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  • Rio Tapajós : les études reprennent sous la protection des forces de sécurité

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    brasil,brésil,brasilia,amazonia,amazonie,autochtones,indigènes,indígenas,munduruku,tapajós,santarém,belo monte,funai,pará,jacareacanga,itaítuba,usines hydroélectriques,hidrelétricas,são luiz do tapajós,jatobá,eletrobras,grupo de estudos tapajós,edf,gdf suez,mab,cimi,oit,convention 169Le "Groupe d'études Tapajós" – environ 200 personnes - chargé  des enquêtes de viabilité technique et environnementale des projets d'ouvrages hydroélectriques de São Luiz do Tapajós et Jatobá (État du Pará) est à pied d'œuvre depuis le 12 août. Il est protégé par un important service d'ordre. Ces études avaient été suspendues le 23 juin* en échange de la libération de trois chercheurs retenus par les Munduruku qui ne veulent pas de la construction de ces ouvrages.

    Le Groupe d'études est coordonné par l'entreprise brésilienne Eletrobras. Il est constitué par neuf entreprises, dont : Eletronorte, GDF Suez et EDF. Il doit rassembler les données à soumettre à l'Institut Brésilien de l'Environnement – IBAMA chargé de délivrer l'autorisation de construction des ouvrages. Selon Electrobras, les études doivent être conduites en deux phases sur 22 zones différentes. Une première phase doit être réalisée entre le 12 août et le 10 septembre, et la deuxième entre le 15 septembre et le 20 novembre.

    Selon des études préalables, l'usine de São Luiz do Tapajós aurait une puissance de 6'133 Megawatt - MW et celle de Jatobá 2'338 MW. Il est prévu qu'elles soient de type "usine-plateforme", une idée inspirée des plateformes pétrolières maritimes. Les installations nécessaires au chantier devraient être totalement démontées à la fin des travaux. Les espaces non utilisés par les usines devraient être rendus à la végétation.

    Selon Eletrobras, aucune des 22 zones de recherche ne se situe en Terre indigène. Toujours selon l'entreprise, les études doivent permettre la consultation des peuples indigènes selon les dispositions de la Constitution et de la Convention 169 de l'organisation Internationale du Travail – OIT.

    Pour les leaders Munduruku, "le gouvernement a rompu l'accord du 23 juin et veut imposer le projet contre notre volonté". Un avis partagé par le Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI pour lequel, ce jour-là, le gouvernement fédéral avait renvoyé ces études après l'adoption de la réglementation du droit à la consultation préalable prévu par la Convention 169 de l'Organisation Internationale du travail - OIT.  Le Mouvement des Atteints par les Barrages – MAB, est aussi d'avis que la consultation doit être réalisée avant les études. Dans un manifeste, le peuple Kawaiwete (du Mato Grosso) soutient les Munduruku : "Nous réaffirmons notre appui à nos parents dans leur lutte contre l'implantation des ouvrages hydroélectriques qui affectent leurs communautés et nous désapprouvons les actions du gouvernement fédéral visant à faire pression sur [ce] peuple pour qu'il accepte ces projets".

    À suivre…

    * Voir sur ce blog la précédente note du 10/08/2013

    Carte : cliquer sur l'image pour en agrandir le format.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    - Cette note sera reprise dans le prochain AYA Info (No 85) le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Rio Tapajós : Les Munduruku expulsent des enquêteurs

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    Le 22 juin, des chercheurs "étrangers" ont été expulsés de la Terre Indigène des indiens Munduruku*. Ils l'ont été par les Munduruku eux-mêmes. Ces techniciens étaient là pour collecter des échantillons de faune et de flore dans le cadre d'une étude environnementale préalable à la construction d'usines électriques sur le rio Tapajós. Constructions auxquelles les Munduruku sont hostiles en raison de l'impact qu'elles auront sur leur territoire.

    Des représentants de la présidence de la république sont venus négocier la libération de trois biologistes; ce qu'ils ont obtenu après avoir annoncé la suspension de ces études. Au mois de mai dernier, des Munduruku, avec des représentants d'autres peuples, avaient occupé le chantier de Belo Monte**. Ils ont accepté de quitter les lieux pour aller à Brasilia rencontrer le Secrétaire Général de la Présidence de la république Gilberto Carvalho. Mais le dialogue a tourné court.

    Pendant leur présence à Brasilia, ils ont occupé le siège de la FUNAI pendant trois jours. Ils ont manifesté devant le Ministère des Mines et de l'Énergie avant de retourner à Jacareacanga d'où ils sont originaires.

    Plus récemment, le 24 juin, une centaine de Mundukuru a manifesté devant la mairie de cette commune pour protester contre les conseillers municipaux favorables au projet du gouvernement de construire des usines hydroélectriques sur le rio Tapajós.

