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  • Brésil : Violences contre les peuples indigènes, le rapport annuel du CIMI

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    Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, índios, terras indígenas, Dom Erwin Kräutler, Cleber Cesar Buzzato, José Sarney, Dilma Rousseff, Roberto Antonio Liebgott, CISI, Mato Grosso do Sul, CIMI, CNBB"Pour les peuples indigènes, dépossédés de leur habitat ancestral, le monde devient un désert et le ciel du Bien Vivre est profané !" C'est ainsi que Dom Erwin Kräutler, président du Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI*, conclut la présentation du rapport annuel consacré à la "Violence contre les Peuples indigènes" du Brésil. Ce sont les données recueillies en 2013 qui ont été publiées le 17 juillet dernier à Brasilia. Dom Erwin relève que "Beaucoup d'agressions enregistrées ont pour toile de fond la paralysie de tous les processus de démarcation des terres indigènes imposée par la présidente Dilma Rousseff… Le mépris à l'égard des peuples indigènes ne se limite pas aux droits territoriaux. Il se manifeste aussi par une négligence criminelle dans le Service de santé qui leur est destiné". Droits territoriaux et santé sont les deux thèmes sur lesquels le rapport met l'accent.

    Le Secrétaire exécutif du CIMI, Cleber Cesar Buzzato, cite l'exemple de 12 processus de démarcation de Terres Indigènes – TI qui n'attendent que la signature du ministre de la justice, pour être déclarées comme telles, et 17 attendent seulement la signature de la présidente de la république pour leur homologation, quasiment la phase finale de leur reconnaissance comme TI. En moyenne annuelle, depuis la présidence de José Sarney, c'est sous l'actuel gouvernement de Dilma Rousseff qu'il y a eu le moins de TI démarquées : seulement 3,6. Autre fait révélateur, en 2013, sur les 21,6 millions de Reais que le Congrès avait inscrits au budget de l'État pour la "Délimitation, démarcation et régularisation des TI", seuls 5,4 millions ont été utilisés.

    Pour Roberto Antonio Liebgott, représentant du CIMI à la Commission Intersectorielle de Santé Indigène – CISI, "Le service de santé indigène est une réalité dévastatrice. En 2013, la politique de santé indigène a continué d'être marquée par le gaspillage des ressources financières et par une négligence absolue dans la mise en œuvre des actions. Quelques unes, très basiques, pourraient sauver des milliers de vies chaque année." Le document, citant les propres sources du gouvernement, rappelle que pour 100 indigènes qui meurent, on compte 40 enfants de moins de 5 ans. Entre janvier et novembre 2013, ce sont 693 enfants indigènes de moins de 5 ans qui sont décédés. Dans l'État du Mato Grosso do Sul, toujours dans la population indigène, le coefficient de mortalité infantile des moins de 5 ans est de 45,9/1'000 naissances. La moyenne nationale est de 19,6 pour mille.

    Comme dans les rapport des années précédentes, pour 2013, le CIMI a regroupé les cas de violences sous trois chapitres : les violences contre le patrimoine; celles contre les personnes et la violence par négligence des pouvoirs publics. Dans la première catégorie, il a compté 97 cas (125 en 2012). Dans la deuxième catégorie, il a dénombré, entre autres, 53 assassinats (60 en 2012). Des négligences de la part des pouvoirs publics sont observées dans 19 États de l'Union (23 en 2012).

    En 2013, sur les 27 entités de l'Union, trois États seulement (Espírito Santo, Rio Grande do Norte et Sergipe) n'ont pas connu de violences. Mais les trois catégories de violences ont été observées dans quatorze États, dont sept des neuf États de l'Amazonie légale !

    Malgré des chiffres légèrement meilleurs que l'année précédente, la violence à laquelle les peuples indigènes du Brésil sont confrontés reste conséquente…

    ***

    * Le CIMI est l'organisme de la Conférence Nationale des Evêques du Brésil – CNBB en charge de la question des peuples indigènes.

    - PS 1 : Tout récemment, le ministère de la santé a fait connaître son intention de modifier le service de santé indigène en créant un "Institut National de Santé Indigène – INSI". Plusieurs organisations indigènes ont déjà fait connaître leur hostilité à ce projet.

    - Image : Page de couverture du rapport du CIMI. Il s'agit de l'incendie d'un bateau de la FUNAI lors des violents incidents anti-indigènes survenus le 25 décembre 2013 à Humaitá (État d'Amazonas). Á ce sujet, voir sur ce blog la note du 15 février 2014. L'auteur de la photo : Raolin Magalhães (cédée pour le peuple Tenharim). Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

    - Pour les années précédentes, voir sur ce blog, les notes des 02/09/2013, 14/09/2012, 09/09/2011 et 03/08/2010.

    - PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    - Cette note a été publiée dans "AYA Info" (No 95), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Brésil : Une nouvelle loi facilite les relations entre les collectivités publiques et les ONG

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    Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, índios, Organisations de la société civile, ONG, organizações da sociedade civil, OSC, Marco regulatório, Política Nacional de Participação Social, conselhos populares, Câmara dos deputados, Dilma Rousseff, ABONGL'action des organisations de la société civile - OSC est une précieuse contribution à la vie démocratique d'un pays. Au Brésil, elles ont joué un rôle fondamental pour l'adoption de la Constitution de 1988 basée sur la participation et le contrôle social des politiques publiques. Reste que le mode de subventionnement des programmes et actions des OSC par les collectivités publiques est particulièrement inadapté, au point de mettre en péril cet apport et les organisations elles-mêmes.

