante prise par six grandes corporations financières nord-américaines ayant investi plus de 18 milliards de US$ (18'162,9) entre 2017 et 2020. Dans une moindre part, des banques et fonds d’investissement de France, du Japon, d’Angleterre, d’Espagne, de Chine, du Canada, de Hollande, de Norvège, d’Allemagne, d’Australie ont également été identifiés.

    Les deux grandes banques helvétiques, le Crédit Suisse – CS et l’Union de banques suisses – UBS figurent dans la liste des trente-cinq investisseurs les plus souvent cités. Elles sont en lien avec huit entreprises. La première pour un total de 934,6 Mios de US$ et la deuxième à hauteur de 535,7 Mios de US$.

    Les deux sont présentes dans la multinationale Vale dont le siège international est à Saint-Prex, à quelques kilomètres de Genève. Le CS et l’UBS y ont investi respectivement 139,1 et 189,1 Mios de US$. Le nom de Vale est lié à deux désastres écologiques survenus dans l’État du Minas Gerais : la rupture d’un barrage de rejets miniers, le 5 novembre 2015, dans la commune de Mariana et celle d’un autre barrage, sur le rio Ferro-Carvão à Brumadinho, le 25 janvier 2019. Catastrophes qui se sont soldées par de nombreux morts et disparus et des dégâts environnementaux considérables.

    Moins connus sont les rapports conflictuels que Vale a depuis plusieurs années avec le peuple Xikrin* de la Terre Indigène Xikrin do Cateté dans l’État du Pará. En cause, les rejets de sites miniers qui polluent de métaux lourds les rios Cateté et Itacaiúnas, essentiels à l’existence des villages indigènes. Le 10 novembre dernier, le Ministère Public Fédéral est intervenu pour faire cesser la pollution.

    Le rapport publié par l’APIB et Amazon Watch fait dix-huit recommandations adressées aux entreprises qui agissent au Brésil, aux importateurs de produits brésiliens, aux législateurs et gouvernements du monde entier et aux institutions financières. Par exemple, à ces dernières, elles demandent d’« Exclure de leur portefeuille les entreprises qui violent systématiquement les droits humains, sociaux et environnementaux et celles qui refusent de mettre en œuvre des politiques de « zéro déforestation » et de respect des droits des indigènes. » 

    Il s’agit pour tous ces acteurs de prendre des mesures susceptibles de respecter les droits des peuples indigènes de l’Amazonie brésilienne et par là conserver un biome indispensable à l’humanité toute entière. L’appel des peuples indigènes seront-ils entendus à Zurich ?

                                                                               ***

    *Prononcer « Chikrine ». L’hebdomadaire « Écho magazine » a consacré sept pages à ce peuple dans sa récente édition du 12 novembre dernier (No 46).

    Illustration : Page de couverture du rapport. Cliquer sur la vignette pour en agrandir la taille.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 135, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Brésil : Les Indigènes plus nombreux à se présenter aux élections municipales

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    Les 15 et 29 novembre prochains les citoyens brésiliens sont appelés à élire, pour les quatre ans à venir (2021-2025), les membres des conseils municipaux, les maires et adjoints des 5'568 communes du pays. Le Tribunal Supérieur Électoral – TSE a déjà publié un état des candidatures. Au 30 octobre, il a été saisi de 557’345 demandes de candidatures, contre 496'927 lors du dernier scrutin de 2016*, soit une augmentation de 12 %.

    Au Brésil, les postulants déclarent eux-mêmes appartenir à l’une des cinq catégories (couleur/race) utilisées par le très officiel Institut Brésilien de Géographie et de Statistique – IBGE : jaune, blanc, indigène, mulâtre ou noir. Dans le pays, lors du recensement de 2010, les indigènes représentaient environ 0,4 % de la population totale.

    Pour ces prochaines élections, le TSE a reçu 2'215 candidatures « Indigènes », soit 0,40 % du total. (En 2016, il y en avait eu 1’715 soit 0,35%). En nombre absolus (+ 500), l’augmentation du nombre de candidatures indigènes est de 29 %.