    Ces projets inquiètent également des habitants du magnifique site touristique d'Alter do Chão, sur les berges du rio Tapajós, une localité à moins de 40 kilomètres de Santarém. Ils craignent les effets indirects négatifs des ouvrages sur le site. Ils estiment que les études d'impact couvrent une aire trop restreinte, notamment en aval des ouvrages, ce qui serait le cas d'Alter do Chão. Cette préoccupation a été évoquée au sein du Conseil de gestion de l'Aire de Protection Environnementale – APA de la petite ville. Pour l'heure, ces habitants ont fait connaître publiquement leur opposition à la construction du barrage en plaçant des banderoles à divers emplacements : "Ce rio est notre vie, nous n'acceptons pas les [usines] hydroélectriques sur le Tapajós".

    ***

    * La Terre Indigène Munduruku a une superficie de 23'818 km2. Elle compte un peu plus de 6'500 habitants. Elle est située sur les deux communes d'Itaítuba et Jacareacanga dans l'État du Pará. En novembre 2012, un Munduruku avait trouvé la mort lors d'une intervention de la police dans le village Teles Pires dans la Terre Indigène de Kayabi (voir sur ce blog, la note du 16/11/2012 et "AYA Info" No 77)

    ** Voir sur ce blog, la note du 31/05/2013 et "AYA Info" No 83

    PS 1 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    PS 2 : les événements qui ont marqué le Brésil ces dernières semaines ont eu quelques répercussions pour les peuples indigènes. Il en sera question dans le prochain "AYA Info".

    Cette note est une version actualisée de la "brève" publiée dans le dernier AYA Info (No 84) le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • 2012 n'a pas été une année de progrès pour les peuples indigènes du Brésil

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    Pour les peuples indigènes du Brésil, 2012 n'aura pas été une année de progrès. S'il est vrai qu'il est difficile de retenir tout ce qui a fait l'actualité indigène au cours de ces douze mois, il reste que c'est bien la conclusion à laquelle conduit l'examen de quelques domaines-clés de la politique indigéniste du pays.

    Pour les droits territoriaux, seulement sept Terres Indigènes – TI ont été démarquées le 5 juin, pour la journée mondiale de l'environnement. Et, en octobre, il y a eu la publication du rapport d'identification d'une TI dans l'État d'Amazonas. Au début décembre, les Xavante ont retrouvé leur terre ancestrale de Marãiwatsédé. Le lobby anti-indigène a été particulièrement actif au parlement. Au Sénat et à la Chambre des Députés, des élus ont mis à l'ordre du jour des Projets d'amendements constitutionnels visant à enlever au Gouvernement la responsabilité finale de la démarcation des TI. En juillet, l'Avocat général de l'Union a signé un arrêté relatif à la démarcation des TI qui a soulevé de nombreuses protestations de la part des organisations indigènes et indigénistes. L'application de ce texte a été suspendue. Le Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI a relevé que seulement 37,66 % du budget alloué pour la "Délimitation, la Démarcation et la Régularisation des TI" a été utilisé, alors qu'il reste de nombreuses terres à protéger.

    Du point de vue institutionnel, en avril, la Présidente de la république, Dilma Rousseff a nommé Marta Maria do Amaral Azevedo à la présidence de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI, un poste jusque - là toujours assumé par des hommes. À l'initiative de la nouvelle présidente, après une année d'inactivité, la Commission Nationale de Politique Indigéniste - CNPI a repris ses travaux en juin. Elle a tenu deux autres réunions en août et décembre 2012. Des rencontres sont déjà programmées en 2013.

    L'accès aux services de santé reste problématique pour de nombreux peuples indigènes, notamment dans les zones difficiles d'accès comme la Vallée du Javari et la TI Yanomami. En décembre 2012, les carences du service de santé indigène ont amené le Ministère Public Fédéral à lancer un programme pour obliger divers services de santé à prendre des mesures concrètes en faveur des peuples indigènes dans une quinzaine d'États. Le CIMI a relevé qu'en 2012, seulement 8,17% (2,176 millions de R$ sur 26,650 millions de R$) du budget fédéral destiné à la "Structuration d'unités de santé pour le service à la population indigène" ont été utilisés.

    Des leaders indigènes brésiliens sont venus à Genève en 2012. Tout d'abord, au début mars, Davi Kopenawa, président de l'Hutukara Association Yanomami – HAY, était présent au Festival du film et forum International sur les Droits Humains - FIFDH. Il a eu des contacts avec les organisations internationales. À mi-novembre, Manoel Uilton dos Santos de l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB a rendu visite au Haut Commissariat aux Droits de l'Homme pour demander l'appui de cette organisation pour le respect, par le gouvernement brésilien, des droits des peuples indigènes conformément aux textes internationaux ratifiés par ce pays. Le 10 décembre, journée internationale des droits de l'homme, c'est Raoni, le leader Kayapó qui a aussi été reçu au Palais Wilson, le siège du Haut - Commissariat. Les effets de cette pression internationale semblent limités. Le Brésil peine à reconnaître les droits des indigènes.

    ***

    PS : L'activation des liens hypertextes renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Elles sont souvent en portugais, sauf quand il s'agit d'anciens "AYA Info".