    Voilà plus d'une vingtaine d'années que les principales ONG, en particulier l'Association Brésilienne des Organisations Non Gouvernementales  – ABONG, se mobilisent pour améliorer la situation et obtenir un cadre juridique* plus satisfaisant. En 2010, lors de la dernière campagne pour l'élection présidentielle, les candidats s'étaient engagés à traiter de cette question. En novembre 2011, un Groupe de travail réunissant les représentants de plusieurs ministères, de la Présidence de la république et des ONG a été constitué. Il a rédigé un rapport conclu en juillet 2012. Ce document propose un avant projet de loi qui a servi de base à un texte approuvé par le Sénat en décembre 2013. Le 13 mai 2014, la Commission Constitution, Justice et Citoyenneté – CCJ de la Chambre des députés a approuvé le projet de loi qui a l'appui du gouvernement. En avril dernier l'ABONG a publié une brochure expliquant les enjeux et l'importance de ce texte. La loi est la même pour toutes les entités publiques : Union, États, Municipalités, etc. Elle règle notamment deux cas de figure : d'une part quand les entités publiques souhaitent la participation des OSC pour la réalisations de certains projets et, d'autre part, quand les OSC demandent le financement d'un projet par les pouvoirs publics.

    La Chambre des Députés a approuvé le texte le 2 juillet et la Présidente de la république l'a signé le 31 juillet. Il a été publié au journal officiel de l'Union le 1er août.

    Des ONG se préoccupent déjà de l'application de la loi, de la réglementation à venir. Ainsi des rencontres ont déjà eu lieu ce mois d'août à Belo Horizonte et à Rio de Janeiro pour discuter des prochaines étapes.

    Également dans le domaine de la relation avec la société civile, la présidente de la république a signé, le 23 mai, un décret qui institue une Politique Nationale de Participation Sociale – PNPS et un Système de National de Participation Sociale – SNPS.

    Des députés de l'opposition ont déposé un projet de décret législatif pour en suspendre l'application. Le sujet a été repris à la Chambre des députés ce début du mois d'août, pour le moment sans résultat.

    * "Marco regulatório" en portugais.

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    Photo : Wilson Dias / Agência Brasil / Le 31 juillet Dilma Rousseff signe la loi sur le "Marco regulatório". Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    - Cette note est une version actualisée de la "brève" publiée dans "AYA Info" No 94, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • L'armée intervient dans le conflit qui oppose les Tupinambá aux fazendeiros

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    Depuis la mi-février, environ 600 militaires sont arrivés à Ilhéus, une localité brésilienne située dans le sud de l'État de la Bahia. C'est le gouverneur de l'État, Jaques Wagner qui, le 11 février, a demandé et obtenu de la Présidente de la république et du Ministre de la justice la présence de l'armée pour le maintien de l'ordre dans cette région marquée par un conflit entre fazendeiros et indigènes Tupinambá. En janvier et février trois Tupinambá et un petit agriculteur ont été assassinés en raison de ce conflit qui dure depuis des années.

    La tension est vive dans la région. Les indigènes veulent récupérer leur terre - la Terre Indigène (TI) Tupinambá de Olivença envahie par des fazendeiros. Elle a une superficie de 474 km2 s'étendant sur une partie des municipalités de Buerarema, Ilhéus et Una. Elle est habitée par environ 4'500 indigènes Tupinambá. Le processus d'identification de cette TI a commencé en 2004. En 2009, la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI a approuvé un rapport selon lequel l'aire est traditionnellement occupée par la communauté Tupinambá. Mais l'homologation n'a jamais été signée par le ministre de la justice qui demande encore des éclaircissements sur le rapport de la FUNAI.

    Dans une "Lettre ouverte au Peuple Brésilien", la communauté Tupinambá dénonce la stratégie de ceux qui envahissent le territoire sacré de leurs ancêtres en diffusant de fausses informations à leur propos, allant jusqu'à nier leur existence en les qualifiant de "faux" ou "supposés" Indiens. "Nous avons été obligés de vivre dans l'anonymat pendant des décennies et des décennies… peu sont arrivés à se maintenir dans de petites aires et beaucoup d'entre nous vivent en périphérie  des grandes cités dans des conditions de vulnérabilité."…  "Nous savons que le manque d'information a conduit une grande partie de la société brésilienne à nous criminaliser et à nous discriminer… Nous demandons la paix et la garantie de nos vies, que le gouvernement démarque nos terres et cesse la violation de nos droits…" Et de conclure : "Nous, de la communauté Tupinamba de Olivença appelons au secours !"

    Plusieurs entités, groupes ou collectifs d'organisations ont manifesté leur appui au peuple Tupinamba de Olivença. Une "Note" signée par plus de trente organisations demande au Ministre de la justice, à la présidente Dilma Rousseff et au Gouverneur Jaques Wagner de respecter la Constitution et les droits des peuples indigènes. Le Mouvement des Travailleurs ruraux Sans Terre –MST dénonce l'attitude des médias locaux et nationaux, alliés à la "Bancada ruralista " (le lobby de l'agrobusiness), qui tentent de mettre en conflit la communauté indigène et les travailleurs ruraux de la région, alliés historiques, dans la lutte pour la terre. Le MST demande la démarcation immédiate TI Tupinamba de Olivença, le retrait des forces de sécurité du territoire tupinambá, la fin de la violence, de la persécution et de la criminalisation du peuple Tupinambá. Pour le Procureur général de la république, Rodrigo Janot "Le fait est que le cycle d'invasions et reprises des terres par les fazendeiros de la région et les indigènes, se terminera de manière définitive seulement avec la finalisation du processus de démarcation…"

    Du 14 au 16 mars, plusieurs centaines de personnes, représentant une quarantaine d'organisations du Brésil, d'Amérique latine et d'Europe ont participé à une "Marche d'appui" aux Tupiambá, sur un parcours d'environ 11 km allant de la route BR-101 à l'aldeia (village) da Serra do Padeiro. Les participants ont approuvé une déclaration dans laquelle ils dénoncent la soumission des autorités fédérales et de l'État de la Bahia aux intérêts de l'agrobusiness, la non protection des terres indigènes et quilombolas* et les medias régionaux et nationaux qui répandent la haine. Ils demandent la démocratisation des moyens de communication; la démocratisation de la terre avec la réforme agraire et la régularisation immédiate des terres indigènes et quilombolas. Ils demandent à la société brésilienne de s'indigner de l'ordre établi qui génère la violence et l'insécurité.