    Parmi celles-ci, 729, soit un tiers, sont des femmes. Les tranches d’âge les plus représentées sont les 30-39 ans (674 ou 30,5 %), les 40-49 ans (752 ou 33,9 %). La moitié des candidatures (1'113) concerne des municipalités de l’Amazonie légale**. La grande majorité (2'099), postule pour un poste de Conseiller municipal. Une quarantaine vise une place de maire et 76 de maire-adjoint. Les candidats indigènes se présentent sur des listes de 32 partis politiques différents. La plus grande partie, 835, appartiennent à des partis connus pour soutenir le gouvernement. Les partis d’opposition sont choisis par 489 candidats ; dont le plus grand nombre, 264, sous l’étiquette du Parti des Travailleurs – PT. Le parti REDE de Joênia Wapichana – la première femme indigène de l’histoire du Brésil à être élue députée - est choisi par 78 candidats. Et le Parti Socialisme et Liberté - PSOL, le parti sous lequel Sônia Guajajara avait présenté sa candidature à la Vice-présidence de la République est choisi par 46 candidats. À propos de cette diversité, dans le texte de lancement de la campagne, l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB fait remarquer que « La réalité de la politique partidaire, surtout dans les milliers de municipalités distantes des centres urbains, est bien distincte des contextes des grandes capitales. Beaucoup d’alliances locales peuvent relever de contextes différents des visions politiques au niveau national. » Dans le Manifeste qu’elle adresse aux peuples, organisations et leaders indigènes, l’APIB affirme vouloir renforcer la démocratie : « Nous avons, nous peuples indigènes, à occuper ces espaces pour développer une véritable démocratie représentative, participative et populaire… » Plusieurs sites*** appuient déjà les candidatures indigènes. À suivre !

                                                                                  ***

    *Voir sur ce blog, la note du 17 octobre 2016

    **L’Amazonie légale est composée de neuf États : Acre, Amazonas, Amapá, Mato Grosso, Pará, Rondônia, Roraima, Tocantins et une partie du Maranhão.

    ***Voir Campanha indígena, Mídia Ninja, Midia India et Candidate-se

     

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 134, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Les incendies et la déforestation entraînent des réactions au Brésil et au-delà

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    Les médias ont largement fait écho aux incendies et à la déforestation qui ravagent l’Amazonie et le Pantanal (la plus grande zone humide de la planète). Les liens de ces phénomènes avec l’agrobusiness ont été rappelés à diverses reprises. La situation en Amazonie a suscité des réactions, des prises de positions variées dont on trouvera quelques exemples ci-dessous.

    Le 18 septembre, le Général Heleno, chef du Cabinet de la Sécurité Institutionnelle à la Présidence du Brésil a publié une note sur les réseaux sociaux. Il dit que l’Articulation des peuples Indigènes du Brésil - APIB et une de ses leaders, Sônia Guajajara commettent un crime de lèse-patrie : « L’APIB est derrière le site defundbolsonaro.org pour diffuser des fake news contre le Brésil, imputer les crimes environnementaux au président de la république et appuyer les campagnes internationales de boycott des produits brésiliens. » L’Articulation rejette cette accusation. Selon elle « … le plus grand crime qui nuit à notre patrie est l’incapacité du gouvernement à empêcher la destruction de nos biomes, de nos zones protégées, les incendies, l’accaparement des terres, la déforestation, l’invasion de nos terres et le vol de nos richesses. »

    Le 22 septembre, lors de l’ouverture de la 75e Assemblée Générale de l’ONU, le président brésilien a défendu la politique économique et sanitaire qu’il conduit dans son pays pour faire face au Covid-19. À propos des incendies qui dévastent la forêt : « Notre forêt est humide et ne permet pas la propagation du feu en son intérieur. Les incendies arrivent pratiquement, dans les mêmes lieux, dans la zone Est de la forêt, où le caboclo* et l’indien brûlent leurs champs à la recherche de leur survie dans les zones déjà déboisées.» Le jour même l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil - APIB a adressé une interpellation au Tribunal Suprême Fédéral - STF pour que « le Gouvernement explique à la justice les mensonges qu’il a communiqué à l’ONU et les attaques faites aux peuples indigènes. »

    La situation inquiète au-delà du Brésil

    En juin dernier, l’association française Envol Vert a publié un rapport intitulé « Groupe Casino éco responsable de la déforestation # double jeu ». L’étude, sous-titrée « Rapport bœuf », porte sur le Brésil et la Colombie, pays où le groupe a des fournisseurs en viande bovine et des filiales de distribution. Le document a été adressé à la direction stéphanoise du groupe qui répond «… le plan de vigilance publié par le groupe Casino est conforme avec les obligations telles que définies par la loi française (No 2017-399) du 27 mars 2017 ». Une dizaine d’ONG dont la Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne – COIAB, sont associées à la démarche. Mis en demeure le 21 septembre, le groupe Casino a trois mois pour répondre.

    La politique environnementale de plusieurs pays latino-américains a eu un écho dans les rangs du Parlement européen. Le 7 octobre, lors de la discussion du rapport annuel 2018 sur la mise en œuvre de politique commerciale commune, le Parlement a adopté une résolution dont un paragraphe (No 36) concerne l’accord de libre-échange négocié par l’Union Européenne avec le Marché Commun du Sud – Mercosur**. La conclusion est claire, celui-ci « ne peut pas être ratifié en l’état. ». La France avait déjà manifesté son opposition à l’accord en 2019.

