belo monte - Page 2

  • Brasilia : Une forte mobilisation indigène

    Imprimer

    Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, APIB, Acampamento Terra Livre, APIB, mobilização nacional indígena, Portaria 303, Dilma Rousseff, Michel Rossetto, Eduardo Cunha, Câmara dos deputados, Senado, Dias Toffoli, STF, FUNAI, TI Limão Verde, Mato Grosso do Sul, Sônia Guajara, Raoni, PEC 215, Sarney Filho, Nilto Tatto, Vicentinho Júnior, Ivan Valente, João Capiberibe, Michel Tremer, Bahia, Paraíba, Rondônia, Maranhão, Rio Grande do Sul, Minas Gerais, Kaixana, Mura, Arara, Juruna, Belo Monte, Mapari, Setemã, Arara da Volta Grande do Xingu, Diario Oficial da UniãoVenus de tout le pays, ils étaient entre 1'200 et 1'500 indigènes présents à Brasilia du 13 au 16 avril pour la onzième édition du "Campement Terre Libre". L'appel lancé le 5 mars par l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB a été entendu*.

    Une réunion plénière a permis de rappeler les principales revendications du mouvement indigène, en particulier celles qui touchent les droits territoriaux : l'annulation par le Tribunal Suprême Fédéral de l'homologation d'une Terre Indigène (TI) et la révision des arrêtés de deux autres TI; l'Arrêté 303 pris par l'Avocat Général de l'Union qui veut réglementer le processus de démarcation des TI; et la volonté d'une grande partie des membres du Congrès de réduire ces droits pour faciliter l'exploitation économique des TI. C'est bien au niveau des trois pouvoirs, législatif, exécutif et judiciaire que les Indiens ont voulu se faire entendre. L'ensemble de ces revendications a été adressé dès le 26 mars dans une lettre à la présidente de la république, Dilma Rousseff.

    À la Présidence de la république, le 15 avril, une délégation a eu une entrevue avec Michel Rossetto, le Secrétaire général de la présidence de la république. Le même jour, c'est à Eduardo Cunha, président de la Chambre des députés qu'une délégation a sollicité le classement de la Proposition d'amendement constitutionnel No 215 qui, si elle était adoptée, donnerait au congrès le pouvoir ultime de la démarcation des TI.

    Le 16 avril, une délégation a rencontré le ministre Dias Toffoli, du Tribunal Suprême Fédéral. Ce juge devra se prononcer sur le recours présenté par la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI à propos de l'annulation de l'homologation la TI Limão Verde située dans le Mato Grosso do Sul.

    Une session solennelle a eu lieu à la Chambre des députés au cours de laquelle plusieurs indigènes ont pris la parole : Sônia Guajara de l'APIB, le cacique Raoni. Ont également pris la parole plusieurs députés hostiles à l'adoption de la PEC 215 : Sarney Filho, Nilto Tatto, Vicentinho Júnior, Ivan Valente… Ce dernier a rappelé que la PEC 215 est anticonstitutionnelle.

    Le même jour, le Sénat était réuni pour un hommage aux peuples indigènes. Plusieurs sénateurs ont dit leur intention de défendre les droits des indigènes. Par exemple, le sénateur João Capiberibe, a rappelé la demande des peuples indigènes adressée à la présidente de la république de démarquer toutes les terres indigènes du Brésil.

    La Commission des Droits humains et des Minorités - CDHM de la Chambre des députés a également reçu une délégation indigène. Le président de la Commission s'est dit disposé à donner un maximum de visibilité à la cause des indigènes.

    Toujours le 16 avril, le Vice-Président de la république, Michel Tremer a accordé une audience à plusieurs leaders indigènes. Sônia Guajajara lui a rappelé les 12 processus de démarcation des TI bloqués au Ministère de la justice. Les leaders ont protesté contre l'avis exprimé par la Présidente de la république qui, dans une entrevue concédée le 14 avril aux représentants de la presse alternative, a affirmé que le mouvement indigène n'était pas unifié… À la question d'une journaliste de savoir si elle allait recevoir les indigènes, elle a répondu qu'elle en avait reçu plusieurs et qu'elle ne les recevrait pas tous…

    Des manifestations ont eu lieu dans plusieurs États du Brésil : Bahia, Paraíba, Rondônia, Maranhão, Rio Grande do Sul et Minas Gerais. 

    Le 21 avril, l'APIB a qualifié de timide et insatisfaisante la réponse du Gouvernement aux demandes formulées lors de la rencontre avec le Vice-président de la république, à savoir l'homologation de la démarcation de trois TI dans la région nord du pays : la TI Mapari (1'572,46 km2), habitée par le peuple Kaixana et la TI Setemã (497,72 km2) occupée par le peuple Mura, les deux dans l'État d'Amazonas; la TI Arara da Volta Grande do Xingu (255,24 km2) habitée par les peuples Arara et Juruna, dans l'État du Pará, proche de l'usine hydroélectrique de Belo Monte. La démarcation de cette TI est une des exigences voulues par le Ministère public fédéral pour permettre l'autorisation de fonctionnement de l'usine. Les décrets d'homologation, datés du 17 avril, ont été publiés au Journal Officiel de l'Union - DOU le 20 avril.

    Le gouvernement a également autorisé la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI à mettre au concours 220 postes d'agents, ce qui renforcera son activité.

    Au nom de l'APIB, Sônia Guajajara a remercié les participants et partenaires qui ont participé et soutenu la manifestation de Brasilia.

    Une délégation indigène du Brésil est présente à la 14e session de l'Instance permanente sur les questions autochtones – IP (ONU), qui se tient actuellement à New York depuis le 20 avril jusqu'au 1er mai 2015. La délégation a dénoncé la politique indigène du gouvernement brésilien et a demandé le soutien de l'Instance.