    Le 24 mars, Rosivaldo Ferreira da Silva, plus connu sous le nom de Cacique Babau, leader de la communauté Tupinamba da Serra do Pardeiro a publié une lettre destinée aux autorités, à la FUNAI, au Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI, au Ministère Public Fédéral à l'ONU et autres. Dans ce document, il dénonce les intimidations, les menaces et les violences exercées par les forces de sécurité – présentes dans la communauté depuis le début février -  dont sont victimes des habitants de l'aldeia. Il se dit particulièrement menacé de mort.

    Le 29 mars, la municipalité de Una, sur le territoire de laquelle s'étend une partie de la TI Tupinambá, a fait savoir qu'elle avait signé un partenariat avec l'armée afin que cette dernière puisse disposer d'une base provisoire. Le communiqué précise que "l'armée fait un travail intense de surveillance et de "blitz" (opérations "coups de poings") pour toute la cité et les districts, contribuant ainsi à la sécurité des habitants de Una…. L'armée restera dans la cité pendant un bon moment".

    Cette présence de la force nationale et de l'armée dans la TI a été dénoncée le 3 avril dans une lettre adressée à la présidente de la république (avec copie à la Commission Interaméricaine des Droits de l'Homme). Ce document est signé par de nombreuses personnalités et entités brésiliennes et étrangères qui "exigent que l'armée et la Force nationale soient retirées du Territoire Tupinambá. Les signataires demandent la régularisation (la démarcation) du territoire et l'indemnisation des petits agriculteurs qui s'y étaient installés.

    Combien de temps va encore durer ce face à face ?

    En guise de rappel : les rédacteurs de la Constitution de 1988 – adoptée après la dictature militaire - avaient donné un délai de cinq ans pour démarquer toutes les Terres Indigènes du pays !

    ***

    * Communautés de descendants d'esclaves noirs fugitifs.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    - Cette note est une version actualisée de la "brève" publiée dans AYA Info (No 91), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Les Yanomami obtiennent un changement à la tête du Service de santé de leur territoire

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    Le 3 janvier, le Ministre de la santé, Alexandre Padilha* a mis un terme à l'activité de Joana Claudete Schuertz, la Coordinatrice du District Sanitaire Spécial Indigène Yanomami – DSEI-Y**. Cette mise à l'écart répond partiellement à une pétition du 2 octobre 2013, signée par Davi Kopenawa et 70 représentants des communautés Yanomami, essentiellement de l'État de Roraima. Ils demandent également la démission du Conseiller de planification du DSEI-Y, Antônio Gonçalves. Deux jours plus tard, le 4 octobre, l'Hutukara Associação Yanomami – HAY reprend cette demande. Elle fait état d'indices de liens et d'influence d'un politicien local et des gestionnaires du DSEI-Y visant au maintien de la Mission Évangélique Caiuá*** comme sous-traitante pour le service de santé dans l'aire indigène Yanomami. L'HAY dénonce les dysfonctionnements du service de santé dans les communautés, le manque de médicaments et le mauvais état des infrastructures. Elle met en question le fait que le service de santé ne s'est pas amélioré malgré une augmentation du budget. En cette fin d'année 2013, le ministère de la santé doit publier un appel d'offre en vue de sélectionner les entités auxquelles il sous-traitera le service de santé dans les communautés indigènes. L'appel de candidatures a effectivement été publié le 18 octobre au Journal Officiel de l'Union - DOU. Au terme de la procédure, c'est à nouveau la Mission Évangélique Caiuá qui aura en charge le service de santé dans l'aire indigène Yanomami. Le Conseil indigéniste missionnaire – CIMI signale que cette sélection s'est faite sans la consultation des indigènes.

    Le 30 décembre 2013, de nombreux Yanomami ont occupé le siège du Secrétariat Spécial de Santé Indigène – SESAI de Boa Vista, la capitale de l'État de Roraima. Ils demandaient le départ de la coordinatrice. Le 3 janvier, après plusieurs heures de réunion avec les représentants du ministère de la santé, ils obtiennent gain de cause : la coordinatrice doit quitter sa fonction. Elle avait été nommée à ce poste en juin 2011 avec l'assentiment des leaders Yanomami. À l'époque, ils redoutaient déjà la nomination d'une personne sous influence de politiciens locaux hostiles aux indigènes.

    ***

    * Alexandre Padilha a quitté ses fonctions pour se présenter aux élections qui auront lieu les 5 et 26 octobre prochains. Il vise le poste de gouverneur de l'État de São Paulo. Le 31 janvier, Dilma Rousseff a nommé Arthur Chioro dos Reis au poste de Ministre de la santé. Jusque-là, il était Secrétaire municipal de la Santé de São Bernardo do Campo, une commune de l'État de São Paulo. Le 20 février, il a démissionné, le temps d'être nommé professeur à la faculté de médecine de l'Université fédérale de São Paulo – Unifesp. Il est revenu à la tête du Ministère le 21 février. Pour assurer un bref intérim, la présidence de la république avait nommé Mozart Júlio Tabosa Sales, Secrétaire de gestion du travail et de l'éducation en santé.