    En guise de rappel, la Suisse, dans le cadre de l’Association Européenne de Libre Échange – AELE (Suisse, Norvège, Lichtenstein et Islande) a conclu un accord à la fin du mois d’août 2019. Accord déposé au parlement fédéral également contesté par des parlementaires et par plusieurs ONG.

    Les nombreux appels à protéger les forêts seront-ils entendus ? À suivre…

                                                                                ***

    *Caboclo > métisse blanc/indien

    **Le Marché Commun du Sud – Mercosur, concerne l’Argentine, le Brésil, le Paraguay, l’Uruguay et plusieurs pays associés.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 134, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

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  • Brésil : augmentation des violences contre les peuples indigènes en 2019

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    Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, indígenas, indigènes, CIMI, Conseil Indigéniste Missionnaire, Conselho Indígenista Missionário, CNBB, Conferência Nacional dos Bispos do Brasil, Relatório, Violência contra os Povos Indígenas no Brasil, Michel Temer, Dom Roque Paloschi, Karipuna, Rondônia, madeireiros, grileiros, Porto Velho, Bolsonaro, Denisa Sterbova, Apurinã, Boca de Acre,La forte augmentation des atteintes au patrimoine des peuples indigènes est soulignée dans le rapport annuel  publié le 30 septembre à Brasilia, par le Conseil Indigéniste Missionnaire*- CIMI. Il s’agit d’un document qui recense les différentes formes de violence subie par les peuples indigènes du Brésil au cours de 2019 qui est la première année de l’ère Bolsonaro. Cette progression de la violence concerne 16 des 19 catégories recensées par le Conseil.

    Dans le premier chapitre consacré à la « violence contre le patrimoine », les cas « d’invasions et exploitation illégales des ressources naturelles et dommages divers au patrimoine » sont passés de 109 en 2018 à 256 en 2019. Il a été observé 35 « conflits territoriaux » alors qu’il n’y en a eu que 11 en 2018. Le deuxième chapitre traite de la « violence contre la personne » : les cas sont passés de 110 en 2018 à 276 en 2019. Les « menaces de mort » ont quadruplé : 8 en 2018, mais 33 l’année dernière. Heureusement, le nombre d’assassinats a baissé : « seulement » 113 en 2019, alors qu’il en avait été dénombré 135 en 2018. Le troisième chapitre aborde la « violence par omission du pouvoir public » : 142 cas en 2018 et 267 en 2019. Les carences sont particulièrement sensibles dans les domaines de la santé et de l’éducation. Les suicides ont été plus nombreux : 101 en 2018 et 133 en 2019. La mortalité infantile a progressé : 591cas en 2018 pour 825 en 2019 !

    La présentation du rapport est signée de Dom Roque Paloschi, président du CIMI et archevêque de Porto Velho (État de Rondônia). Il relève notamment que « Les violations des droits de l’homme au Brésil sont inacceptables et nous ne pouvons pas fermer les yeux. Nous ne pouvons pas garder le silence car nous serions complices d’une dévastation irréversible. Nous serions associés à l’extermination des peuples. Nous ne pouvons pas dormir paisiblement en voyant tant de souffrance. Des limites doivent être imposées. C’en est assez ! » Plusieurs membres et conseillers du CIMI présentent le contexte politique dans lequel se trouvent les peuples indigènes au cours de cette année déjà marquée par les incendies et la déforestation qui dévastent l’Amazonie.

    Une nouveauté cette année : une synthèse du rapport a été publiée en allemand, anglais, espagnol, français et italien.

    La Constitution brésilienne qui définit les droits des peuples indigènes a été adoptée le 5 octobre 1988. Les Constituants avaient alors donné cinq ans au gouvernement pour démarquer la totalité des Terres Indigènes du pays… Un travail loin d’être terminé. Et l’actuel Président de la République se refuse à donner suite à cette obligation constitutionnelle…

                                                                               ***

    *L’organisme de la Conférence Nationale des Évêques du Brésil – CNBB en charge des questions indigènes.

    Illustration : Première de couverture du rapport. Photo Denisa Sterbova. En août 2019, un incendie provoqué par des fazendeiros a dévasté partiellement la Terre Indigène Valparaíso revendiquée depuis 29 ans par le peuple Apurinã. Territoire situé dans la municipalité de Boca de Acre (État d’Amazonas).

    PS 1 : Pour les années précédentes, voir sur ce blog les notes du 17 octobre 2019, 17 novembre 2018, 16 novembre 2017, 4 novembre 2016, 28 septembre 2015, 17 septembre 2014, 2 septembre 2013, 14 septembre 2012, 9 septembre 2011 et 3 août 2010      

    PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 134, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2