    * Voir sur ce blog la note du 12 avril 2015

    Photo © Fábio Nascimento – ISA : Les leaders indigènes en discussion avec Eduardo Cunha (assis en bas à gauche), président de la Chambre des députés. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

    ***

    PS 1 : Pour les précédentes mobilisations, voir sur ce blog, les notes des 3 mai, 28 septembre, 10 et 20 novembre 2013, 19 et 30 mai 2014.

    PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    - Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 102, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Les barrages sur le Rio Tapajós, les Munduruku veulent être consultés

    Imprimer

    Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Munduruku, Miguel Rossetto, rio Tapajós, complexe hydroélectrique, complexo hidrelétrico, convenção 169, OIT, Convention 169, terra indígena, Sawre Muybu, FUNAI, Belo Monte, Xingu, Pedro Martins, Terra de direitos, ONU, a públicaLe 30 janvier dernier, des représentants du peuple Munduruku ont remis un "protocole" à Miguel Rossetto, le  nouveau Secrétaire Général de la présidence de la république. Ce document expose comment ils entendent être consultés à propos de la construction du complexe hydroélectrique prévu sur le rio Tapajós. Un ouvrage susceptible d'inonder leur territoire et qui les obligerait à le quitter. Ils ont préparé ce document au cours de trois réunions qui ont eu lieu en septembre et décembre 2014 dans leurs communautés. Ils ont été conseillés par le collectif "Consulta préavia, livre e informada" et par le Ministère public fédéral. Il s'agit pour eux d'appliquer les dispositions de l'article 6 de la Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail – OIT.

    Dans le premier paragraphe, en guise de condition préalable à la consultation, ils exigent du gouvernement la démarcation de Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Munduruku, Miguel Rossetto, rio Tapajós, complexe hydroélectrique, complexo hidrelétrico, convenção 169, OIT, Convention 169, terra indígena, Sawre Muybu, FUNAI, Belo Monte, Xingu, Pedro Martins, Terra de direitos, ONU, a públicala Terre Indigène Sawré Muybu (reconnue comme telle par la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI) dont ils affirment que le processus n'avance pas à cause de ce projet de barrage. Ils expriment leur refus d'être déplacés. Ils demandent la protection des groupes isolés présents sur leur territoire. Ils veulent que les autres communautés riveraines soient aussi consultées.

    Une deuxième partie du document traite d'abord de l'espace géographique sur lequel doit porter la consultation : tous les villages du Haut, Moyen et Bas Tapajós. Et les groupes de personnes à être consultés : les caciques, les leaders et guerriers, les femmes, les étudiants et enseignants. Les organisations indigènes doivent participer à la consultation, "mais jamais seules"… "Les décisions du peuple Munduruku sont collectives".

    Une troisième partie décrit la manière de réaliser la consultation. Celle-ci doit avoir lieu dans les villages en tenant compte du calendrier des activités économiques et culturelles. Elles doivent se dérouler en langue Munduruku. Les indiens se réservent le choix des traducteurs. Ils souhaitent la présence du Ministère Public Fédéral et de partenaires non indiens choisis par eux. Pour que la consultation soit réellement libre, ils refusent la présence des corps armés de l'Etat : Police militaire, Police fédérale, armée… Pour leur sécurité, ils veulent filmer les réunions. Ils mettent des conditions aux partenaires et agents du gouvernement qui souhaitent prendre des photos ou filmer les rencontres : être autorisés par eux et leur remettre des copies. Ils refusent de voir leurs lieux sacrés filmés ou photographiés. Ils n'acceptent pas la divulgation et l'usage indu de leurs images.

    Dans une quatrième partie, ils définissent les étapes de la consultation : 1.- Arriver à un accord avec le gouvernement sur les étapes de la consultation. 2.- Organiser des réunions d'information où le gouvernement explique ses intentions. 3.- Tenir, autant que nécessaire, des réunions internes au peuple Munduruku pour que tous soient informés de manière complète et définir une position. 4.- Avoir une réunion de négociation avec le gouvernement sur le territoire Munduruku : "Le gouvernement doit entendre et répondre à notre proposition, même si elle est différente de la sienne"… "Nous espérons que le gouvernement respecte notre décision. Nous avons un droit de veto!"

    En décembre 2014, pour marquer leur détermination, les Munduruku ont symboliquement procédé à une auto-démarcation de leur territoire en faisant une trouée dans la forêt à la frontière de leur terre indigène.

    Comme le barrage de Belo Monte sur le rio Xingu, le complexe hydroélectrique sur le rio Tapajós est controversé. En 2012 et 2013 ce projet a été la cause d'incidents (1). En mars 2014, le gouvernement brésilien a été dénoncé à l'ONU (2) pour le non respect de ses obligations envers les peuples indigènes du pays dans le dossier des grands barrages en construction ou en projets.

    Selon Pedro Martins, conseiller juridique de l'ONG "Terra de Direitos" (Terre de Droits), "Un nouveau "cycle" [de développement] qui a comme "abre-alas" (3) le complexe hydroélectrique de Tapajos – est marqué par une série d'ouvrages d'infrastructures dont l'objectif est de viabiliser l'avancée de la culture de soja et l'accélération de l'exploitation de minerai... La "Sortie Nord" (4) devra diminuer de moitié le coût d'écoulement des grains, spécialement le soja…"

    Les Munduruku sont confrontés à d'énormes intérêts…

    ***

    (1) Voir, sur ce blog, les notes des 16 novembre 2012, 31 mai, 10 et 19 août 2013,

    (2) Voir, sur ce blog, la note du 21 mars 2014

    (3) "abre-alas" se traduit en français par panneau, étiquette; mais c'est aussi le nom donné à un char allégorique qui ouvre le défilé d'une entité carnavalesque.

    (4) La "Sortie Nord", c'est le rio Tapajós et ses infrastructures portuaires notamment.