    ** Le DSEI-Y couvre également les communautés Yanomami de l'État d'Amazonas où intervient notre partenaire, le Service et Coopération avec le peuple Yanomami – SECOYA. Il existe 34 DSEI dans l'ensemble du Brésil.

    *** La Mission Évangélique Caiuá a son siège à Dourados, dans le Mato Grosso do Sul. Elle est rattachée à l'Église presbytérienne du Brésil. Selon l'ONG "Contas Abertas", c'est l'une des Organisations de la Société Civile d'Intérêt Public – OSCIP qui reçoit le plus de subventions de l'État fédéral pour ses conventions de sous-traitance. Ces deux dernières années 2012 et 2013, ses diverses conventions – elle est présente dans près d'une vingtaine de DSEI - ont totalisé un montant supérieur à 200 millions de Réais (soit un peu plus de 61 millions d'Euros ou près de 75 millions de Francs suisses).

    ***

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    - Cette note est une version actualisée de celle publiée dans le dernier AYA Info (No 90), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Les Indiens du Brésil se mobilisent pour défendre leurs droits constitutionnels / 2

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    Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Autochtones, indigènes, indígenas, Brasilia, constitution, Constituição, APIB, FUNAI, CNPI, União, mobilização, bancada ruralista, PEC 215/00, Greenpeace, Senado, Dilma Rousseff, Ana Rita, Casa Civil, André Vargas, Câmara dos Deputados, Gleisi Hoffmann, Kátia Abreu, Confederação Nacional da Agricultura e Pecuária do Brasil, CNA, Ronaldo Caiado, Luis Inácio Adams, Sônia Guajajara, José Eduardo Cardozo, Ministro  da Justiça, Nilmário Miranda, Padre Ton, Supremo Tribunal Federal, STFFin septembre début octobre, l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB a appelé les peuples indigènes et leurs organisations à se mobiliser pour la "Défense de la Constitution et du droit des peuples [indigènes] à la terre". Une mobilisation organisée à l'occasion du 25e anniversaire de l'adoption, le 5 octobre 1988, de l'actuelle Constitution du Brésil. Ces droits sont menacés par plusieurs projets de loi ou d'amendements constitutionnels. Dans une précédente note, il a été fait état des manifestations qui ont eu lieu dans le pays*. Cette note relate ce qui s'est passé à Brasilia où environ 1'500 leaders indigènes de tout le pays s'étaient donné rendez-vous.

    Le 1er octobre, des militants de Greenpeace Brésil ont grimpé au mât du drapeau brésilien, et sous les couleurs nationales, ils y ont accroché l'effigie d'un Indien et, plus bas encore, une banderole portant l'inscription : "Nos forêts ont plus de vie". Au Sénat, la Commission des droits humains et de la législation participative, présidée par Ana Rita, a reçu des leaders indigènes qui ont exprimé leurs inquiétudes face aux attaques dont les droits territoriaux sont l'objet. Ce même jour, la présidente de la république Dilma Rousseff, a fait savoir que son gouvernement était hostile au Projet d'amendement constitutionnel No 215/00.

    Le 2 octobre, la police a empêché les manifestants d'entrer au parlement. Cependant, une délégation de leaders a été reçue par André Vargas, ce jour-là président en exercice de la Chambre des députés. La délégation a évoqué les principales revendications des organisations indigènes, notamment, le classement de la PEC 215/00. Il a été convenu qu'un document mentionnant ces revendications serait remis le lendemain aux parlementaires (voir ci-dessous "Déclaration"). Les députés Nilmário Miranda et Padre Ton ont déposé une Proposition d'amendement constitutionnel (No 320/2013) créant quatre sièges de députés fédéraux indigènes élus par les communautés elles-mêmes.

    Sur l'Esplanade des Ministères, le 3 octobre, un groupe a enterré symboliquement – en fait l'image - de quatre personnes qui, aux yeux des indigènes, sont particulièrement actives pour réduire leurs droits territoriaux. Il s'agit de la Ministre-chef de la Maison Civile de la présidence de la république, Gleisi Hoffmann; la sénatrice Katia Abreu, présidente de la Confédération Nationale de l'Agriculture et de l'Elevage – CNA; le député fédéral Ronaldo Caiado, membre de la "Bancada ruralista" et l'Avocat Général de l'Union Luis Inácio Adams. Au cours de l'après-midi des leaders indigènes ont occupé pacifiquement, pendant un peu plus d'une heure, le siège de la CNA. Le temps pour Sônia Guajajara de l'APIB, d'exprimer les griefs adressés à la Confédération et à sa présidente. La police militaire était sur les lieux, mais a seulement suivi l'événement. La Commission Nationale de Politique Indigéniste - CNPI a tenu sa 21e réunion ordinaire au siège de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI. À cette occasion, le Ministre de la justice, José Eduardo Cardozo a annoncé qu'il adressait au président de la Chambre des députés une note technique qui démontre le caractère anticonstitutionnel de la PEC 215/00.

    Le 4 octobre des représentants de la mobilisation ont remis un document destiné aux juges du Tribunal Suprême Fédéral – STF. Ils y expriment leurs préoccupations quant aux droits constitutionnels menacés par des initiatives des pouvoirs exécutifs, législatifs et judiciaires tendant à restreindre et retirer des droits qui paraissaient consolidés et définitifs. Ils rappellent également la suspension par le STF des processus de démarcation des Terres Indigènes, principalement au Mato Grosso do Sul. Ils demandent que les décisions du STF soient favorables aux peuples indigènes, conformément à leurs droits historiques et fondamentaux garantis par la Constitution fédérale et les Traités internationaux signés par le Brésil.