    Cette note a été publiée dans le dernier "AYA Info" (No 80), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Meyrin solidaire des Yanomami

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    Amazonie, Amazônia, Amazonas, Brasil, Brésil, Manaus, Marauiá, Demini, Bicho-Açu, Yanomami, xapono, SECOYA, Meyrin, indigènes, indígenas, Santa Isabel do Rio Negro, Barcelos, Yarimu, SESAI, FUNAIDispersés dans des communautés, souvent installées à proximité ou sur les berges des rivières, loin des chefs-lieux de municipalités de Santa Isabel do Rio Negro et Barcelos, les Yanomami subissent malgré eux, les conséquences d'un système qui leur est étranger à bien des égards. Ils n'ont guère de prise sur leur propre destin. Mais la situation évolue positivement grâce, en partie, à l'appui de la  commune de Meyrin.

    En 2010, la municipalité a accordé une subvention pour la réalisation d'un projet porté par l'ONG genevoise "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie – AYA": une action en faveur du renforcement des compétences des leaders Yanomami et du processus organisationnel de ces indiens de l'État brésilien d'Amazonas. En fait, il s'agit d'un soutien à un programme de l'ONG brésilienne "Service et Coopération avec le Peuple Yanomami – SECOYA". Cette association, dont le siège est à Manaus, travaille depuis de nombreuses années dans cette partie du Brésil.

    Le projet a été réalisé en plusieurs étapes. Une phase préparatoire a eu lieu en décembre 2010. Les animateurs de la Secoya ont visité plusieurs communautés pour une sorte de "mise à jour" des problèmes rencontrés par les habitants des villages dans les domaines de la santé, de l'éducation et du développement durable en particulier.

    Une deuxième phase a commencé en avril 2011. La Secoya a organisé des réunions de démocratie participative dans une dizaine de villages de la vallée du rio Marauiá. Il s'agissait surtout de préparer un premier cours plus formel, qui a eu lieu du 20 au 28 avril dans la communauté de Komixiwë. La plupart des 47 leaders présents venaient des xapono* (villages) du rio Marauiá, mais aussi de deux villages proches du rio Demini et l'un d'eux venait même d'une communauté vivant sur territoire vénézuélien. Le cours a été animé par quatre animateurs de la Secoya.

    Un deuxième cours a eu lieu à Bicho-Açu entre le 18 et le 27 octobre 2011. Près de cinquante leaders étaient présents, parmi lesquels des chefs traditionnels, des enseignants et des agents indigènes de santé. La communauté de Bicho-Açu a pris la responsabilité de la préparation des lieux et de la logistique du cours. Avec la participation de tous ses hôtes, elle a aussi organisé un "Yarimu", un cérémonial traditionnel, une guerre virtuelle entre les esprits, pour chasser ceux d'entre eux qui menacent l'équilibre et la tranquillité des communautés. Le cours a été organisé pour répondre à deux objectifs : permettre aux Yanomami d'améliorer la compréhension des situations dont ils devront assumer eux-mêmes le suivi, et de les accompagner dans une réflexion approfondie et respectueuse de leur processus organisationnel. Deux jours ont aussi été consacrés à la préparation d'une "IIe Assemblée générale des Yanomami de l'État d'Amazonas". Cette assemblée a eu lieu du 22 au 28 novembre 2011 à Bicho-Açu.

    En 2010, les animateurs avaient constaté un certain découragement au sein des communautés, ceci en raison de la dégradation des conditions de vie et de l'état d'abandon dans lequel elles se trouvaient. Depuis, elles se sont regroupées. Elles ont organisé plusieurs délégations auprès des responsables des services publics en charge de la santé ou de l'éducation. Ces initiatives témoignent de la renaissance d'un certain dynamisme auquel le projet n'est, bien sûr, pas étranger. Des nouvelles très récentes montrent que la volonté de s'organiser s'est encore accentuée ces derniers mois.

    En décembre dernier, AYA a remis les rapports technique et financier finals de ce projet à la mairie de Meyrin. Au nom des bénéficiaires directs du projet, les Yanomami de l'État d'Amazonas, de l'association Secoya de Manaus, AYA tient à remercier chaleureusement les autorités municipales de Meyrin d'avoir accepté de soutenir ce type de projet.

    En effet, il ne s'agit pas là d'un projet de réalisations concrètes, comme par exemple, l'aménagement de jardins potagers, la construction d'écoles ou de dispensaires, etc, dont les résultats sont immédiatement mesurables et contrôlables. Ce projet de formation de leaders tend à réduire les déficiences des services publics de santé et d'éducation notamment. Il va aux causes mêmes des problèmes. Et les effets attendus, en termes de politiques publiques, concernent toutes les communautés.

    Dans le même temps, en s'organisant, les habitants deviennent davantage les sujets de leur propre destin.

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    * Prononcer "chapono"

    Photo © Secoya : avril 2011/Rencontre dans un village pour inviter les leaders au cours de formation

    PS 1 : Plusieurs fois il a été question de ce projet dans ce "blog", voir les notes des 02/04/2010, 01/07/2011 et 23/12/2011

    PS 2 : L'activation des liens hypertextes renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Elles sont souvent en portugais, sauf quand il s'agit d'anciens "AYA Info".

    Sous une forme réduite, cette note sera reprise dans le prochain "AYA Info" (No 79), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2