    Cartes : Infographie de l'agence "A Pública". Image supérieure : les différents ouvrages prévus. Image inférieure : simulation des surfaces inondées. Cliquer sur les vignettes pour agrandir les images.

    - PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    - Cette note a été publiée dans  "AYA Info" No 100, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Le cacique Babau empêché de rencontrer le pape François

    Imprimer

    Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, índios, papa. Pape, François, Francisco, Erwin Kräutler, Paulo Suess, encyclique, direitos indígenas, droits indigènes, Conselho Indigenista Missionário, CIMI, Xingu, demarcação, terras indígenas, Mato Grosso do Sul, Vale do Javari, Belo Monte, CNBB, Rosivaldo Ferreira da Silva, Cacique Babau, Tupinambá, ONU, José de Anchieta, jésuite, jesuítas, Porto Seguro, Nati, Pedro Álvares Cabral, Bahia, Nati, Mondial, Brasil 2014Le 4 avril au Vatican, Dom Erwin Kräutler, président du Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI et évêque du Xingu, accompagné par Paulo Suess, conseiller théologique de l'entité, ont été reçus par le pape François. Objet de l'audience : les violations des droits des indigènes. Les représentants du CIMI ont remis une note au pape dans laquelle ils dénoncent "les groupes politiques et économiques liés avec l'agro-industrie, les compagnies minières et de travaux publics qui, avec l'appui et la participation du gouvernement brésilien, tentent de révoquer les droits des peuples indigènes." Sont également évoqués : la paralysie de la démarcation des Terres indigènes; l'augmentation de la violence contre les personnes; le confinement, sur des aires restreintes, des peuples indigènes dans le Mato Grosso do Sul; la précarité de l'assistance sanitaire dans la Vallée du Javari et les dégâts causés par l'hépatite B; l'impact environnemental des entreprises des compagnies de développement comme dans le cas de la construction de l'usine hydroélectrique de Belo Monte; le risque d'extermination des peuples isolés. La note rappelle également la rencontre avec un jeune indigène lors des Journées Mondiales de la Jeunesse à Rio de Janeiro en juillet 2013* et l'espoir exprimé par celui-ci de voir le pape les aider à protéger leurs terres.

    Selon une information de source vaticane, le pape François a demandé à l'évêque de collaborer à la rédaction d'une encyclique sur l'écologie.

    Le 17 avril, le CIMI a annoncé l'interdiction faite au leader Tupinambá, Rosivaldo Ferreira da Silva, connu sous le nom de Cacique Babau**, de quitter le pays alors qu'il avait reçu son passeport pour se rendre à Rome. Il était invité par la Conférence des Evêques du Brésil – CNBB à assister à une cérémonie liée à la récente canonisation - le 3 avril dernier - du Père José de Anchieta, un jésuite qui a vécu au Brésil au 16e siècle. Il était prévu que le cacique rencontre le Pape François et lui remette un document sur la question indigène au Brésil. Le 24 avril, après une audience publique à la Chambre des députés, le Cacique s'est présenté à la police fédérale. Une campagne a été lancée pour demander sa libération. Le 29 avril, le juge Sebastião Alves dos Reis, du Tribunal Supérieur de Justice a décidé sa mise en liberté. Mais son rendez-vous avec le pape François n'a pas eu lieu…

    Le Cacique Babau est présenté comme l'un des défenseurs des droits humains dans une brochure "Dix visages de la lutte pour les droits humains au Brésil" éditée en décembre 2012 par l'ONU au Brésil, en partenariat avec diverses entités, parmi lesquelles le Secrétariat des Droits humains de la Présidence de la république. Un document consacré à la protection de ces défenseurs.

    Le territoire des Tupinambá est situé dans le sud de l'État de la Bahia. Depuis le début de l'année, la tension est forte entre indigènes, qui réclament la démarcation de leur terre, et les fazendeiros. Le gouverneur de l'État de Bahia a demandé la présence de l'armée pour assurer le maintien de l'ordre.

    Les ancêtres des Tupinambá peuplaient la bande côtière de la région de Porto Seguro quand le Portugais Pedro Álvares Cabral a accosté au Brésil le 22 avril 1500.

    L'équipe suisse de football a choisi la localité de Porto Seguro pour y établir son camp de base pendant le Mondial. La "Nati" est donc dans l'un des hauts lieux de l'histoire brésilienne. Une histoire pas encore vraiment pacifiée…

    ***

    * Voir sur ce blog la note du 27 août 2013 et ** la note du 8 avril 2014.

    Photos (Cliquer sur la vignette pour l'agrandir),

    En haut : ©Antono Cruz – Agência Brasil / Le Cacique Babau, le 24 avril 2014, lors de son audition devant la Commission des droits humains de la Chambre des députés.

    Ci-dessous : © CIMI - Le pape François, Dom Erwin Kräutler et Paulo Suess

     

    Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, índios, papa. Pape, François, Francisco, Erwin Kräutler, Paulo Suess, encyclique, direitos indígenas, droits indigènes, Conselho Indigenista Missionário, CIMI, Xingu, demarcação, terras indígenas, Mato Grosso do Sul, Vale do Javari, Belo Monte, CNBB, Rosivaldo Ferreira da Silva, Cacique Babau, Tupinambá, ONU, José de Anchieta, jésuite, jesuítas, Porto Seguro, Nati, Pedro Álvares Cabral, Bahia, Nati, Mondial, Brasil 2014

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    - Cette note est une version actualisée de la "brève" publiée dans AYA Info No 92, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Il y a 50 ans : l'instauration de la dictature militaire au Brésil

    Imprimer

    À Brasilia, le 1er avril, la confusion a dominé la séance de la Chambre des députés qui a dû être interrompue. À l'ordre du jour, le rappel du 50e anniversaire du coup d'état militaire de 1964 qui a instauré une dictature durant 21 ans. Le tumulte a commencé quand le député Jair Bolsonaro, un nostalgique du régime militaire, est monté à la tribune. Des députés et des invités ont alors tourné le dos à l'orateur et à la présidence de la Chambre en chantant l'hymne national et en brandissant les portraits de victimes du régime. En effet, ils ont été nombreux les exilés (dont Paulo Freire à Genève), les emprisonnés, torturés, assassinés ou disparus pendant ces "années de plomb".