    La "Déclaration" publiée le 3 octobre par l'APIB résume les revendications des peuples indigènes du pays : "Nous déclarons que si les ruralistes arrivent à changer la Constitution, ou si le pouvoir exécutif modifie les processus de démarcation de nos terres et continue la paralysie de démarcation de nos territoires, pour nous, ces mesures seront nulles. Nous continuerons à résister et à risquer nos vies pour ce que prescrivent la Constitution de 1988 et les traités internationaux signés par le Brésil… Nous exigeons la fin de toutes ces attaques contre nos droits…" Le document se termine par des demandes plus précises : le classement immédiat et définitif de toutes les initiatives qui portent atteintes aux droits indigènes; la création du Conseil National de Politique Indigéniste; l'approbation du Statut des Peuples Indigènes et de la Proposition d'amendement constitutionnel No 320/2013 qui veut la création de quatre sièges pour des députés fédéraux indigènes… "Enfin, nous réitérons notre détermination à rester unis et en alliance avec les mouvements et organisations sociales qui, comme nous, luttent pour la construction d'une société véritablement démocratique, juste et plurielle".

    Après une telle mobilisation, la question est maintenant de savoir comment le pouvoir brésilien va répondre à l'interpellation des peuples indigènes ?

    ***

    *Voir sur ce blog les notes du 10/11/13

    Photo © Oswaldo Braga de Souza - ISA / Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note ou à des vidéos relatives à la mobilisation mises en ligne sur YouTube.

    - Cette note est un extrait d'une "brève" publiée dans AYA Info (No 87), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Dilma ne veut pas confier au parlement le pouvoir de démarquer les terres indigènes

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    Brasil,Brésil,Amazonia,Amazonie,Autochtones,indigènes,indígenas,Brasilia,constitution,constituição,APIB,FUNAI,União,mobilização,bancada ruralista,PEC 215,Dilma Rousseff,Câmara dos Deputados,Conselho Indígena de Roraima,CIR,Terras indígenas, José Eduardo Cardozo, Henrique Eduardo Alves,Comissão Nacional de Política Indigenista,inconstitucionalidadePar le biais de son compte Twitter, la présidente brésilienne Dilma Rousseff, a fait savoir le 1er octobre, que son gouvernement était hostile à la Proposition d'Amendement Constitutionnel 215/2000 – PEC 215/00 qui transfère, du gouvernement au parlement, le pouvoir de démarquer les Terres indigènes. Une prérogative que la Constitution du 5 octobre 1988 attribue au gouvernement de l'Union. Une modification souhaitée par le lobby de l'agrobusiness, mais combattue par les organisations indigènes. Ces dernières avaient déjà manifesté leur hostilité à ce texte, en avril dernier, quand de nombreux leaders indigènes avaient envahi la Chambre des députés.

    Dilma a publié cette annonce au début de la semaine de "Mobilisation nationale pour la défense de la Constitution" organisée par l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB*, entre le 30 septembre et le 5 octobre, à l'occasion du 25e anniversaire de l'adoption de la Constitution.

    Alors qu'elle avait quasiment ignoré les représentants des peuples indigènes depuis son élection, après les importantes manifestations du mois de juin survenues dans de nombreuses villes du Brésil, le 10 juillet dernier, Dilma Rousseff avait reçu une délégation indigène au Palais présidentiel. Une rencontre attendue de longue date par les leaders indigènes. C'était la première depuis son élection à la tête du Brésil. "Un moment historique" a même affirmé le Conseil Indigène de Roraima – CIR.

    Dans la "Lettre ouverte" remise alors à la Présidente, l'APIB demande la révocation de tous les textes, dont la PEC 215/00, qui menacent les droits territoriaux, la culture et la vie des peuples indigènes. Elle demande aussi la mise en œuvre effective de politiques publiques de qualité, en particulier dans les domaines de la santé et de l'éducation. L'Articulation y réaffirme sa détermination à défendre les territoires [indigènes] et sa disposition pour un dialogue ouvert, franc et sincère. La lettre se termine par un appel aux peuples indigènes, à leurs organisations et à leurs alliés pour "qu'ensemble nous évitions l'extinction programmée de nos peuples." Mais, selon "Agência brasil", le gouvernement maintient sa décision de revoir le processus de démarcation des Terres indigènes.

    Cependant, pour donner une suite à cette rencontre avec la Présidente, il a été décidé de créer un "Groupe de dialogue", effectivement installé le 22 août, lors d'une réunion de la Commission Nationale de Politique Indigéniste - CNPI. Le 3 octobre, lors de la 21e rencontre ordinaire de cette Commission, le ministre de la justice, José Eduardo Cardozo, a annoncé l'envoi d'un note technique au président de la Chambre des députés, Henrique Eduardo Alves, dans laquelle il rappelle les différents points qui font de cette PEC une proposition anticonstitutionnelle.

    Il semble maintenant que la position du gouvernement sur cette Proposition d'amendement soit plus claire. À voir quelle suite la Chambre des députés donnera à cet appel du gouvernement !

    Et il reste bien d'autres menaces sur les droits des peuples indigènes du Brésil.

    ***

    *L'APIB regroupe les organisations régionales indigènes du Brésil. Voir, sur ce blog, les notes des 28/09/2013, 07/06/2013, 03/05/2013 et du 05/04/2012

    Photo © CIMI - Cliquer sur l'image pour l'agrandir.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    - Cette note est une version actualisée de la "brève" publiée dans le dernier AYA Info (No 86) le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Brésil : la violence contre les peuples indigènes a augmenté en 2012

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    Brasil,Brésil,Amazonia,Amazonie,Autochtones,indigènes,indígenas,CIMI,CNBB,Mato Grosso do Sul,Fernando Henrique Cardoso,Lula, Dilma Rousseff,Lucia Helena Rangel,Roberto Antonio Liegbott,violência,povos indígenas,violence,peuples indigènesEn 2012, par rapport à 2011, dans les trois catégories de violences traitées par le document publié le 27 juin par le Conseil Indigéniste Missionnaire* - CIMI, il y a  eu une augmentation du nombre de cas et de victimes. Les cas de "violence contre le patrimoine" passent de 99 à 125. La "violence par négligence des pouvoirs publics" touchent 106'801 personnes contre 61'801 en 2011. C'est dans la catégorie de "violence contre la personne" qui comprend les menaces de mort, les homicides, tentatives d'assassinats, racisme, lésions corporelles et violence sexuelle que l'augmentation est la plus marquée : 1'276 victimes (378 en 2011). Il y a eu 60 assassinats (51 en 2011).

    Ces assassinats ont des causes diverses, quelques-uns pour des conflits de la terre, d'autres pour des disputes interpersonnelles où la consommation ou l'abus d'alcool a été un élément facilitateur. En 2012, 37 d'entre eux l'ont été dans l'État du Mato Grosso do Sul. Une situation malheureusement habituelle. En effet, depuis 2003, soit ces dix dernières années, sur les 563 assassinats dénombrés dans le pays, 317 (55%) l'ont été dans cet État.

    À parcourir les différents rapports du CIMI, l'évolution est inquiétante : sous la présidence de Fernando Henrique Cardoso, de 1995 à 2002, le Cimi a compté un total de 165 assassinats, soit une moyenne annuelle de l'ordre de 20,6. Sous la présidence de Lula, de 2003 à 2010, il en a dénombré 452, soit une moyenne annuelle de 56,5. Pour les deux premières années de la présidence de Dilma Rousseff, il y en a eu 111, soit une moyenne annuelle de 55,5.

    Pour les auteurs du rapport**, cette violence trouve son origine dans plusieurs causes :

    1.- Les conflits de la terre, accrus par l'indifférence du gouvernement vis-à-vis de ces conflits et sa position qui consiste à ne pas démarquer les terres indigènes, contribuant ainsi à l'augmentation des invasions et autres formes de violation des droits humains.

    2.- Au confinement de peuples indigènes dans de petites réserves – notamment dans le Mato Grosso do Sul - qui sont de véritables camps de concentration.

    3.- Aux campements sur les bords des routes où des dizaines de communautés indigènes sont abandonnées et exposées à d'innombrables dangers.

    4.- La dégradation environnementale des Terres démarquées engendrée par l'exploitation du bois, des minerais, de l'énergie électrique.

    5.- À la politique de développement du gouvernement qui transforme les droits indigènes en "obstacle au développement économique".

    6.- À l'absence d'une politique indigéniste articulée avec les autres politiques [de l'État], ce qui fragilise les actions et services destinés aux communautés indigènes : santé, éducation, etc.

    On retrouve là, les thèmes qui ont fait descendre de nombreux Brésiliens dans les rues ces dernières semaines.

    ***

    * Le CIMI est l'organisme de la Conférence nationale des évêques du Brésil  - CNBB chargé des questions indigènes.

    ** Lucia Helena Rangel, anthropologue à l'Université Pontificale Catholique – PUC de São Paulo et Roberto Antonio Liegbott, missionnaire laïc rattaché au CIMI Régional Sud.

    - Voir sur ce blog, sur le même sujet, les notes des 14/09/2012, 09/09/11 et du 03/08/10 ou "AYA Info" No 74 pour le précédent rapport.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    - Cette note a été publiée dans le dernier AYA Info (No 85) le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Une offensive gouvernementale et parlementaire pour compliquer la démarcation des Terres indigènes

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    Le 8 mai à Brasilia, la "Commission de l'agriculture, élevage, approvisionnement et développement rural" de la Chambre des députés, a invité la Ministre-cheffe de la Maison civile de la Présidence de la république, Gleisi Hoffmann, à donner, à l'occasion d'une audience publique, "des éclaircissements au sujet de l'identification et la délimitation des Terres indigènes au Brésil". Et la ministre d'annoncer que les études de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI, en charge de la politique indigéniste et du processus de démarcation des Terres Indigènes, seront confrontées avec celles d'autres organes gouvernementaux comme le Ministère du développement agraire et l'Entreprise Brésilienne d'Enquête d'Agro-élevage – EMBRAPA.

    Selon la ministre, cette proposition a pour objet d'éviter les conflits entre agriculteurs et indigènes comme il en existe dans plusieurs États du pays. De fait, elle souhaite donner plus de poids aux intérêts anti-indigènes, ceux de l'agrobusiness, dans le processus de démarcation. Elle met en cause le travail de la FUNAI*. Le débat qui a suivi son intervention a connu des moments de tension entre partisans et adversaires de cette proposition.

    La controverse a gagné le pays tout entier. Les tenants de l'agrobusiness ont multiplié les critiques à l'égard de la FUNAI. Ils ont multiplié leurs interventions. Le 15 mai, des députés ont officialisé une demande de création d'une Commission Parlementaire d'enquête sur l'action de la FUNAI et de l'Institut National de Colonisation et de Réforme Agraire – INCRA. Les membres du "Frente Parlamentar da Agropecuária" - les parlementaires du lobby de l'agrobusiness - se sont réunis par deux fois, les 16 et 28 mai, avec le vice-président de la république Michel Tremer. Ils lui ont demandé la suspension des processus de démarcation des Terres indigènes dans les deux États du Mato Grosso do Sul et du Rio Grande do Sul. Ceci à l'exemple de ce qu'avait demandé récemment Gleisi Hoffmann pour l'État du Paraná. Les parlementaires ont annoncé, pour le 14 juin, une mobilisation nationale des producteurs ruraux contre la désappropriation de terres productives pour des fins de démarcation.