    Après l'adoption de la loi d'amnistie de 1979, les recherches sur les exactions commises par les militaires ont été entreprises sous l'impulsion de l'avocate Eny Moreira, de Dom Paulo Evaristo Arns, cardinal de São Paulo, de Henry Sobel, rabbin de la Congrégation Israélite Pauliste et de Jaime Wright, pasteur presbytérien. Pendant six ans, de 1979 à 1985, un groupe une trentaine de personnes a photocopié les actes des procès intentés par les militaires à leurs opposants. Cette documentation, connue sous le nom de Projet "Brasil : Nunca Mais" (Brésil : Jamais Plus) a été sortie du Brésil, microfilmée, et conservée à Genève, au Conseil Œcuménique des Églises - COE. Rapatriée au Brésil en 2011, elle est consultable sur Internet depuis 2013. Déjà en 1985, sous le titre "Brasil : Nunca Mais", les éditions Vozes ont publié un ouvrage qui est le résumé de cette documentation. Ce travail est un premier bilan de la répression exercée par la dictature.

    En novembre 2011, une loi fédérale crée une "Commission Nationale de Vérité" – CNV installée en mai 2012. Elle est chargée d'enquêter sur les violations des droits humains commises entre 1946 et 1988. Elle doit rendre son rapport pour le 16 décembre 2014. En novembre 2012, dans le cadre de cette Commission, un Groupe de Travail a été institué pour enquêter sur les violations commises en relation avec la lutte pour la terre ou contre les peuples indigènes.

    Avant même 1964,  de nombreuses communautés indigènes ont eu à souffrir des graves dévoiements de fonctionnaires du Service de Protection de l'Indien – SPI. Service créé en 1910, supprimé et remplacé en 1967 par la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI. Devant les plaintes relatives au SPI, des Commissions d'Enquête Parlementaires – CPI ont été instituées dès 1962. Le résultat le plus important des enquêtes conduites au cours des années 60 est certainement le "Rapport Figueiredo". Un document de plus de 7'000 pages que l'on croyait perdu dans un incendie, mais retrouvé et rendu public récemment. Au seul domaine traitant des "crimes contre la personne et la propriété de l'indien", les enquêteurs ont eu à connaître des cas d'assassinats individuels et collectifs, de prostitution d'indiennes, de sévices, travail esclave, d'usurpation du travail de l'indien, d'appropriation, de détournement et de dilapidation du patrimoine indigène.

    Plus récemment, la 6e Chambre de Coordination et Révision - rattachée au Ministère Public Fédéral – spécialement chargée des questions relatives aux "Populations Indigènes et Communautés Traditionnelles" a, elle aussi créé, le 25 février 2014, un Groupe de travail sur la "Violation des droits des peuples indigènes et le régime militaire". Pour cette année, il concentre ses recherches sur quatre cas spécifiques : la violation des droits des Wamiri-Atroari dans l'État d'Amazonas; les violations des droits du peuple Guarani en raison de la construction de l'usine hydroélectrique d'Itaipu dans l'État du Paraná; les activités durant le fonctionnement du "Reformatório Krenak", centre de détention d'Indiens créé dans le Minas Gerais; et les activités de la Garde Rurale Indigène – GRIN, aussi dans le Minas Gerais, une troupe composée d'indigènes entraînés à sévir contre d'autres indigènes.

    De ce qui est déjà connu de ces travaux, il apparaît que, parmi les groupes visés par la dictature, les morts au sein des peuples indigènes se comptent par milliers. Cela surtout en conséquence des "chocs microbiens" survenus à l'occasion de la construction des infrastructures comme la BR-174, cette route qui va de Manaus à Boa Vista ou la Transamazonienne. La "colonisation" de l'Amazonie est une préoccupation récurrente pour les gouvernements brésiliens. Pendant la dictature, il y a eu notamment l"Operação Amazônia" dès 1966 et, en 1970, le "Plan d'Intégration Nationale". Ce sont ces programmes qui ont causé des ravages au sein des communautés indigènes.

    Les Indiens ne sont pas restés passifs pendant la dictature. Leur résistance a commencé en avril 1974 quand une quinzaine d'entre eux se sont retrouvés une première fois à Diamantino, une localité du Mato Grosso. De leurs réunions ultérieures est née l'Union des Nations Indigènes – UNI. Cette organisation a joué un rôle important pour l'inscription des droits indigènes dans la Constitution de 1988. Des entités d'appui aux peuples indigènes sont également nées pendant la dictature, par exemple le Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI, rattaché à la Conférence des Evêques du Brésil – CNBB créé en 1972.

    Plusieurs observateurs, dont l'un des fondateurs du CIMI font un parallèle avec la situation présente quand les autorités "passent en force" pour la construction du barrage de Belo Monte par exemple. Les projets d'exploitation minière en Terres indigènes suscitent également l'inquiétude.

    Dans quelques mois, il devrait être possible d'avoir une meilleure connaissance des conséquences de la période dictatoriale.

    Se pose dès maintenant la question des réparations…

    ***

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    - Cette note sera publiée dans le prochain AYA Info No 92, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

    Lien permanent Catégories : La lettre d'AYA 0 commentaire
  • Grands barrages : le gouvernement brésilien dénoncé à l'ONU

    Imprimer

    Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas,Belo Monte, rio Tapajós, Palais des Nations, Genève, France Libertés, Amazon Watch, International Rivers, Conseil des droits de l'homme, Sônia Guajajara, APIB, Alexandre Sampaio, Asociación Interamericana para la Defensa del Ambiente, Sophia Lakhdar, SherpaLe 10 mars, le gouvernement brésilien a été dénoncé à l'ONU pour son manque de consultation des peuples autochtones sur la construction des grands barrages comme Belo Monte sur le rio Xingu et maintenant sur les divers et nombreux ouvrages projetés sur le rio Tapajós et plusieurs de ses affluents. Ce jour-là, au Palais des Nations à Genève, France Libertés – Fondation Danielle Mitterrand, en partenariat avec Amazon Watch et International Rivers a donné la parole à des acteurs brésiliens engagés dans la lutte pour le respect des droits humains et pour la protection de l'environnement au moment où se tient la 25e session du Conseil des Droits de l'Homme.

    Sônia Guajajara, représentante de l'Articulation des peuples Indigènes du Brésil – APIB, a rappelé comment le droit à la terre est la priorité des peuples indigènes alors que la priorité de l'État est celle du développement économique. Les nuisances causées par la construction des grands barrages sur les communautés indigènes sont connues. Même quand les projets sont contestés par le Ministère Public Fédéral brésilien, le pouvoir exécutif s'appuie sur une série de textes qui lui permettent de faire avancer ses projets. Sônia reproche au gouvernement de ne pas appliquer le droit à la consultation des peuples indigènes que lui imposent les textes qu'il a ratifiés, comme la Convention 169 de l'OIT.

    Alexandre Sampaio, représentant de l'Association Interaméricaine de Défense de l'Environnement – AIDA a traité de cet instrument juridique – la suspension de sécurité – qui permet la poursuite de projets alors même qu'ils sont déclarés illégaux par les tribunaux et par là de ne respecter les droits humains.

    Sophia Lakhdar, directrice de l'association Sherpa a évoqué la responsabilité des États face aux entreprises et leurs filiales qui réalisent de ces grands travaux en violations des droits humains. Son association espère la création d'une Cour pénale internationale pour juger les "crimes économiques".

    France Libertés, avec une trentaine d'autres ONG, dotées ou non, du statut consultatif a déposé au Conseil des droits de l'homme deux "Exposés écrits". Le premier (A/HRC/25/NGO/43) intitulé "Les grands barrages et les violations des droits des peuples autochtones en Amazonie brésilienne". Les auteurs font deux demandes. La première est de réaliser une étude pour montrer comment, l'utilisation de la "suspension de sécurité" par le gouvernement brésilien et les juges, constitue une entrave au respect des accords internationaux concernant les droits humains, y compris le droit à la consultation des peuples autochtones… La deuxième est un appel à organiser une conférence spéciale pour discuter de cette question urgente avec la participation des différentes parties. Le deuxième "Exposé" a pour titre "Le droit à la consultation des peuples autochtones face aux grands projets" (A/HRC/25/NGO/30) concerne non seulement au Brésil, mais également en Equateur et en Bolivie. La Fondation formule quatre demandes dont "la mise en place de véritables mécanismes de consultation afin de chercher à instaurer des rapports plus équitables entre sociétés transnationales et les peuples autochtones, permettant à ces derniers, le cas échéant, d'empêcher la réalisation de ces projets".

    Cette 25e session de Conseil des droits de l'homme aura été l'occasion de rappeler le droit des peuples autochtones à pouvoir se prononcer sur leur propre destin.

    Voir AYA Info No 83, 84 et 85

    ***

    Photo : © B. Comoli – Cliquer sur l'image pour l'agrandir - Débat du 10 mars 2014 au Palais des Nations à Genève. De gauche à droite : Sônia Guajajara (APIB), Louisa Crispe (FRANCE LIBERTÉS), Alexandre Sampaio (AIDA) et Sophia Lakhdar (SHERPA)

    ***

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    - Cette note a été publiée dans AYA Info (No 91), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Rio Tapajós : les études reprennent sous la protection des forces de sécurité

    Imprimer

    brasil,brésil,brasilia,amazonia,amazonie,autochtones,indigènes,indígenas,munduruku,tapajós,santarém,belo monte,funai,pará,jacareacanga,itaítuba,usines hydroélectriques,hidrelétricas,são luiz do tapajós,jatobá,eletrobras,grupo de estudos tapajós,edf,gdf suez,mab,cimi,oit,convention 169Le "Groupe d'études Tapajós" – environ 200 personnes - chargé  des enquêtes de viabilité technique et environnementale des projets d'ouvrages hydroélectriques de São Luiz do Tapajós et Jatobá (État du Pará) est à pied d'œuvre depuis le 12 août. Il est protégé par un important service d'ordre. Ces études avaient été suspendues le 23 juin* en échange de la libération de trois chercheurs retenus par les Munduruku qui ne veulent pas de la construction de ces ouvrages.

    Le Groupe d'études est coordonné par l'entreprise brésilienne Eletrobras. Il est constitué par neuf entreprises, dont : Eletronorte, GDF Suez et EDF. Il doit rassembler les données à soumettre à l'Institut Brésilien de l'Environnement – IBAMA chargé de délivrer l'autorisation de construction des ouvrages. Selon Electrobras, les études doivent être conduites en deux phases sur 22 zones différentes. Une première phase doit être réalisée entre le 12 août et le 10 septembre, et la deuxième entre le 15 septembre et le 20 novembre.

    Selon des études préalables, l'usine de São Luiz do Tapajós aurait une puissance de 6'133 Megawatt - MW et celle de Jatobá 2'338 MW. Il est prévu qu'elles soient de type "usine-plateforme", une idée inspirée des plateformes pétrolières maritimes. Les installations nécessaires au chantier devraient être totalement démontées à la fin des travaux. Les espaces non utilisés par les usines devraient être rendus à la végétation.

    Selon Eletrobras, aucune des 22 zones de recherche ne se situe en Terre indigène. Toujours selon l'entreprise, les études doivent permettre la consultation des peuples indigènes selon les dispositions de la Constitution et de la Convention 169 de l'organisation Internationale du Travail – OIT.