    L'Articulation des Peuples Indigènes de la Région Sud – ARPINSUL est la première organisation indigène à exprimer sa réprobation : …"tant que l'État brésilien ne traitera pas la question indigène avec le respect qu'elle mérite, les conflits seront constants, et la violation des droits humains s'intensifiera encore plus parce que nous ne nous tairons pas. Nous serons implacables dans la lutte pour les droits qui ont coûté de sang de nos ancêtres ! Jamais plus un Brésil sans les peuples indigènes !" La veille de la réunion de la Commission de la Chambre des députés, Mme Hoffmann avait demandé au ministre de la justice de suspendre les processus de démarcation dans l'Etat du Paraná.

     Le Conseil Indigène de Roraima – CIR a publié un manifeste  : "Nous voulons que la présidente du Brésil, Dilma Rousseff, respecte et reconnaisse tous les peuples indigènes pour les conquêtes des droits acquis jusqu'aux jours actuels et qu'elle ne fasse pas des actes d'ignorance et de méconnaissance de la question indigène. Les terres brésiliennes sont des terres indigènes".

    Le 3 juin, le Secrétaire général de la Conférence Nationale des Evêques du Brésil – CNBB, Dom Leonardo Steiner, a reçu Gleisi Hoffmann à qui il a expliqué la position de l'entité : "Nous espérons que la FUNAI ne soit pas vidée dans sa fonction et que les démarcations continuent".

    Une coalition de 26 organisations, dont l'Association brésilienne des ONG – ABONG a rendu publique une note exigeant le respect de la Constitution : "En 1988, se terminaient les travaux de la Constituante et la Constitution citoyenne qui a suspendu les législation du régime autoritaire. Il a été affirmé solennellement une série de droits, parmi lesquels les droits des peuples indigènes. Les mesures qui viennent d'être prises et les propositions d'amendement constitutionnel en discussion signifient un recul dans la lutte pour les droits humains dans notre pays et le retour à une étape que nous ne pouvons pas accepter. Nous exigeons le respect de la Constitution fédérale ! Nous exigeons le respect des droits des peuples indigènes !"

    Alors que cette offensive du gouvernement suscite une vague de protestations, dans le Mato Grosso do sul, un indigène, Terena, Oziel Gabriel, a été tué par les forces de l'ordre lors d'une opération d'évacuation d'une fazenda. Les Terena revendiquent cette terre comme étant leur territoire ancestral...

    * La démarcation des Terres indigènes a fait l'objet d'un Décret de 1996 (No 1775/96) qui prévoit la possibilité pour les opposants à une démarcation de faire connaître leur point de vue.

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     PS : L'activation des liens hypertextes (en gris) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources permettent d'en "savoir plus".

    Une version réduite de cette note a été publiée dans le dernier AYA Info (No 83), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Plus de 4'000 projets d'exploitation minière menacent 152 Terres Indigènes d'Amazonie

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    Brasil, Brésil, Amazonie, Amazônia, mineração,exploitation minière,Terres Indigènes, Terras Indígenas,PL 1.610, Edio Lopes, Padre Ton,Comissão Nacional de Política Indígenista,Commission Nationale de Politique Indigéniste,Estatuto dos Povos Indígenas,Instituto Socioambiental, Marcos Apurinã, Sônia Guajajara,COIAB,Dia do Índio,Abril indígena, Dilma Rousseff, Marta AzevedoCe sont 4'220 projets d'exploitation minière dans 152 Terres Indigènes (TI) d'Amazonie brésilienne que l'Instituto Socioambiental – ISA a dénombré récemment. Pour 74 de ces TI c'est plus de 50% de leur territoire qui est concerné et pour 32 d'entre – elles, c'est même plus de 90% ! La TI Yanomami en compte 657, couvrant 54% de son territoire.

    La recherche et l'exploitation de l'or entrent pour plus de la moitié – 2'260 - de ces projets. Cinq sociétés minières ont déposé 1'356 demandes, soit 32 %  du total. À elle seule, Mineração Silvana Industria e Comercio Ltda en compte 690 et, en deuxième position, Vale SA avec 210. La Constitution de 1988 prévoit qu'il appartient au Congrès d'autoriser cette exploitation dans les TI.

    Un projet de loi (No 1.610) de 1996 est en discussion au Parlement. Ce texte a été présenté par deux députés, Padre Ton et Edio Lopes, aux délégués indigènes lors de la dernière réunion de la Commission Nationale de Politique Indigéniste - CNPI, le 5 décembre 2012. Ces derniers ont rappelé que ce thème a été amplement débattu dans toutes les régions du pays à l'occasion des discussions relatives au "Statut des Peuples Indigènes". Un chapitre entier de ce document est consacré à la recherche et à l'exploitation des ressources minières dans les TI. Ce Statut a été remis à la Chambre des Députés en août 2009 sans avoir encore été inscrit à son ordre du jour. Du point de vue des indigènes, le thème de l'exploitation minière ne doit pas être débattu séparément du Statut. D'une manière générale, ils sont opposés à l'ouverture des Terres indigènes à l'exploitation minière.

    Récemment, les participants à la 42e Assemblée générale des peuples indigènes de Roraima ont adressé une lettre à la Présidente de la république, Dilma Rousseff. Ils reprochent au PL 1.610 de ne pas donner aux peuples indigènes le droit de refuser un projet minier et de ne prévoir aucune garantie de sauvegarde de leurs lieux sacrés et d'habitation : "cela génère un état de claire agression à la survie culturelle de nos peuples". Ils demandent de paralyser les travaux parlementaires sur le PL 1.610 et de donner la priorité à l'approbation du "Statut des Peuples indigènes" qui, lui, prévoit un droit de refus de la part des communautés indigènes (art. 88).

    Un avis, allant dans le même sens, a été exprimé par des leaders indigènes d'Amazonie lors d'une rencontre organisée, sur le PL 1.610, par la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI, les 25 et 26 mars à Manaus. Marcos Apurinã, le leader de la Coordination des Organisations Indigènes de l'Amazonie Brésilienne – COIAB, a adressé une lettre à Marta Azevedo, la présidente de la Fondation, pour demander l'acheminement du projet de Statut au Congrès. Il propose également la définition d'une stratégie commune entre mouvement indigène, mouvements sociaux, alliés au Congrès et au sein du Gouvernement pour en obtenir l'approbation. La COIAB a publié une "Lettre ouverte" aux dirigeants indigènes, à ses partenaires, aux autorités et à la société en général dans laquelle elle exprime sa préoccupation. Dans sa mission de défendre les droits des peuples indigènes, elle dit affronter aujourd'hui le pire moment où ces droits sont menacés, notamment, mais pas seulement, par les projets d'exploitation minière en Amazonie. Elle demande aux peuples indigènes, qui seront invités aux réunions d'information sur le PL 1.610 prévues dans le pays, de suivre le positionnement adopté par les leaders indigènes de la CNPI et de ceux qui ont participé à la réunion de Manaus.

    Au Brésil, depuis 1943, l'existence des peuples indigènes est traditionnellement rappelée en avril, particulièrement le 19, qui est le "Jour de l'Indien". La COIAB veut saisir l'opportunité du prochain rassemblement – prévu à Brasilia - des leaders indigènes de tout le pays pour créer une dynamique en faveur de l'adoption du Statut par le Congrès.

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    Photo © Secoya - De gauche à droite : Marcos Apurinã, leader de la Coordination des Organisations Indigènes de l'Amazonie Brésilienne – COIAB; Edio Lopes, Député fédéral (PMDB) et rapporteur du projet de loi 1.610; Sônia Guajajara, Vice - coordinatrice de la COIAB lors de la réunion de Manaus les 25 et 26 mars dernier.

    PS : L'activation des liens hypertextes renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Elles sont souvent en portugais, sauf quand il s'agit d'anciens "AYA Info".

    Une version réduite de cette note a été publiée dans "AYA Info" (No 81), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • 2012 n'a pas été une année de progrès pour les peuples indigènes du Brésil

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    Pour les peuples indigènes du Brésil, 2012 n'aura pas été une année de progrès. S'il est vrai qu'il est difficile de retenir tout ce qui a fait l'actualité indigène au cours de ces douze mois, il reste que c'est bien la conclusion à laquelle conduit l'examen de quelques domaines-clés de la politique indigéniste du pays.

    Pour les droits territoriaux, seulement sept Terres Indigènes – TI ont été démarquées le 5 juin, pour la journée mondiale de l'environnement. Et, en octobre, il y a eu la publication du rapport d'identification d'une TI dans l'État d'Amazonas. Au début décembre, les Xavante ont retrouvé leur terre ancestrale de Marãiwatsédé. Le lobby anti-indigène a été particulièrement actif au parlement. Au Sénat et à la Chambre des Députés, des élus ont mis à l'ordre du jour des Projets d'amendements constitutionnels visant à enlever au Gouvernement la responsabilité finale de la démarcation des TI. En juillet, l'Avocat général de l'Union a signé un arrêté relatif à la démarcation des TI qui a soulevé de nombreuses protestations de la part des organisations indigènes et indigénistes. L'application de ce texte a été suspendue. Le Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI a relevé que seulement 37,66 % du budget alloué pour la "Délimitation, la Démarcation et la Régularisation des TI" a été utilisé, alors qu'il reste de nombreuses terres à protéger.

    Du point de vue institutionnel, en avril, la Présidente de la république, Dilma Rousseff a nommé Marta Maria do Amaral Azevedo à la présidence de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI, un poste jusque - là toujours assumé par des hommes. À l'initiative de la nouvelle présidente, après une année d'inactivité, la Commission Nationale de Politique Indigéniste - CNPI a repris ses travaux en juin. Elle a tenu deux autres réunions en août et décembre 2012. Des rencontres sont déjà programmées en 2013.

    L'accès aux services de santé reste problématique pour de nombreux peuples indigènes, notamment dans les zones difficiles d'accès comme la Vallée du Javari et la TI Yanomami. En décembre 2012, les carences du service de santé indigène ont amené le Ministère Public Fédéral à lancer un programme pour obliger divers services de santé à prendre des mesures concrètes en faveur des peuples indigènes dans une quinzaine d'États. Le CIMI a relevé qu'en 2012, seulement 8,17% (2,176 millions de R$ sur 26,650 millions de R$) du budget fédéral destiné à la "Structuration d'unités de santé pour le service à la population indigène" ont été utilisés.

    Des leaders indigènes brésiliens sont venus à Genève en 2012. Tout d'abord, au début mars, Davi Kopenawa, président de l'Hutukara Association Yanomami – HAY, était présent au Festival du film et forum International sur les Droits Humains - FIFDH. Il a eu des contacts avec les organisations internationales. À mi-novembre, Manoel Uilton dos Santos de l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB a rendu visite au Haut Commissariat aux Droits de l'Homme pour demander l'appui de cette organisation pour le respect, par le gouvernement brésilien, des droits des peuples indigènes conformément aux textes internationaux ratifiés par ce pays. Le 10 décembre, journée internationale des droits de l'homme, c'est Raoni, le leader Kayapó qui a aussi été reçu au Palais Wilson, le siège du Haut - Commissariat. Les effets de cette pression internationale semblent limités. Le Brésil peine à reconnaître les droits des indigènes.

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    PS : L'activation des liens hypertextes renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Elles sont souvent en portugais, sauf quand il s'agit d'anciens "AYA Info".

    Cette note a été publiée dans le dernier "AYA Info" (No 80), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2