    Pour les leaders Munduruku, "le gouvernement a rompu l'accord du 23 juin et veut imposer le projet contre notre volonté". Un avis partagé par le Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI pour lequel, ce jour-là, le gouvernement fédéral avait renvoyé ces études après l'adoption de la réglementation du droit à la consultation préalable prévu par la Convention 169 de l'Organisation Internationale du travail - OIT.  Le Mouvement des Atteints par les Barrages – MAB, est aussi d'avis que la consultation doit être réalisée avant les études. Dans un manifeste, le peuple Kawaiwete (du Mato Grosso) soutient les Munduruku : "Nous réaffirmons notre appui à nos parents dans leur lutte contre l'implantation des ouvrages hydroélectriques qui affectent leurs communautés et nous désapprouvons les actions du gouvernement fédéral visant à faire pression sur [ce] peuple pour qu'il accepte ces projets".

    À suivre…

    * Voir sur ce blog la précédente note du 10/08/2013

    Carte : cliquer sur l'image pour en agrandir le format.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    - Cette note sera reprise dans le prochain AYA Info (No 85) le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Rio Tapajós : Les Munduruku expulsent des enquêteurs

    Imprimer

    Le 22 juin, des chercheurs "étrangers" ont été expulsés de la Terre Indigène des indiens Munduruku*. Ils l'ont été par les Munduruku eux-mêmes. Ces techniciens étaient là pour collecter des échantillons de faune et de flore dans le cadre d'une étude environnementale préalable à la construction d'usines électriques sur le rio Tapajós. Constructions auxquelles les Munduruku sont hostiles en raison de l'impact qu'elles auront sur leur territoire.

    Des représentants de la présidence de la république sont venus négocier la libération de trois biologistes; ce qu'ils ont obtenu après avoir annoncé la suspension de ces études. Au mois de mai dernier, des Munduruku, avec des représentants d'autres peuples, avaient occupé le chantier de Belo Monte**. Ils ont accepté de quitter les lieux pour aller à Brasilia rencontrer le Secrétaire Général de la Présidence de la république Gilberto Carvalho. Mais le dialogue a tourné court.

    Pendant leur présence à Brasilia, ils ont occupé le siège de la FUNAI pendant trois jours. Ils ont manifesté devant le Ministère des Mines et de l'Énergie avant de retourner à Jacareacanga d'où ils sont originaires.

    Plus récemment, le 24 juin, une centaine de Mundukuru a manifesté devant la mairie de cette commune pour protester contre les conseillers municipaux favorables au projet du gouvernement de construire des usines hydroélectriques sur le rio Tapajós.

    Ces projets inquiètent également des habitants du magnifique site touristique d'Alter do Chão, sur les berges du rio Tapajós, une localité à moins de 40 kilomètres de Santarém. Ils craignent les effets indirects négatifs des ouvrages sur le site. Ils estiment que les études d'impact couvrent une aire trop restreinte, notamment en aval des ouvrages, ce qui serait le cas d'Alter do Chão. Cette préoccupation a été évoquée au sein du Conseil de gestion de l'Aire de Protection Environnementale – APA de la petite ville. Pour l'heure, ces habitants ont fait connaître publiquement leur opposition à la construction du barrage en plaçant des banderoles à divers emplacements : "Ce rio est notre vie, nous n'acceptons pas les [usines] hydroélectriques sur le Tapajós".

    ***

    * La Terre Indigène Munduruku a une superficie de 23'818 km2. Elle compte un peu plus de 6'500 habitants. Elle est située sur les deux communes d'Itaítuba et Jacareacanga dans l'État du Pará. En novembre 2012, un Munduruku avait trouvé la mort lors d'une intervention de la police dans le village Teles Pires dans la Terre Indigène de Kayabi (voir sur ce blog, la note du 16/11/2012 et "AYA Info" No 77)

    ** Voir sur ce blog, la note du 31/05/2013 et "AYA Info" No 83

    PS 1 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    PS 2 : les événements qui ont marqué le Brésil ces dernières semaines ont eu quelques répercussions pour les peuples indigènes. Il en sera question dans le prochain "AYA Info".

    Cette note est une version actualisée de la "brève" publiée dans le dernier AYA Info (No 84) le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Belo Monte : le chantier du barrage est occupé pour la deuxième fois en un mois

    Imprimer

    Le 2 mai, environ 200 indigènes ont occupé le chantier principal de construction de l'usine hydroélectrique de Belo Monte* à Vitória du Xingu. Les occupants sont de divers peuples, dont des Munduruku, touchés par la construction de barrages sur les rios Xingu, Tapajós et Teles Pires. Ils demandent l'organisation d'une véritable consultation préalable comme cela est prévu par la Convention 169 de l'OIT.

    Le 7 mai, le ministre Gilberto Carvalho, chef du Secrétariat général de la présidence de la république, a adressé un courrier aux occupants leur proposant de les rencontrer à la condition qu'ils évacuent le chantier. Le 6 mai, son Secrétariat avait publié une note critiquant l'attitude des leaders Munduruku.

    Pendant cette période d'occupation, les forces de l'ordre ont inquiété des journalistes qui couvraient l'événement. Elles ont également empêché le député fédéral Padre Ton de prendre contact avec les occupants.

    La justice a ordonné leur évacuation après huit jours d'occupation. Ils ont quitté le chantier le 9 mai.

    Le 27 mai à l'aube, les indigènes ont à nouveau occupé le chantier. Ils demandent la suspension des travaux et des études concernant les barrages prévus dans leurs territoires. Comme lors de la première occupation, ils veulent que la consultation préalable – avec droit de veto – soit réalisée. De plus, ils reprochent au gouvernement de ne pas être venu dialoguer avec eux alors qu'ils avaient quitté le chantier. Ils demandent que la présidente de la république, Dilma Rousseff, vienne les rencontrer. Le 28 mai, une nouvelle fois, la justice a autorisé les forces de l'ordre à procéder à l'évacuation du chantier.

    Ce 30 mai, un représentant du Secrétariat de la présidence de la république est venu proposer aux occupants d'envoyer une petite délégation à Brasilia pour rencontrer Gilberto Carvalho le 4 juin. Cette rencontre est proposée à la condition que les indigènes évacuent le chantier et que les Munduruku retournent sur leur territoire. Cette proposition a été refusée. Les indigènes veulent que la rencontre ait lieu sur le chantier. À suivre…

    ***

    * Belo Monte sur le rio Xingu sera le troisième grand barrage au monde après celui d'Iguaçu, à la frontière entre le Brésil et le Paraguay et celui des Trois Gorges en Chine.

    PS 1 : Cette note a été rédigée d'après les informations diffusées par les sites du "Movimento Xingu Vivo para Sempre" : http://www.xinguvivo.org.br/ , du Conseil Indigéniste Missionnaire http://www.cimi.org.br/site/pt-br/ et du Secrétariat de la présidence de la république : http://www.secretariageral.gov.br/noticias/ultimas_noticias/2013/05 (voir les notícias des 6, 7 et 29 mai)

    PS 2 : Voir sur ce blog les notes des 27 et 31 août 2012.

    Cette note sera publiée dans le prochain AYA Info (No 83), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Les organisations indigènes du Brésil demandent l'aide de l'ONU

    Imprimer

    Brasil,Brésil,APIB,Articulação dos Povos Indígenas do Brasil,Articulação dos Povos Indígenas da Região Sul,ARPINSUL,Articulação dos Povos Indigenas do Pantanal e Região,ARPIPAN,Coordenação das Organizações Indígenas da Amazônia Brasileira,COIAB,Articulação dos Povos Indígenas da Região Sudeste,ARPINSUDESTE,Aty Guassu,Grande Assembléia Guarani,Articulação dos Povos Indígenas do Nordeste, Minas Gerais e Espírito Santo,APOINME,ONU,Uilton Tuxá,Raoni,Guarani Kaiowá,Examen Périodique Universel,Conseil des droits de l'homme,Belo Monte,Rio São Francisco,Decreto No 1775/96,Haut-Commissariat aux droits de l'homme,Conseil des droits de l'homme,OIT,Convention 169,Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtonesMoins médiatisé que Raoni*, mais représentant la grande majorité des organisations indigènes brésiliennes, Manoel Uilton dos Santos, couramment appelé Uilton Tuxá, membre de la direction de l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil** – APIB était à Genève, à mi-novembre, pour demander l'appui du Haut - Commissariat aux Droits de l'homme.

    Uilton a demandé l'intervention du système des Nations Unies auprès de l'État brésilien pour que celui-ci respecte les droits des peuples indigènes en vertu des textes internationaux qu'il a ratifiés, notamment la Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail et la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. Le texte remis au Palais Wilson, le siège du Haut – Commissariat, est un état des lieux des questions qui opposent les peuples indigènes au gouvernement, au parlement et aux entités chargées de l'application de leurs droits.

    La première partie du document est consacrée aux droits sociaux. L'Articulation relève que les droits reconnus dans la Constitution de 1988 sont loin d'être acquis. Il manque une loi d'application de l'article - No 231 - qui définit l'essentiel de ces droits.

    La deuxième traite des Terres indigènes qui ne sont pas toutes démarquées. L'APIB mentionne le cas des Guarani Kaiowá relégués sur des aires extrêmement réduites, victimes de discrimination et d'un ethnocide.

    La troisième traite des mégaprojets de développement des infrastructures voulu par le gouvernement. Selon l'organisation, 434 d'entre eux doivent affecter les territoires indigènes, comme la construction du barrage de Belo Monte et la transposition du Rio São Francisco.

    Les violences faites aux peuples indigènes et les déficiences du Service de santé (le SESAI) et de la FUNAI sont traités dans la quatrième partie.

    La cinquième rappelle que le Statut des peuples indigènes et la loi sur la création d'un  Conseil National de Politique Indigéniste restent dans les tiroirs du parlement.

    La sixième évoque les projets d'amendements constitutionnels anti-indigènes et le projet de loi sur l'exploitation minière dans les terres indigènes.

    Dans la septième partie, l'Articulation dresse la liste des mesures administratives et juridiques qui portent atteinte aux droits indigènes comme l'arrêté 303/2012 de l'Avocat Général de l'Union qui veut modifier les processus de démarcation des terres indigènes. L'APIB rappelle l'existence du décret présidentiel No 1775/96 qui définit le processus de démarcation et garantit la manifestation des avis contraires à telle ou telle démarcation.

    Enfin, elle suggère aux Nations Unies de créer un système de traduction en ligne pour permettre à ceux qui ne parlent pas les langues officielles de l'Organisation de pouvoir adresser leurs dénonciations dans leur langue maternelle.

    Pour rappel, en septembre dernier, devant le Conseil des droits de l'homme, le Brésil a répondu aux interrogations et propositions du Conseil dans le cadre de l'Examen Périodique Universel***.

    Avec la récente visite - le 10 décembre dernier - de Raoni au Haut-Commissariat aux droits de l'homme, les instances onusiennes ont à leur disposition un état des lieux assez fourni de la situation des peuples indigènes au Brésil. Comment vont-elles répondre à ces appels ?

    ***

    Photo FUNAI/ Manoel Uilton dos Santos

    * Voir sur ce blog, la note du 14/12/12

    ** L'APIB regroupe les six principales organisations régionales indigènes du Brésil : l'Articulação dos Povos Indígenas da Região Sul (ARPINSUL); l'Articulação dos Povos Indigenas do Pantanal e Região (ARPIPAN); la Coordenação das Organizações Indígenas da Amazônia Brasileira (COIAB); l'Articulação dos Povos Indígenas da Região Sudeste (ARPINSUDESTE); Aty Guassu (Grande Assembléia Guarani) et l'Articulação dos Povos Indígenas do Nordeste, Minas Gerais e Espírito Santo (APOINME).

    *** Voir sur ce blog, la note du 20/09/12.

    PS : L'activation des liens hypertextes renvoie aux sources utilisées pour la rédaction de cette note. Elles sont souvent en portugais, sauf quand il s'agit d'anciens "AYA Info".

    Cette note a été publiée dans le dernier "AYA Info" No 77, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

    Lien permanent Catégories : La lettre d'AYA 0 commentaire
  • Raoni ou la lutte du pot de terre contre le béton des barrages

    Imprimer

    Raoni,Bemoro,Megaron,Dilma Rousseff,François Hollande,Kayapó,Xingu,FUNAI,Avança Brasil,Programa de Aceleração do Cresimento,PAC,OIT,Mitterrand,Chirac,Sarkozy,Hollande,Elysée, Déclaration des peuples indigènes,Rio+20,Parc National du Xingu,Parque Nacional do Xingu,Kapot Nhinore,Belo Monte,Amazonie,Amazônia,forêt,Journée des Droits de l'homme,Club suisse de la presse,Palais Wilson,Navi Pillay,James Anaya,Planète Amazone,Société pour les Peuples Menacés,Davi Yanomami,Haut-Commissariat aux Droits de l'Homme Le leader Kayapó se dit fatigué, et il est en droit de l'être ! Il se bat depuis des années pour protéger la forêt amazonienne, sa terre et le rio Xingu qui la traverse. La partie principale de la Terre Indigène des Kayapó – le Parc National du Xingu est protégé -  mais pas encore la Terre Indigène Kapot Nhinore pour laquelle, même la justice brésilienne en demande la démarcation à la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI.

    Datant de 1975, le projet d'ouvrages hydroélectriques sur le Xingu est resté longtemps dans les tiroirs de l'administration brésilienne. À la fin des années 90, Fernando Henrique Cardoso l'avait inscrit dans son programme "Avança Brasil", mais sans autre suite. En 2007, Lula a repris le projet de construction du barrage de Belo Monte dans  son "Programme d'Accélération de la Croissance – PAC". Les travaux ont commencé sous l'ère de Dilma Rousseff malgré l'absence de consultation préalable des peuples indigènes concernés, comme le voudrait la Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail – OIT, ratifiée par le Brésil.

    Depuis 1989, constatant qu'il n'était pas entendu des autorités brésiliennes, Raoni a multiplié les voyages en Europe pour demander l'appui de nombreuses personnalités, notamment les anciens présidents français, Mitterrand, Chirac et Sarkozy.  Le 29 novembre, il a été reçu par F. Hollande au palais de l'Elysée. Pour le président français : "Ce qui se passe dans la forêt amazonienne nous concerne directement. Si la déforestation continue, si la forêt amazonienne est progressivement amputée, ce n'est pas un problème seulement pour les peuples autochtones, c'est un enjeu pour le monde !" Selon le communiqué publié par l'Elysée, le président "a souligné l'importance d'une participation des peuples autochtones aux débats et négociations qui engagent leur avenir." Raoni a remis au président la "Déclaration des peuples indigènes", adoptée en juin 2012, lors du campement "Terre Libre" tenu en parallèle à la Conférence Rio+20. Déclaration destinée aux chefs d'États. Raoni a demandé à F. Hollande de transmettre ce texte à Dilma Rousseff, la présidente brésilienne, en visite officielle à Paris les 11 et 12 décembre.

    Pour les observateurs, Dilma est évidemment bien informée de la position des organisations indigènes sur les infrastructures susceptibles d'avoir un impact sur leurs Terres et l'Amazonie en général. Pour mémoire rappelons que les indigènes représentent moins de 0,5% de la population brésilienne. Le taux de popularité de Dilma est à un niveau élevé : près de 76% d'avis favorables en août dernier.

    Ce 10 décembre, Journée des Droits de l'homme, Le leader Kayapó était de nouveau à Genève pour demander l'aide de l'ONU. Après avoir été invité au Club suisse de la presse pour une rencontre avec les journalistes, il est allé au Palais Wilson où il a été reçu par Navi Pillay, la Haut-Commissaire aux Droits de l'Homme. Le Haut Commissariat, comme l'OIT, comme James Anaya, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation de droits de l’homme et des libertés fondamentales des populations autochtones, tous connaissent la situation précaire des peuples indigènes au Brésil. Raoni est venu le leur rappeler.

    Il s'est ensuite rendu à Strasbourg pour solliciter l'appui du Parlement européen.

    Pour ce voyage en Europe, Raoni est accompagné de deux autres membres de sa famille, son neveu, le cacique Megaron Txucarramae, et de son petit-neveu, Bemoro Metuktire. Une nouvelle génération de leaders, une relève peut-être moins médiatisée (ils ne portent pas de labret), mais tout aussi engagée dans la défense des droits des indigènes.

    Les associations – Planète Amazone et la Société pour les Peuples Menacés - qui ont organisé le séjour en Europe et en Suisse de la délégation Kayapó veulent également mettre la pression sur les entreprises européennes qui participent, ou qui sont susceptibles de participer, à "l'invasion industrielle" et à l'exploitation des matières premières de l'Amazonie. Une stratégie peu utilisée jusqu'à présent…

    Raoni, comme Davi Yanomami, a largement contribué à faire connaître les dangers qui pèsent sur la forêt amazonienne. Son message mérite d'être entendu. À l'avenir, si ces menaces se renforcent, il ne sera pas possible de dire : On ne savait pas !

    ***

    Photo © B.Comoli / De gauche à droite : Bemoro, Raoni et Megaron

    Une version réduite de cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 78, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2